Lectures du samedi de la 2e semaine du temps ordinaire, année paire. 24 01 2026

Lectures du samedi de la 2e semaine du temps ordinaire, année paire. 24 01 2026

« La Mort de Saül et de Jonathan« , par Francesco Salviati.
Photo d’Oxxo, CC0, via Wikimedia Commons.

Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.

Première lecture

« Comment sont-ils tombés, les héros, au milieu du combat ? » (2 S 1, 25)

Lecture du deuxième livre de Samuel (1, 1-4.11-12.19.23-27).

En ces jours-là,
1    David, après avoir battu les Amalécites,
revint à Ciqlag et y demeura deux jours.
 2   Or, le troisième jour, un homme arriva du camp de Saül,
les vêtements déchirés et la tête couverte de poussière.
En arrivant auprès de David,
il se jeta à terre et se prosterna.
3        David lui demanda :
« D’où viens-tu donc ? »
Il lui répondit :
« Je me suis échappé du camp d’Israël. »
4    David lui dit :
« Que s’est-il passé ? Raconte-le-moi ! »
L’homme répondit :
« Le peuple s’est enfui du champ de bataille ;
beaucoup d’entre eux sont tombés et sont morts.
Et même Saül et son fils Jonathan sont morts ! »

11   Alors David arracha et déchira ses vêtements,
et tous les hommes qui étaient avec lui firent de même.
12    Ils se lamentèrent, pleurèrent et jeûnèrent jusqu’au soir,
à cause de Saül et de son fils Jonathan,
à cause du peuple du Seigneur et de la maison d’Israël,
parce qu’ils étaient tombés par l’épée.

17    Alors David chanta cette lamentation :
19    « Ta fierté, Israël, transpercée sur tes hauteurs !
Comment sont-ils tombés, les héros ?
23    Saül et Jonathan, aimables, pleins de charme,
ni dans la vie ni dans la mort ne furent séparés,
plus rapides que les aigles,
plus vaillants que les lions.
24    Filles d’Israël, pleurez sur Saül :
il vous revêtait de pourpre somptueuse
et rehaussait de joyaux d’or vos vêtements.

25    Comment sont-ils tombés, les héros,
au milieu du combat ?

Jonathan, transpercé sur les hauteurs !
26    J’ai le cœur serré à cause de toi,
mon frère Jonathan.
Tu étais plein d’affection pour moi,
et ton amitié pour moi était merveille
plus grande que l’amour des femmes !

27    Comment sont-ils tombés, les héros ?
Comment ont-elles disparu, les armes du combat ? »

Commentaire de Thierry Jallas. Je trouve que ce passage est, comme celui d’hier, une superbe illustration du principe personnaliste. Celui-ci promeut la très haute et inconditionnelle dignité humaine. Il nous invite donc à respecter tous les hommes, sans exception, même ceux qui ne respectent pas autrui. Saül n’a pas respecté David, il l’a jalousé et a voulu le tuer. Malgré cela, David pleure en manifestant son respect pour son ami Jonathan, mais aussi son respect pour Saül.  Il suit, sans le savoir, l’enseignement que donnera le Christ : « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5, 44).

Psaume

Psaume 79 (80), 2-3, 5-7

R/ Que ton visage s’éclaire
et nous serons sauvés !
(Ps 79, 4b)

2 Berger d’Israël, écoute,
toi qui conduis Joseph, ton troupeau :
resplendis au-dessus des Kéroubim,
3 devant Éphraïm, Benjamin, Manassé !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

5 Seigneur, Dieu de l’univers,
vas-tu longtemps encore
      opposer ta colère aux prières de ton peuple,
6 le nourrir du pain de ses larmes,
l’abreuver de larmes sans mesure ?
7 Tu fais de nous la cible des voisins :
nos ennemis ont vraiment de quoi rire !

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 1er dimanche de l’Avent, année B, et du 4e dimanche de l’Avent, année C.

Dans ces deux cas, la version du psaume est assez différente, puisque composée des versets 2ac et 3bc, mais aussi des versets 15-16 et 18-19, sans les versets 5-7.

* * * * *

2   Berger d’Israël, écoute,                
     resplendis au-dessus des Kéroubim !
3   Réveille ta vaillance         
     et viens nous sauver.

