Lectures du mardi de la 3e semaine de Carême, année paire. 10 mars 2026

Lectures du mardi de la 3e semaine de Carême, année paire. 10 mars 2026

« Le mauvais serviteur » – Détail d’une fresque de Marthe Flandrin dans le déambulatoire de la cathédrale Sainte-Geneviève-et-Saint-Maurice de Nanterre (92).
Photo de Benoît GUEUDET, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. »

De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité : « La dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre… ».

Première lecture

« Avec nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois-nous » (Dn 3, 25.34-43)

Lecture du livre du prophète Daniel (3, 39).

En ces jours-là,
25 Azarias, debout, priait ainsi ;
au milieu du feu, ouvrant la bouche, il dit :
34 À cause de ton nom, ne nous livre pas pour toujours
et ne romps pas ton alliance.
35 Ne nous retire pas ta miséricorde,
à cause d’Abraham, ton ami,
d’Isaac, ton serviteur,
et d’Israël que tu as consacré.
36 Tu as dit que tu rendrais leur descendance
aussi nombreuse que les astres du ciel,
que le sable au rivage des mers.

37 Or nous voici, ô Maître,
le moins nombreux de tous les peuples,
humiliés aujourd’hui sur toute la terre,
à cause de nos péchés.
38 Il n’est plus, en ce temps, ni prince ni chef ni prophète,
plus d’holocauste ni de sacrifice,
plus d’oblation ni d’offrande d’encens,
plus de lieu où t’offrir nos prémices
pour obtenir ta miséricorde.
39 Mais, avec nos cœurs brisés,
nos esprits humiliés, reçois-nous,
40 comme un holocauste de béliers, de taureaux,
d’agneaux gras par milliers.
Que notre sacrifice, en ce jour,
trouve grâce devant toi,
car il n’est pas de honte
pour qui espère en toi.

41 Et maintenant, de tout cœur, nous te suivons,
nous te craignons et nous cherchons ta face.
42 Ne nous laisse pas dans la honte,
agis envers nous selon ton indulgence
et l’abondance de ta miséricorde.
43 Délivre-nous en renouvelant tes merveilles,
glorifie ton nom, Seigneur.

Psaume

Psaume 24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9

R/ Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse. (24, 6a)

4 Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
5 Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

6 Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
7 Dans ton amour, ne m’oublie pas,
5d en raison de ta bonté, Seigneur.

8 Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
9 Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut.

Nous ne reproduirons pas, ci-dessous, ses commentaires à l’occasion du 1er dimanche de l’Avent, année C (Ps 24, 4-5, 8-9, 10.14).

Nous publions, en revanche, ses commentaires à l’occasion du 3e dimanche du temps ordinaire, année B, puis à celle du 26e dimanche du temps ordinaire, année A.  Ces 2 jours-là, le texte lu (Ps 24, 4-9) est presque identique à celui d’aujourd’hui.

4  SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies,
    fais-moi connaître ta route.
5  Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
    car tu es le Dieu qui me sauve.

6  Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse,
    ton amour qui est de toujours.
7  Dans ton amour, ne m’oublie pas,
    en raison de ta bonté, SEIGNEUR.

8  Il est droit, il est bon, le SEIGNEUR,
    lui qui montre aux pécheurs le chemin.
9  Sa justice dirige les humbles,
    il enseigne aux humbles son chemin.
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LE SEIGNEUR ENSEIGNE AUX HUMBLES LE CHEMIN

Les Ninivites de l’histoire de Jonas étaient des gens très coupables : la ville était tellement pervertie  que Dieu avait dit : « La méchanceté des habitants de Ninive est montée jusqu’à moi », ce qui était une formule habituelle dans la Bible pour ce qu’on pourrait appeler « les cas graves » ! Et pourtant Dieu leur avait accordé son pardon dès leur premier geste de conversion. Le livre de Jonas dit bien « Dieu vit leur réaction : ils revenaient de leur mauvais chemin. Aussi revint-il sur sa décision… » Ce qui voulait dire : on peut toujours changer de conduite, « revenir de son mauvais chemin », on n’est jamais définitivement condamné. Il suffit de se retourner vers le Seigneur, de faire demi-tour ; d’ailleurs, c’est le sens même du verbe se « convertir » en hébreu.

