Lectures de la Messe Chrismale, commentées. 02 04 2026

« Jésus déroule le livre dans la synagogue », peint entre 1886 et 1894 par James Tissot (1836–1902). Brooklyn Museum. Aquarelle, gouache sur graphite sur papier vélin gris.
Domaine public, via Wikimedia Commons.
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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la (conscience et de la) liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine). D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. »
De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.
1ère lecture.
Le Seigneur m’a consacré par l’onction, il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, et leur donner l’huile de joie (Is 61, 1.3c).
Lecture du livre du prophète Isaïe (61, 1-3a.6a.8b-9).
1 L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi
parce que le SEIGNEUR m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles,
guérir ceux qui ont le cœur brisé,
proclamer aux captifs leur délivrance,
aux prisonniers leur libération,
2 proclamer une année de bienfaits accordée par le SEIGNEUR.
et un jour de vengeance pour notre Dieu,
consoler tous ceux qui sont en deuil,
3 ceux qui sont en deuil dans Sion,
mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre,
l’huile de joie au lieu du deuil,
un habit de fête au lieu d’un esprit abattu.
6 Vous serez appelés « Prêtres du SEIGNEUR » ;
on vous dira « Servants de notre Dieu. »
8 Loyalement, je vous donnerai la récompense,
je conclurai avec vous une alliance éternelle.
9 Vos descendants seront connus parmi les nations,
et votre postérité, au milieu des peuples.
Qui les verra pourra reconnaître
la descendance bénie du SEIGNEUR.
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
DANS UN CONTEXTE DIFFICILE, UNE ANNONCE DE SALUT
Entre les lignes, on devine un grand désarroi chez les contemporains du prophète : il annonce la libération des prisonniers, la délivrance des captifs. Il parle même de deuil et de « cœur brisé ». Qui sont ces cœurs brisés, ces captifs, ces prisonniers ? Bien sûr, il s’agit des habitants de Jérusalem et du peuple juif tout entier. Mais pourquoi sont-ils si affligés ?
Car, à l’heure où Isaïe leur parle, justement, les habitants de Jérusalem ne sont plus ni prisonniers ni captifs : au contraire, ils sont revenus de l’Exil à Babylone, et ils ont même entrepris les travaux de restauration du Temple de Jérusalem.
Seulement, voilà, finalement, ces exilés rentrés au pays sont affreusement déçus du retour : là-bas, à Babylone, ils attendaient leur libération, leur délivrance comme un grand bonheur…
Mais au pays, on ne les attendait pas vraiment. Et on leur a mis tous les bâtons possibles dans les roues pour les empêcher de reconstruire le Temple. Il faut dire qu’en leur absence, d’autres populations également déplacées par les vainqueurs ont été installées à Jérusalem, et y ont introduit leur propre religion ; désormais, par le biais des mariages mixtes (entre des Juifs et des étrangères), la religion juive est en minorité. Elle est loin, la pureté de la pratique religieuse qu’on espérait restaurer !
D’où l’éternelle question qui renaît à chaque étape difficile : Dieu n’aurait-il pas abandonné son peuple ? Et la réponse toujours renouvelée des prophètes, et ici, en particulier d’Isaïe : Dieu ne peut pas se renier lui-même ; gardez confiance, vous êtes encore et toujours le peuple élu par Dieu pour une mission bien particulière. Le premier sens de ce texte, c’est donc : ne vous laissez pas aller au découragement, Dieu ne vous abandonnera jamais. Au contraire, son Alliance avec vous est éternelle.
Pour exprimer l’espérance, Isaïe emploie une autre phrase qui risque de nous choquer : il annonce « un jour de vengeance pour notre Dieu ». Heureusement, ses contemporains, eux, comprennent très bien ce que le prophète entend par là. Nous sommes au sixième siècle av. J.-C. : une époque où on a cessé de croire que Dieu pourrait se venger des hommes. Au contraire, Dieu venge les hommes de tout le mal qui leur a été infligé. En d’autres termes, il les sauve, il leur rend leur dignité. Ce que le prophète appelle « vengeance de Dieu », c’est justement la délivrance des captifs et le libération des prisonniers.
LE MESSIE SERA-T-IL UN PROPHÈTE ?
