Lectures du mardi de la 5e semaine de Carême, année paire. 24 03 2026

Lectures du mardi de la 5e semaine de Carême, année paire. 24 03 2026

« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS… ».
(Jn 8, 28).

« Le Christ en croix » –  Étude à l’huile peinte en 1845 par Eugène Delacroix (1798–1863).
Musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam.
Domaine public, via Wikimedia Commons.

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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité : « La dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre… ».

Première lecture

« Tous ceux qui auront été mordus, qu’ils regardent le serpent, alors ils vivront ! » (Nb 21, 8).

Lecture du livre des Nombres (21, 4-9).

    En ces jours-là,
4  les Hébreux quittèrent Hor-la-Montagne
    par la route de la mer des Roseaux
    en contournant le pays d’Édom.
    Mais en chemin, le peuple perdit courage.
5  Il récrimina contre Dieu et contre Moïse :
    « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ?
    Était-ce pour nous faire mourir dans le désert,
    où il n’y a ni pain ni eau ?
    Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »
6  Alors le SEIGNEUR envoya contre le peuple
    des serpents à la morsure brûlante,
    et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël.
7  Le peuple vint vers Moïse et dit :
    « Nous avons péché,
    en récriminant contre le SEIGNEUR et contre toi.
    Intercède auprès du SEIGNEUR
    pour qu’il éloigne de nous les serpents. »
8  Moïse intercéda pour le peuple,
    et le SEIGNEUR dit à Moïse :
    « Fais-toi un serpent brûlant,
    et dresse-le au sommet d’un mât :
    tous ceux qui auront été mordus,
    qu’ils le regardent, alors ils vivront ! »
9  Moïse fit un serpent de bronze
    et le dressa au sommet du mât.
    Quand un homme était mordu par un serpent,
    et qu’il regardait vers le serpent de bronze,
    il restait en vie !

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut à l’occasion de la fête de la Croix-Glorieuse, où l’extrait lu est le même qu’aujourd’hui, amputé du début du verset 4.

LES DIFFICULTÉS DE LA VIE AU DÉSERT

Le peuple arraché par Moïse à l’esclavage en Égypte est en marche vers la Terre Promise ; mais une fois passée l’exaltation de la libération et du miracle de la Mer Rouge, il faut bien affronter le quotidien dans le désert.

Le désert, par définition, est un lieu totalement inhospitalier. Tout le problème est là ; ils étaient esclaves en Égypte, ce qui veut dire qu’ils étaient sédentaires, donc probablement pas du tout entraînés à la longue marche à pied pour la plupart ; et puis, un maître d’esclaves, les nourrit au moins un minimum, pour qu’ils aient assez de forces pour travailler ; les Hébreux ne mouraient donc pas de faim là-bas ; de loin, les oignons d’Égypte apparaissent comme un luxe ! Dans le désert, c’est fini ! Il va falloir se débrouiller avec les moyens du bord.

Les mauvais jours, inévitablement, on s’est demandé pourquoi on était là ; on imagine sans peine les crises de découragement chaque fois qu’on a eu faim, soif, ou simplement peur : peur de ne jamais arriver, peur des affrontements avec d’autres tribus nomades, peur aussi d’affronter des animaux du désert pas tous inoffensifs. Ce Moïse, pensait-on, n’avait pas bien calculé les risques… Il y avait la manne, pourtant, mais à la longue, on finissait par s’en lasser.

L’épisode du serpent de bronze se situe l’un de ces mauvais jours : on pourrait raconter le drame en quatre actes ; acte 1, le découragement du peuple qui se traduit par des reproches à Moïse

acte 2, l’attaque de serpents venimeux que le peuple interprète comme une punition de Dieu

acte 3, le repentir du peuple qui demande à Moïse d’intercéder auprès de Dieu

acte 4, le pardon de Dieu et cette consigne donnée à Moïse : fabrique un serpent (la tradition dit qu’il était de bronze), dresse-le au sommet d’un mât ; tous ceux qui auront été mordus qu’ils le regardent, alors ils vivront. »

Évidemment, aujourd’hui, nous ne dirions pas que les serpents sont une punition ; cette séquence : le peuple se conduit mal, donc Dieu punit, alors le peuple se repent, et Dieu passe l’éponge, nous paraît un peu surprenante ; nous avons eu plus de trois mille ans pour découvrir que les choses sont moins simples ; mais, à l’époque, c’est tout spontanément qu’on a dit « Dieu nous punit ».