Le psaume 24/25 est justement la prière d’un pécheur : un pécheur qui désire changer de chemin, se convertir ; un pécheur qui sait que c’est toujours possible parce qu’il est confiant dans la miséricorde de Dieu : « Le Seigneur montre aux pécheurs le chemin, Il enseigne aux humbles son chemin » sous-entendu la seule chose qui nous est demandée, ce n’est pas la vertu, mais l’humilité. Le mot « humbles »,  ici traduit le mot hébreu « anawim » très fréquent dans la Bible : il s’agit de ceux qu’on appelle aussi les « pauvres de Dieu » (ce que nous appelons les « pauvres de cœur »), c’est-à-dire tous ceux qui se reconnaissent démunis, pauvres, impuissants ; on dit aussi « les dos courbés ». Ce sont ceux dont la prière se réduit à dire « prends pitié de moi parce que je suis un pauvre homme pécheur » comme le publicain de l’évangile.

C’est à ceux-là que Dieu enseigne son chemin : non pas que Dieu les choisisse ou les préfère ; mais les autres n’écouteraient pas les explications puisqu’ils n’en éprouvent pas le besoin ! Prière et précarité, c’est la même racine, en latin !

Prenons un exemple : il nous est arrivé à tous, un jour ou l’autre, d’être un peu perdus dans une ville ou sur une route inconnue et d’être réduits à demander notre chemin à un passant… Que se passe-t-il si on n’a pas écouté ? Très vite on est de nouveau perdus. Tandis que ceux qui éprouvaient réellement le besoin des explications les ont écoutées ; ils trouvent le chemin.

Ce thème du chemin est très présent dans ce psaume 24/25 : ici, déjà, dans les quelques versets proposés pour ce troisième dimanche, il y a déjà les mots « voies », « route », « chemin », et le verbe « dirige-moi ». « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve… Le SEIGNEUR montre aux pécheurs le chemin. Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles le chemin ». C’est un thème typique des psaumes pénitentiels : parce que la Loi de Dieu (les commandements) est considérée comme le code de la route en quelque sorte ; Dieu a commencé par libérer son peuple, puis après, seulement après, il lui a dicté la loi qui est le mode d’emploi de cette liberté pour toute la vie religieuse, familiale et sociale, de A à Z, comme on dit.

UN PSAUME ALPHABÉTIQUE

On comprend dès lors pourquoi ce psaume 24/25 est ce qu’on appelle un « psaume alphabétique ». Il comprend vingt-deux versets dont chacun commence par une lettre de l’alphabet, dans l’ordre alphabétique ; nos Bibles le signalent parfois en inscrivant la première lettre de chaque verset en marge du psaume ; ce procédé littéraire bien connu s’appelle un acrostiche ; mais ici, nous ne sommes pas en littérature : il s’agit d’une véritable profession de foi. Le juif croyant sait que si Dieu a donné la Loi à l’homme, c’est pour son bonheur : la Loi est donc un véritable cadeau de Dieu. À vrai dire, le mot « Torah » en hébreu, ne vient pas d’une racine qui signifierait « prescrire » mais d’un verbe qui signifie « enseigner » : la loi est un maître de liberté ; elle enseigne la voie pour aller à Dieu : « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve… »

Au passage, ce psaume nous offre une série de variations sur le thème du souvenir et de l’oubli. « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse… Oublie les révoltes… Ne m’oublie pas ». Au fond, on prie Dieu d’avoir une mémoire sélective, une sorte de filtre : « Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse » et au contraire « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse, ton amour qui est de toujours ». C’est à la fois de l’audace et de l’humilité ! L’audace que permet l’Alliance : car le pécheur qui parle ici, on le sait bien, n’est pas un individu, mais le peuple élu tout entier ; le JE est un JE collectif. Dieu a choisi ce peuple et l’a libéré ; et il s’est révélé à lui comme le Dieu de tendresse et de fidélité, lent à la colère et plein d’amour » (Ex 34,6). Plus que la prière personnelle d’un individu isolé, ce psaume a certainement été composé pour des célébrations pénitentielles au Temple de Jérusalem.