15 Dieu de l’univers, reviens !           
     Du haut des cieux, regarde et vois :        
     visite cette vigne, protège-là,
16 celle qu’a plantée ta main puissante.

18 Que ta main soutienne ton protégé,         
     le fils de l’homme qui te doit sa force.
19 Jamais plus nous n’irons loin de toi :        
     fais-nous vivre et invoquer ton nom !

4e dimanche de l’Avent, année C

UN VIGNERON ATTENTIONNÉ

Un mot d’abord sur les « Kéroubim » : nous les appelons les « chérubins » : c’étaient des statues d’animaux ailés à tête d’homme, corps et pattes de lion. Deux chérubins surplombaient l’arche d’alliance dans le Saint des Saints du temple de Jérusalem. Ils symbolisaient le trône de Dieu.

« Jamais plus nous n’irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! » Cette simple phrase nous dit que nous sommes dans une liturgie pénitentielle. Le « jamais plus » est évidemment une résolution : « Jamais plus nous n’irons loin de toi », cela veut dire que le peuple reconnaît ses infidélités et il considère que ses malheurs présents en sont la conséquence. Le reste du psaume détaillera ces malheurs, mais déjà, sans aller chercher plus loin, nous lisons « Réveille ta vaillance et viens nous sauver », une phrase qu’on ne dirait pas si on n’expérimentait pas cruellement le besoin d’être sauvé.

Et vers qui se tourne-t-on quand tout va mal ? Évidemment vers Dieu, parce qu’on sait qu’il n’a jamais abandonné son peuple, quoi qu’il arrive. Pour le supplier, on l’invoque sous deux titres : il est le berger d’Israël, il en est aussi le vigneron. Deux images de sollicitude, d’attention constante ; deux images inspirées par la vie quotidienne en Palestine, où, aux temps bibliques, les bergers et les vignerons étaient très présents dans la vie économique.

Première métaphore, Dieu est le Berger d’Israël : dans le langage de cour du Proche-Orient ancien, le titre de berger était couramment appliqué aux rois. Dans la Bible, il est d’abord appliqué à Dieu, et si les rois d’Israël sont eux aussi appelés “bergers du peuple”, ce n’est que par délégation ; le véritable berger d’Israël, c’est Dieu. On trouve donc parfois dans l’Ancien Testament le titre de berger appliqué à Dieu, par exemple dans le psaume 22/23 : “Le SEIGNEUR est mon berger, je ne manque de rien.” Ou dans le livre de la Genèse, quand Jacob bénit son fils Joseph, il invoque “le Dieu en présence de qui ont marché mes pères Abraham et Isaac, le Dieu qui fut mon berger depuis que j’existe et jusqu’à ce jour…” (Gn 48,15) ; et quand il bénit ses douze fils, il le fait “au nom du Berger, la Pierre d’Israël” (Gn 49,24). On trouve encore chez Isaïe “Voici votre Dieu, voici le SEIGNEUR Dieu !… Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.” (Is 40,9… 11).

Quant à l’image du peuple d’Israël comme le troupeau de Dieu, elle est très souvent développée : par exemple dans le psaume 94/95 : “Oui, il est notre Dieu, nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main.” Ce psaume est une méditation sur l’Exode : c’est là qu’on a fait l’expérience première de la sollicitude de Dieu ; sans lui, on ne s’en serait jamais sortis ! C’est lui qui a rassemblé son peuple comme un troupeau et lui a permis de survivre malgré tous les obstacles. Et quand le psaume d’aujourd’hui reprend la même image “Berger d’Israël, écoute, toi qui conduis ton troupeau, resplendis !” c’est aussi une référence à l’expérience fondamentale de l’Exode et de la sortie d’Égypte.

La deuxième métaphore développée dans ce psaume compare Dieu à un vigneron :

« Dieu de l’univers, reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu’a plantée ta main puissante. » Le texte le plus évocateur sur ce thème (et visiblement notre psaume s’en est inspiré), c’est le chant de la vigne chez Isaïe : « Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. » (Is 5,1-2d). (On pense généralement que ce chant de la vigne chez Isaïe s’inspire d’un chant populaire, qu’on chantait dans les mariages comme modèle de sollicitude du jeune marié pour sa bien-aimée.)