Justement, il est très intéressant de voir comment Moïse s’y prend ; il n’entre pas dans la discussion « est-ce que, oui ou non, les serpents sont une punition de Dieu ? »

 

L’OBJECTIF DE MOÏSE : PASSER DE LA SUPERSTITION À LA FOI

L’objectif de Moïse, c’est de convertir ce peuple toujours soupçonneux, toujours méfiant à une attitude de foi, c’est-à-dire de confiance, quelles que soient les difficultés rencontrées. Plus que tous les serpents du monde, c’est le manque de foi qui ralentit ce peuple dans sa marche vers la liberté ; car Moïse a bien entendu : il ne s’agit pas d’une simple crise de découragement ; la phrase « pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert ? » est une véritable mise en cause de Dieu et de Moïse, le même soupçon qui revient toujours (comme à Massa et Meriba) : quelque chose comme « au fond, Dieu et toi, Moïse, vous dites que vous voulez nous sauver, mais en réalité, vous voulez notre mort ».

Or Moïse sait déjà que la vraie vie, c’est de connaître Dieu, c’est-à-dire de lui faire confiance à tout moment. Alors il va prouver à ce peuple encore et toujours soupçonneux que Dieu ne demande qu’à le sauver.

Pour éduquer son peuple à cette attitude de foi, Moïse s’appuie sur une pratique qui existait déjà ; la coutume d’adorer un dieu guérisseur existait bien avant lui : ce dieu était représenté par un serpent de bronze enroulé autour d’une perche ; nos caducées en sont peut-être la trace. C’était ni plus ni moins une pratique magique : il suffit de regarder un objet magique, un fétiche et tout s’arrange ; ce que va faire Moïse consiste à transformer ce qui était jusqu’ici un acte magique en acte de foi ; une fois de plus, comme il l’a fait pour des quantités de rites, il ne brusque pas le peuple, il ne part pas en guerre contre leurs coutumes ; il leur dit « faites bien tout comme vous avez l’habitude de faire, mais moi je vais vous dire ce que cela signifie.  Faites-vous un serpent, et regardez-le : (en langage biblique, « regarder » veut dire « adorer ») ; mais sachez que celui qui vous guérit, c’est le Seigneur, ce n’est pas le serpent ; ne vous trompez pas de dieu, il n’existe qu’un seul Dieu, celui qui vous a libérés d’Égypte. Quand vous regardez le serpent, que votre adoration s’adresse au Dieu de l’Alliance et à personne d’autre, surtout pas à un objet sorti de vos mains ».

Quand le Livre de la Sagesse, des siècles plus tard, médite cet événement, c’est comme cela qu’il l’interprète : « Quiconque se retournait était sauvé, non par l’objet regardé, mais par toi, le Sauveur de tous » (Sg 16,7).

Psaume

Psaume 101 (102), 2-3, 16-18, 19-21

R/ Seigneur, entends ma prière :
que mon cri parvienne jusqu’à toi !
(101, 2)

2 Seigneur, entends ma prière :
que mon cri parvienne jusqu’à toi !
3 Ne me cache pas ton visage
le jour où je suis en détresse !
Le jour où j’appelle, écoute-moi ;
viens vite, réponds-moi !

16 Les nations craindront le nom du Seigneur,
et tous les rois de la terre, sa gloire :
17 quand le Seigneur rebâtira Sion,
quand il apparaîtra dans sa gloire,
18 il se tournera vers la prière du spolié,
il n’aura pas méprisé sa prière.

19 Que cela soit écrit pour l’âge à venir,
et le peuple à nouveau créé chantera son Dieu :
20 « Des hauteurs, son sanctuaire, le Seigneur s’est penché ;
du ciel, il regarde la terre
21 pour entendre la plainte des captifs
et libérer ceux qui devaient mourir. »

Commentaires de Thierry Jallas.

C’est le psaume de la publication du malade ou de l’affligé. Le dernier verset confirme la conscience qu’avait l’auteur du projet divin de libération de l’humanité.

Commentaires de Gemini (IA).

Ce psaume est le « pont » spirituel parfait entre la détresse du peuple dans le désert (Nombres 21) et l’annonce de la Croix (Jean 8).
​Voici comment ces trois textes s’articulent pour la liturgie de demain :

​1. Le Psaume 101 : Le cri de celui qui est « à terre ».
​Le psaume commence par : « Seigneur, entends ma prière, que mon cri parvienne jusqu’à toi ! » * Le lien avec les Nombres : Il exprime exactement ce que les Hébreux ont ressenti, mourants, mordus par les serpents, tournant leurs regards vers le signe de salut élevé par Moïse.
​Le lien avec Jean 8 : Il préfigure la condition humaine sans le Christ : une « ombre qui décline » et de « l’herbe qui se dessèche ».

​2. Le passage de la poussière à la lumière.
​Le Psaume 101 contient un verset magnifique qui est chanté aujourd’hui :
​« Du haut de sa demeure sainte, le Seigneur a regardé ; de la hauteur des cieux, il a vu la terre. »
​Cela répond directement à l’Évangile de Jean. Jésus dit : « Moi, je suis d’en haut. » Le psaume chante Dieu qui se penche sur la misère humaine, et l’Évangile nous montre comment il le fait : en s’incarnant et en acceptant d’être « élevé » sur la croix.