Face à cette Alliance indéfectible de Dieu, le peuple, lui, sait bien qu’il a multiplié les infidélités ; au milieu du psaume, au verset 11, il y a cette prière « pardonne ma faute, elle est grande ! » Mais puisque Dieu demeure celui qui aime et pardonne, on ose lui dire « Oublie mes révoltes »… et « Rappelle-toi ta tendresse »… C’est logique, d’ailleurs : quand on aime vraiment quelqu’un, c’est l’amour même qu’on lui porte qui permet de lui pardonner ! Et si on ne pardonne pas… c’est qu’on n’aime pas vraiment !

Enfin, ce psaume nous réserve encore une leçon : ni dans les versets que nous lisons ce dimanche, ni dans le reste du psaume, il n’y a ce qu’on pourrait appeler un examen de conscience ; le centre de cette prière de pénitence, ce n’est pas notre péché, c’est Dieu et son œuvre de salut, de libération. Il n’est question que de lui : « tes voies, ta route, ta vérité, ta tendresse, ton amour… » Elle est là, déjà, la conversion : quand nous cessons de nous regarder nous-mêmes,  pour nous tourner vers Dieu.

LE THÈME DU CHEMIN

Vous avez entendu les mots « voies », « route », « chemin », et le verbe « dirige-moi ». « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve… Le SEIGNEUR montre aux pécheurs le chemin. Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles son chemin ».

Ce thème du chemin est typique des psaumes pénitentiels : la Loi de Dieu, (les commandements), est considérée comme le code de la route en quelque sorte ; c’est un pécheur qui parle dans ce psaume, un pécheur qui est conscient de s’être égaré, d’avoir pris un sens interdit ; et il demande à être remis sur le droit chemin. On sait que se « convertir » en hébreu, se dit « faire demi-tour ».

Il n’est jamais trop tard pour faire demi-tour : dans la première lecture de ce dimanche, Ézékiel affirmait qu’un avenir est toujours possible, on n’est jamais définitivement condamné. C’est pour cela qu’il est toujours temps de dire à Dieu « SEIGNEUR, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route ». Il suffit de croire en la miséricorde de Dieu : « Le SEIGNEUR montre aux pécheurs le chemin, Il enseigne aux humbles son chemin »… sous-entendu c’est la seule chose qui nous est demandée, non pas la vertu, mais l’humilité.  

Le mot « humbles », ici, traduit le mot hébreu « anavim » très fréquent dans la Bible : il s’agit de ceux que nous appelons les « pauvres de cœur », c’est-à-dire tous ceux qui se reconnaissent démunis, pauvres, impuissants ; on les appelle parfois « les dos courbés ». C’est chacun de nous, quand nous en sommes réduits à prier en disant seulement « prends pitié ». Ici la supplication est une demande de conversion : « SEIGNEUR, enseigne-moi tes chemins ».

Le pécheur qui parle ici n’est pas tout seul : il s’agit du peuple tout entier ; ce psaume 24/25 a été certainement composé pour des célébrations pénitentielles au Temple de Jérusalem : mais, là encore, son rapprochement avec le texte d’Ézékiel proposé pour ce vingt-sixième dimanche va nous permettre de mieux comprendre un aspect de la prière juive. C’est cette imbrication permanente du « Je » et du « Nous ».

