Lectures de la veillée pascale, commentées. 04 04 2026

Lectures de la veillée pascale, commentées. 04 04 2026

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« Marie Madeleine et les saintes femmes au tombeau », peint entre 1886 et 1894 par James Tissot (1836–1902).
Brooklyn Museum – Aquarelle, gouache sur graphite sur papier vélin gris.
Domaine public, via Wikimedia Commons.

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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la (conscience et de la) liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.
Présentation générale des lectures

Introduction générale aux lectures, par Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

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La liturgie nous propose sept premières lectures entrecoupées d’autant de psaumes et cantiques de l’Ancien Testament. Quel lien y a-t-il entre tous ces textes ? La clé est à chercher, évidemment, du côté de la Pâque juive. Or le targum de la Pâque comporte un poème dit « des quatre nuits » qui brosse une grande fresque du projet de Dieu pour l’humanité. Il commence ainsi : « Quatre nuits sont inscrites dans le livre des mémoriaux ». Quatre nuits, c’est-à-dire celle de la création, celle de l’épreuve d’Abraham offrant son fils Isaac, celle de la sortie d’Égypte et celle de la fin du monde.

Voici donc ce « Poème des quatre nuits » :

« C’est une nuit de veille, et prédestinée pour la rédemption au nom du SEIGNEUR au moment où sortirent d’Égypte les enfants d’Israël, libérés. Or, quatre nuits sont inscrites dans le Livre des Mémoires :

La première Nuit, quand le SEIGNEUR se manifesta sur le monde pour le créer. Le monde était confusion et chaos et la ténèbre était répandue à la surface de l’abîme. Et la Parole du SEIGNEUR était la lumière qui brillait. Et il l’appela Première Nuit.

La deuxième Nuit, quand le SEIGNEUR apparut à Abraham âgé de cent ans et à Sarah, sa femme, âgée de quatre-vingt-dix ans, pour accomplir ce que dit l’Écriture : « Est-ce que Abraham, âgé de cent ans, va enfanter, et Sarah, sa femme, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanter ? » Et Isaac avait trente-sept ans lorsqu’il fut offert sur l’autel. Les cieux descendirent et s’abaissèrent et Isaac vit les perfections et ses yeux s’obscurcirent à cause de leurs perfections. Et il l’appela Seconde Nuit.

La troisième Nuit, quand le SEIGNEUR apparut aux Égyptiens, au milieu de la nuit : sa main tuait les premiers-nés des Égyptiens et protégeait les premiers-nés d’Israël, pour que s’accomplît l’Écriture : « Mon fils premier-né, c’est Israël ». Et il l’appela Troisième Nuit.

La quatrième Nuit, quand le monde arrivera à sa fin pour être racheté : les jougs de fer seront brisés et les générations perverses seront anéanties et Moïse montera du milieu du désert (et le Roi-Messie viendra d’en-haut). L’un marchera à la tête du troupeau et l’autre marchera à la tête du troupeau et sa parole marchera entre les deux et moi et eux marcheront ensemble. (Targoum d’Ex 12, 42).

Voici en ligne directe nos sept lectures : le poème de la Création (Gn 1), l’épreuve d’Abraham (Gn 22), la sortie d’Égypte (Ex 14). Ce sont les trois premières lectures. Quant aux quatre autres lectures, elles sont le déploiement de ce que le poème juif appelle « la quatrième nuit » : « Ce sera quand le monde arrivera à sa fin… » : l’Alliance entre Dieu et l’humanité sera définitivement scellée. Isaïe la décrit en termes de noces  (« Ton époux, c’est ton Créateur » Is 54) et en termes d’abondance pour tous (« Vous tous qui avez soif, voici de l’eau » Is 55) ; Baruc indique le chemin du bonheur, qui est la fidélité à la loi (« tous ceux qui l’observent vivront… » Ba 4) ; et Ézéchiel annonce l’humanité nouvelle où l’on ne verra plus de « cœurs de pierre » (Ez 36).

Alors qu’elle déchiffre dans le mystère pascal l’accomplissement du projet d’Alliance de Dieu avec l’humanité, l’Église nous propose au long de cette nuit de revivre cette longue histoire.

« Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn 1, 1 – 2, 2)

Lecture du livre de la Genèse (1, 1 – 2, 2).

1,1  Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
2    La terre était informe et vide,
      les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme
      et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux.
3    Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut.
4    Dieu vit que la lumière était bonne,
      et Dieu sépara la lumière des ténèbres.
5    Dieu appela la lumière « jour »,
      il appela les ténèbres « nuit ».
      Il y eut un soir, il y eut un matin :
      premier jour.

6    Et Dieu dit :
      « Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux,
      et qu’il sépare les eaux. »
7    Dieu fit le firmament,
      il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament
      et les eaux qui sont au-dessus. Et ce fut ainsi.
8    Dieu appela le firmament « ciel ».
      Il y eut un soir, il y eut un matin :
      deuxième jour.

9    Et Dieu dit :
      « Les eaux qui sont au-dessous du ciel,
      qu’elles se rassemblent en un seul lieu,
      et que paraisse la terre ferme. » Et ce fut ainsi.
10   Dieu appela la terre ferme « terre »,
      et il appela la masse des eaux « mer ».
      Et Dieu vit que cela était bon.
11   Dieu dit :
      « Que la terre produise l’herbe,r
      la plante qui porte sa semence,
      et que, sur la terre, l’arbre à fruit donne, selon son espèce,
      le fruit qui porte sa semence. »
      Et ce fut ainsi.
12   La terre produisit l’herbe,
      la plante qui porte sa semence, selon son espèce,
      et l’arbre qui donne, selon son espèce,
      le fruit qui porte sa semence.
      Et Dieu vit que cela était bon.
13   Il y eut un soir, il y eut un matin :
      troisième jour.

14   Et Dieu dit :
      « Qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel,
      pour séparer le jour de la nuit ;
      qu’ils servent de signes
      pour marquer les fêtes, les jours et les années ;
15   et qu’ils soient, au firmament du ciel,
      des luminaires pour éclairer la terre. »
      Et ce fut ainsi.
16   Dieu fit les deux grands luminaires :
      le plus grand pour commander au jour,
      le plus petit pour commander à la nuit ;
      il fit aussi les étoiles.
17   Dieu les plaça au firmament du ciel
      pour éclairer la terre,
18   pour commander au jour et à la nuit,
      pour séparer la lumière des ténèbres.
      Et Dieu vit que cela était bon.
19   Il y eut un soir, il y eut un matin :
      quatrième jour.

20   Et Dieu dit :
      « Que les eaux foisonnent d’une profusion d’êtres vivants,
      et que les oiseaux volent au-dessus de la terre,
      sous le firmament du ciel. »
21   Dieu créa, selon leur espèce, les grands monstres marins,
      tous les êtres vivants qui vont et viennent
      et foisonnent dans les eaux,
      et aussi, selon leur espèce, tous les oiseaux qui volent.
      Et Dieu vit que cela était bon.
22   Dieu les bénit par ces paroles :
      « Soyez féconds et multipliez-vous,
      remplissez les mers,
      que les oiseaux se multiplient sur la terre. »
23   Il y eut un soir, il y eut un matin :
      cinquième jour.

24   Et Dieu dit :
      « Que la terre produise des êtres vivants
      selon leur espèce,
      bestiaux, bestioles et bêtes sauvages
      selon leur espèce. »
      Et ce fut ainsi.
25   Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce,
      les bestiaux selon leur espèce,
      et toutes les bestioles de la terre selon leur espèce.
      Et Dieu vit que cela était bon.
26   Dieu dit :
      « Faisons l’homme à notre image,
      selon notre ressemblance.
      Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel,
      des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages,
      et de toutes les bestioles
      qui vont et viennent sur la terre. »
27   Dieu créa l’homme à son image,
      à l’image de Dieu il le créa,
      il les créa homme et femme.
28   Dieu les bénit et leur dit :
      « Soyez féconds et multipliez-vous,
      remplissez la terre et soumettez-la.
      Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel,
      et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »
29   Dieu dit encore :
      « Je vous donne toute plante qui porte sa semence
      sur toute la surface de la terre,
      et tout arbre dont le fruit porte sa semence :
      telle sera votre nourriture.
30       tous les animaux de la terre,
      à tous les oiseaux du ciel,
      à tout ce qui va et vient sur la terre
      et qui a souffle de vie,
      je donne comme nourriture toute herbe verte. »
      Et ce fut ainsi.
31   Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ;
      Et voici :  cela était très bon.
      Il y eut un soir, il y eut un matin :
      sixième jour.

2,1  Ainsi furent achevés le ciel et la terre,
      et tout leur déploiement.
2    Le septième jour, Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite.
      Il se reposa, le septième jour,
      de toute l’œuvre qu’il avait faite.

Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

DIEU À L’ORIGINE DE TOUTES CHOSES

Ce texte magnifique, que l’on suppose écrit au sixième siècle, pendant l’Exil à Babylone, traduit l’état des connaissances de l’époque et les préoccupations du milieu qui l’a vu naître. Ni récit, ni reportage, il ne prétend nullement être scientifique ; et il ne faut pas se méprendre sur le sens des deux premiers mots : « Au commencement ». L’auteur ne prétend pas décrire un fait historique, il médite sur la relation entre Dieu et l’humanité. Pour lui, l’Origine (le Commencement) de toutes choses est Dieu : c’est un poète qui parle, c’est surtout un croyant, ce n’est pas un savant. En revanche, il est porteur d’un message théologique très important.

Qui dit Babylone dit exil, persécution, idolâtrie ambiante : là-bas, chaque année, pour la fête en l’honneur du dieu Mardouk, on récitait le poème de l’Enouma Elish (ou « poème babylonien de la création ») racontant les débuts du monde et la création de l’humanité. En face de cela, les prêtres d’Israël qui cherchent à maintenir vivante la foi du peuple exilé et la pratique du sabbat, composent leur propre poème de création qui se démarque du texte babylonien pour défendre la foi au Dieu unique.

On peut noter au moins quatre points d’insistance : Premièrement, le Dieu de la Bible est l’Unique : Il est le Créateur de tout l’univers, il n’est pas un élément de la Création : par exemple, si le soleil et la lune sont appelés seulement les « luminaires », c’est pour bien manifester qu’ils ne sont que des créatures, et qu’ils ne sont là que pour remplir la fonction pour laquelle Dieu a décidé de les créer. Et l’insistance du texte sur la Parole (à neuf reprises, Dieu crée par sa Parole : « Dieu dit ») est évidemment une pointe contre l’idolâtrie ; car les idoles sont muettes, répète la Bible : « elles ont une bouche, et ne parlent pas… pas un son ne sort de leur gosier. »  (Ps 113B/115,5… 7). Au contraire, avant que quoi que ce soit existe, Dieu parle et sa Parole est efficace ! Il nous précède, ce qui veut dire que Lui seul connaît l’origine des choses et la nôtre. Ceci dit, l’efficacité de la parole de Dieu n’est pas une spécificité de la foi d’Israël : en Égypte et Mésopotamie, aussi, on imaginait la création du monde par la parole de la divinité. Mais ce qui est propre à Israël, c’est qu’il s’agit de « bonnes paroles » comme dit Salomon : notre Dieu est un Dieu qui parle pour se révéler et pour donner la vie et le bonheur à ses enfants.

LA CRÉATION EST UNE ŒUVRE D’AMOUR

Et c’est la deuxième insistance de ce poème biblique : la Création est une œuvre d’amour. La formule « Dieu vit que cela était bon » revient sept fois comme un refrain. Et le mot « TOV », en hébreu, signifie bon, bien, bonheur ; nous ne sommes pas livrés au hasard, nous sommes dans la main du Père. En cela les croyants d’Israël se démarquent de leur entourage : le poème babylonien, au contraire, considérait la création comme fondamentalement mélangée, bonne et mauvaise à la fois.

Troisième insistance : l’humanité est l’image de Dieu et cette image est à deux visages ; c’est l’humanité composée des deux sexes qui est l’image de Dieu : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » Voilà pourquoi, en Israël toute représentation de Dieu est interdite (Ex 20,4 ; Ex 32) : l’être humain créé par Dieu est sa seule image possible ; on comprend aussi la prédication des prophètes sur le respect de tout homme. Et en quoi l’homme est-il l’image de Dieu ? Il semble bien que ce soit par sa maîtrise sur le reste de la Création : Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. » Et l’ordre donné par Dieu dit bien la vocation de l’homme : « Remplissez la terre et soumettez-la » (1,28) ; l’homme est dans un cadre bien déterminé, il ne commande pas au temps et aux astres, mais il doit régner sur la terre. Ce qui veut dire que l’humanité est responsable de la création : l’homme est au sommet de la création et a vocation à régner sur elle, à l’image de Dieu. En Mésopotamie, au contraire, on imaginait l’humanité créée pour servir les dieux fatigués de se nourrir eux-mêmes. Ce rôle prévu pour l’homme signifie que la création est une aventure en devenir ; tout n’est pas joué, ce n’est pas du « clé en mains » : dans l’avenir, les sept jours aboutiront à un huitième.

PSAUME 103 (104), 1-2a, 5-6, 10.12, 13-14ab, 24.35c

R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit
qui renouvelle la face de la terre !
(cf. Ps 103, 30)

1 Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Revêtu de magnificence,
2 tu as pour manteau la lumière !

5 Tu as donné son assise à la terre :
qu’elle reste inébranlable au cours des temps.
6 Tu l’as vêtue de l’abîme des mers :
les eaux couvraient même les montagnes.

10 Dans les ravins tu fais jaillir des sources
et l’eau chemine aux creux des montagnes ;
12 les oiseaux séjournent près d’elle :
dans le feuillage on entend leurs cris.

13 De tes demeures tu abreuves les montagnes,
et la terre se rassasie du fruit de tes œuvres ;
14 tu fais pousser les prairies pour les troupeaux,
et les champs pour l’homme qui travaille.