En écho, dans des versets que nous ne lisons pas ce dimanche, notre psaume développe la comparaison ; la sollicitude de Dieu pour son peuple y est comparée à celle du vigneron pour sa vigne : « La vigne que tu as prise à l’Égypte, tu la replantes en chassant des nations. Tu déblaies le sol devant elle, tu l’enracines pour qu’elle emplisse le pays. Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage, les cèdres géants ; elle étendait ses sarments jusqu’à la mer, et ses rejets, jusqu’au Fleuve. » (v. 9-12). On a ici l’évocation des heures de gloire d’Israël : les débuts du peuple, avec la sortie d’Égypte, l’Exode, l’entrée en terre Promise, l’Alliance de Dieu avec les douze tribus, la conquête progressive de la terre… et surtout, l’ascension irrésistible de ce peuple parti de rien ! Et cette aventure extraordinaire, ce peuple sait bien que c’est à son Dieu qu’il la doit, à sa Présence continuelle, à sa sollicitude. C’est lui, réellement, qui a fait naître et grandir son peuple avec un soin jaloux. Et la croissance a été telle qu’on peut réellement parler d’heures de gloire : « Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage, les cèdres géants ; elle étendait ses sarments jusqu’à la mer, et ses rejets, jusqu’au Fleuve », c’est une évocation des conquêtes de David qui a considérablement repoussé les frontières de son royaume.

UNE VIGNE DÉCEVANTE

Seulement voilà : la lune de miel n’a pas duré ; chez Isaïe, déjà, la chanson racontait un amour heureux au début, mais finalement malheureux : la bien-aimée a été infidèle. Que disait l’amoureux déçu ? Voici la suite du chant de la vigne chez Isaïe : « Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? (Is 5,2-4). Et l’on connaît la fin de la chanson, le vigneron en colère abandonne sa vigne : « Je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée : elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. » (Is 5,5-6).

Dans ce psaume, c’est la même histoire d’un amour trompé ; bien sûr, quand il s’agit d’Israël, ce qu’on appelle ses infidélités, ce sont l’idolâtrie et tous les manquements à la Loi de Dieu. Et, là encore, cela n’a pas été sans conséquences : à entendre en entier notre psaume d’aujourd’hui, le malheur est arrivé.

Voici quelques versets : « Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent. » (v. 13-14). Et, un peu plus loin : « La voici détruite, incendiée » (v. 17), ailleurs encore : « Tu fais de nous la cible des voisins : nos ennemis ont vraiment de quoi rire ! » (v. 7). Traduisez : nous sommes en période d’occupation étrangère, les animaux qui dévastent la vigne (et les sangliers, comme les porcs, étaient des animaux impurs), ce sont les puissances étrangères, les ennemis du moment. De quels ennemis s’agit-il précisément ? L’histoire ne le dit pas. En tout cas, il est clair qu’Israël reconnaît une faute et pense être châtié par Dieu ; le psaume implore son pardon en disant : « Vas-tu longtemps encore opposer ta colère aux prières de ton peuple, le nourrir du pain de ses larmes, l’abreuver de larmes sans mesure ? » (v. 5-6).

Cette image d’un Dieu qui punit nous heurte aujourd’hui, parce que, grâce à la pédagogie patiente de Dieu, nous avons progressé dans la Révélation : alors que ce psaume, évidemment, reflète l’état de la réflexion théologique à l’époque où il a été écrit. À cette époque-là, on considère que tout vient de Dieu, le bonheur comme le malheur. Plus tardivement on découvrira que Dieu respecte tellement la liberté de l’homme qu’il ne tire pas toutes les ficelles de l’histoire.

