Lectures du mercredi de la 1ère semaine du temps ordinaire, année paire. 14 01 2026
« Samuel amené à Éli (par sa mère, Anne) », œuvre de George Tinworth (1896).
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Première lecture
« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute »
Lecture du premier livre de Samuel (3, 1-10.19-20)
En ces jours-là,
1 le jeune Samuel assurait le service du Seigneur
en présence du prêtre Éli.
La parole du Seigneur était rare en ces jours-là,
et la vision, peu répandue.
2 Un jour, Éli était couché à sa place habituelle
– sa vue avait baissé et il ne pouvait plus bien voir.
3 La lampe de Dieu n’était pas encore éteinte.
Samuel était couché dans le temple du Seigneur,
où se trouvait l’arche de Dieu.
4 Le Seigneur appela Samuel, qui répondit :
« Me voici ! »
5 Il courut vers le prêtre Éli, et il dit :
« Tu m’as appelé, me voici. »
Éli répondit :
« Je n’ai pas appelé. Retourne te coucher. »
L’enfant alla se coucher.
6 De nouveau, le Seigneur appela Samuel.
Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit :
« Tu m’as appelé, me voici. »
Éli répondit :
« Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. »
7 Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur,
et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée.
8 De nouveau, le Seigneur appela Samuel.
Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit :
« Tu m’as appelé, me voici. »
Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant,
9 et il lui dit :
« Va te recoucher,
et s’il t’appelle, tu diras :
“Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” »
Samuel alla se recoucher à sa place habituelle.
10 Le Seigneur vint, il se tenait là
et il appela comme les autres fois :
« Samuel ! Samuel ! »
Et Samuel répondit :
« Parle, ton serviteur écoute. »
19 Samuel grandit.
Le Seigneur était avec lui,
et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet.
20 Tout Israël, depuis Dane jusqu’à Bershéba,
reconnut que Samuel était vraiment un prophète du Seigneur.
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 2e dimanche du temps ordinaire, année B, où ce texte est amputé des versets 1 à 3a et 20.
DE LA VOCATION DE SAMUEL…
Il faut relire tout le début du premier livre de Samuel : c’est presque un roman, tellement l’histoire est belle… mais comme toujours, le texte biblique n’est pas là seulement pour l’anecdote ; il faut lire entre les lignes. On connaît l’histoire de Samuel ; c’est un enfant du miracle car sa maman, Anne, était désespérément stérile ; un jour de grand chagrin, elle a fait un vœu : si j’ai un fils, il sera consacré au service de Dieu. Et Samuel est né ; Anne, bien sûr, a tenu sa promesse et voilà l’enfant confié au vieux prêtre Éli qui est le gardien du sanctuaire de Silo (à ne pas confondre avec le prophète Élie qui a vécu beaucoup plus tard).
Où est Silo ? Ce n’est plus aujourd’hui qu’un petit hameau à une trentaine de kilomètres au Nord de Jérusalem ; mais ce fut un lieu de rassemblement important pour les tribus d’Israël pendant toute une période. Qui dit lieu de rassemblement à cette époque-là dit surtout lieu de culte : et c’est dans ce sanctuaire de Silo qu’un petit garçon, Samuel, reçoit vers 1050 av.J.C. sa vocation de prophète. À partir de là, il deviendra l’une des figures les plus marquantes de l’histoire d’Israël, le dernier des Juges. À tel point que plus tard, Jérémie l’a comparé à Moïse lui-même (Jr 15,1) et le psaume 98/99 en fait autant : « Moïse et Aaron et Samuel faisaient appel au SEIGNEUR et il leur répondait » (Ps 98/99,6).
Comme Moïse également, Samuel a été visiblement un chef à la fois spirituel et politique : on le voit exerçant une fonction de prêtre, chargé d’offrir les sacrifices, mais aussi rendant la justice ; c’est lui encore qui aura l’honneur de couronner les deux premiers rois d’Israël, Saül et David ; à ce titre, il a vécu lui-même et fait vivre au peuple d’Israël un véritable tournant de son histoire ; il joue sûrement (aussi) un rôle important à la cour : on le voit transmettre aux rois les décisions de Dieu, et dans ces occasions, il est présenté comme un véritable prophète.