24 Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
Tout cela, ta sagesse l’a fait ;
la terre s’emplit de tes biens.
35 Bénis le Seigneur, ô mon âme !

Psaume extraits des « Psaumes des dimanches et fêtes de l’année A, musique de Barbara Delattre », chantés par Sœur Agathe et le chœur ADF. Merci et bravo à toutes ces personnes !

Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du Baptême-du-Seigneur, année C.

Ce jour-là, l’extrait lu est très différent de celui d’aujourd’hui, mais cela importe peu à mes yeux : les commentaires portent presque exclusivement sur le psaume dans son ensemble et très peu sur tel ou tel verset.

PSAUME 103 (104), 1c-3a.3bc-4.24-25.27-28.29-30

1  Revêtu de magnificence,
2  tu as pour manteau la lumière !
    Comme une tenture, tu déploies les cieux,
3  tu élèves dans leurs eaux tes demeures.  

    Des nuées, tu te fais un char,
    tu t’avances sur les ailes du vent ;
4  tu prends les vents pour messagers,
    pour serviteurs, les flammes des éclairs.   

24 Quelle profusion dans tes œuvres, SEIGNEUR !
    Tout cela, ta sagesse l’a fait ; la terre s’emplit de tes biens.
25 Voici l’immensité de la mer,
    son grouillement innombrable d’animaux grands et petits.   

27 Tous, ils comptent sur toi
    pour recevoir leur nourriture au temps voulu.
28 Tu donnes : eux, ils ramassent ;
    tu ouvres la main : ils sont comblés.   

29 Tu caches ton visage : ils s’épouvantent ;
    tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière.
30 Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
    tu renouvelles la face de la terre
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LE PSAUME 103 ET L’HYMNE DU PHARAON AKHENATON

Nous lisons ici des extraits du psaume 103/104 ; or, on peut les comparer avec une prière qui nous vient d’Égypte : il s’agit d’une hymne adressée au soleil par le roi Aménophis IV, l’époux de Néfertiti. On sait que ce Pharaon a consacré une bonne partie de ses énergies à l’instauration d’une religion nouvelle : il a remplacé le culte d’Amon (dont le clergé devenait beaucoup trop puissant à ses yeux) par celui du Dieu Aton, c’est-à-dire le soleil ; et, à cette occasion, il a pris un nouveau nom, Akhenaton. Sa prière a été retrouvée gravée sur un tombeau à Tell El-Amarna en Égypte (au bord du Nil).

La voici : « Tu te lèves beau dans l’horizon du ciel, Soleil vivant qui vis depuis l’origine. Tu resplendis dans l’horizon de l’Est, tu as rempli tout pays de ta beauté. Tu es beau, grand, brillant, tu t’élèves au-dessus de tout pays. Combien nombreuses sont tes œuvres, mystérieuses à nos yeux ! Seul dieu, tu n’as point de semblable, tu as créé la terre selon ton cœur. Les êtres se forment sous ta main comme tu les as voulus. Tu resplendis et ils vivent ; tu te couches et ils meurent. Toi, tu as la durée de la vie par toi-même, on vit de toi. Les yeux sont sur ta beauté jusqu’à ce que tu te caches, et tout travail prend fin, quand tu te couches à l’Occident. »

On ne peut pas nier que cette hymne adressée en Égypte au dieu-soleil ressemble comme deux gouttes d’eau à notre psaume 103/104 composé en Israël ; or le texte égyptien est plus ancien, il date du quatorzième siècle, à une époque où les Hébreux étaient esclaves en Égypte. On peut donc supposer qu’ils ont eu l’occasion d’y entendre ce poème adressé au dieu-soleil ; ils l’auraient alors adapté et transformé à la lumière de leur nouvelle religion, celle du dieu qui les avait libérés d’Égypte, précisément.

J’ai dit « adapté et transformé » parce que si ces deux textes se ressemblent, ils diffèrent plus encore ! Et sur deux points : premièrement, le Dieu d’Israël est un Dieu personnel, qui a proposé une relation d’Alliance à son peuple. Un Dieu qui a un projet sur l’humanité, un Dieu qui veut l’homme libre.

Par exemple, le psaume commence et finit par l’acclamation « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme » qui est typique de l’Alliance du peuple d’Israël avec son Dieu. Car, une fois de plus, le nom employé pour désigner Dieu est le fameux nom de l’Alliance, le nom en quatre lettres YHVH qu’on ne prononce pas, mais qui rappelle la présence de Dieu auprès de son peuple pour toujours. C’est ce nom qui est traduit ici par le mot SEIGNEUR.

DIEU SEUL EST DIEU, LE SOLEIL N’EST QU’UNE CRÉATURE

Deuxième différence : dans la pensée biblique, contrairement à la prière du pharaon Akhénaton, Dieu seul est Dieu, le soleil n’est qu’une créature dépourvue de toute volonté propre : dans d’autres versets de ce psaume, on affirme « Tu fis la lune qui marque les temps et le soleil qui connaît l’heure de son coucher. Tu fais descendre les ténèbres, la nuit vient » (versets 19-20). En d’autres termes, si le soleil a un quelconque pouvoir, c’est Dieu et Dieu seul qui le lui a donné. Dans le même sens, nous avons déjà remarqué l’insistance du livre de la Genèse : pour bien mettre le soleil et la lune à leur place de créatures, le poème du premier chapitre ne dit même pas leurs noms : il se contente de les appeler « les deux grands luminaires : le plus grand pour commander au jour, le plus petit pour commander à la nuit » (Gn 1,16), c’est-à-dire uniquement des instruments, en somme.

Revenons au psaume 103/104 : en Israël, donc, il était chanté à la louange du Dieu créateur, roi de toute la Création. C’est particulièrement net dans la phrase : « Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre » ; on pense évidemment au texte de la Genèse « Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Gn 2,7).

Pour dire que Dieu est roi, on emploie le langage de la cour : « Revêtu de magnificence, tu as pour manteau la lumière ! », comme si Dieu avait un manteau de cour ! Ailleurs encore, le psalmiste s’écrie : « SEIGNEUR, mon Dieu, tu es si grand », acclamation royale traditionnelle en Israël où le mot « grand » est un mot du langage de cour.

Et voilà que la liturgie chrétienne nous propose ce psaume pour la fête du Baptême du Christ : rapprochement à première vue un peu surprenant… Quel lien y a-t-il entre l’acte créateur du Dieu de l’univers et une pratique religieuse d’un certain Jean le Baptiste, des millions d’années après, et à laquelle se soumet un fils de charpentier, Jésus de Nazareth ?

À moins que, justement, ce fils de charpentier ne soit venu pour « refaire le monde », comme on dit. Si ce psaume 103/104, une hymne au Dieu créateur, roi de la Création, nous est proposé pour fêter le Baptême de Jésus, c’est donc pour nous inviter à lire l’événement du Baptême du Christ sous deux aspects complémentaires ; d’une part, c’est lors de son Baptême que Jésus est proclamé « Fils de Dieu » : l’évangile de Luc raconte qu’une voix venue du ciel a dit « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. »

D’autre part, l’heure du Baptême du Christ est aussi l’heure de la nouvelle création ; rappelons-nous le poème du chapitre 1 de la Genèse qui disait « Le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. » (Gn 1,2). Or le baptême du Christ se déroule au bord des eaux du Jourdain et saint Luc nous dit : « Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle comme une colombe, descendit sur Jésus. » Traduisez l’heure de la nouvelle création a sonné.

Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion de la Pentecôte, années A,B et C.

Ce jour-là, l’extrait lu est très différent de celui d’aujourd’hui, mais cela importe peu à mes yeux : les commentaires portent presque exclusivement sur le psaume dans son ensemble et très peu sur tel ou tel verset.

PSAUME 103 (104), 1.24, 29-30, 31.34

1   Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme ;
     SEIGNEUR mon Dieu, tu es si grand !
24 Quelle profusion dans tes œuvres, SEIGNEUR !
     La terre s’emplit de tes biens.

29 Tu reprends leur souffle, ils expirent
     et retournent à leur poussière.
30 Tu envoies ton souffle ; ils sont créés ;
     tu renouvelles la face de la terre.

31 Gloire au SEIGNEUR à tout jamais !
     Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
34 Que mon poème lui soit agréable ;
     moi, je me réjouis dans le SEIGNEUR.
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TU ENVOIES TON SOUFFLE, ILS SONT CRÉÉS

 Il faudrait pouvoir lire ce psaume en entier ! Trente-six versets de louange pure, d’émerveillement devant les œuvres de Dieu. J’ai dit des « versets », parce que c’est le mot habituel pour les psaumes, mais j’aurais dû dire  trente-six  « vers » car il s’agit en réalité d’un poème superbe.

On n’est pas surpris qu’il nous soit proposé pour la fête de la Pentecôte puisque Luc, dans le livre des Actes, nous raconte que le matin de la Pentecôte, les Apôtres, remplis de l’Esprit-Saint se sont mis à proclamer dans toutes les langues les merveilles de Dieu.

Vous me direz : pour s’émerveiller devant la Création, il n’y a pas besoin d’avoir la foi ! C’est vrai, et on trouve certainement dans toutes les civilisations des poèmes magnifiques sur les beautés de la nature. En particulier on a retrouvé en Égypte sur le tombeau d’un Pharaon un poème écrit par le célèbre Pharaon Akh-en-Aton (Aménophis IV) : il s’agit d’une hymne au Dieu-Soleil : Aménophis IV a vécu vers 1350 av. J.-C. , à une époque où les Hébreux étaient probablement en Égypte ; ils ont peut-être connu ce poème.

Entre le poème du Pharaon et le psaume 103/104 il y a des similitudes de style et de vocabulaire, c’est évident : le langage de l’émerveillement est le même sous toutes les latitudes ! Mais ce qui est très intéressant, ce sont les différences : elles sont la trace de la Révélation qui a été faite au peuple de l’Alliance.

La première différence, et elle est essentielle pour la foi d’Israël, Dieu seul est Dieu ; il n’y a pas d’autre Dieu que lui ; et donc le soleil n’est pas un dieu ! Nous avons déjà eu l’occasion de le remarquer au sujet du récit de la Création dans la Genèse : la Bible prend grand soin de remettre le soleil et la lune à leurs places, ils ne sont pas des dieux, ils sont uniquement des luminaires, c’est tout. Et ils sont des créatures, eux aussi : un des versets du psaume le dit clairement « (Toi, Dieu,) tu fis la lune qui marque les temps et le soleil qui connaît l’heure de son coucher » (verset 19). Je ne vais pas en parler longtemps car il s’agit de versets qui n’ont pas été retenus pour la fête de la Pentecôte, mais plusieurs versets présentent bien Dieu comme le seul maître de la Création ; le poète emploie pour lui tout un vocabulaire royal : Dieu est présenté comme un roi magnifique, majestueux et victorieux. Par exemple, le mot « grand » que nous avons entendu est un mot employé pour dire la victoire du roi à la guerre. Manière bien humaine, évidemment, pour dire la maîtrise de Dieu sur tous les éléments du ciel, de la terre et de la mer.

Deuxième particularité de la Bible : la Création n’est que bonne ; on a là un écho de ce fameux poème de la Genèse qui répète inlassablement comme un refrain « Et Dieu vit que cela était bon ! »… Le psaume 103/104 évoque tous les éléments de la Création, avec le même émerveillement : « Moi, je me réjouis dans le SEIGNEUR » et le psalmiste ajoute (un verset que nous n’entendons pas ce dimanche) : « Je veux chanter au SEIGNEUR tant que je vis, jouer pour mon Dieu tant que je dure… » (verset 33).

Pour autant le mal n’est pas ignoré : la fin du psaume l’évoque clairement et souhaite sa disparition : mais les hommes de l’Ancien Testament avaient compris que le mal n’est pas l’œuvre de Dieu, puisque la Création tout entière est bonne. Et on sait qu’un jour Dieu fera disparaître tout mal de la terre : le roi victorieux des éléments vaincra finalement tout ce qui entrave le bonheur de l’homme.

TU RENOUVELLES SANS CESSE LA FACE DE LA TERRE

Troisième particularité de la foi d’Israël : la Création n’est pas un acte du passé : comme si Dieu avait lancé la terre et les humains dans l’espace, une fois pour toutes. Elle est une relation persistante entre le Créateur et ses créatures ; quand nous disons dans le Credo « Je crois en Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre », nous n’affirmons pas seulement notre foi en un acte initial de Dieu, mais nous nous reconnaissons en relation de dépendance à son égard : le psaume ici dit très bien la permanence de l’action de Dieu : « Tous, ils comptent sur toi… Tu caches ton visage : ils s’épouvantent ; tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre ». (versets 27.29).

Autre particularité, encore, de la foi d’Israël, autre marque de la révélation faite à ce peuple : au sommet de la Création, il y a l’homme ; créé pour être  le roi de la Création, il est rempli du souffle même de Dieu ; il fallait bien une révélation pour que l’humanité ose penser une chose pareille ! Et c’est bien ce que nous célébrons à la Pentecôte : cet Esprit de Dieu qui est en nous vibre en sa présence : il entre en résonance avec lui. Et c’est pour cela que le psalmiste peut dire : « Que Dieu  se réjouisse en ses œuvres ! … Moi, je me réjouis dans le SEIGNEUR ».

 Enfin, et c’est très important : on sait bien qu’en Israël toute réflexion sur la Création s’inscrit dans la perspective de l’Alliance : Israël a d’abord expérimenté l’œuvre de libération de Dieu et seulement ensuite a médité la Création à la lumière de cette expérience. Dans ce psaume précis, on en a des traces :

 D’abord le nom de Dieu employé ici est le fameux nom en quatre lettres, YHVH, que nous traduisons SEIGNEUR, qui est la révélation précisément du Dieu de l’Alliance.