Comme tous les psaumes, celui-ci parle à la première personne du singulier, « JE », mais il faut l’entendre comme un JE collectif, au nom du peuple tout entier. Il n’y a pas moins individualiste que le peuple de la Bible ! Et d’ailleurs, si vous avez la curiosité de lire ce psaume en entier, vous verrez qu’après avoir parlé tout le temps à la première personne du singulier, il se termine en disant « Libère Israël, ô mon Dieu, de toutes ses angoisses ».

DONNER SA PLACE À L’INDIVIDU SANS NIER LA COMMUNAUTÉ

Parce qu’on a un sens très fort de la solidarité qui unit tous les membres d’une même famille, d’une même tribu, dans l’espace et dans le temps, on trouve normal d’invoquer le Dieu des pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… À travers les générations, une véritable solidarité unit le patriarche à ses lointains descendants, et réciproquement. On trouve donc parfaitement normal aussi que l’Alliance conclue avec Noé, avec Abraham, avec Moïse concerne tous leurs descendants, le peuple tout entier.

Aujourd’hui, nous mettons plutôt l’accent sur l’individu, la dimension du bonheur personnel ; au point que notre société en arrive à donner parfois l’impression d’être polarisée sur la défense des droits individuels, au détriment des valeurs communautaires. Au début de l’histoire biblique, au contraire, tout était centré sur le peuple : ce n’est que progressivement qu’on a découvert l’importance de l’individu.

C’est certainement l’une des réussites de la pensée biblique que d’avoir su donner sa place à l’individu sans nier la communauté. C’est ainsi par exemple que le livre du Deutéronome et les textes prophétiques mêlent souvent le « tu » et le « vous » : « Voici le commandement, les décrets et les ordonnances que le SEIGNEUR votre Dieu m’a prescrit de vous enseigner, pour que vous les mettiez en pratique dans le pays dont vous allez prendre possession quand vous aurez passé le Jourdain. Tu craindras le SEIGNEUR ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses décrets et ses commandements, que je te prescris aujourd’hui, et tu auras longue vie. » (Dt 6,1-2)1.

Il y a là un moyen saisissant de dire à quel point notre destin personnel est lié à celui de la communauté. Nous sommes profondément solidaires les uns des autres, nous le savons bien ; et les progrès des communications, la mondialisation de l’économie, dont on parle tant, nous le prouvent tous les jours. Pour autant, nous ne sommes pas fondus dans un grand tout et chacun de nous garde une marge de liberté et de responsabilité.

Pour revenir au psaume 24/25, ce pécheur à la fois humble et confiant, c’est donc inséparablement, chacun de nous, individuellement, ET la communauté croyante tout entière.

Dernière remarque : le psaume présente une série de variations sur le thème du souvenir et de l’oubli. « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse… Oublie les révoltes… Ne m’oublie pas ». C’est à la fois de l’audace et de l’humilité ! Au fond, on prie Dieu d’avoir une mémoire sélective : « Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse » et au contraire « Rappelle-toi, SEIGNEUR, ta tendresse, ton amour qui est de toujours ». C’est l’audace que permet l’Alliance avec le Dieu « tendre  et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » (Ex 34,6). Décidément on n’avait pas attendu le Nouveau Testament pour découvrir que Dieu est Père !
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Note

L’alternance du « tu » et du « vous » reste surprenante. Or il ne s’agit certainement pas d’un défaut de style, surtout dans ce texte, l’un des plus vénérables de l’Ancien Testament, puisqu’il est l’introduction du fameux « Shema Israël » (« Écoute Israël, le SEIGNEUR notre Dieu est l’Unique »).

On sait que plusieurs textes du livre du Deutéronome ont été composés par juxtaposition de passages d’origines différentes ; on pourrait penser que c’est le cas ici : des phrases écrites en « tu » auraient été juxtaposées avec des phrases rédigées en « vous ». C’est possible, mais si c’est le cas, il reste que le rédacteur final n’a pas cherché à harmoniser le texte : gardant ainsi, volontairement, la double dimension individuelle et communautaire.