Les deux phrases qui encadrent le récit de la vocation de Samuel insistent justement sur ce point ; les voici : le début du chapitre 3 précise : « La parole du SEIGNEUR était rare en ces jours-là, la vision n’était pas chose courante. » (1 S 3,1). Et à la fin du récit, l’auteur conclut : « Samuel grandit. Le SEIGNEUR était avec lui et ne laissa aucune de ses paroles sans effet. Tout Israël, de Dan à Béer-Shéva, sut que Samuel était accrédité comme prophète du SEIGNEUR. Le SEIGNEUR continua d’apparaître à Silo. Le SEIGNEUR, en effet, se révélait à Samuel, à Silo, par la parole du SEIGNEUR, et la parole du SEIGNEUR s’adressait à tout Israël. » (1 S 3,21s).
Une telle insistance laisse penser que ce texte a été écrit à une époque où il était urgent de mettre le peuple en garde contre les faux prophètes, ceux qui se désignaient eux-mêmes au lieu de répondre à un appel de Dieu. Un vrai prophète, au contraire, c’est quelqu’un comme Samuel qui transmet au peuple toute la parole du Seigneur et seulement la parole du Seigneur. Peut-être l’auteur veut-il également raffermir la foi du peuple à une période difficile : en rappelant que même quand le Seigneur est silencieux, il ne nous oublie pas et son appel résonne… manière de dire : « La parole du SEIGNEUR était rare en ces jours-là, la vision n’était pas chose courante », eh bien justement c’est à ce moment de silence apparent que Dieu a appelé l’un de vos plus grands prophètes.
… À LA VOCATION DES BAPTISÉS
Enfin, bien sûr, ce récit nous propose un exemple pour le temps présent ; le récit de la vocation de Samuel est un modèle de réponse à l’appel de Dieu, un modèle d’acceptation d’une vocation prophétique. Voici donc quelques remarques sur la vocation de Samuel et à travers elle sur toute vocation prophétique ; on peut noter trois points :
Sur l’appel, d’abord : Samuel n’est encore qu’un enfant ; pas besoin d’être âgé, fort, puissant, compétent ! On retrouve une fois de plus le paradoxe habituel : c’est dans la faiblesse humaine que Dieu se manifeste. Alors que Jérémie disait : « Ah, SEIGNEUR Dieu, je ne saurais parler, je suis trop jeune ! » Dieu lui a répondu : « Ne dis pas je suis trop jeune !… N’aie peur de personne, car je suis avec toi pour te libérer » (Jr 1,7).
À propos de l’appel encore, ce n’est pas Samuel qui a compris le premier qu’il était appelé par Dieu ; c’est le prêtre Éli. Il a su au bon moment aider Samuel à discerner la voix de Dieu.
Là aussi sans aucun doute, l’auteur de ce texte propose un exemple à suivre : Éli s’efface ; il n’interfère pas dans ce qu’il reconnaît comme une initiative de Dieu ; il éclaire l’enfant et lui permet de répondre à l’appel.
Sur la réponse enfin : elle est bien simple ! « Me voici » répété quatre fois et enfin « Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute ». Elle est le reflet de la totale disponibilité, la seule chose que Dieu recherche pour poursuivre son projet d’alliance avec l’humanité. La dernière phrase de ce texte est encore une leçon pour chacun d’entre nous. « Samuel grandit, le SEIGNEUR était avec lui, et aucune de ses paroles ne demeura sans effet. » Dans le cadre de notre vocation propre, nous sommes assurés à chaque instant de la présence et de la force de Dieu.
Enfin, il est vrai, et c’est presque une vérité de La Palice, que Samuel a pu répondre à l’appel parce qu’il l’a entendu ! Et il l’a entendu parce qu’il était dans le sanctuaire : Anne, sa mère, l’y avait conduit et Éli prenait soin de lui. Peut-être faut-il se donner et donner à ceux dont nous avons la charge des occasions de franchir les portes des sanctuaires pour y entendre l’appel de Dieu ?
Psaume
Psaume 39 (40), 2abc.5ab, 7-8a, 8b-9, 10
R/ Me voici, Seigneur,
je viens faire ta volonté. (cf. Ps 39, 8a.9a)
2abc D’un grand espoir, j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi
5ab Heureux est l’homme
qui met sa foi dans le Seigneur.