Je reviens au début du texte, parce qu’il y a là dans les paroles d’Isaïe quelque chose de tout-à-fait nouveau : « L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi parce que le SEIGNEUR m’a consacré par l’onction »
Or les prophètes ne recevaient jamais d’onction d’huile, celle-ci était réservée au roi le jour de son sacre. Et c’est à partir de ce jour-là que le roi était appelé « messie » parce que ce mot en hébreu signifie littéralement « frotté d’huile ». À ce compte-là, il y a eu de nombreux « messies » en Israël depuis le premier roi Saül et son successeur David. Et c’est à celui-ci que le prophète Nathan avait promis une descendance éternelle.
À chaque sacre d’un nouveau roi, on rêvait que celui-ci instaurerait enfin le règne parfait. Et c’est comme cela que le sens du mot « messie » avait évolué. Peu à peu, il n’était plus seulement un terme technique appliqué à celui qui avait reçu l’onction d’huile (littéralement frotté d’huile) il devenait synonyme de roi idéal.
Pendant très longtemps, à cause de la promesse du prophète Nathan, on a espéré voir naître un jour ce fameux Messie descendant de David.
Mais, après l’Exil à Babylone, il a bien fallu se rendre à l’évidence : le dernier roi est mort en Exil et ses fils avaient été exécutés par Nabuchodonosor. La monarchie était morte. Certains ont espéré quand même un miracle, on finirait bien par voir un jour resurgir un rejeton de la descendance davidique.
D’autres, plus réalistes, peut-être, admettaient l’idée qu’il n’y aurait plus de roi sur le trône de Jérusalem ; mais cela ne gommait pas la promesse de Dieu d’envoyer un messie, un sauveur pour son peuple. Alors plusieurs idées nouvelles sont nées : le fameux sauveur serait peut-être un prêtre, ou un prophète, ou même, pourquoi pas, un personnage collectif et non un individu particulier.
Le passage d’Isaïe que nous lisons aujourd’hui est dans la deuxième veine : c’est un prophète qui parle en disant « Le SEIGNEUR m’a consacré par l’onction ». Concrètement, il n’a pas reçu l’onction d’huile, mais il accomplit bien la mission du Messie, et c’est cela qui compte : consoler tous les malheureux, libérer tous les prisonniers.
Entendons-nous bien : Isaïe lui-même ne se prend pas pour le Messie, mais il prêche l’espérance à ses contemporains et les prépare à accueillir un Messie différent de celui qu’ils attendaient jusqu’à présent, un Messie tel que Dieu le voudra.
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Psaume
PSAUME 88 (89), 20ab.21, 22.25, 27.29
R/ Ton amour, Seigneur,
sans fin je le chante ! (cf. 88, 2a)
20 Autrefois, tu as parlé à tes amis,
dans une vision tu leur as dit :
21 « J’ai trouvé David, mon serviteur,
je l’ai sacré avec mon huile sainte.
22 Ma main sera pour toujours avec lui,
mon bras fortifiera son courage.
25 « Mon amour et ma fidélité sont avec lui,
mon nom accroît sa vigueur.
27 Il me dira : « Tu es mon Père,
mon Dieu, mon roc et mon salut ! »
29 Sans fin je lui garderai mon amour,
mon alliance avec lui sera fidèle.
Psaume extraits des « Psaumes des dimanches et fêtes de l’année A, musique de Barbara Delattre », chantés par Sœur Agathe et le chœur ADF. Merci et bravo à toutes ces personnes !
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
L’ALLIANCE DE DIEU AVEC LA DYNASTIE DE DAVID
Dans le premier verset, le psaume rappelle le sacre du roi David : « J’ai trouvé David, mon serviteur, je l’ai sacré avec mon huile sainte » et dans le dernier, il s’agit de la promesse solennelle que Dieu lui a faite : « Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. » Vous vous rappelez l’histoire : quand David, plein de bonnes intentions, a proposé de construire pour Dieu un temple aussi beau ou même encore plus beau que son propre château, curieusement, Dieu ne semblait pas du tout intéressé par cette proposition ; par l’intermédiaire du prophète Nathan, il a fait une contre-proposition avec ce jeu de mots sur le mot « maison » que l’hébreu permet aussi bien que le français : tu veux me construire une « maison » pour que j’y habite, a dit Dieu, mais ce n’est pas cela qui m’intéresse… C’est moi qui te bâtirai une « maison », au sens de famille royale, de dynastie. Et c’est Dieu qui prenait l’initiative et qui parlait d’Alliance.
Cette alliance entre Dieu et David s’exprime dans les mêmes termes que les traités de l’époque entre un suzerain et son vassal : « Il me dira : Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut ! Ici « père » veut dire « suzerain », et « fils » veut dire « vassal ». On ne rêve pas encore d’autre relation à Dieu que celle-là ; mais c’est déjà l’assurance de la fidélité sans faille d’un tel suzerain.