Évangile

« C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère » (Mt 18, 21-35)

Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté !

Maintenant, dit le Seigneur,
revenez à moi de tout votre cœur,
car je suis tendre et miséricordieux.
Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté !
(cf. Jl 2, 12b-13c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (18, 21-35).

     En ce temps-là,
21 Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander :
     « Seigneur, lorsque mon frère commettra
     des fautes contre moi,
     combien de fois dois-je lui pardonner ?
     Jusqu’à sept fois ? »
22 Jésus lui répondit :
     « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
     mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.
23 Ainsi, le royaume des Cieux est comparable
     à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
24 Il commençait,
     quand on lui amena quelqu’un
     qui lui devait dix mille talents,
     (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).
25 Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser,
     le maître ordonna de le vendre,
     avec sa femme, ses enfants et tous ses biens,
     en remboursement de sa dette.
26 Alors, tombant à ses pieds,
     le serviteur demeurait prosterné et disait :
     Prends patience envers moi,
     et je te rembourserai tout.
27 Saisi de compassion, le maître de ce serviteur
     le laissa partir et lui remit sa dette.
28 Mais, en sortant, le serviteur trouva un des ses compagnons
     qui lui devait cent pièces d’argent.
     Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant :
     ‘Rembourse ta dette !’
29 Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait :
     ‘Prends patience envers moi,
     et je te rembourserai.’
30 Mais l’autre refusa
     et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.
31 Ses compagnons, voyant cela,
     furent profondément attristés
     et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.
32 Alors celui-ci le fit appeler et lui dit :
     ‘Serviteur mauvais !
     je t’avais remis toute cette dette
     parce que tu m’avais supplié.
33 Ne devais-tu pas, à ton tour,
     avoir pitié de ton compagnon,
     comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’
34 Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux
     jusqu’à ce qu’il eût tout remboursé tout ce qu’il devait.
35 C’est ainsi que mon Père du Ciel vous traitera,
     si chacun de vous ne pardonne pas à son frère
     du fond du cœur. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut à l’occasion du 24e dimanche du temps ordinaire, année A.

QUAND LA PITIÉ DÉBORDE NOS CALCULS MESQUINS

Cette parabole se présente comme une histoire en trois actes : acte 1, le roi règle ses comptes avec ses serviteurs, et on lui amène cet homme qui lui doit une somme énorme ; logiquement, légalement, c’est la prison pour dettes pour lui et pour toute sa famille jusqu’à ce qu’ils aient tous assez travaillé pour tout rembourser… Et encore, la somme est telle que plusieurs vies n’y suffiraient pas. Le débiteur implore un délai et le roi, pris de pitié, le laisse aller en lui disant « tu ne me dois plus rien ».

Acte 2, ce même serviteur fait l’inverse avec son propre débiteur : pour une dette dérisoire, il n’écoute pas la pitié, il ne parle même pas de délai, et le fait jeter en prison. Acte 3, le roi lui reproche sa dureté de cœur : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? »

C’est donc d’abord une parabole sur la pitié de Dieu : une pitié qui ne demande qu’à nous remettre toutes nos dettes ; une pitié qui devrait « déteindre » sur nous, en quelque sorte, puisque nous sommes à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Cette pitié ne nous est pas naturelle et la question de Pierre le prouve bien ; même quand nous sommes bien intentionnés, disposés à pardonner, nous voudrions quand même bien ne pas nous laisser entraîner trop loin ! « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » On est encore loin de la remise d’une dette incalculable, comme celle de la parabole ! Et c’est certainement l’un des accents de cette petite histoire : le calcul n’est pas de mise. Il ne s’agit pas de savoir à partir de quel moment nous sommes en règle avec la pitié.