Quoi qu’il en soit, ce psaume nous donne une magnifique leçon de foi et d’humilité : le peuple reconnaît ses infidélités et prend la ferme résolution de ne pas les répéter : « Jamais plus nous n’irons loin de toi ». En même temps c’est vers Dieu aussi qu’il se tourne pour demander la force de la conversion : « Fais-nous vivre et invoquer ton nom. »

 

1er dimanche de l’Avent, année B

PSAUME POUR CÉLÉBRATION PÉNITENTIELLE

« Jamais plus nous n’irons loin de toi, fais-nous vivre et invoquer ton Nom ». Ce psaume est un véritable cri de détresse : Israël, probablement dans une célébration pénitentielle, lance vers son Dieu une prière de supplication. C’est une prière chantée, très certainement, car elle comprend cinq strophes séparées par des refrains1 ; les strophes sont construites en alternance : tantôt rappels du passé… tantôt appels au secours pour le présent. Quant aux refrains, ils sont une demande de pardon : « Dieu, fais-nous revenir, que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés ». Tout ce psaume, et spécialement son refrain, dit l’impatience de voir s’accomplir enfin définitivement ces promesses de salut de Dieu : « Réveille ta vaillance et viens nous sauver ».

Pour garder l’espérance, on s’appuie sur les souvenirs du passé. Dieu a prouvé maintes fois son amour pour son peuple… donc il le sauvera encore. Les souvenirs du passé : ce sont, bien sûr, les débuts de ce peuple avec la sortie d’Égypte, l’Exode, l’entrée en Terre promise, l’Alliance de Dieu avec les douze tribus, la conquête progressive de la Terre… et surtout l’irrésistible ascension de ce peuple parti de rien (au début ce n’était qu’une poignée d’esclaves échappés).

Et cette aventure extraordinaire, ce petit peuple sait bien que c’est à Dieu qu’il la doit, à sa Présence continuelle : c’est lui, réellement, qui a fait naître et grandir son peuple, qui l’a protégé inlassablement au cours du temps.

Cet amour de Dieu pour son peuple, sa sollicitude qu’on a tant de fois expérimentée, on l’exprime par deux images privilégiées dans la Bible, celle du berger, celle du vigneron. Deux figures qui disent, l’une et l’autre, le soin jaloux dont Dieu entoure son Peuple : comme un vigneron soigne sa vigne ; comme un berger veille sur ses brebis pour n’en perdre aucune. « Berger d’Israël… Toi qui conduis ton troupeau… Visite cette vigne qu’a plantée ta main puissante… Que ta main soutienne ton protégé. »

 

LA SOLLICITUDE DU BERGER ET CELLE DU VIGNERON

Le berger, nous l’avons longuement évoqué la semaine dernière, à l’occasion de la fête du Christ-Roi : nous avons lu en particulier la superbe prédication du prophète Ézéchiel : « Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau… ainsi je veillerai sur mes brebis… La brebis perdue, je la chercherai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. »

Le vigneron, également, est un bel exemple de sollicitude : car la vigne est réputée pour être une culture exigeante. À tel point que, dans une fameuse chanson de noces, la même attention amoureuse était recommandée au jeune époux envers son épouse. Lorsque, à partir du huitième siècle av. J.-C, les prophètes, à commencer par Osée, commencèrent à considérer l’Alliance entre Dieu et son peuple non plus seulement comme un contrat juridique, mais comme un lien d’amour, alors l’image de la vigne s’imposa d’elle-même : Dieu, comme un vigneron, entoure son peuple de soins constants. La vigne est donc devenue une métaphore privilégiée de l’Alliance : et nous avons entendu récemment la prédication d’Isaïe (c’était à l’occasion du vingt-septième dimanche) : « La vigne du SEIGNEUR de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plan qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda » (Is 5,7). Le raisin, lui aussi, offrait matière à réflexion : bon ou mauvais, il symbolisait le comportement du peuple et de ses chefs. Et les prophètes Osée, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel ont souvent déploré les manquements à l’Alliance comme autant de mauvais fruits : « Moi pourtant, j’avais fait de toi une vigne de raisin vermeil, tout entière d’un cépage de qualité. Comment t’es-tu changée pour moi en vigne méconnaissable et sauvage ? » disait Jérémie (Jr 2,21).

Puis vint l’Exil à Babylone, et le peuple fut comparé à une vigne à l’abandon : « La vigne que tu as prise à l’Égypte… Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent » (c’est l’un des thèmes de notre psaume d’aujourd’hui : Ps 79/80,9-14).