 Ensuite, vous avez entendu tout à l’heure l’expression « SEIGNEUR mon Dieu, tu es si grand ! »  L’expression « mon Dieu » avec le possessif est toujours un rappel de l’Alliance puisque le projet de Dieu dans cette Alliance était précisément dit dans la formule « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ». Cette promesse-là, c’est dans le don de l’Esprit « à tout être de chair », comme dit le prophète Joël (3,1) qu’elle s’accomplit. Désormais, tout homme est invité à recevoir le don de l’Esprit pour devenir vraiment fils de Dieu.
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Note

1 – La première lecture et le psaume sont communs aux fêtes de la Pentecôte des trois années liturgiques. En revanche, la deuxième lecture et l’évangile sont différents chaque année.

PSAUME 32 (33), 4-5, 6-7, 12-13, 20.22

R/ Toute la terre, Seigneur,
est remplie de ton amour.
(cf. Ps 32, 5b)

4 Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
5 Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

6 Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l’univers, par le souffle de sa bouche.
7 Il amasse, il retient l’eau des mers ;
les océans, il les garde en réserve.

12 Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !
13 Du haut des cieux, le Seigneur regarde :
il voit la race des hommes.

20 Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
22 Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion de la Sainte-Trinité, année B.

Ce jour-là, l’extrait lu est un peu différent de celui d’aujourd’hui.

PSAUME 32 (33), 4-5.6.9.18-19.20-22

4   Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ;
     il est fidèle en tout ce qu’il fait.
5   Il aime le bon droit et la justice ;
     la terre est remplie de son amour.

6   Le SEIGNEUR a fait les cieux par sa parole,
     l’univers, par le souffle de sa bouche.
9   Il parla, et ce qu’il dit exista ;
     il commanda et ce qu’il dit survint.

 18 Dieu veille sur ceux qui le craignent,
     qui mettent leur espoir en son amour,
19 pour les délivrer de la mort,
     Les garder en vie aux jours de famine.

20 Nous attendons notre vie du SEIGNEUR :
     il est pour nous un appui, un bouclier.
22 Que ton amour, SEIGNEUR, soit sur nous
     comme notre espoir est en toi !
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LA TERRE EST REMPLIE DE SON AMOUR 

Pas un mot du mystère de la Trinité dans ce psaume, au moins apparemment. Évidemment, puisque ce Mystère du Dieu Unique en Trois Personnes n’a été découvert par les croyants qu’après la Pentecôte. Mais en revanche des mots très beaux dans ces quelques versets sur l’énorme découverte que les hommes de l’Ancien Testament avaient déjà faite.

Vous avez entendu par exemple « La terre est remplie de son amour » : c’est déjà une superbe profession de foi ! Il a fallu tout un long chemin de Révélation pour que l’humanité découvre cette réalité fondamentale que Dieu est Amour et que la terre (entendez la Création) est remplie de son amour. Et c’est bien la caractéristique des croyants, il me semble : ils traversent l’existence et ses réalités de joie ou même d’épreuves en affirmant, quoi qu’il arrive, que la terre est remplie de l’amour de Dieu. Ce qui ne veut pas dire que l’amour règne partout sur la terre ! Ni l’amour universel, ni le bonheur ne sont encore au rendez-vous. Pour l’instant, ce qui est sûr, c’est que Dieu regarde le cosmos et l’humanité avec amour. Pour le reste, ce n’est pas encore accompli, mais c’est la vocation de la Création tout entière d’être le lieu de l’amour, du droit et de la justice.

L’amour de Dieu pour l’humanité est donc vieux comme le monde, pourrait-on dire : c’est le sens du rappel de la Création que nous entendons ici : « Le SEIGNEUR a fait les cieux par sa parole, l’univers, par le souffle de sa bouche. Il parla, et ce qu’il dit exista ; il commanda et ce qu’il dit survint. »

Mais Dieu ne s’est pas contenté de créer le cosmos et l’humanité un beau jour pour les abandonner à leur sort ensuite ; depuis l’aube du monde, il veille sur nous à chaque instant : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ».

Cette certitude de la foi est assise sur une expérience : celle de la vigilance de Dieu au long des siècles. Depuis Abraham, Isaac et Jacob, depuis Moïse et le buisson ardent et la sortie d’Égypte, et l’entrée en terre promise… et je pourrais reprendre les uns après les autres les événements de l’histoire du peuple élu, à chaque étape on a su, expérimenté que Dieu veille et que la terre est remplie de son amour.

 

DIEU VEILLE SUR CEUX QUI LE CRAIGNENT

Je reviens sur ce verset étonnant : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». Je ferai deux remarques. Premièrement, nous avons là une définition du mot « crainte » : Traduisez : ceux qui craignent le Seigneur, ce sont justement ceux qui mettent leur espoir en son amour, qui lui font confiance en toutes circonstances. Deuxièmement, on peut être surpris de la formulation : « Dieu veille sur ceux qui le craignent » ; on a envie de demander : « et les autres ? Ceux qui ne sont pas croyants ? Est-ce que Dieu ne veille pas sur eux ? » Bien sûr, Dieu veille sur tous ses enfants, mais seuls ceux qui le connaissent le savent et peuvent le dire pour l’instant !

Autre caractéristique de ce psaume, l’importance attachée à la Loi ! L’amour du peuple d’Israël pour la Loi nous étonne parfois ; mais pour les croyants, cela va de soi car ils y voient l’expression de la vigilance de Dieu pour ses enfants : sa Loi nous accompagne, tout comme un code de la route protège des accidents et des faux pas ; elle est donc considérée comme un cadeau d’amour de Dieu. Et ce n’est pas un hasard si ce psaume comporte exactement vingt-deux versets, (qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu), en hommage à la Parole de Dieu qui est le tout de notre vie, de A à Z.

Et désormais pour les croyants, la seule attitude valable, la seule manière de respecter Dieu c’est d’obéir aux commandements, parce qu’on sait qu’ils ne sont guidés que par l’amour. C’est exactement le sens de la profession de foi juive (Dt 6,4) : « Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. » Traduisez « Tu l’aimeras, tu lui feras confiance et (parce que c’est inséparable) tu observeras ses commandements, sa parole » ; c’est le deuxième sens du mot « parole » ; le verset « Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR » est un hommage à la Parole créatrice, mais aussi à la Loi donnée par Dieu.

Car il ne faut pas oublier que la création dont on s’émerveille le plus en Israël, ce n’est pas celle de la terre, c’est celle du peuple. À chaque époque de son histoire, la parole de Dieu l’appelle à la liberté, et lui donne la force de conquérir cette liberté ; liberté par rapport à toute idolâtrie, liberté par rapport à tout esclavage.

À première vue, dans ces versets, comme je le disais en commençant, nous ne trouvons pas trace de la Trinité. Il a fallu attendre la venue du Christ pour comprendre que la Parole de Dieu dont ce psaume a tant parlé est une Personne : « Au commencement était le Verbe… C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui », médite saint Jean dans son prologue (Jn 1,1-3) ; alors nous pouvons donner tout leur sens aux affirmations du psaume 32/33 : » Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait… Le SEIGNEUR a fait les cieux par sa Parole, l’univers, par le souffle de sa bouche… Il parla et ce qu’il dit exista ; il commanda et ce qu’il dit survint. »

Sacrifice et délivrance d’Isaac, le fils bien-aimé.

Lecture du livre de la Genèse (22, 1-18).

       En ces jours-là,
1     Dieu mit Abraham à l’épreuve
      Il lui  dit : « Abraham ! »
      Celui-ci répondit : « Me voici ! »
2    Dieu dit :
      « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac,
      va au pays de Moriah,
      et là tu l’offriras en holocauste
      sur la montagne que je t’indiquerai. »

3    Abraham se leva de bon matin, sella son âne,
      et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac.
      Il fendit le bois pour l’holocauste,
      et se mit en route vers l’endroit que Dieu lui avait indiqué.
4    Le troisième jour, Abraham levant les yeux,
      vit l’endroit de loin.
5    Abraham dit à ses serviteurs :
      « Restez ici avec l’âne,
      moi et le garçon, nous irons jusque là-bas pour adorer,
      puis nous reviendrons vers vous. »

6    Abraham prit le bois pour l’holocauste
      et le chargea sur son fils Isaac ;
      il prit le feu et le couteau,
      et tous deux s’en allèrent ensemble.
7    Isaac dit à son père Abraham :
      « Mon père !
      – Eh bien, mon fils ? »
      Isaac reprit :
      « Voilà le feu et le bois,
      mais où est l’agneau pour l’holocauste ? »
8    Abraham répondit :
      « Dieu saura bien trouver
      l’agneau pour l’holocauste, mon fils. »
      Et ils s’en allaient tous les deux ensemble.

9     Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué.
      Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois,
      puis il lia son fils Isaac
      et le mit sur l’autel, par-dessus le bois ;
10  Abraham étendit la main
      et saisit le couteau pour immoler son fils.
11  Mais l’ange du SEIGNEUR l’appela du haut du ciel et dit :
      « Abraham ! Abraham ! »
      Il répondit : « Me voici ! »
12  L’ange lui dit :
      « Ne porte pas la main sur le garçon !
      Ne lui fais aucun mal !
      Je sais maintenant que tu crains Dieu :
      tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »
13      Abraham leva les yeux et vit un bélier
      Retenu par les cornes dans un buisson.
      Il alla prendre le bélier,
      et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
14  Abraham donna à ce lieu le nom de « Le-SEIGNEUR-voit ».
      On l’appelle aujourd’hui : « Sur-le-mont-le-SEIGNEUR-est-vu. »

15    Du  ciel, l’ange du SEIGNEUR appela une seconde fois Abraham.
      Il déclara :
16  « Je le jure par moi-même, oracle du SEIGNEUR :
      parce que tu as fait cela,
      parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique,
17  je te comblerai de bénédictions,
      je rendrai  ta descendance aussi nombreuse
      que les étoiles du ciel
      et que le sable au bord de la mer,
      et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis.
18  Puisque tu as écouté ma voix,
      toutes les nations de la terre
      s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction
      par le nom de ta descendance. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

Voici un court commentaire.
Il sera suivi d’un autre commentaire (plus long) de ce même texte, à l’occasion du deuxième dimanche de Carême de l’année B.
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« NE PORTE PAS LA MAIN SUR L’ENFANT »

Notre deuxième lecture, tirée elle aussi du livre de la Genèse, est le récit de l’offrande d’Isaac. La grande nouvelle de ce texte est dans la phrase de l’Ange : « Ne porte pas la main sur l’enfant ». Dieu ne veut pas qu’Abraham attente à la vie de son fils. Il l’avait cru, pourtant, et il y était prêt parce qu’il était prêt à tout pour Dieu et que les sacrifices humains étaient une pratique courante dans son pays d’origine, la Mésopotamie. Et les peuples voisins d’Israël en pratiquaient également. À une époque où l’on n’attachait pas à la vie humaine individuelle le même prix qu’aujourd’hui, on offrait des sacrifices humains dans l’espoir d’obtenir les bonnes grâces de la divinité : par exemple, le roi de Moab (la Jordanie actuelle) a sacrifié son fils pour que son Dieu lui fasse gagner la guerre (2 R 3,27).

Dans le cas d’Abraham, l’ordre de Dieu semblait clair… aux yeux d’Abraham, en tout cas. « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. » En hébreu, l’expression exacte, c’est « tu l’offriras en offrande ». Dieu demandait un geste d’offrande ; donc, le geste d’offrande est bon ; reste à savoir ce que veut dire « offrir » et si « offrir » veut dire « immoler » ? Plus tard, Jérémie dira de la part de Dieu : « Cela, je ne l’ai pas demandé, je n’en ai jamais eu l’idée ! » (Jr 7,31). On sait qu’en Israël, la tentation de recourir à cette pratique est revenue parfois ; et c’est dans l’un de ces moments que l’on a mis par écrit le récit de ce que nos frères juifs appellent « la ligature d’Isaac ». Pour rappeler une fois pour toutes aux descendants d’Abraham que Dieu n’a jamais voulu de sacrifices humains.

Mais alors, quelle est la volonté de Dieu ? Ce n’est pas la mort de l’enfant qu’il demande, mais un geste d’offrande : tout vivre comme cadeau de Dieu et être si peu possessifs que nous pourrions tout rendre à tout moment.

« DIEU MIT ABRAHAM À L’ÉPREUVE »

 Ce récit de l’offrande d’Isaac débutait par ces mots : « Dieu mit Abraham à l’épreuve ». Mais l’épreuve n’est pas ce que nous croyons : c’est l’épreuve de la disponibilité d’Abraham et de sa capacité à se soumettre à la volonté de Dieu, telle qu’elle est, quitte à abandonner résolument toutes ses idées préconçues. Dieu n’est pas tel que nous l’imaginons spontanément, et c’est parfois une rude épreuve de changer notre regard sur lui.

Précisément, les descendants d’Abraham lisent ce texte comme le récit de la conversion du regard d’Abraham sur Dieu ; un peu comme si Dieu lui disait : « Quel regard as-tu sur moi, Abraham, quand je te demande un sacrifice ? Imagines-tu un Dieu qui veut la mort de ton enfant ? Eh bien, tu te trompes ! Pourtant, j’ai tout fait pour te rappeler que je n’ai pas oublié ma Promesse de te donner une descendance, par ce fils, précisément. »

Ce dont nous ferons mémoire au cours de la nuit pascale, c’est de cette confiance totale d’Abraham, modèle d’Alliance parfaite entre Dieu et l’homme.

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Note

1 – Sur l’interdiction des sacrifices humains, lire Dt 18,10 ; Jr 7,31 ; Jr 19,5. On peut penser que le récit concernant l’offrande d’Isaac (ce que les Juifs appellent la « ligature d’Isaac ») a été composé pour rassurer les croyants à qui l’on prêchait l’interdiction des sacrifices humains. À une époque où la tentation réapparaissait d’imiter cette pratique en usage dans les peuples voisins, on rappelait l’exemple d’Abraham : lui, le modèle des croyants, avait compris que Dieu n’en a jamais voulu.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 2e dimanche de Carême, année B.