La pitié, par définition, c’est l’émotion qui nous prend aux entrailles, c’est plus fort que nous, cela déborde nos calculs mesquins. C’est à cela que Jésus invite Pierre : dépasser tout calcul, toute raison raisonnante. Sept fois, pourtant, ce n’était déjà pas mal… et saint Pierre, en proposant le chiffre sept, très symbolique, avait déjà fait un grand pas ! Mais Jésus l’invite à tout autre chose : il faut aller jusqu’à soixante-dix fois sept fois (ou soixante-dix-sept fois sept fois selon d’autres manuscrits) autrement dit indéfiniment.

Jésus ne reprend pas ces chiffres par hasard : rappelez-vous l’histoire de Caïn et celle de Lamek : après le meurtre de son frère Abel, Caïn vivait dans la crainte de la vengeance tribale : « Le premier venu qui me trouvera me tuera ». (Gn 4,14). Et il ne devait sa survie qu’à la menace d’une vengeance encore plus terrible pour celui qui l’attaquerait : « Si quelqu’un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois ». (Gn 4,15). C’est ce qu’on peut appeler l’engrenage de la violence. Cinq générations plus tard, son arrière arrière petit-fils,  Lamek se glorifiait de se venger soixante-dix-sept fois ; et il chantait à ses femmes, Ada et Cilla, cette horrible chanson : « Ada et Silla, entendez ma voix, épouses de Lamek, écoutez ma parole : Pour une blessure, j’ai tué un homme ; pour une meurtrissure, un enfant. Caïn sera vengé sept fois, et Lamek, soixante-dix-sept fois ! » En d’autres termes « Pour une simple blessure, je tue un homme ; pour une simple meurtrissure, je tue un enfant, mais si quelqu’un me tue, je serai vengé soixante-dix-sept fois ». (Gn 4,23-24).

LE PARDON DE DIEU NE CONNAÎT PAS DE LIMITES

Tout au long de l’histoire biblique, Dieu va inviter l’humanité à se libérer de cette spirale de la violence. Cela commence par la loi du talion qui limite déjà la vengeance (un seul œil pour un œil, une seule dent pour une dent, une seule vie pour une vie) ; puis, au long des siècles et des progrès de la découverte du vrai Dieu, les textes de la Loi aussi bien que des prophètes invitent au pardon en annonçant le pardon de Dieu ; ainsi le peuple d’Israël apprend-il peu à peu à passer de la vengeance au pardon.

En prenant le contrepied de la chanson de Lamek (pardonner soixante-dix fois sept fois), Jésus invite Pierre, c’est-à-dire ses disciples, à franchir l’étape définitive, celle du pardon sans limites, tel que lui-même le vivra sur la Croix. Parce que le pardon du Christ est comme le pardon de Dieu, il ne connaît pas de limites.

Reste que la fin de la parabole paraît contredire ce pardon illimité de Dieu. Le serviteur qui n’a pas pardonné à son frère perd le bénéfice du pardon du roi. Il y a là certainement une très grande vérité de nos vies ; prenons un exemple : après une période sèche, la terre du jardin est devenue imperméable ; inutile d’ouvrir le jet d’eau, l’eau glissera sans pénétrer ; même une pluie torrentielle ne peut plus l’abreuver ; il faudra labourer d’abord. Dieu sait combien il nous est parfois difficile de pardonner, de « passer par-dessus l’offense » comme dit Ben Sirac. Mais justement, peut-être le pardon accordé à nos frères « de tout notre cœur » est-il ce labour préalable, indispensable pour accueillir la pitié de Dieu. Le cœur dur, le cœur sec ne peut pas recevoir l’ondée du pardon de Dieu.

Ce n’est pas Dieu qui cesse de pardonner, c’est nous qui sommes devenus imperméables ; mais au fait, c’est peut-être tout simplement parce que nous ne sommes pas assez lucides sur tous les pardons dont nous bénéficions : le serviteur de la parabole, grevé d’une dette monstrueuse, et qui s’en voyait libéré tout d’un coup, par pure bonté, aurait dû normalement être tellement envahi de reconnaissance qu’il en aurait oublié tout le reste !
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Complément

Dans l’épisode de la femme adultère (Jn 8), c’est quand les plus anciens prennent conscience des nombreux pardons accordés par Dieu au long de leur vie qu’ils abandonnent leurs pierres.