 

LES « KÉROUBIM », C’EST-À-DIRE LES « CHÉRUBINS »

Dernière remarque : je relève un nom curieux dans ces versets : les « Keroubim » ; c’est un mot hébreu qui a donné notre mot « Chérubins ». C’est là encore un rappel des temps heureux. L’Arche d’Alliance était un coffret précieux en bois d’acacia, plaqué d’or, qui mesurait cent vingt-cinq centimètres de long et soixante-quinze centimètres de large. Il renfermait les Tables de la Loi données par Dieu à Moïse au Sinaï. Ce coffret était surmonté d’une plaque d’or (qu’on appelait le propitiatoire), et de deux statues de chérubins en bois d’olivier plaqué d’or. Les chérubins étaient des animaux : à corps et pattes de lion, tête d’homme, et des ailes immenses.

Leur rôle était de protéger l’Arche de leurs ailes et on les considérait comme le marchepied du trône invisible de Dieu. Tout au long de l’Exode, l’Arche, abritée sous une tente, a accompagné le peuple ; plus tard, le roi Salomon l’a placée dans le temple de Jérusalem. Bien sûr, on n’a jamais pensé enfermer la présence de Dieu dans une tente ou dans un temple, mais l’Arche était le signe visible, le symbole de cette Présence. « Toi qui sièges au-dessus des Keroubim… »

Ce rappel, ici, évoque non seulement la splendeur de ce Temple magnifique ; il évoque surtout la Présence du Dieu fidèle qui n’a jamais abandonné son peuple. 

—————————————————————————————————————————————

NOTE

La liturgie de ce dimanche ne nous propose que quelques extraits de ce psaume. Voici quelques notes complémentaires

1- Ce psaume est relativement court, mais très dense ; vingt versets seulement, qui sont un véritable résumé de l’histoire d’Israël : ses heures de gloire, ses heures de peine.

Les heures de peine, j’en ai parlé plus haut.

Les heures de gloire : ce sont, bien sûr, les débuts de ce peuple avec la sortie d’Égypte, l’Exode, l’entrée en Terre promise, l’Alliance de Dieu avec les douze tribus, la conquête progressive de la Terre… et surtout l’irrésistible ascension de ce peuple parti de rien (au début ce n’était qu’une poignée d’esclaves échappés). Heures difficiles, certes, mais le temps embellit les souvenirs et puis c’était tellement beau par rapport au présent… et surtout, cette aventure extraordinaire, ce petit peuple sait bien que c’est à Dieu qu’il la doit, à sa Présence continuelle : c’est lui, réellement, qui a fait naître et grandir son peuple, qui l’a protégé avec un soin jaloux. « Berger d’Israël… Toi qui conduis ton troupeau… Visite cette vigne qu’a plantée ta main puissante… Que ta main soutienne ton protégé. »

 

2- La Septante (la traduction grecque du troisième siècle av. J.-C.), a ajouté un mot au premier verset pour situer l’ennemi : il s’agirait de l’Assyrie. Cela nous reporterait donc historiquement, bien avant l’Exil à Babylone, entre le neuvième et le septième siècles av. J.-C. à un moment où l’Assyrie était une formidable puissance en pleine expansion ; c’est elle qui a écrasé le Royaume du Nord (Samarie), en 721… avant d’être écrasée à son tour par Babylone. Mais les commentaires juifs actuels sont d’accord pour attribuer à ce psaume une date beaucoup plus tardive.

On ne sait pas exactement dans quel contexte historique est né ce psaume : en tout cas, c’est évident, dans une période d’épreuves  et de douleur : « SEIGNEUR, Dieu de l’univers, vas-tu longtemps encore opposer ta colère aux prières de ton peuple, le nourrir du pain de ses larmes, l’abreuver de larmes sans mesure ? » Cette épreuve, c’est l’occupation étrangère ; le texte est très clair sur ce point, quand il parle de vigne ravagée par des bêtes féroces, de clôture rompue (il s’agit des frontières). Voici quelques versets que nous n’entendons pas ce dimanche : « Tu fais de nous la cible des voisins, nos ennemis ont vraiment de quoi rire ! … La vigne que tu as prise à l’Égypte… pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des champs la ravage et les bêtes des champs la broutent… La voici détruite, incendiée ». C’est peut-être une allusion aux horreurs du siège de Jérusalem par les troupes de Nabuchodonosor, roi de Babylone, en 587.