7 Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
8a alors j’ai dit : « Voici, je viens.
8b « Dans le livre, est écrit pour moi
9 ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles. »
10 J’annonce la justice
dans la grande assemblée ;
vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 2e dimanche du temps ordinaire, année B, où l’extrait de ce psaume est un peu différent. Nous le reproduisons ci-dessous, avant les commentaires.
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PSAUME 39 (40), 2.4.7-11
2 D’un grand espoir, j’espérais le SEIGNEUR,
Il s’est penché vers moi
4 Dans ma bouche il a mis un chant nouveau
une louange à notre Dieu.
7 Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice
tu as ouvert mes oreilles
tu ne demandais ni holocauste ni victime
8 alors j’ai dit : « Voici, je viens. »
Dans le livre est écrit pour moi
9 ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
Ta Loi me tient aux entrailles.
10 Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
SEIGNEUR, tu le sais.
11 J’ai dit ton amour et ta vérité
À la grande assemblée.
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L’ÉVOLUTION DES SACRIFICES EN ISRAËL
« Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu ne demandais ni holocauste ni victime… ». Phrase étonnante pour nous qui croyons parfois que Dieu réclame des sacrifices ; et pourtant cette phrase est là : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens. »
Il a fallu toute une pédagogie des prophètes pour faire évoluer la pratique sacrificielle. Toute la Bible est l’histoire d’un long apprentissage et, avec ce psaume 39/40, nous sommes à la phase finale de cette lente transformation des relations entre Israël et son Dieu.
Je reprends rapidement cette histoire des sacrifices en Israël : elle se développe en même temps que progresse la connaissance de Dieu. C’est logique : « sacrifier », (« sacrum facere » en latin) signifie « faire du sacré », entrer en contact ou mieux en communion avec Dieu. Tout dépend évidemment de l’idée qu’on se fait de Dieu. Donc au fur et à mesure qu’on découvre le vrai visage de Dieu, la pratique sacrificielle va changer.
Je commence par le début : Première chose à retenir : ce n’est pas Israël qui a inventé la démarche du Sacrifice ou de l’offrande : (il y en a chez les autres peuples du Moyen Orient bien avant que le peuple hébreu ne mérite le nom de peuple).
Deuxième constatation lorsqu’on s’intéresse à la pratique sacrificielle d’Israël : il y a toujours eu des offrandes et des sacrifices en Israël tout au long de l’histoire biblique. Il y a une très grande variété de sacrifices mais tous sont un moyen de communiquer avec Dieu.
Troisième point : les sacrifices pratiqués par le peuple élu ressemblent à ceux de leurs voisins… oui, mais à une exception près et une exception qui est colossale : la spécificité des sacrifices en Israël, c’est que, dès le début de l’histoire biblique, les sacrifices humains sont strictement interdits. Il y en a eu ; c’est vrai. Et même si il y en a eu peu, on ne peut pas nier qu’il y a eu des sacrifices humains en Israël. Cela ne prouve pas que cela était permis et approuvé ! Au contraire, c’est une constante dans la Bible : les sacrifices humains sont de tout temps considérés comme une horreur ; Jérémie dit de la part de Dieu : « Cela, je n’en ai jamais eu idée! » et un peu plus loin : « Cela je ne l’ai jamais demandé et je n’ai jamais eu l’idée de faire commettre une telle horreur… » (Jr 7,31 ; 19,6 ; 32,35). Et le fameux récit du sacrifice d’Abraham, ce que les Juifs appellent « la ligature d’Isaac » est lu justement comme la preuve que, depuis le début de l’Alliance entre Dieu et ce peuple qu’il s’est choisi, les sacrifices humains sont strictement interdits. Justement, Abraham va découvrir que « sacrifier » (« faire sacré ») ne veut pas dire « tuer » ! Il a offert son fils, il ne l’a pas tué.