Et on sait que, primitivement, le titre « fils de Dieu » était seulement synonyme de roi ; c’est le jour de son sacre que le roi le recevait officiellement ; le psaume 2 en porte la trace quand il rapporte la phrase qui était prononcée sur le roi par le prophète le jour du sacre : « Tu es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré ».
Je reviens sur l’expression « J’ai trouvé David mon serviteur ». En quoi David est-il le serviteur de Dieu ? Est-il au service de la gloire de Dieu ? Pas du tout. David est au service du peuple de Dieu : c’est l’une des très grandes insistances de tous les textes sur la royauté dans la Bible.
Il suffit de lire la très belle prière que David a formulée après la visite du prophète Natan. Clairement, David avait compris que l’Alliance proposée par Dieu était bien plus profonde, bien plus belle que ce que nous aurions imaginé ; David faisait des rêves de grandeur à l’échelle humaine : un trône stable, durable, une dynastie à perte de vue… Dieu voit bien plus loin, bien plus grand : David proposait un temple grandiose : « Je vais bâtir une maison digne de toi, je vais te rendre gloire »… Dieu répond : « moi, je vais faire ton bonheur et le bonheur de mon peuple »…
Au fond, c’est toujours pareil ; c’est l’homme qui parle de grandeur, alors que Dieu parle de bonheur ! L’Alliance proposée par Dieu est une alliance pour le bonheur du peuple. Car le véritable bénéficiaire de la promesse de Dieu, en définitive, ce n’était pas le roi lui-même, c’était le peuple.
Vous savez la suite : David n’a pas bâti de temple, il s’est contenté d’abriter l’Arche d’Alliance sous une toile de tente comme pendant la longue marche de l’Exode. Mais il a surtout compris une autre leçon, beaucoup plus importante : c’est que le roi n’est que le serviteur de Dieu au service de son peuple.
PEUT-ON ENCORE Y CROIRE ?
Tous les versets que nous avons entendus aujourd’hui insistent donc sur cette promesse de Dieu au roi David ; mais, soyons francs, si, dans ce psaume, on rappelle avec tant de vigueur la promesse, c’est qu’on est en grand danger de ne plus y croire ! Effectivement, après la période de royauté prospère de David, puis Salomon, la Bible raconte que sont venus des jours moins glorieux.
En particulier, pendant l’Exil à Babylone : on avait tout perdu, la terre, le temple, la royauté… quant au peuple, il n’était plus qu’un petit reste… On pouvait bien se demander ce qui subsistait des promesses de Dieu. Pour le dire autrement, pourquoi rappelait-on cette promesse faite à David au moment même où on était privé de roi et où le peuple n’était plus qu’un groupe de prisonniers loin de sa terre ?
Dans la suite de ce psaume qui est très long, de nombreux versets sont effectivement des rappels de la détresse du peuple pendant l’Exil à Babylone.
Mais n’oublions pas que le peuple de la Bible est croyant ! Et voilà la merveille de la foi : justement parce qu’on avait apparemment tout perdu, sauf la foi, on a relu les vieilles promesses.
« Mon alliance avec lui sera fidèle » : dans la foi, on ne peut pas douter de la promesse de Dieu ; forcément elle s’accomplira ; donc, au moment même où il n’y a plus de roi sur le trône de Jérusalem, on continue à espérer : la dynastie de David ne peut pas s’éteindre ; il peut y avoir des jours sombres parce que la promesse de Dieu était assortie d’une condition de fidélité de la part du roi. Or les rois les uns après les autres ont manqué à leurs engagements envers Dieu et envers le peuple. C’est comme cela qu’on explique l’Exil à Babylone. Mais on est convaincus que la promesse de Dieu reste valable : il suffit que l’on retrouve le chemin de la fidélité.
Par conséquent, malgré toutes les apparences contraires, on attend un nouveau roi descendant de David. C’est comme cela qu’est née l’attente du Messie. Et le mot « toujours » a pris alors la dimension d’une espérance invincible. On attend, on attendra aussi longtemps qu’il le faudra : le roi idéal promis par Dieu viendra.
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
2e lecture
« Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père » (Ap 1, 6).
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (1, 5-8).
Que la grâce et la paix vous soient données
5 de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle,
le premier-né des morts,
le prince des rois de la terre.