3- Le verset 3 cite Éphraïm, Benjamin, Manasse : pourquoi eux ?

« Berger d’Israël, écoute, toi qui conduis Joseph, ton troupeau : resplendis au-dessus des Keroubim, devant Éphraïm, Benjamin, Manassé ». Éphraïm, Benjamin, Manassé, ce sont les noms de trois tribus d’Israël… trois sur les douze… On peut se demander « pourquoi ces trois-là ? » Et pourquoi est-il question de Joseph, et pas d’un autre ancêtre du peuple, Abraham ou Isaac, par exemple ? Le texte n’en dit pas plus.

Un petit peu de généalogie va nous le faire comprendre : Jacob a eu douze fils de quatre femmes différentes. Les quatre mères, ce sont d’abord ses deux épouses, Léa et Rachel, les deux sœurs, filles de Laban, puis leurs deux servantes, Bilha et Zilpa. Vous vous souvenez du piège dans lequel était tombé Jacob le jour de son mariage ; il avait demandé Rachel en mariage, celle qu’il aimait d’amour tendre… et le beau-père avait fait semblant d’accepter ; mais la fiancée est voilée jusqu’à la nuit de noces ; et le beau-père soucieux de caser d’abord Léa, la fille aînée, en avait profité pour marier Léa et non Rachel. Cruelle déception sous la tente au petit matin…  et Jacob n’avait pu obtenir Rachel qu’en second ! Heureusement que la polygamie existait encore, en un sens ! Rachel a eu deux fils, Joseph et Benjamin ; et Joseph, fils de Rachel, a eu aussi deux fils, Éphraïm et Manassé. Ces quatre noms, Joseph, Benjamin, Éphraïm et Manassé, ce sont donc les descendants nés de l’amour de Jacob et Rachel. Ils sont les fils de la tendresse.

Commentaire de Thierry Jallas.

Je crois que ce psaume « responsorial » répond à la première lecture : alors que David pleure la défaite d’Israël et la mort du roi, le psaume est une supplication collective vers Dieu pour qu’il relève son peuple après la catastrophe. C’est le cri du peuple qui se reconnaît comme la « vigne » que Dieu a plantée mais qui est maintenant dévastée. C’est une magnifique transition liturgique : on passe de la déploration humaine (David) à la prière de confiance envers le « Berger d’Israël ».

Évangile

« Les gens de chez lui affirmaient : Il a perdu la tête » (Mc 3, 21)

Alléluia. Alléluia.
Seigneur, ouvre notre cœur
pour nous rendre attentifs aux paroles de ton Fils.
Alléluia. (cf. Ac 16, 14b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (3, 20-21).

En ce temps-là,
20    Jésus revint à la maison,
où de nouveau la foule se rassembla,
si bien qu’il n’était même pas possible de manger.
21    Les gens de chez lui, l’apprenant,
vinrent pour se saisir de lui,
car ils affirmaient :
« Il a perdu la tête. »

Fichier audio des lectures du jour, suivies d’un commentaire de 3′ 55 » à 9′ 57 » – Merci à « Parole et Évangile du jour – Cathoglad » !

Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.

Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista, à partir de 4’45 ».

Méditation du père Gilles.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Commentaire de La Minute-Spi.

Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.

Homélie du jour, à Notre-Dame de Paris.

Homélie de la messe du jour à Lourdes.

« La lèpre et François » – Évangile du jour & commentaire par le frère Paul ADRIEN (qui propose aussi « La Bible en un an ».

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

* * * * *

Je trouve que le passage de l’Évangile montre

  • le succès populaire de Jésus : la foule est telle que Jésus et ses disciples n’ont même plus le temps de manger ;
  • l’incompréhension des proches : c’est le contraste frappant avec la première lecture (David qui pleure Saül et Jonathan). Alors que David manifeste une loyauté absolue envers ses proches, sa « famille royale », la famille de sang de Jésus, elle, porte des jugements sur lui et veut se saisir de lui au motif qu’il est devenu fou.

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
– – –

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