UN TEXTE À LIRE DANS LA FOI

Le malheur de ce texte, c’est qu’il y a deux manières de le lire ! La manière épouvantable qui imagine Dieu donnant un ordre à Abraham pour le seul plaisir de voir si Abraham obéira… et seulement ensuite, arrive le contrordre : « Ne porte pas la main sur l’enfant »…

On a envie de dire : Il était temps ! Et, toujours dans cette même optique, (épouvantable !) on pense que, parce qu’Abraham s’est bien conduit, parce qu’il a fait ce qui lui était commandé (deux fois de suite, il répond seulement « me voici »…), Dieu lui promet monts et merveilles.

Mais, cela, c’est une lecture païenne ! Avec un Dieu qui nous attend au tournant et qui récompense et punit souverainement… un Dieu tel que nous l’imaginons parfois, et pas tel qu’Il est vraiment.

La lecture de la foi est toute différente ; vous savez, comme on dit qu’on regarde celui ou celle qu’on aime avec les « yeux de l’amour », il existe des « yeux de la foi ». D’ailleurs, si nous avions eu le temps de lire ce texte en entier, tel que la Bible le raconte (ici, nous avons eu la lecture liturgique qui est malheureusement très abrégée), vous auriez constaté que le thème du regard est très présent dans ces lignes : les mots « voir, regarder, lever les yeux » reviennent tout le temps ; le nom même de Moriah est un jeu de mots sur le verbe voir : il veut dire à la fois « Le SEIGNEUR voit » et « Le SEIGNEUR est vu ». Manière de dire que la foi est un peu comme une paire de lunettes qu’on chausse pour regarder Dieu et le monde.

Donc, si vous voulez bien, je vous propose une lecture croyante de ce texte, une lecture avec les yeux de la foi.

Premièrement, quand ce texte est écrit, il y a mille ans au moins que tout le monde sait qu’Isaac n’a pas été tué par Abraham, et qu’il a au contraire vécu jusqu’à un âge très avancé. L’auteur de ce récit ne nous propose donc pas une sorte de film à suspense.

Sur ce point, on peut penser que certains tableaux représentant l’offrande d’Isaac forcent un peu trop le trait sur ce suspense.

Deuxièmement, quand ce texte est écrit (seulement vers 700 av. J.-C. alors qu’Abraham a vécu au deuxième millénaire av. J.-C.), on sait parfaitement bien que Dieu refuse absolument les sacrifices humains !1 Et cela depuis toujours. On sait aussi qu’il est bien difficile d’obéir à cette interdiction quand les peuples environnants pratiquent, eux, des sacrifices humains. Cela exige une conversion du regard de l’homme sur Dieu. Et donc les descendants d’Abraham lisent ce texte comme le récit de la conversion du regard d’Abraham sur Dieu ; un peu comme si Dieu lui disait : « Quel regard as-tu sur moi, Abraham, quand je te demande un sacrifice ? Imagines-tu un Dieu qui veut la mort de ton enfant ? Eh bien, tu te trompes ! Pourtant, j’ai tout fait pour te rappeler que je n’ai pas oublié ma Promesse de te donner une descendance, par ce fils, précisément. »

Cette fameuse Promesse, nous la connaissons par les chapitres précédents du livre de la Genèse : « Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom… En toi seront bénies toutes les familles de la terre… Je multiplierai ta descendance comme la poussière de la terre… Contemple le ciel, compte les étoiles si tu peux les compter : telle sera ta descendance… C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom… » (toutes ces promesses se trouvent dans les chapitres 12 à 21 de la Genèse).

 

DIEU N’A PAS OUBLIÉ SA PROMESSE

Au moment d’éprouver Abraham, Dieu prend soin de lui rappeler cette promesse pour lui montrer qu’il ne l’a pas oubliée. Cela commence dès le premier mot : « Abraham… ». Dieu l’appelle, non par son nom de naissance, Abram, mais par le nom qu’Il lui a donné depuis qu’ils ont fait Alliance, « Abraham » qui veut dire « Père des multitudes ». « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac… »

Dans la lecture païenne, on dira : non seulement Dieu lui demande une chose horrible, mais en plus il s’amuse à « retourner le fer dans la plaie », comme on dit…

L’autre lecture c’est : si Dieu insiste « ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac… » ; c’est une manière de dire : Je n’ai pas oublié ma Promesse, je n’ai pas oublié que c’est sur lui, Isaac, que tous nos espoirs reposent… « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… »

Isaac, son nom veut dire « l’enfant du rire » : rappelle-toi, Abraham, tu as ri quand je te l’ai promis ; et Sara aussi a ri… tu n’y croyais plus à cette naissance, à ton âge, et elle est venue, parce que je te l’ai promis. « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… » Une descendance aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre (Gn 13), aussi nombreuse que les étoiles (Gn 15).

Vous avez remarqué, certainement, au passage, que j’ai employé une curieuse formule ; j’ai imaginé que Dieu dit à Abraham « C’est sur Isaac que tous nos espoirs reposent … » : elle est là la différence entre la lecture païenne et la lecture de la foi : le païen soupçonne Dieu de se désintéresser de lui ; le croyant, lui au contraire, découvre que l’espoir de l’homme peut être aussi l’espoir de Dieu, il croit que les intérêts de l’humanité et ceux de Dieu sont les mêmes, puisque Dieu s’est engagé dans l’aventure de l’Alliance ; croire, j’y reviens toujours, c’est croire, malgré tout ce qui peut arriver, que le dessein de Dieu n’est que bienveillant !

Justement, Abraham avait la foi jusque-là ; jusqu’à croire que, d’une manière qui lui échappait, mais d’une manière certaine, Dieu accomplirait sa Promesse de lui donner une descendance, par Isaac et non par un autre ; et c’est pour cela qu’Abraham est donné en exemple à ses descendants ; et c’est pour cela aussi que Dieu a pu éprouver sa foi jusque-là.

Et, du coup, grâce à cette foi invincible d’Abraham, un tournant unique, décisif a été franchi dans l’histoire de la Révélation. Abraham a découvert que quand Dieu dit « sacrifie », il ne dit pas « tue » ; comme si le sang lui faisait plaisir ! Dieu a bien dit à Abraham « offre-moi ton fils en holocauste » ; et Abraham a découvert que cela veut seulement dire « fais-le vivre, sans jamais oublier que c’est moi qui te l’ai donné ». Désormais, on saura pour toujours en Israël que Dieu ne veut jamais la mort de l’homme, sous aucun motif.

Alors, parce qu’Abraham n’a pas quitté la confiance, il peut réentendre à nouveau la promesse dont il n’a jamais douté : » Je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. Puisque tu m’as obéi, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. » Ce qui est l’exacte reprise des promesses des chapitres 12 à 21 de la Genèse.

Encore aujourd’hui, cette promesse de Dieu n’est pas accomplie : la descendance innombrable existe, certes, mais qu’elle soit source de bénédictions pour l’humanité tout entière à commencer par elle-même, c’est encore à venir ! Quand on voit quelle est la rudesse des luttes entre les descendants eux-mêmes ! Méritent d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient que la Promesse de Dieu se réalisera, quoi qu’il arrive, simplement parce que Dieu l’a promis et qu’il est fidèle. Ou plutôt… Méritent, à vrai dire, d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient à cette Promesse et œuvrent de toutes leurs forces pour qu’elle advienne !
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Note

1 – Sur l’interdiction des sacrifices humains, lire Dt 18,10 ; Jr 7,31 ; Jr 19,5. On peut penser que ce récit concernant l’offrande d’Isaac (ce que les Juifs appellent la « ligature d’Isaac ») a été composé pour rassurer les croyants à qui l’on rappelait l’interdiction des sacrifices humains. À une époque où la tentation réapparaissait d’imiter cette pratique en usage dans les peuples voisins, on rappelait l’exemple d’Abraham : lui, le modèle des croyants, avait compris que Dieu n’en a jamais voulu.

Psaume 15 (16), 5.8, 9-10, 11

R/ Garde-moi, mon Dieu :
j’ai fait de toi mon refuge.
(Ps 15, 1)

5 Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort.
8 Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

9 Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
10 tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

11 Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

Psaume extrait des « Psaumes des dimanches et fêtes de l’année A, musique de Barbara Delattre », chantés par Sœur Agathe et le chœur ADF. Merci et bravo à toutes ces personnes !

« Les fils d’Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer » (Ex 14, 29).

Lecture du livre de l’Exode (14, 15 – 15, 1a).

      En ces jours-là,
15  Le SEIGNEUR dit à Moïse :
      « Pourquoi crier vers moi ?
      Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route !
16  Toi, lève ton bâton, étends le bras sur la mer,
      fends-la en deux,
      et que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer à pied sec.
17  Et moi, je ferai en sorte que les Égyptiens s’obstinent :
      ils y entreront derrière eux ;
      je me glorifierai aux dépens de Pharaon et de toute son armée,
      de ses chars et de ses guerriers.
18  Les Égyptiens sauront que je suis le SEIGNEUR,
      quand je me serai glorifié aux dépens de Pharaon,
      de ses chars et de ses guerriers. »
19  L’ange de Dieu, qui marchait en avant d’Israël,
      se déplaça et marcha à l’arrière.
      La colonne de nuée se déplaça depuis l’avant-garde
      et vint se tenir à l’arrière,
20  entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël.
      Cette nuée était à la fois ténèbres et lumière dans la nuit,
      si bien que, de toute la nuit, ils ne purent se rencontrer.
21  Moïse étendit le bras sur la mer.
      Le SEIGNEUR chassa la mer toute la nuit par un fort vent d’est ;
      il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent.
22  Les fils d’Israël entrèrent au milieu de la mer à pied sec,
      les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.
23  Les Égyptiens les poursuivirent ;
      tous les chevaux de Pharaon, ses chars et ses guerriers
      entrèrent derrière eux jusqu’au milieu de la mer.

24  Aux dernières heures de la nuit,
      le SEIGNEUR observa, depuis la colonne de feu et de nuée,
      l’armée des Égyptiens,
      et il la frappa de panique.
25  Il faussa les roues de leurs chars,
      et ils eurent beaucoup de peine à les conduire.
      Les Égyptiens s’écrièrent :
      « Fuyons devant Israël,
      car c’est le SEIGNEUR
      qui combat pour eux contre nous ! »
26  Le SEIGNEUR dit à Moïse :
      « Étends le bras sur la mer :
      que les eaux reviennent sur les Égyptiens,
      leurs chars et leurs guerriers ! »
27  Moïse étendit le bras sur la mer.
      Au point du jour, la mer reprit sa place ;
      dans leur fuite, les Égyptiens s’y heurtèrent,
      et le SEIGNEUR les précipita au milieu de la mer.
28  Les eaux refluèrent et recouvrirent les chars et les guerriers,
      toute l’armée de Pharaon,
      qui était entrée dans la mer à la poursuite d’Israël.
      Il n’en resta pas un seul.
29  Mais les fils d’Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer,
      les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.

30  Ce jour-là,
      le SEIGNEUR sauva Israël de la main de l’Égypte,
      et Israël vit les Égyptiens morts sur le bord de la mer.
31  Israël vit avec quelle main puissante
      le SEIGNEUR avait agi contre l’Égypte.
      Le peuple craignit le SEIGNEUR,
      il mit sa foi dans le SEIGNEUR
      et dans son serviteur Moïse.
15,1   Alors Moïse et les fils d’Israël chantèrent ce cantique au SEIGNEUR :
      « Je chanterai pour le SEIGNEUR !
      Éclatante est sa gloire :
      il a jeté dans la mer cheval et cavalier ! »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

« LES FILS D’ISRAËL ENTRÈRENT AU MILIEU DE LA MER À PIED SEC »

La troisième lecture de cette nuit, qui est aussi la troisième nuit du poème des quatre nuits, est le récit de la sortie d’Égypte, dans le livre de l’Exode : « Les fils d’Israël entrèrent au milieu de la mer à pied sec ». Ce fut le miracle du passage de la Mer Rouge.

La Bible, tout entière, résonne de cet événement : les psaumes le chantent, les prophètes le racontent pour soutenir la foi dans les temps difficiles ; car Dieu a prouvé là, une fois pour toutes, son amour, mieux, son engagement aux côtés de son peuple. Au long des siècles, le récit devient de plus en plus impressionnant : voici quelques exemples : « Les eaux, en te voyant, Seigneur, les eaux, en te voyant, tremblèrent, l’abîme lui-même a frémi….Par la mer passait ton chemin, tes sentiers, par les eaux profondes ; et nul n’en connaît la trace. Tu as conduit comme un troupeau ton peuple par la main de Moïse et d’Aaron. » (Ps 76/77,17… 21). « Il menace la mer Rouge, elle sèche ; il les mène à travers les eaux comme au désert. Il les sauve des mains de l’oppresseur, il les rachète aux mains de l’ennemi. Et les eaux recouvrent leurs adversaires : pas un d’entre eux n’en réchappe. Alors ils croient à sa parole, ils chantent sa louange. » (Ps 105/106,9-12). « Ainsi parle le SEIGNEUR, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, consumés comme une mèche. » (Is 43,16-17). « De la mer Rouge surgit un chemin sans obstacles et, des flots impétueux, une plaine verdoyante. C’est là que le peuple entier, protégé par ta main, traversa en contemplant des prodiges merveilleux. Ils étaient comme des chevaux dans un pré, ils bondissaient comme des agneaux et chantaient ta louange, Seigneur : tu les avais délivrés. » (Sg 19,7-8).