À lui qui nous aime,
qui nous a délivrés de nos péchés par son sang,
6 qui a fait de nous un royaume
et des prêtres pour son Dieu et Père,
à lui, la gloire et la souveraineté
pour les siècles des siècles. Amen.
7 Voici qu’il vient avec les nuées,
tout œil le verra,
ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ;
et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre.
Oui ! Amen !
8 Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga,
dit le Seigneur Dieu,
Celui qui est, qui était et qui vient,
le Souverain de l’univers.
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
QUE LA GRÂCE ET LA PAIX VOUS SOIENT DONNÉS DE LA PART DE JÉSUS-CHRIST
La difficulté de ce texte vient de l’extrême densité de ses phrases : elles évoquent tout le mystère du Christ, à la fois souverain et transpercé : « Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts, le souverain des rois de la terre. » Chaque mot, chaque expression en dit un aspect : » Jésus », c’est le nom d’un simple homme de Nazareth, mais il veut déjà dire « Dieu sauve » ; « Christ », c’est-à-dire Messie, rempli de l’Esprit de Dieu ; « le témoin fidèle » fait écho à la déclaration de Jésus à Pilate : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » ; » le premier-né d’entre les morts » : toute la foi des premiers chrétiens est là ; cet homme, mortel comme les autres, Dieu l’a ressuscité et désormais il entraîne derrière lui tous ses frères, lui qui est le premier-né d’une longue lignée ; » le souverain des rois de la terre », nouvelle affirmation qu’il est le Messie. Au passage, on l’a remarqué, l’énumération comporte trois qualificatifs, « témoin fidèle, premier-né d’entre les morts, souverain des rois de la terre » : dans l’Apocalypse, les nombres sont toujours symboliques ; les expressions ternaires étant réservées à Dieu, les utiliser pour Jésus, c’est dire qu’il est l’égal de Dieu, qu’il est Dieu.
La deuxième phrase reprend et amplifie la première « À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. » Là encore nous retrouvons les énoncés traditionnels de la foi : l’amour du Christ pour l’humanité, sa vie donnée (c’est le sens du mot « sang ») pour nous libérer du mal. « Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père » : enfin en Jésus-Christ s’est réalisée la lointaine promesse du livre de l’Exode : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte » (Ex 19, 6).
Ces deux paragraphes sont en forme de souhait : au début « Que la grâce et la paix vous soient données… » et à la fin « à lui la gloire et la souveraineté » : pour nous la grâce et la paix, pour lui la gloire et la souveraineté. On peut évidemment se demander pourquoi ces propositions sont au subjonctif ? Pour la deuxième, c’est évident : saint Jean nous invite à rendre gloire à Dieu, mais encore faut-il que nous le fassions. Mais pour la première, c’est plus surprenant : « Que la grâce et la paix vous soient données… » Dieu pourrait-il ne pas nous donner grâce et paix ? Nous rencontrons souvent de tels subjonctifs dans la liturgie : par exemple « Que Dieu vous bénisse » ; ils veulent toujours dire la même chose : comme dans tout subjonctif, il y a un souhait, celui de voir se réaliser un événement désirable, mais non certain ; le souhait en question ne concerne pas l’œuvre de Dieu, car elle, elle est certaine. Dieu nous donne sans cesse sa grâce, sa paix, sa bénédiction ; le souhait nous concerne, nous : pourvu que nous soyons perméables à ce rayonnement permanent de la grâce… « Que la grâce et la paix vous soient données… », cela veut dire que grâce et paix nous sont offertes, mais il nous reste à accepter le cadeau qui nous est fait !
L’expression « Voici qu’il vient parmi les nuées » parle aussi de royauté : on reconnaît ici le Fils d’homme que le prophète Daniel voyait s’avancer vers le trône de Dieu pour y recevoir la royauté universelle. Voilà la première facette de la royauté du Christ, la facette-triomphe, si l’on peut dire.
ILS LÈVERONT LES YEUX VERS CELUI QU’ILS ONT TRANSPERCÉ
Et voici la deuxième, la facette-souffrance : « Tous les hommes le verront, même ceux qui l’ont transpercé ; et en le voyant, toutes les tribus de la terre se lamenteront. » C’est une allusion à la croix du Christ et au coup de lance du soldat.