Parcours de Carême :  » « . Méditation de , pour Cathoglad.

Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.

Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista, à partir de 6’15 ».

Méditation du père Gilles.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie du père Achille José Nkomo B. FM pour Magnificat-TV (Franciscains de Marie).

Homélie du père Roger Wawa pour Radio-Maria-RDC.

Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.

Commentaires du frère Paul Adrien.

Homélie de la messe du jour à Lourdes.

Messe du jour à Notre-Dame de Paris.

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

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Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
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Aujourd’hui Seigneur, Pierre s’approche de toi pour te demander :
« Seigneur, lorsque mon frère commet des fautes contre moi,
combien de fois dois-je lui pardonner ?
Jusqu’à sept fois ? »

Tu lui réponds :
« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
mais jusqu’à 70 fois sept fois.

Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui veut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Il commence, quand on lui amène quelqu’un qui lui doit dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).
Comme cet homme n’a pas de quoi rembourser, le maître ordonne de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette.
Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeure prosterné et dit : “Prends patience envers moi,
et je te rembourserai tout.”
Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laisse partir et lui remet sa dette.
Mais, en sortant, ce serviteur trouve un de ses compagnons qui lui doit cent pièces d’argent.
Il se jette sur lui pour l’étrangler, en disant : “Rembourse ta dette !”
Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le supplie :
“Prends patience envers moi, et je te rembourserai.”
Mais l’autre refuse et le fait jeter en prison jusqu’à ce qu’il rembourse ce qu’il doit.
Ses compagnons, voyant cela, sont profondément attristés et vont raconter à leur maître tout ce qui s’est passé.
Alors celui-ci le fait appeler et lui dit :
“Serviteur mauvais ! Je t’ai remis toute cette dette parce que tu m’as supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour,
avoir pitié de ton compagnon,
comme moi-même j’ai eu pitié de toi ?”
Dans sa colère, son maître le livre aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait remboursé tout ce qu’il doit.

Et tu conclus, Seigneur :
« C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère
du fond du cœur. » (Mt 18,21-35)

Bien souvent, une parabole vaut mieux que beaucoup d’explications. Toutefois, je voulais dire un petit mot conclusif à la fin de cette parabole.

Nous avons très peu conscience de l’enjeu eschatologique du pardon dans nos relations. Nous pensons que nous avons le temps, que l’autre doit faire le premier pas.

Mais cette parabole est très claire : un pardon qui n’est pas donné du fond du cœur, est une dette à rembourser envers Dieu !

Un pardon, qui n’est pas donné du fond du cœur, génère un châtiment divin durant notre vie terrestre et au ciel, pour la vie éternelle.

Dans le plan de Dieu, nous n’avons que le temps d’aimer notre prochain, de lui accorder notre pardon, de nous réconcilier avec lui. Et le temps du Carême, est un temps béni pour faire cette démarche.

Évidemment, l’autre est libre de nous accueillir ou pas, mais de notre côté, il est urgent de pardonner, aujourd’hui, car assurément, Dieu fait justice.

Seigneur, tu vois bien que je suis incapable de faire cette démarche envers telle ou telle personne. Offre-moi ton Esprit-Saint, l’unique capable de ressusciter, de faire surgir la vie du cadavre de cette relation en cendres, l’unique qui peut faire naître en nous la force de pardonner.

Je vous invite à clore cette méditation avec le chant « Si tu sens un souffle du ciel », ce souffle de résurrection, ce souffle de pardon offert à quiconque le demandera sincèrement aujourd’hui à notre Créateur (fichier audio disponible sur le groupe WhatsApp).

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