Car il y a eu là, incontestablement, un miracle, celui de l’œuvre de Dieu, et inséparablement, celui de la foi du peuple. Le grand message du livre de l’Exode est là, et le récit, sans cesse repris, n’a pour objectif que de répandre ce message : les grands gagnants, ce sont Dieu et le peuple qui a mis sa foi en lui. Grâce à lui, ou avec lui, la liberté aura toujours le dernier mot. Les perdants, ce sont Pharaon et, avec lui, tous les oppresseurs. Sous-entendu, « Qu’on se le dise ! »

MIRACLE DE L’ŒUVRE DE DIEU, MIRACLE DE LA FOI DU PEUPLE

De fait, le peuple a traversé là une épreuve terrible pour sa foi : la fameuse nuit du sacrifice de l’agneau pascal et du fléau de la mort des premiers-nés Égyptiens (fléau qui a épargné les petits Hébreux), la panique a pris les Égyptiens et les Hébreux en ont profité pour s’enfuir. Mais ils se sont vite trouvés devant une impasse. Pour mettre une fois pour toutes une bonne distance entre eux et l’Égypte, il fallait traverser un bras de mer à première vue infranchissable ; et le temps pressait, car les cavaliers de Pharaon s’étaient lancés à leur poursuite. Les voilà donc pris en tenaille ; de toute façon, c’était la mort assurée : noyade ou écrasement par les chars et les cavaliers de Pharaon. « Comme Pharaon approchait, les fils d’Israël regardèrent et, voyant les Égyptiens lancés à leur poursuite, ils eurent très peur, et ils crièrent vers le SEIGNEUR. Ils dirent à Moïse : ‘L’Égypte manquait-elle de tombeaux, pour que tu nous aies emmenés mourir dans le désert ? Quel mauvais service tu nous as rendu en nous faisant sortir d’Égypte ! C’est bien là ce que nous te disions en Égypte : Ne t’occupe pas de nous, laisse-nous servir les Égyptiens. Il vaut mieux les servir que de mourir dans le désert !’ » (Ex 14,10-12).

Mais la foi de Moïse fut la plus forte : depuis la révélation du buisson ardent (Ex 3), il savait que Dieu était aux côtés de son peuple pour le libérer. Cette foi lui inspire les paroles décisives : « N’ayez pas peur ! Tenez bon ! Vous allez voir aujourd’hui ce que le SEIGNEUR va faire pour vous sauver ! Car, ces Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne les verrez plus jamais. Le SEIGNEUR combattra pour vous, et vous, vous n’aurez rien à faire. » (Ex 14,13-14).

Traduisez : le salut vient de Dieu et de lui seul, à une seule condition, mettez votre confiance en lui. En fin de compte, quand on affirme « c’est la foi qui sauve. » on ne croit pas si bien dire. Mais rien n’est jamais gagné une fois pour toutes. Et les dernières notes du cantique d’action de grâce qu’ils chantèrent de l’autre côté de la mer (Ex 15) résonnaient encore que, déjà, la peur et le doute les reprenaient. Et Moïse, et tous les prophètes après lui, devront sans cesse rappeler les merveilles passées pour soutenir la foi du peuple, en lui disant « Ce que Dieu a fait ce jour-là, il veut encore le faire aujourd’hui. » Si les psaumes et les prophètes sont si pleins de cet événement, comme nous le disions en commençant, c’est bien parce que ce peuple des croyants (dont nous sommes) a la mémoire courte.

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Compléments

« Je me glorifierai aux dépens de Pharaon » dit Dieu (Ex 14,17). « Les Égyptiens sauront que je suis le SEIGNEUR, quand je me serai glorifié aux dépens de Pharaon, de ses chars et de ses guerriers » (Ex 14,18). Il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot « gloire » : Dieu n’est pas avide de gloriole à la manière des hommes. La gloire de Dieu, c’est tout simplement la manifestation de sa présence : l’œuvre du Dieu libérateur en faveur de son peuple sera tellement évidente qu’elle finira par ouvrir les yeux même de leurs oppresseurs. Et la suite du texte le dit déjà : « Les Égyptiens s’écrièrent : Fuyons devant Israël, car c’est le SEIGNEUR qui combat pour eux contre nous ! » (Ex 14,25).

Cantique (Ex 15, 1b, 2, 3-4, 5-6, 17-18)

R/ Chantons pour le Seigneur !
Éclatante est sa gloire !
(cf. Ex 15, 1b)

Je chanterai pour le Seigneur !
Éclatante est sa gloire :
il a jeté dans la mer
cheval et cavalier.

Ma force et mon chant, c’est le Seigneur :
il est pour moi le salut.
Il est mon Dieu, je le célèbre ;
j’exalte le Dieu de mon père.

Le Seigneur est le guerrier des combats ;
son nom est « Le Seigneur ».
Les chars du Pharaon et ses armées, il les lance dans la mer.
L’élite de leurs chefs a sombré dans la mer Rouge.

L’abîme les recouvre :
ils descendent, comme la pierre, au fond des eaux.
Ta droite, Seigneur, magnifique en sa force,
ta droite, Seigneur, écrase l’ennemi.

Tu les amènes, tu les plantes sur la montagne, ton héritage,
le lieu que tu as fait, Seigneur, pour l’habiter,
le sanctuaire, Seigneur, fondé par tes mains.
Le Seigneur régnera pour les siècles des siècles.

Dans sa miséricorde éternelle, le Seigneur, ton rédempteur a pitié de toi (Is 54, 5-14)

Lecture du livre du prophète Isaïe (54, 5-14).

Parole du Seigneur adressée à Jérusalem :
5  Ton époux, c’est Celui qui t’a faite,
son nom est « Le Seigneur de l’univers ».
Ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël,
il s’appelle « Dieu de toute la terre ».
6  Oui, comme une femme abandonnée, accablée,
le Seigneur te rappelle.
Est-ce que l’on rejette la femme de sa jeunesse ?
– dit ton Dieu.
7  Un court instant, je t’avais abandonnée,
mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai.
8  Quand ma colère a débordé,
un instant, je t’avais caché ma face.
Mais dans mon éternelle fidélité,
je te montre ma tendresse,
– dit le Seigneur, ton rédempteur.
9  Je ferai comme au temps de Noé,
quand j’ai juré que les eaux
ne submergeraient plus la terre :
de même, je jure de ne plus m’irriter contre toi,
et de ne plus te menacer.
10  Même si les montagnes s’écartaient,
si les collines s’ébranlaient,
ma fidélité ne s’écarterait pas de toi,
mon alliance de paix ne serait pas ébranlée,
– dit le Seigneur, qui te montre sa tendresse.
11  Jérusalem, malheureuse,
battue par la tempête, inconsolée,
voici que  je vais sertir tes pierres
et poser tes fondations sur des saphirs.
12  Je ferai tes créneaux avec des rubis,
tes portes en cristal de roche,
et toute ton enceinte avec des pierres précieuses.
13  Tes fils seront tous disciples du Seigneur,
et grande sera leur paix.
14  Tu seras établie sur la justice :
loin de toi l’oppression,
tu n’auras plus à craindre ;
loin de toi la terreur,
elle ne t’approchera plus.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

LES SOURCES DE NOTRE ESPÉRANCE

Notre quatrième lecture est tirée du livre d’Isaïe ; avec elle nous ouvrons la série des quatre textes qui illustrent la quatrième nuit du poème juif de la Pâque. « Quatre nuits sont inscrites dans le livre des Mémoires » : celle de la Création, celle de la foi inconditionnelle d’Abraham, celle de la libération d’Égypte, celle, enfin, de l’accomplissement définitif du projet de Dieu. Les quatre lectures qui viennent maintenant nous apporteront les vivres dont nous avons besoin pour hâter le jour de cet accomplissement : ce sont les sources de notre espérance.

Il suffit d’entendre ce message de réconfort pour deviner qu’il a été écrit en période difficile : effectivement ce chapitre 54 du livre d’Isaïe est l’œuvre de celui qu’on appelle le second Isaïe qui prêche pendant l’Exil à Babylone, donc dans l’une des périodes les plus douloureuses de l’histoire du peuple juif. « Jérusalem malheureuse, battue par la tempête, inconsolée », toutes ces expressions ne sont pas trop fortes : en fait de tempête, le passage des troupes de Nabuchodonosor en 587 valait bien un cyclone. Mais quand le deuxième Isaïe intervient, le vent a déjà tourné pour Babylone : les Perses sont en train de conquérir le Proche Orient et de transformer complètement la carte du monde ; les victoires de Cyrus sont suivies avec grand intérêt à Babylone par les exilés de Jérusalem qui espèrent bien voir la défaite de leur vainqueur car elle sonnera l’heure du retour au pays.

Et donc, le prophète entrevoit déjà la fin de l’Exil et c’est pour cela qu’il appelle Dieu le Rédempteur d’Israël, (le « Go’el », en hébreu). Nous avons rencontré déjà souvent ce mot de « Go’el » (Rédempteur) et nous savons qu’il signifie justement « celui qui libère de l’esclavage ». Je reprends les expressions de notre texte : « Ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël, il s’appelle Dieu de toute la terre » ; quand Isaïe dit aux Juifs exilés à Babylone, « Dieu est votre rédempteur », ils entendent : Dieu va intervenir, l’heure de votre libération va sonner. Et effectivement Cyrus apparaîtra pour les Juifs comme un libérateur. Depuis 550, Cyrus vole de victoire en victoire dans toute la région et partout sa politique est la même : on sait qu’il permet le retour des exilés et qu’il leur donne les moyens de reconstruire leurs pays respectifs ; après deux siècles de domination par des empires successifs qui pratiquaient tous des politiques de déplacement des populations, Cyrus ne peut qu’être bien accueilli ! Si bien accueilli même que les prêtres babyloniens voient dans les succès de cet ennemi qu’est Cyrus une intervention salutaire de leur propre dieu Mardouk.

Évidemment Isaïe ne peut pas les suivre jusque-là ! « Dieu seul est Dieu » rappelle-t-il à ses frères juifs ; c’est pour cela qu’il insiste plusieurs fois : « Il se nomme Dieu de toute la terre » ou bien encore « Son nom est ‘Le SEIGNEUR de l’univers’ ». Manière de dire « Ne vous trompez pas, il n’y en a pas d’autre ». Et si votre libération approche, c’est à lui et à lui seul que vous le devez. Et cette libération ne consiste pas seulement à ouvrir les portes d’une prison ou d’une frontière : elle est une véritable restauration du peuple dans sa dignité, de la ville et du temple dans leur beauté.

« TON ÉPOUX, C’EST CELUI QUI T’A FAITE »

« Ton époux, c’est Celui qui t’a faite… Ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël »… La création dans la Bible est toujours vue non pas comme un acte du passé, mais comme une relation qui dure, une œuvre permanente de libération. Le peuple va revivre, reconstruire sa ville et son temple plus beaux qu’avant, Dieu y pourvoira : « Je vais sertir tes pierres et poser tes fondations sur des saphirs. Je ferai tes créneaux avec des rubis, tes portes en cristal de roche et toute ton enceinte avec des pierres précieuses ». Ce langage est à la fois merveilleux et quand même étrange si on y réfléchit ; cette évocation de bijoux ne peut que nous séduire : quel amoureux n’a rêvé de parer sa fiancée comme une princesse et de la couvrir de bijoux ? Mais l’étonnant, ici, c’est que ce langage est mis dans la bouche de Dieu, si l’on peut dire.

N’est-ce pas une folle audace de prêter de tels sentiments à Dieu ? On trouve souvent dans la Bible la conscience de la grandeur infinie de Dieu, le Tout-Autre que l’homme, mais on y trouve aussi (et en particulier dans ce texte) de véritables déclarations d’amour de Dieu pour son peuple ; (ici le peuple d’Israël est représenté par sa ville, Jérusalem). L’une des phrases les plus fortes de ce texte, d’ailleurs, c’est peut-être la formule qui paraît si simple à première vue : « Ton époux, c’est Celui qui t’a faite, Le SEIGNEUR de l’Univers » : on ne peut pas mieux dire à la fois l’intimité et la distance, la tendresse de l’époux et la toute-puissance du Créateur de toutes choses. Même l’expression « le Saint d’Israël » à elle toute seule dit bien à la fois la grandeur du Dieu Tout-Autre ET la proximité de Celui qui accepte d’appartenir en quelque sorte à ceux avec qui il a fait Alliance. « ‘Est-ce que l’on rejette la femme de sa jeunesse ?’ a dit TON Dieu. »

« Même si les montagnes s’écartaient, si les collines s’ébranlaient, ma fidélité ne s’écarterait pas de toi, mon alliance de paix ne serait pas ébranlée. » Mais alors, si la sollicitude et la tendresse de Dieu sont sans défaillance, comment expliquer la période très dure que l’on vient de traverser ? Pour l’instant, tout occupé qu’il est de maintenir chez ses frères la foi au Dieu unique, Isaïe semble bien attribuer tout à Dieu, les bons et les mauvais moments : mais il fait valoir que les mauvais moments ne durent qu’un instant en comparaison de toute la durée de l’Alliance.

« Un court instant, je t’avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai. Quand ma colère a débordé, un instant, je t’avais caché ma face. Mais dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse, dit le SEIGNEUR, ton rédempteur ». Et le psaume 29/30 que nous allons chanter dans cette même Veillée pascale, à la suite de ce texte d’Isaïe reprend en écho : « Sa colère (du SEIGNEUR) ne dure qu’un instant, sa bonté, toute la vie ». (Ps 29/30,6).

Bien sûr, le mot « colère » est un mot du vocabulaire humain, il ne convient pas à Dieu : la Résurrection du Christ sera le seul mot qui dit Dieu sans le défigurer : c’est-à-dire l’amour qui crée la vie là même où nos haines et nos colères engendrent la mort.

Psaume 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi ;
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

« Venez à moi, et vous vivrez ; je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle » (Is 55, 3).

Lecture du livre du prophète Isaïe (55, 1-11).