Saint Jean, ici, fait référence à une parole du prophète Zacharie, la voici : « Ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem un esprit de bonne volonté et de supplication. Alors ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé. Ils célébreront le deuil pour lui, comme pour le fils unique. Ils le pleureront amèrement comme on pleure un premier-né… Ce jour-là, une source jaillira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem, en remède au péché et à la souillure. » (Za 12,10 ; 13,1). En parlant d’un « esprit de bonne volonté et de supplication », Zacharie pense à une transformation du cœur de l’homme : en levant les yeux vers celui qu’ils ont transpercé, les hommes verront un innocent exécuté injustement, sous un fallacieux prétexte, uniquement parce qu’il dérangeait les autorités religieuses du moment !… Et en le voyant, tout d’un coup, leurs yeux et leurs cœurs s’ouvriront.
La royauté du Christ sera définitive quand enfin le cœur de tous les hommes sera transformé : seule cette ouverture de notre cœur nous fera entrer dans la grâce et la paix prévues pour nous par Dieu de toute éternité. « Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. » (Mt 25, 44).
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Évangile.
« L’Esprit du Seigneur est sur moi ; il m’a consacré par l’onction » (Lc 4, 18).
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
L’Esprit du Seigneur est sur moi :
il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres (cf. Is 61, 1).
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (4, 16-21).
En ce temps-là,
16 Jésus vint à Nazareth où il avait été élevé.
Selon son habitude,
il entra dans la synagogue le jour du sabbat,
et il se leva pour faire la lecture.
17 On lui remit le livre du prophète Isaïe.
Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
18 « L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération,
et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
remettre en liberté les opprimés,
19 annoncer une année favorable
accordée par le Seigneur. »
20 Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
21 Alors il se mit à leur dire :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture,
que vous venez d’entendre. »
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
À NAZARETH, LA CONFIDENCE DE JÉSUS
Le récit que nous lisons aujourd’hui se situe après le baptême de Jésus et le récit de ses tentations au désert. Apparemment, tout va pour le mieux pour le nouveau prédicateur ; je vous rappelle la phrase de Luc qui précède tout juste le passage que nous lisons aujourd’hui : « Lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. » Tout s’annonçait bien ce matin-là : Jésus est un bon Juif comme les autres : il rentre de voyage, et comme tout bon Juif, le samedi matin venu, il va à l’office à la synagogue.
Rien d’étonnant non plus à ce qu’on lui confie une lecture, puisque tout fidèle a le droit de lire les Écritures et de les commenter. La célébration à la synagogue se déroule donc tout à fait normalement… jusqu’au moment où Jésus lit la lecture du jour qui se trouvait être ce texte bien connu du prophète Isaïe et, dans le grand silence fervent qui suit la lecture, il affirme tranquillement une énormité : « Cette parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Il y a certainement eu un temps de silence, le temps qu’on ait compris ce qu’il veut dire. Tous, dans la synagogue, s’attendaient bien à ce que Jésus fasse un commentaire, puisque c’était la coutume, mais pas celui-là !
Nous avons du mal à imaginer l’audace que représente cette affirmation si tranquille de Jésus ; car, pour tous ses contemporains, ce texte vénérable du prophète Isaïe concernait le Messie. Seul le Roi-Messie, quand il viendrait, pourrait se permettre de dire qu’il accomplissait cette prophétie : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction… » Car, dès le début de la monarchie, le rituel du sacre des rois a comporté un rite d’onction d’huile. Cette onction était le signe que Dieu lui-même inspirait le roi en permanence pour qu’il soit capable d’accomplir sa mission de sauver le peuple. On disait alors que le roi était « mashiah », un mot hébreu qui signifie tout simplement « frotté d’huile ». C’est ce mot « mashiah » qui se traduit « messie » en français, « christos » en grec. À l’époque de Jésus, il n’y avait plus de roi sur le trône de Jérusalem mais on attendait que Dieu envoie enfin le roi idéal qui apporterait à son peuple la liberté, la justice et la paix. En particulier, dans le pays d’Israël alors occupé par les Romains, on attendait celui qui nous délivrerait de l’occupation romaine.
Clairement, aux yeux de ses anciens camarades de classe, Jésus de Nazareth, le fils du charpentier, ne pouvait prétendre être ce Roi-Messie qu’on attendait. C’est entendu. Mais on peut penser que si Jésus est venu précisément ce matin-là, dans la synagogue du village de son enfance, il avait choisi son jour, c’était avec l’intention de faire cette confidence justement : je suis, moi, Jésus, le Messie que vous attendez. Le calendrier des lectures de la synagogue n’était pas laissé au hasard. Jésus savait parfaitement quel texte on allait lire ce jour-là et il avait choisi ce village qui le connaissait depuis longtemps. « Ce village où il avait été élevé » dit Luc.