Si on y réfléchit, c’est tout ce qu’il y a de plus logique ! Dieu est le Dieu de la vie : impensable que pour nous rapprocher de Lui, il faille donner la mort ! Cette interdiction des sacrifices humains sera la première insistance de la religion de l’Alliance. On continuera à pratiquer seulement des sacrifices d’animaux. Puis peu à peu, on va assister au long des siècles à une véritable transformation, on pourrait dire une conversion du sacrifice. Cette conversion va porter sur deux points :
DIS-MOI QUEL EST TON SACRIFICE…JE TE DIRAI QUEL EST TON DIEU
Sur le sens des sacrifices d’abord, sur la matière des sacrifices ensuite :
Premièrement, donc, la conversion va porter sur le sens des sacrifices : dans la Bible, au fur et à mesure que l’on découvre Dieu, les sacrifices vont évoluer. En fait, on pourrait dire : « Dis-moi tes sacrifices, je te dirai quel est ton Dieu ». Notre Dieu est-il un Dieu qu’il faut apprivoiser ? Dont il faut obtenir les bonnes grâces ? Auprès duquel il faut acquérir des mérites ? Un Dieu courroucé qu’il faut apaiser ? Un Dieu qui exige des morts ? Alors nos sacrifices seront faits dans cet esprit là, ce seront des rites magiques pour acheter Dieu en quelque sorte. Ou bien notre Dieu est-il un Dieu qui nous aime le premier… un Dieu dont le dessein n’est que bienveillant… dont la grâce est acquise d’avance, parce qu’il n’est que Grâce… le Dieu de l’Amour et de la Vie.
Et alors nos sacrifices seront tout autres. Ils seront des gestes d’amour et de reconnaissance. Les rites ne seront plus des gestes magiques mais des signes de l’Alliance conclue avec Dieu.
Toute la Bible est l’histoire de ce lent apprentissage pour passer de la première image de Dieu à la seconde. C’est nous qui avons besoin d’être apprivoisés, qui avons besoin de découvrir que tout est « cadeau », qui avons besoin d’apprendre à dire simplement « MERCI » (Ce que la Bible appellera plus tard le « sacrifice des lèvres »). Toute la pédagogie biblique vise à nous faire quitter la logique du « donnant-donnant », du calcul, des mérites, pour entrer dans la logique de la grâce, du don gratuit. Et notre apprentissage n’est jamais fini.
Deuxièmement, la conversion va aussi porter sur la matière des sacrifices : les prophètes ont joué un grand rôle dans ce lent apprentissage du peuple élu. Ils lui ont fait découvrir peu à peu le véritable sacrifice que Dieu attend : accomplir des sacrifices au sens de « sacrum-facere » (« faire sacré »), c’est tout à fait bien à condition de ne pas se tromper sur ce que Dieu attend de nous ! Tout se passe comme si les prophètes nous disaient : « tu veux entrer en relation avec Dieu…? Fort bien ! … à condition de ne pas te tromper de Dieu ! »
C’est peut-être une phrase du prophète Osée (au huitième siècle av.J.C.) qui résume le plus parfaitement cette prédication des prophètes : « C’est l’amour que je veux et non les sacrifices » (Os 6,6).
On découvre peu à peu que le véritable « sacrifice », « faire sacré » consiste non plus à tuer mais à faire vivre. Dieu est le Dieu des vivants : donner la mort ne peut pas être la meilleure façon de nous rapprocher de Lui ! Faire vivre nos frères, voilà la seule manière de nous rapprocher de Lui.
Et l’ultime étape de cette pédagogie des prophètes nous présentera l’idéal du sacrifice : c’est le service de nos frères. Nous trouvons cela dans les quatre Chants du Serviteur qui sont inclus dans le deuxième livre d’Isaïe. L’idéal du Serviteur qui est l’idéal du sacrifice, c’est « une vie donnée pour faire vivre ».
Le psaume 39/40 résume donc admirablement la découverte biblique sur le Sacrifice : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, Tu as ouvert mes oreilles, tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens » sous-entendu pour me mettre à ton service et au service de nos frères.
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Complément
« Tu as ouvert mes oreilles » (verset 7) : depuis l’aube de l’humanité, Dieu « ouvre l’oreille » de l’homme pour entamer avec lui le dialogue de l’amour ; le psaume 39/40 reflète le long apprentissage du peuple élu pour entrer dans ce dialogue : dans l’Alliance du Sinaï, les sacrifices d’animaux symbolisaient la volonté du peuple d’appartenir à Dieu ; dans l’Alliance Nouvelle, l’appartenance est totale : le dialogue est réalisé ; « Tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit voici, je viens ». Offrandes et sacrifices sont « spirituels » comme dira saint Paul ; alors, le chant nouveau jaillit du cœur de l’homme : « J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée ».