Ainsi parle le Seigneur :
1  Vous tous qui avez soif,
venez, voici de l’eau !
Même si vous n’avez pas d’argent,
venez acheter et consommer,
venez acheter du vin et du lait
sans argent, sans rien payer.
2  Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas,
vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?
Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses,
vous vous régalerez de viandes savoureuses !
3  Prêtez l’oreille ! Venez à moi !
Écoutez, et vous vivrez.
Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle :
ce sont les bienfaits garantis à David.
4  Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples,
pour les peuples, un guide et un chef.
5  Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ;
une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi,
à cause du Seigneur ton Dieu,
à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur.

6  Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ;
invoquez-le tant qu’il est proche.
7  Que le méchant abandonne son chemin,
et l’homme perfide, ses pensées !
Qu’il revienne vers le Seigneur
qui lui montrera sa miséricorde,
vers notre Dieu
qui est riche en pardon.
8  Car mes pensées ne sont pas vos pensées,
et vos chemins ne sont pas mes chemins,
– oracle du Seigneur.
10  Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre,
autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins,
et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

11  La pluie et la neige qui descendent des cieux
n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre,
sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer,
donnant la semence au semeur
et le pain à celui qui doit manger ;
12  ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,
ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce qui me plaît,
sans avoir accompli sa mission.

MANGEZ DE BONNES CHOSES, RÉGALEZ-VOUS DE VIANDES SAVOUREUSES ! 

Notre cinquième lecture est encore extraite du livre d’Isaïe : c’est la fin de la deuxième partie du livre, toute entière tournée vers la fin de l’Exil et le retour vers le pays de la promesse : d’où le titre général de ce « livre de la consolation d’Israël » ; le chapitre 54 (lecture précédente) réitérait l’annonce du retour tant attendu ; le chapitre 55, le nôtre, précise bien dans quel état d’esprit on doit rentrer : pour ce faire, il récapitule quelques-unes des insistances majeures de ce livre magnifique.  

Le plus difficile à entendre, peut-être, pour nos oreilles humaines, c’est le premier thème, la gratuité des dons de Dieu, or c’est précisément l’insistance majeure de ce chapitre 55. Nous nous obstinons toujours à parler de mérites et de dignité à regagner pour paraître devant Dieu, alors que le propre de la miséricorde est d’aimer se pencher sur les petits et les pécheurs. « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, dit Dieu… »

Isaïe emploie des images d’opulence : « Mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses ! » N’oublions pas qu’elles sont adressées à des exilés réduits aux travaux forcés à Babylone, pour qui des images de banquets ressemblent à des rêves irréalisables. Et, pour beaucoup d’habitants de la terre, encore aujourd’hui, ce n’est qu’un rêve. « Il n’y aura pas de pauvre chez vous » disait pourtant Moïse à son peuple, traçant ainsi un horizon que nous n’avons pas encore atteint, loin de là, hélas. Et cette profusion de bonnes choses est totalement gratuite, ce qui est plus invraisemblable encore, à vues humaines : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. » Voilà les images que le prophète a choisies pour faire comprendre à ses contemporains la générosité du Dieu d’Israël.

Notre Église a une tâche redoutable, il me semble : elle est une institution humaine, elle vit dans une société bâtie sur le commerce plus que sur le service ; et c’est au cœur même de cette société qu’elle doit faire germer le royaume de la gratuité. Il nous est interdit au nom de l’évangile et même au nom des prophètes de l’Ancien Testament de nous comporter comme une entreprise… Chaque fois que nous quittons le registre de la gratuité dans nos paroles ou dans nos actes, nous sommes loin des chemins de Dieu, pour reprendre le vocabulaire d’Isaïe. Notre mission de baptisés, c’est de témoigner au milieu des hommes non pas d’un AILLEURS, mais d’un AUTREMENT.

Tout le reste en découle : par exemple, puisque Dieu ne fait pas de comptes avec nous, il reste immuablement fidèle à son Alliance, quelle que soit notre ingratitude : « Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David ». C’est encore l’une des grandes lignes de force des prédications du deuxième Isaïe : exilés, on craignait d’être abandonnés de Dieu à tout jamais. On avait tant de fois manqué aux commandements dans le passé, Dieu ne s’était-il pas lassé de son peuple ? Non, bien sûr. Puisque son amour est totalement gratuit et sans conditions, il ne remet jamais en cause son Alliance. Au contraire, il la renouvelle à chaque instant : l’allusion à David confirme l’enracinement lointain et la durée indéfectible de cette Alliance, depuis les promesses faites jadis à David par le prophète Nathan (2 S 7). Pendant l’Exil à Babylone, ces lointaines promesses pourraient paraître caduques, raison de plus pour que le prophète les rappelle.

NOTRE DIEU EST RICHE EN PARDON

Autre facette de la gratuité des dons de Dieu, son inlassable pardon : cette découverte du Dieu « riche en pardon » est très présente dans l’Ancien Testament, bien avant la venue de Jésus sur la terre. Le peuple d’Israël a eu le privilège de faire cette double découverte extraordinaire : Dieu est à la fois le Tout-Autre, le Saint et aussi le Tout-Proche, le « Dieu tendre et miséricordieux, plein d’amour et de vérité » révélé à Moïse (Exode 34,6). Isaïe ramasse cette découverte dans cette phrase superbe : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées ». Cette distance infinie qui sépare le ciel de la terre est une image très parlante pour nous dire que Dieu, décidément, est le Tout-Autre. En même temps, il est le Tout-Proche, le « miséricordieux ».

Et je crois même qu’il faut aller plus loin : c’est précisément cette richesse de pardon qui constitue la distance infinie dont parle Isaïe et qui nous sépare de Dieu, autant que le ciel est séparé de la terre. Notre texte dit bien : « Notre Dieu est riche en pardon »… « CAR mes pensées ne sont pas vos pensées … » Tout tient dans cette petite conjonction « Car » ; mais, malheureusement, elle risque de passer inaperçue. Ce qu’Isaïe nous dit là, c’est que nous ne sommes pas sur le même registre que Dieu : Lui qui est l’amour même, Il est sur le registre de la gratuité, on dit « la grâce », le registre du pardon sans conditions. Nous, nous sommes sur le registre du calcul, du donnant-donnant. Nous voulons que les bons soient récompensés et les méchants punis. Nous parlons de « gagner » notre ciel ; nous calculons nos mérites ; ou bien nous disons « je ne mérite pas » sans nous apercevoir qu’en disant cela, nous nous permettons de calculer à sa place ! Dieu, lui, ne nous demande pas de mériter quoi que ce soit ! Il dit seulement : « Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide ses pensées. Qu’il revienne vers notre Dieu qui est riche en pardon. CAR mes pensées ne sont pas vos pensées… » Il nous propose de vivre tout simplement une relation d’amour, donc gratuite, par définition.

Il faut bien voir dans quel esprit ces lignes sont écrites : Isaïe s’adresse ici à des gens complètement découragés ; en Exil à Babylone, dans des conditions extrêmement dures, le peuple d’Israël est tenté de croire que Dieu l’a abandonné. Et il en vient à se demander s’il est encore possible d’oser espérer le pardon de Dieu et la restauration du peuple élu. Ce doute et ce soupçon, il faut résolument leur tourner le dos ; ce sont, dit le prophète, des pensées méchantes, perfides. Elles nous trompent sur Dieu et nous éloignent de lui. La pensée perfide, précisément, ce serait de croire que Dieu pourrait n’être pas proche, que Dieu pourrait être inaccessible, que Dieu pourrait ne pas pardonner.

Ceci nous semble étonnant, peut-être, c’est pour cela qu’Isaïe précise bien qu’il ne parle pas de lui-même. Il n’est que le messager de Dieu : « Vos chemins ne sont pas mes chemins, déclare le SEIGNEUR. » C’est sur cette Parole de Dieu que nous pouvons miser nos vies : en elle et en elle seule, nous trouverons nos raisons de vivre et de mourir : « Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez… Ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »

Le jour où nous aurons enfin intégré toutes ces découvertes sur notre Dieu, nous aurons le cœur noyé de reconnaissance, et alors la face du monde sera changée. À nous désormais d’aller crier sur les toits toutes ces bonnes nouvelles !

Cantique d’Isaïe Is 12, 2, 4bcd, 5-6

R/ Exultant de joie, vous puiserez les eaux
aux sources du salut !
(Is 12, 3)

Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits !
Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence,
et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

Marche vers la splendeur du Seigneur (Ba 3, 9-15.32 – 4, 4)

Lecture du livre du prophète Baruc (3, 9-15.32 -4, 4).

9  Écoute, Israël, les commandements de vie,
prête l’oreille pour acquérir la connaissance.
10  Pourquoi donc, Israël,
pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis,
vieillissant sur une terre étrangère,
11  souillé par le contact des cadavres,
inscrit parmi les habitants du séjour des morts ?
12  – Parce que tu as abandonné la Source de la Sagesse !
13  Si tu avais suivi les chemins de Dieu,
tu vivrais dans la paix pour toujours.
14  Apprends où se trouvent
et la connaissance, et la force, et l’intelligence ;
pour savoir en même temps où se trouvent
de longues années de vie,
la lumière des yeux et la paix.

15  Mais qui donc a découvert la demeure de la Sagesse,
qui a pénétré jusqu’à ses trésors ?

32    Celui qui sait tout en connaît le chemin,
il l’a découvert par son intelligence.
Il a pour toujours aménagé la terre,
et l’a peuplée de troupeaux.
33  Il lance la lumière, et elle prend sa course ;
il la rappelle, et elle obéit en tremblant.
34  Les étoiles brillent, joyeuses, à leur poste de veille ;
35  il les appelle, et elles répondent : « Nous voici ! »
Elles brillent avec joie pour celui qui les a faites.
36  C’est lui qui est notre Dieu :
aucun autre ne lui est comparable.
37  Il a découvert les chemins du savoir,
et il les a confiés à Jacob, son serviteur,
à Israël, son bien-aimé.

38  Ainsi, la Sagesse est apparue sur la terre,
elle a vécu parmi les hommes.

4, 4  Elle est le livre des préceptes de Dieu,
la Loi qui demeure éternellement :
tous ceux qui l’observent vivront,
ceux qui l’abandonnent mourront.
5  Reviens, Jacob, saisis-la de nouveau ;
à sa lumière, marche vers la splendeur :
6  ne laisse pas ta gloire à un autre,
tes privilèges à un peuple étranger.
7  Heureux sommes-nous, Israël !
Car ce qui plaît à Dieu, nous le connaissons.

ÉCOUTE, ISRAËL 

Notre sixième lecture est une prédication du prophète Baruc. Certains pensent que ce texte est une homélie prononcée à l’occasion d’une célébration pénitentielle : le prédicateur est poète à ses heures ; certaines phrases sont tellement belles que La Fontaine disait : « Avez-vous lu Baruch ? C’était un beau génie ». Mais qui est ce prédicateur ? À quelle époque parle-t-il ? Qui compose l’auditoire ? Personne ne sait le dire avec certitude. Un auditoire, en tout cas, qui traverse une période d’Exil, de détresse, et le prédicateur voudrait bien que la leçon ne soit pas perdue !

Il connaît très bien la Bible, il la lit souvent ; et, spontanément, pour construire son sermon, il a largement puisé dedans : son texte est plein de réminiscences, d’allusions, de thèmes, de mots empruntés à d’autres auteurs de l’Ancien Testament ; par exemple : « Écoute, Israël ». Ces deux premiers mots pour commencer, ce sont les mots de la profession de foi juive ; à eux seuls, ils remettent en mémoire toute la méditation du livre du Deutéronome. « Écoute, Israël, les commandements de vie, prête l’oreille pour acquérir la connaissance » ; sous-entendu, cela et cela seulement te sauvera du désastre présent et t’ouvrira une ère nouvelle de bonheur et de paix. Et ce désastre présent, tu l’as forgé toi-même parce que tu n’as pas écouté ces préceptes de vie, c’est-à-dire la LOI de Moïse ; tu t’es coupé toi-même de la source de la vie et du bonheur. En d’autres termes, tu récoltes ce que tu as semé.

Le Livre du Deutéronome, les psaumes, les prophètes développent souvent ce thème qu’on appelle des « deux voies » : il y a deux manières de vivre, la bonne et la mauvaise, le bon chemin et le mauvais, la bonne et la mauvaise voies ; « se convertir », littéralement, c’est faire demi-tour quand on découvre qu’on a pris le mauvais chemin. Nous sommes dans une célébration pénitentielle et pour inviter son peuple à la conversion, notre prédicateur l’invite à tirer les leçons du passé : « Pourquoi donc, Israël, pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis, vieillissant sur une terre étrangère…? Parce que tu as abandonné la Source de la Sagesse ! Si tu avais suivi les chemins de Dieu, tu vivrais dans la paix pour toujours ».

L’expression « terre étrangère », elle aussi, vient de loin : elle ne dit pas seulement la nostalgie de l’exilé pour la lumière, les couleurs, les odeurs, les courbes de son pays ; l’importance de la terre, pour le Juif, vient de ce qu’elle est d’abord la terre sainte : la terre donnée par Dieu pour être le lieu où l’on vit à la manière de Dieu ; elle est la « terre sainte » parce qu’elle est la terre où l’on vit saintement ; vous avez remarqué l’insistance sur le mot « vie » justement. Il n’y a qu’une manière de VIVRE vraiment, c’est celle de Dieu. « Écoute, Israël, les préceptes de vie… Si tu avais suivi les chemins de Dieu, tu vivrais dans la paix pour toujours… Apprends où se trouvent de longues années de vie… »

À LA LUMIÈRE DE LA SAGESSE DE DIEU, MARCHER VERS LA SPLENDEUR

Les conseils donnés par le prophète au peuple d’Israël sont encore valables pour nous aujourd’hui. Si nous voulons faire progresser le Royaume de Dieu sur la terre, et « marcher vers la splendeur », selon la très belle expression de Baruc, il nous faut résolument rechercher la vraie sagesse. Et, pour cela, avoir l’humilité de chercher sans cesse à demeurer sur les chemins de Dieu.