UN MESSIE INATTENDU
Ce passage d’Isaïe annonçait que le Messie serait un prophète. Lorsque Jésus a lancé dans le grand silence qui suit la lecture : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture, que vous venez d’entendre », il annonçait deux choses : premièrement, je suis le Messie mais, deuxièmement, ne vous attendez pas à me voir monter sur le trône de Jérusalem, je serai le Messie à la manière d’un prophète, à la manière dont parlait Isaïe.
Soyons francs, Jésus n’a pas fini d’étonner ses contemporains : il est bien le Messie qu’on attendait, mais tellement différent de ce qu’on attendait ! Luc, pour aider ses lecteurs, a bien pris soin dès le début de son évangile, de leur dire d’entrée de jeu qu’il s’est informé soigneusement de tout depuis les origines ; et, d’autre part, il a souligné en introduction à ce passage que Jésus était accompagné de la puissance de l’Esprit, ce qui était bien la caractéristique du Messie. Mais c’est Luc, le chrétien, qui l’affirme ; les habitants de Nazareth, eux, ne savent pas que, réellement, l’Esprit du Seigneur repose sur Jésus.
Dernière remarque sur cet évangile : la citation d’Isaïe que Jésus reprend à son compte sonne comme un véritable discours-programme : « L’Esprit du Seigneur est sur moi… Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » Voilà l’œuvre de l’Esprit à travers ceux qu’il a consacrés. Nous qui cherchons quelquefois des critères de discernement, nous voilà servis ; car ce qui est dit du Christ est valable pour tous les confirmés que nous sommes, à notre humble mesure, bien sûr.
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Homélie de Mgr Matthieu Rougé lors de la messe chrismale 2026.
Homélie de Mgr Lagleize lors de la messe chrismale le 22 mai 2020 – Diocèse de Nanterre.
Homélie de Mgr Philippe Ballot, le 17 avril 2025 – Diocèse de Metz
Homélie de la messe célébrée de la cathédrale Saint-Pierre de Rennes, par Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, le 8 avril 2020.
Homélie de Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême, pour la messe chrismale en la cathédrale d’Angoulême le 27 mars 2018.
Homélie de Mgr Olivier de Germay pour la messe chrismale célébrée mercredi 13 avril 2022 à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste à Lyon.
Homélie de Mgr Dominique Rey, pour la messe chrismale, le 17 avril 2014.
Homélie de Mgr Pascal Delannoy lors de la Messe Chrismale célébrée à la Strasbourg, le 1er avril 2026.
Homélie du père Gilles.
Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? »
Homélie de Mgr Michel Aupetit.
Commentaires du père Hervé-Marie Hignard.
Homélie du frère Thibaut du Pontavice, le 29 mars 2026, dans l’église de Cancale.
Homélie du frère Thibaut du Pontavice, le 26 mars 2023, dans l’église de Cancale.
Homélie du frère Thibaut du Pontavice, le 22 mars 2020, dans l’église de .
Homélie du frère Thibaut du Pontavice à la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de Rennes du dimanche 2 avril 2017.
Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes).
Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, le 22 mars 2026.
Homélie prononcée le 2 avril 2023 par le père Achille José Bessala Nkomo FM, pour Magnificat-TV.
Homélie de « Vie Nouvelle en Jésus-Christ« .
Commentaires de padre Joseph.
Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC.
Homélie du père Dominique Lemahieu, le 4 avril 2020, paroisse de la Trinité.
Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp (pour cela, cliquer sur ce lien
https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2).
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Commentaire de Thierry Jallas.
Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »
Il me semble bien que le verset 18 de l’évangile résume bien la mission du Christ et de tout chrétien, reprise par le principe personnaliste : permettre à chacun d’agir selon un choix conscient et libre :
- conscient parce qu’éclairé par l’Esprit du Seigneur ;
- conscient du contenu de la Bonne Nouvelle (Dieu nous aime inconditionnellement, veut notre bonheur en nous unissant à sa divinité ; il suffit pour cela de lui faire confiance, de suivre les enseignements du Christ) ;
- conscient du projet divin de libération de l’humanité ;
- libre de toutes ses captivités ;
- libre de tous ses aveuglements, pour être pleinement conscient ;
- libre de toute oppression ;
- conscient de pouvoir compter sur les faveurs du Seigneur.
Commentaires vidéo complets (4 lectures) de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
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