​3. La réponse à l’incrédulité.
​Dans Jean 8, les Pharisiens sont enfermés dans leur logique (« Tu témoignes pour toi-même »). Le Psaume 101, lui, est la réponse de la foi : il reconnaît que seul Dieu peut rebâtir ce qui est détruit.

​L’enjeu : passer de la plainte du psaume (« Ne me prends pas à la moitié de mes jours ») à la certitude de Jésus (« Je fais toujours ce qui plaît au Père »).

​Une petite piste de méditation : en lisant ces textes, vous pourriez essayer de voir dans le psaume 101 votre propre soif de guérison, et dans l’évangile de Jean la réponse que Dieu donne : non pas un remède magique, mais une présence qui accepte de mourir pour nous donner la vie.

Évangile

« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS » (Jn 8, 28).

Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Fils de l’homme, élevé sur la croix,
tu attires à toi tous les hommes.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Jn 12, 32.34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (8, 21-30).

En ce temps-là,
21 Jésus disait aux Pharisiens :
« Je m’en vais ;
vous me chercherez,
et vous mourrez dans votre péché.
Là où moi je vais,
vous ne pouvez pas aller. »
22 Les Juifs disaient :
« Veut-il donc se donner la mort,
puisqu’il dit :
“Là où moi je vais,
vous ne pouvez pas aller” ? »
23 Il leur répondit :
« Vous, vous êtes d’en bas ;
moi, je suis d’en haut.
Vous, vous êtes de ce monde ;
moi, je ne suis pas de ce monde.
24 C’est pourquoi je vous ai dit
que vous mourrez dans vos péchés.
En effet, si vous ne croyez pas que moi, JE SUIS,
vous mourrez dans vos péchés. »
25 Alors, ils lui demandaient :
« Toi, qui es-tu ? »
Jésus leur répondit :
« Je n’ai pas cessé de vous le dire.
26 À votre sujet, j’ai beaucoup à dire
et à juger.
D’ailleurs Celui qui m’a envoyé dit la vérité,
et ce que j’ai entendu de lui,
je le dis pour le monde. »
27 Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père.
28 Jésus leur déclara :
« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme,
alors vous comprendrez que moi, JE SUIS,
et que je ne fais rien de moi-même ;
ce que je dis là,
je le dis comme le Père me l’a enseigné.
29 Celui qui m’a envoyé est avec moi ;
il ne m’a pas laissé seul,
parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. »
30 Sur ces paroles de Jésus,
beaucoup crurent en lui.

Commentaires de Gemini (IA).

C’est un passage d’une intensité dramatique rare. Jésus se trouve dans le Temple, la tension avec les Pharisiens est à son comble, et il parle de son départ imminent.

​Voici trois axes pour méditer ce texte de Jean 8, 21-30 que vous entendrez demain :

​1. Le malentendu sur le « départ ».
​Jésus dit : « Là où je vais, vous ne pouvez pas venir. » Ses interlocuteurs, enfermés dans une vision purement terrestre, se demandent s’il va se suicider. C’est le tragique de l’Évangile de Jean : Jésus parle du Ciel et de la Gloire, et on lui répond en termes de géographie ou de faits divers. Le texte souligne ici la rupture entre « ceux d’en bas » et « Celui qui vient d’en haut ».

​2. Le titre divin : « Je Suis ».
​Au verset 24 et au verset 28, Jésus utilise une expression foudroyante : « Si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés. »
​En grec, c’est Egô eimi.
​C’est le nom même de Dieu révélé à Moïse dans le buisson ardent.
​Jésus affirme ici sa divinité, mais de manière voilée, car il lie cette révélation à son abaissement prochain.

​3. « Élever » : Le double sens de la Croix.
​C’est le point de contact avec le texte des Nombres 21 (le serpent de bronze) :
​« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que Je Suis. »
​Dans l’Évangile de Jean, le mot « élever » a deux sens simultanés :

  • ​L’élévation physique sur le bois de la Croix (le supplice).
  • ​L’élévation en gloire (l’exaltation).

Pour saint Jean, la Croix n’est pas une défaite, c’est déjà le trône du Roi. C’est au moment où Jésus semble le plus faible, cloué sur la croix, que sa véritable identité divine éclate aux yeux de ceux qui regardent avec foi.

​Le texte se termine par une note d’espoir : « Comme il disait cela, beaucoup crurent en lui. » Malgré l’obscurité du débat, la parole de Jésus touche les cœurs.

Parcours de Carême : « Élevé pour nous sauver !« . Méditation de l’abbé Mario Saint-Pierre, pour Cathoglad.

Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.

Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista.

Méditation du père Gilles.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie du père Achille José Nkomo Bessala FM, pour Magnificat-TV.

Homélie du père Roger Wawa pour Radio-Maria-RDC.

Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.

Commentaires du frère Paul Adrien.

Homélie de la messe du jour à Lourdes.

Messe du jour à Notre-Dame-de-la-Garde, à Marseille

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

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Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
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