« Apprendre » : auprès de qui ? C’est simple : il n’y a qu’un professeur, parce qu’un seul connaisseur, Dieu lui-même : « Celui qui sait tout en connaît le chemin (de la Sagesse) », et il a librement choisi de révéler ce secret à son peuple. « Il a découvert les chemins du savoir et les a confiés à Jacob, son serviteur, à Israël, son bien-aimé ». « Serviteur », « bien-aimé », encore deux mots qui parlent à la Mémoire du peuple porteur de l’Alliance ; deux mots chers, par exemple, au deuxième Isaïe que nous lisons également en cette Veillée Pascale. Ils disent que le choix de ce peuple par Dieu lui confère une responsabilité à la face du monde.

Mais pour être en mesure de remplir sa mission, encore faut-il que le peuple choisi vive lui-même à la manière de Dieu ; et c’est donc d’abord là-dessus que notre prédicateur insiste.

Vivre à la manière de Dieu, c’est simple, il suffit d’appliquer la Loi donnée par Moïse. « La Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes. Elle est le Livre des préceptes de Dieu, la Loi qui demeure éternellement : tous ceux qui l’observent vivront, ceux qui l’abandonnent mourront ». (Le thème des deux voies est clair, ici).

Évidemment quand nous, chrétiens, entendons au cours de la nuit pascale cette phrase « La Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes », nous pensons immédiatement à l’évangile de saint Jean : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ».

Ce texte de Baruc a dessiné en quelque sorte la fresque du projet de Dieu : il évoque la Création puis le don de la Loi par Dieu à son peuple comme un chemin de vie et de liberté ; il dit aussi les fausses routes et les malheurs du peuple quand il oublie la Loi ; dans la nuit pascale, l’évangile de la Résurrection achèvera la fresque : en Jésus-Christ, c’est l’humanité tout entière qui entre dans la vie.

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Complément

– Le livre de Baruc est le reflet d’un état très avancé de la méditation juive : c’est un texte « tardif », comme on dit, c’est-à-dire de la fin de l’Ancien Testament. (Tellement tardif que vous ne le trouverez pas dans la Bible en hébreu, mais seulement dans la Bible grecque et dans les Bibles chrétiennes).

Psaume 18 (19), 8, 9, 10, 11

R/ Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle. (Jn 6, 68c)

8  La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

9  Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le cœur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

10  La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables :

11  plus désirables que l’or,
qu’une masse d’or fin,
plus savoureuses que le miel
qui coule des rayons.

« Je répandrai sur vous une eau pure et je vous donnerai un cœur nouveau » (Ez 36, 25a.26a).

Lecture du livre du prophète Ézékiel (36, 16-17a.18-28).

16      La parole du SEIGNEUR me fut adressée :
17      « Fils d’homme,
          lorsque les gens d’Israël habitaient leur pays,
          ils le rendaient impur par leur conduite et leurs actes.
18      Alors j’ai déversé sur eux ma fureur,
          à cause du sang qu’ils avaient versé dans le pays,
          à cause des idoles immondes qui l’avaient rendu impur.
19      Je les ai dispersés parmi les nations,
          ils ont été disséminés dans les pays étrangers.
          selon leur conduite et leurs actes, je les ai jugés.
20      Dans les nations où ils sont allés,
          ils ont profané mon saint nom,
          car on disait :
          ‘C’est le peuple du SEIGNEUR,
          et ils sont sortis de son pays !’
21      Mais j’ai voulu épargner mon saint nom,
          que les gens d’Israël avaient profané
          dans les nations où ils sont allés.
22      Eh bien ! tu diras à la maison d’Israël :
          Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu :
          Ce n’est pas pour vous que je vais agir,
          maison d’Israël,
          mais c’est pour mon saint nom
          que vous avez profané
          dans les nations où vous êtes allés.
23      Je sanctifierai mon grand nom,
          profané parmi les nations,
          mon nom que vous avez profané au milieu d’elles.
          Alors les nations sauront que Je suis le SEIGNEUR
          – oracle du SEIGNEUR Dieu –
          quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux.
24      Je vous prendrai du milieu des nations,
          je vous rassemblerai de tous les pays,
          je vous conduirai dans votre terre.
25      Je répandrai sur vous une eau pure,
          et vous serez purifiés ;
          de toutes vos souillures, de toutes vos idoles
          je vous purifierai.
26      Je vous donnerai un cœur nouveau,
          je mettrai en vous un esprit nouveau.
          J’ôterai de votre chair le cœur de pierre,
          je vous donnerai un cœur de chair.
27      Je mettrai en vous mon esprit,
          je ferai que vous marchiez selon mes lois,
          que vous gardiez mes préceptes
          et leur soyez fidèles.
28      Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères :
          vous, vous serez mon peuple,
          et moi, je serai votre Dieu. »

VOUS HABITEREZ LE PAYS QUE J’AI DONNÉ À VOS PÈRES

Notre dernière lecture dans l’Ancien Testament est une prédication du prophète Ézéchiel qui s’adressait aux habitants de Jérusalem exilés à Babylone. Il leur annonçait leur prochaine libération : « Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères », annonçait-il de la part de Dieu. D’où lui venait cette belle assurance que Dieu allait intervenir pour les libérer ? Parce qu’il y allait de l’honneur de Dieu lui-même tout simplement.

On peut résumer ainsi son raisonnement : la volonté de Dieu, c’est que tout homme soit sauvé. Pour accomplir ce grand dessein, Dieu a confié à un peuple choisi parmi tous les autres de vivre déjà à la manière de Dieu et d’en être les témoins parmi les autres peuples. Un peuple saint sur une terre sainte parce qu’habitée « saintement » si j’ose dire. Mais voilà : le peuple élu n’a pas toujours vécu « saintement » sur sa terre ; il l’a profanée en accomplissant des actes qui n’étaient pas des actes de Dieu ; on a fait couler du sang innocent, on n’a pas toujours pratiqué la justice, on est tombé dans l’idolâtrie parfois… La perte de la terre a été la conséquence de cette profanation de la terre. Comme si la terre vouée à être sainte ne pouvait plus porter le peuple qui la profanait ; et ce fut l’Exil.

Seulement, l’Exil lui-même est un contre-témoignage à la face du monde : le malheur et la déchéance du peuple font honte à Dieu car ils peuvent porter les païens à croire que Dieu ne serait pas capable de sauver son peuple. C’est ce contre-témoignage qu’Ézéchiel appelle « profaner le nom de Dieu ». Si Dieu abandonne son peuple au triste sort qu’il s’est préparé lui-même par sa faute, les païens ne pourront pas se convertir au vrai Dieu : ils croiront que c’est un dieu comme les autres ; pour sauver les chances de conversion des païens, il faut donc que Dieu sauve son peuple de l’Exil et le ramène sur sa terre.

« Lorsque les gens d’Israël habitaient leur pays, ils le rendaient impur par leur conduite et par leurs actes. Alors j’ai déversé sur eux ma fureur… Dans les nations où ils sont allés, ils ont profané mon saint nom, car on disait : ‘C’est le peuple du SEIGNEUR, et ils sont sortis de son pays !’ Mais j’ai voulu épargner mon saint nom… Les nations sauront que Je suis le SEIGNEUR quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. »

VOUS SEREZ MON PEUPLE, ET MOI, JE SERAI VOTRE DIEU

C’est en s’appuyant sur ce raisonnement qu’Ézéchiel peut annoncer le retour de l’Exil ; et même plus : pour que tout ne recommence pas comme avant, il faut que Dieu change le cœur de son peuple. Et lui seul peut le faire : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles je vous purifierai ». Le cœur « pur » au sens biblique, c’est celui qui est sans partage, qui n’a qu’un seul maître, Dieu. Comme en chimie on dit d’un corps qu’il est « pur » quand il est sans mélange. Et si Dieu veut que nous lui appartenions sans partage, c’est parce qu’il nous veut libres : les idoles, justement, c’est ce qui nous asservit d’une manière ou d’une autre : que ce soit une religion, une idéologie, une passion, l’argent ou autre chose… Au fond, « purifier » au sens biblique, cela veut dire libérer de toute idole, de tout esclavage.

Et l’on comprend mieux alors le sens de l’eau du baptême : elle est la mer à traverser pour aborder sur la terre de liberté comme le peuple échappé d’Égypte traversait le Jourdain pour aborder sur la terre sainte.

Une année, pour sa campagne, le Secours Catholique avait pris comme slogan : « Déchaîne ton cœur » au sens de « Désenchaîne » ton cœur ; Ézéchiel, lui, dit « J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair ». Le cœur de pierre, c’est le cœur dur, enchaîné, qui ne peut pas aimer ; enchaîné par la jalousie comme Caïn, par le racisme (il y a des racismes de toute sorte) ; enchaîné par l’argent et la peur de perdre nos avantages ou notre sécurité, ou notre tranquillité… Il y a des quantités de chaînes. Il me semblait que le slogan voulait dire « Désenchaîne ton cœur et alors ton cœur se déchaînera ». Ézéchiel dirait « ton cœur deviendra cœur de chair, c’est-à-dire cœur qui aime, cœur tendre, comme celui de Dieu ». L’auteur du psaume 50/51, dans la même ligne, parle de cœur brisé : comme une coque d’amande éclatée, laisse enfin apparaître le fruit tendre. Et il va jusqu’à dire qu’un cœur brisé, (c’est-à-dire un cœur tendre), est le seul sacrifice qui plaît à Dieu.  

Ézéchiel le dit encore autrement « Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois… Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères ». On peut se demander de quels pères il s’agit ? Bien sûr, en un premier sens, il s’agit du retour d’Exil, de la rentrée sur la terre sainte. Mais ce retour d’Exil est décrit comme une véritable re-création : comme le Créateur avait insufflé dans les narines de l’homme une haleine de vie, le Libérateur de son peuple insuffle dans son peuple l’Esprit même de Dieu et le retour au pays ressemble à un retour dans le jardin d’Éden, « le pays donné aux pères ». Cette fois, le serpent (la voix du soupçon) ne trouvera plus d’oreille complaisante : « Vous, vous serez mon peuple et moi, je serai votre Dieu ».

Là encore, il est saisissant de lire ce texte à la lumière de la victoire de Jésus sur les forces de la mort : « Je mettrai en vous mon Esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. »

Psaume 41 (42), 3, 5efgh ; 42 (43), 3, 4

R/ Comme un cerf altéré cherche l’eau vive,
ainsi mon âme te cherche, toi, mon Dieu.
(Ps 41, 2)

(S’il n’y a pas de baptême)

3 Mon âme a soif de Dieu,
le Dieu vivant ;
quand pourrai-je m’avancer,
paraître face à Dieu ?

5 Je conduisais vers la maison de mon Dieu
la multitude en fête,
parmi les cris de joie
et les actions de grâce.

42, 3 Envoie ta lumière et ta vérité :
qu’elles guident mes pas
et me conduisent à ta montagne sainte,
jusqu’en ta demeure.

4 J’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu,
vers Dieu qui est toute ma joie ;
je te rendrai grâce avec ma harpe,
Dieu, mon Dieu.

Psaume 50 (51), 12-13, 14-15, 18-19

R/ Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu. (Ps 50, 12a)

(Lorsqu’il y a baptême)

12 Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
13 Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

14 Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
15 Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ;
vers toi, reviendront les égarés.

18 Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas,
tu n’acceptes pas d’holocauste.
19 Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains (6, 3b-11).

    Frères,
3  nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus,
    c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême.
4  Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort,
    nous avons été mis au tombeau avec lui,
    c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi,
    comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père,
    est ressuscité d’entre les morts.
5  Car, si nous avons été unis à lui
    par une mort qui ressemble à la sienne,
    nous le serons aussi
    par une résurrection qui ressemblera à la sienne.
6  Nous le savons : l’homme ancien qui est en nous
    a été fixé à la croix avec lui
    pour que le corps du péché soit réduit à rien,
    et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché.
7  Car celui qui est mort est affranchi du péché.

8  Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ,
    nous croyons que nous vivrons aussi avec lui.
9  Nous le savons en effet :
    ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ;
    la mort n’a plus de pouvoir sur lui.
10 Car lui qui est mort,
    c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ;
    lui qui est vivant,
    c’est pour Dieu qu’il est vivant
11 De même vous aussi :
    pensez que vous êtes morts au péché,
    mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

UNIS AU CHRIST PAR LE BAPTÊME

Le thème majeur de la lettre aux Romains pourrait se résumer ainsi : « Dieu nous sauve par pure grâce, qui que nous soyons ; il nous suffit d’accueillir ce salut dans la foi » ; l’insistance de Paul sur la gratuité du salut lui vaut une objection que nous entendons aussi parfois aujourd’hui, ici ou là : on lui dit en quelque sorte « à trop insister sur la gratuité du salut de Dieu, vous encouragez le péché » (sous-entendu, alors on peut faire n’importe quoi, vous prêchez le laxisme). Paul s’en défend en disant « ne me faites pas dire qu’il est sans importance de pécher sous prétexte qu’il y a la grâce de Dieu ; car désormais, le péché ne nous concerne plus ; depuis notre Baptême, nous sommes des créatures nouvelles sur lesquelles le péché n’a plus de prise. « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. » (2 Co 5,17).

Sa réponse à ses détracteurs n’est pas fondée sur des principes moraux, mais sur le mystère du salut. Il faut dire que Paul vit son Baptême avec une telle profondeur que nous avons un peu de mal à le suivre ! Quand Paul parle de création nouvelle, il parle d’expérience : sur le chemin de Damas, quand il s’est relevé, il était un autre homme ! Il était mort à tout ce qu’était sa vie antérieure, une certaine manière de voir, d’agir, de croire surtout.