Évangile
« Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies »
Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (1, 29-39).
En ce temps-là,
29 Aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm,
ils allèrent, avec Jacques et Jean,
dans la maison de Simon et d’André.
30 Or, la belle-mère de Simon
était au lit, elle avait de la fièvre.
Aussitôt, on parla à Jésus de la malade.
31 Jésus s’approcha,
la saisit par la main,
et la fit lever.
La fièvre la quitta,
et elle les servait.
32 Le soir venu, après le coucher du soleil,
on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal
ou possédés par des démons.
33 La ville entière se pressait à la porte.
34 Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies,
et il expulsa beaucoup de démons ;
il empêchait les démons de parler,
parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
35 Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube.
Il sortit et se rendit dans un endroit désert,
et là il priait.
36 Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche.
37 Ils le trouvent et lui disent :
« Tout le monde te cherche. »
38 Jésus leur dit :
« Allons ailleurs, dans les villages voisins,
afin que là aussi je proclame l’Évangile ;
car c’est pour cela que je suis sorti. »
39 Et il parcourut toute la Galilée,
proclamant l’Évangile dans leurs synagogues,
et expulsant les démons.
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 5e dimanche du temps ordinaire, année B.
LE RÈGNE DE DIEU EST COMMENCÉ
On dirait presque un reportage : Marc nous dit les lieux et les moments ; mais comme justement les objectifs des évangélistes ne sont jamais d’ordre journalistique, il faut croire que toutes ces précisions ont un sens théologique ; à nous de savoir lire entre les lignes.
Donc, ceci se passe en Galilée, à Capharnaüm ; un jour de sabbat, puis le soir et le lendemain ; comme chacun sait, le jour pour les Juifs ne se compte pas de minuit à minuit, mais du coucher du soleil au coucher du soleil ; le sabbat commence le vendredi soir au coucher du soleil et finit le samedi soir à l’apparition des premières étoiles ; on sait aussi que le sabbat est un jour réservé à la prière et à l’étude de la Torah, à la synagogue et chez soi ; c’est bien pour cela que les habitants de Capharnaüm amènent leurs malades à Jésus seulement le soir du sabbat ; Marc nous dit : « Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades, et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. » En précisant que le soleil est couché, Marc veut peut-être également attirer notre attention : puisque le soleil est couché, nous sommes déjà dimanche, le premier jour de la semaine. On sait le sens que le dimanche a pris pour les premiers chrétiens : il symbolise le début de la création nouvelle.
Le reste de la journée, Jésus n’a fait qu’une chose : aller à la synagogue de la ville et il est rentré aussitôt après à la maison ; si Marc le précise, c’est sans doute pour nous rappeler que Jésus est un Juif fidèle à la loi. Le matin, à la synagogue, il a délivré un « homme possédé d’un esprit impur » (v. 23), selon l’expression de Marc ; et la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre que Jésus commande aux esprits impurs ; pas étonnant que le soir, après la fin du sabbat, on lui amène tous les malades et les possédés. En filigrane, Marc nous dit déjà : voici le Messie, celui qui annonce et accomplit le Royaume.
Curieusement, les démons connaissent l’identité de Jésus, et Jésus leur interdit de parler : « Il chassa beaucoup d’esprits mauvais et il les empêchait de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. »
Eux savent ce qui a été révélé lors du Baptême de Jésus par Jean-Baptiste et que l’esprit impur a proclamé le matin même à la synagogue de Capharnaüm : « De quoi te mêles-tu, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : Le Saint de Dieu ».
Pourquoi ce silence imposé ? Alors que Jésus n’est pas venu pour se cacher… Probablement parce que les habitants de Capharnaüm ne sont pas encore prêts pour cette révélation : il leur reste encore tout un chemin à parcourir avant de découvrir le vrai visage du Christ ; il ne suffit pas de savoir dire « Tu es le Saint de Dieu » ; cela, les démons savent très bien le faire.
Pour l’instant, les malades sont attirés par Jésus, mais sont-ils prêts pour la foi ? C’est là l’ambiguïté des miracles : le risque de repartir guéri sans avoir rencontré Dieu. Et quand Simon voudrait retenir Jésus en lui disant « Tout le monde te cherche », Jésus le ramène à l’essentiel, la prédication du Royaume : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti. » Or, si nous relisons le début de l’évangile de Marc, pour Jésus, annoncer l’Évangile, cela consistait à dire : « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche. » Les miracles sont le signe que le règne de Dieu est déjà là ; le risque est de n’y voir que le prodige.
L’URGENCE DE LA BONNE NOUVELLE
« Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait. » Jésus va au désert pour rencontrer Dieu ; et aussitôt revenu près de ses disciples, il leur dit « Partons »… Est-ce la prière qui le pousse à partir ailleurs ? Loin d’affaiblir son ardeur missionnaire, il semble bien que cette retraite dans le silence le relance au contraire.
Comme disait Mgr Coffy : « Jésus ne serait pas allé aussi loin dans l’évangélisation s’il ne s’était pas retiré aussi loin dans la prière ». Au fond, Prière ou action, c’est un faux dilemme : l’une ne peut aller sans l’autre. Un autre Évêque disait au congrès eucharistique de Lourdes en 1981 : « Un évangélisateur qui ne prie plus, bientôt n’évangélisera plus ».
« C’est POUR cela que je suis sorti » : on ne peut pas ne pas penser à l’insistance de Paul dans la lettre aux Corinthiens que nous lisons ce même dimanche en deuxième lecture : Jésus et Paul ont cette même passion de l’annonce de la Bonne Nouvelle ; on dirait qu’il y a urgence.
Dernière remarque : les guérisons opérées par Jésus devraient, semble-t-il, remettre en cause certains de nos discours sur la souffrance ; si Jésus guérit les malades, c’est que la maladie est un mal ; s’il guérit en même temps qu’il annonce le Royaume, c’est parce que le mal contrecarre le projet de Dieu et donc il faut nous en débarrasser. Dans la première lecture, nous avons entendu Job crier sa souffrance, et à la fin du livre, Dieu lui donne raison d’avoir osé crier. La souffrance en soi est toujours un mal, il faut oser le dire ; il faudrait être fou pour oser dire en face à un malade « ce qui vous arrive est très bien »… Il est vrai que certains, avec la grâce de Dieu, trouvent dans la souffrance un chemin qui les fait grandir, mais la souffrance reste un mal. Et tous nos efforts pour lutter contre les souffrances des hommes vont dans le sens du projet de Dieu. Car Dieu sauve des hommes, et non des âmes désincarnées : la prédication de l’évangile n’est pas que paroles qui s’adresseraient à l’intelligence ou à la conscience ; elle est en même temps et inséparablement lutte contre ce qui fait souffrir les hommes.
Fichier audio des lectures du jour, suivies d’un commentaire de 5′ 40 » à 7′ 23 » – Merci à « Parole et Évangile du jour – Cathoglad » !
Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.
Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista.
Méditation du père Gilles.
Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.
Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.
Homélie du jour, à Notre-Dame de Paris.
Homélie de la messe du jour à Lourdes.
Commentaire de Thierry Jallas.
Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »
Je vois, dans l’évangile du jour, Jésus libérer de nombreuses personnes de la fièvre, de toutes sortes de maladies, de démons. C’est sa façon d’aimer, conformément au principe personnaliste.
Peut-être avons-nous à nous libérer, nous aussi, avec son aide, de nombreux démons : celui de midi ou celui de minuit, ceux du pouvoir, de l’argent, de la drogue, des jeux, des écrans, de l’envie, de la jalousie, de la paresse, etc.
Jésus me semble faire preuve d’une exemplaire liberté intérieure :
- contrairement à la Loi, il soigne la belle-mère de Simon un jour de shabbat, ce qui ne fera qu’aggraver son cas au regard des Juifs scrupuleux ;
- au lieu de profiter paresseusement de sa notoriété auprès de ses « groupies », il se montre infatigable pour accomplir sa mission : porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance, etc. (Lc 4, 18-19).
Quand il nous dit « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », il nous invite, je crois, à rechercher cette liberté, prioritairement intérieure, pour nous-mêmes et pour autrui.
Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
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Aujourd’hui Seigneur, après avoir quitté la synagogue de Capharnaüm, tu es invité à entrer dans la maison de Simon (Mc 1, 29-31)
Mais au lieu de l’ambiance joyeuse qui règne dans une maison juive un vendredi soir à l’heure où s’allument les lumières du shabbat, la maison est plongée dans l’inquiétude et aucun préparatif ne marque la sanctification du jour saint.
C’est que la maîtresse de maison est malade, au lit, avec une forte fièvre. Elle ne peut observer le troisième commandement qui consiste à sanctifier le shabbat et pour tout Juif pieux, c’est une calamité. En effet, c’est le shabbat qui garde Israël fidèle à Dieu plus encore qu’Israël ne garde le sabbat ! Et c’est l’épouse qui est la cheville ouvrière de cette sanctification.
À ce titre, l’évangile ne mentionne pas l’épouse de Simon. Tout laisse à penser, qu’originaire de Bethsaïde tout proche, il a épousé la fille d’un petit pêcheur de Capharnaüm, et, devenu veuf, il est resté dans la maison de sa belle-famille auprès de sa belle-mère. C’est pourquoi, cette dernière joue le rôle dévolu à l’épouse défunte.
Et bien qu’il soit interdit de ne rien faire en ce jour saint, tu vas guérir, Seigneur, la belle-mère de Simon pour qu’elle puisse se lever et vous servir. Car l’objet du shabbat, c’est l’intimité avec toi, la paix d’une vie qui, en trouvant sa source en toi, trouve son sens.
Tu opères donc cette guérison physique, un miracle domestique, avec de vagues relents de népotisme qui donnent presque à sourire tant les belles-mères ont souvent mauvaise presse. Simon doit être un gendre exceptionnel pour être tellement attentionné ! Pourtant en te sollicitant, Simon ne fait que respecter le quatrième commandement du décalogue qui déclare : « Honore ton père et ta mère, comme te l’a commandé le Seigneur, ton Dieu » et l’Ecclésiaste d’ajouter : « Celui qui glorifie sa mère est comme quelqu’un qui amasse un trésor ; celui qui honore son père, expie ses fautes. » Car honorer, en hébreu, ne signifie pas encenser, mais « donner du poids ».
Malheureusement nous appartenons à une génération qui honore trop peu souvent ses ascendants, les reléguant dans des lieux de vieillesse plus ou moins chics. De quel poids pèsent-t-ils nos parents diminués et malades dans nos vies ? Voici aussi une des interrogations posées par cet évangile.
A travers cette guérison de la belle-mère de Simon, c’est le rôle de l’Église et de tout croyant que tu explicites, Seigneur : quand notre âme est frappée par une forte fièvre qui manifeste le combat spirituel contre le poison que le serpent menteur nous a inoculé, alors l’Église a pour vocation de nous soutenir dans cette lutte en te priant à notre sujet pour que tu agisses et nous offres ta victoire sur toute mort.
Et quand tu nous guéris, tu prends le temps de « nous saisir par la main», de nous rejoindre dans notre humanité blessée avec délicatesse ; tu nous sauves et nous voilà instantanément debout, ressuscité. Il n’y a pas de temps de latence quand tu nous sauves, la guérison est immédiate. La vie nouvelle surgit et le signe de cet élan vivifiant de résurrection, c’est l’amour pour le prochain, le zèle au service des autres, de l’Église : « La fièvre la quitta et elle les servait. »
Et toute cette œuvre de vie que tu veux réaliser en nous, se produit durant le shabbat c’est-à-dire dans un cadre liturgique, à la lumière des chandeliers, car l’œuvre du baptême dans nos vies est une illumination : un processus d’engendrement à la foi adulte, où notre liberté a le temps et l’occasion d’accueillir le don de cet esprit de résurrection.
Pour clore cette méditation, je vous invite à écouter le chant de la Visitation : c’est le même empressement, le même soin pour le prochain, que Marie a manifesté à sa cousine âgée, Élisabeth.


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