C’est ce mot « mort » qui représente pour nous l’une des principales difficultés de ce texte, car il revient pratiquement à toutes les lignes, et il nous est bien difficile de lui donner un autre sens que celui de notre langage courant : la mort biologique qui attend tous les humains et qui nous fait si peur. Or Paul lui donne un tout autre sens dans ce texte de portée uniquement théologique : « Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême… nous sommes passés par la mort avec le Christ… Lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes … pensez que vous êtes morts au péché. »

Il s’agit d’un baptême, d’un passage, d’une mort au péché. Un autre texte de Paul peut nous donner la clé de ces mots ; il écrit dans sa première lettre aux Corinthiens : « Lors de la sortie d’Égypte, nos pères étaient tous sous la protection de la nuée, et tous ont passé à travers la mer. Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême dans la nuée et dans la mer. » (1 Co 10,1-2). Il s’agit là des événements fondateurs du peuple d’Israël : Dieu libère son peuple de l’esclavage et le fait naître à une nouvelle vie par son passage à travers les eaux. C’est cela que Paul appelle le Baptême d’Israël ; Moïse a rompu là l’engrenage d’une captivité de plus en plus impitoyable : travail forcé, meurtre des enfants, mauvaise foi de Pharaon. Le passage de la mer a consacré cette rupture, cette mort à l’esclavage.

SI QUELQU’UN EST DANS LE CHRIST, IL EST UNE CRÉATURE NOUVELLE.

De même, nous dit Paul, Jésus accomplit une rupture radicale : l’homme, dans sa révolte contre Dieu, est prisonnier de ses doutes, de ses soupçons, de ses refus d’aimer, en un mot prisonnier de son péché. L’engrenage de la haine et de la violence semble impitoyable.

Jésus, lui, se fait « obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Phi 2,8) ; sa confiance en Dieu (c’est le sens du mot « obéissance » chez Paul), son harmonie parfaite avec toute la volonté de son Père rompt le cercle infernal du péché des hommes. Ainsi, sa mort est un triomphe, l’acte victorieux du premier homme vraiment libre. « Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. »

Alors Paul peut dire à ceux qui se sont attachés au Christ : « Vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ. » Ailleurs, il dira que le baptisé est un « homme nouveau » : « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ. » (2 Co 5,17-18). Cette transformation est déjà chose faite, et en même temps elle reste à faire : notre vie nouvelle est inaugurée par notre Baptême, à nous maintenant, d’y conformer tous nos comportements quotidiens. Paul répond donc ainsi aux objections qui lui étaient faites, de présenter un tableau un peu trop rose de la vie du chrétien : car sa conclusion représente une exigence formidable, finalement : « De même vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ. » Oui, entrer dans le salut est très simple, il suffit d’y croire, mais c’est très exigeant ! Car, désormais, nous nous devons de mener une vie nouvelle, conforme à l’Esprit du Christ.

La lettre aux Éphésiens le redit aux chrétiens : « Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. » (Ep 4,22-24). Le secret pour nous laisser renouveler entièrement, comme dit l’apôtre ici : rester les yeux fixés sur la croix du Christ, comme l’exemple parfait de l’obéissance et de la douceur qui casse l’enchaînement de la violence : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. » (Jn 15,4).

(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)

R/ Alléluia, alléluia, alléluia !

1    Rendez grâce au SEIGNEUR : Il est bon !
      Éternel est son amour !
4    Oui, que le dise Israël :
      Éternel est son amour !

16  Le bras du SEIGNEUR se lève,
      le bras du SEIGNEUR est fort !
17  Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
      pour annoncer les actions du SEIGNEUR

22  La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
      est devenue la pierre d’angle ;
23  c’est là l’œuvre du SEIGNEUR,
      la merveille devant nos yeux.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

JE VIVRAI, POUR ANNONCER LES ACTIONS DU SEIGNEUR

Si l’on ne veut pas faire d’anachronisme, il faut admettre que ce psaume n’a pas été écrit d’abord pour Jésus-Christ ! Comme tous les psaumes, il a été composé, des siècles avant le Christ, pour être chanté au Temple de Jérusalem. Comme tous les psaumes aussi, il redit toute l’histoire d’Israël, cette longue histoire d’Alliance : c’est cela qu’on appelle « l’œuvre du SEIGNEUR, la merveille devant nos yeux … ». C’est l’expérience qui fait dire au peuple élu : oui, vraiment, l’amour de Dieu est éternel ! Dieu a accompagné son peuple tout au long de son histoire, et toujours il l’a sauvé de ses épreuves.  

On a là un écho du chant de victoire que le peuple libéré d’Égypte a entonné après le passage de la Mer Rouge : « Ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR, il est pour moi le salut » (Ex 15,1). Les mots « œuvre » ou « merveille » sont toujours dans la Bible une allusion à la libération d’Égypte. Et quand je dis « allusion », le mot est trop faible, c’est un « faire mémoire » au sens fort de ressourcement dans la mémoire commune du peuple.

« Le bras du SEIGNEUR se lève, Le bras du SEIGNEUR est fort », c’est aussi un faire mémoire de la libération d’Égypte. Et cette œuvre de libération de Dieu n’est pas seulement celle d’un jour, elle est permanente, on l’a sans cesse expérimentée. C’est vraiment d’expérience qu’Israël peut le dire : « Éternel est son amour ».

Et c’est cet amour éternel de Dieu qui fonde l’espérance : car, chaque fois qu’on chante les libérations du passé, c’est aussi et surtout pour y puiser la force d’attendre celles de l’avenir ; Dieu enverra son Messie et enfin on connaîtra le bonheur promis ; enfin le peuple élu et avec lui l’humanité tout entière connaîtront la paix et la justice. On en est loin encore quand ce psaume est composé… et aujourd’hui encore !

Mais notre lointain ancêtre qui écrit ce psaume sait que Dieu est capable de transformer toutes les situations, y compris les situations de mort en situations de vie : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du SEIGNEUR ». C’est l’action de grâce du peuple qui a frôlé la mort et rend grâce pour sa libération. À l’heure où ce psaume est écrit, cela ne signifie pas une croyance en la résurrection ; nous savons bien que la foi en la résurrection n’est apparue que très tardivement en Israël ; cette affirmation « Non, je ne mourrai pas, je vivrai » est une réelle profession de foi, mais d’un autre ordre : c’est la certitude que Dieu n’abandonnera jamais son peuple : même dans les pires situations, quand l’avenir du peuple est compromis, on sait de façon absolument certaine que Dieu le fera survivre. Car la vocation de ce peuple, c’est précisément de vivre pour « annoncer les actions du SEIGNEUR ».

LA PIERRE QU’ONT REJETÉE LES BÂTISSEURS EST DEVENUE LA PIERRE D’ANGLE 

Pour donner une idée de ces retournements que Dieu est capable d’opérer, on emprunte le langage des architectes : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». Quand ce psaume est composé, ce n’est pas la première fois qu’on emploie l’image de la pierre angulaire pour parler de l’œuvre de Dieu : Isaïe l’avait déjà fait (au chapitre 28).

Dans une période où la société de Jérusalem se dégradait, où régnaient partout le mensonge, l’injustice, la corruption, le mépris des commandements de Dieu, le prophète rappelait qu’on récolte ce qu’on a semé : une telle société court inévitablement à sa perte. Isaïe avait dit alors quelque chose comme « Vous vous appuyez sur du vent. Vous savez bien pourtant que le droit et la justice sont les seules valeurs sûres… Vous êtes comme des bâtisseurs qui choisiraient les plus mauvaises pierres pour faire les fondations ! Et qui rejetteraient systématiquement les bonnes pierres bien solides : traduisez les vraies valeurs.

Mais un prophète ne reste jamais sur du négatif ! Car Dieu n’abandonne jamais son peuple… La construction est mal engagée ? Les architectes auxquels il l’avait confiée ont mal travaillé ? Qu’à cela ne tienne… Dieu va reprendre lui-même la direction des opérations. Il va rétablir le droit et la justice à Jérusalem. Il le fera comme un architecte, il va en quelque sorte rebâtir sa ville ! Mais sur des bases saines, cette fois.

Voici ce passage d’Isaïe : » Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu : Moi, dans Sion, je pose une pierre, une pierre à toute épreuve, choisie pour être une pierre d’angle, une véritable pierre de fondement. Celui qui croit ne s’inquiètera pas. Je prendrai le droit comme cordeau, et la justice comme fil à plomb. » (Is 28,16).

Notre psaume reprend cette image de la pierre angulaire et il la précise pour annoncer le retournement spectaculaire que Dieu va opérer. C’est sur toutes ces valeurs méprisées par les mauvais gouvernants que Dieu va bâtir une société nouvelle ; mieux, c’est de tous les petits, les humbles, les méprisés, qu’il va faire naître le peuple nouveau ! « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

Jésus lui-même a cité à son propre sujet cette parole prophétique « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » dans la parabole des vignerons homicides (qui tuent le fils du propriétaire) ; on trouve cette parabole dans les trois évangiles synoptiques : ce qui prouve l’importance de ce thème dans la première génération chrétienne (Mt 21, 33-46 ; Mc 12, 1-12 ; Lc 20, 9-19).

C’est donc tout naturellement que ce psaume est devenu l’exultation pascale par excellence. Le Christ est cette pierre méprisée, rejetée par les bâtisseurs : il est devenu la pierre d’angle, la pierre de fondation de l’humanité nouvelle. Désormais, l’humanité libérée de la mort peut chanter avec lui : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du SEIGNEUR. »

Année A

« Il est ressuscité et il vous précède en Galilée » (Mt 28, 1-10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (28, 1-10).

1    Après le sabbat,
      à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine,
      Marie Madeleine et l’autre Marie
      vinrent pour regarder le sépulcre.
2    Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ;
      l’ange du Seigneur descendit du ciel,
      vint rouler la pierre et s’assit dessus.
3    Il avait l’aspect de l’éclair
      et son vêtement était blanc comme neige.
4    Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent,
      se mirent à trembler et devinrent comme morts.
5    L’ange prit la parole et dit aux femmes :
      « Vous, soyez sans crainte !
      Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié.
6    Il n’est pas ici,
      car il est ressuscité, comme il l’avait dit.
      Venez voir l’endroit où il reposait.
7    Puis, vite, allez dire à ses disciples :
      ‘Il est ressuscité d’entre les morts,
      et voici qu’il vous précède en Galilée ;
      là, vous le verrez.’
      Voilà ce que j’avais à vous dire. »
8    Vite, elles quittèrent le tombeau,
      remplies à la fois de crainte et d’une grande joie,
      et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
9    Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit :
      « Je vous salue. »
      Elles s’approchèrent,
      lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui.
10  Alors Jésus leur dit :
      « Soyez sans crainte,
      allez annoncer à mes frères
      qu’ils doivent se rendre en Galilée :
      c’est là qu’ils me verront. »

Année B

« Il est ressuscité et il vous précède en Galilée ».

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (16, 1-7).

1    Le sabbat terminé,
      Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé
      achetèrent des parfums
      pour aller embaumer le corps de Jésus.
2    De grand matin,
      le premier jour de la semaine,
      elles se rendent au tombeau
      dès le lever du soleil.
3    Elles se disaient entre elles :
      « Qui nous roulera la pierre
      pour dégager l’entrée du tombeau ? »
4    Levant les yeux,
      elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre,
      qui était pourtant très grande.
5    En entrant dans le tombeau,
      elles virent, assis à droite,
      un jeune homme vêtu de blanc.
      Elles furent saisies de frayeur.
6    Mais il leur dit :
      « Ne soyez pas effrayées !
      Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ?
      Il est ressuscité : il n’est pas ici.
      Voici l’endroit où on l’avait déposé.
7    Et maintenant,
      allez dire à ses disciples et à Pierre :
      ‘Il vous précède en Galilée.
      Là vous le verrez,
      comme il vous l’a dit.’ »

Année C

« Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts ? » (Lc 24, 5).

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (24, 1-12).

1    Le premier jour de la semaine,
      à la pointe de l’aurore,
      les femmes se rendirent au tombeau,
      portant les aromates qu’elles avaient préparés.
2    Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau.
3    Elles entrèrent,
      mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.
4    Alors qu’elles étaient désemparées,
      voici que deux hommes se tinrent devant elles
      en habit éblouissant.
5    Saisies de crainte,
      elles gardaient leur visage incliné vers le sol.
      Ils leur dirent :
      « Pourquoi cherchez-vous le Vivant
      parmi les morts ?
6    Il n’est pas ici,
      il est ressuscité.
      Rappelez-vous ce qu’il vous a dit
      quand il était encore en Galilée :
7    ‘Il faut que le Fils de l’homme
      soit livré aux mains des pécheurs,
      qu’il soit crucifié,
      et que, le troisième jour, il ressuscite.’ »

8    Alors elles se rappelèrent les paroles qu’il avait dites.
9    Revenues du tombeau,
      elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres.
10  C’étaient Marie Madeleine, Jeanne,
      et Marie mère de Jacques ;
      les autres femmes qui les accompagnaient
      disaient la même chose aux Apôtres.
11  Mais ces propos leur semblèrent délirants,
      et ils ne les croyaient pas.
12  Alors Pierre se leva et courut au tombeau ;
      mais en se penchant,
      il vit les linges, et eux seuls.
      Il s’en retourna chez lui,
      tout étonné de ce qui était arrivé.

LE PREMIER JOUR DE LA SEMAINE

Finalement, nous n’en savons pas beaucoup plus sur la résurrection du Christ que sur le passage de la Mer Rouge ! Le fait est là, incontestable, dans les deux cas, puisqu’il a nourri la foi de millions d’hommes, mais les textes qui le rapportent, dans les deux cas, également, ne concordent même pas entre eux. Les diverses traditions, pour la sortie d’Égypte, les quatre évangiles, pour la résurrection du Christ, sont parfois contradictoires. Il est d’autant plus intéressant, du coup, de noter leurs ressemblances. À commencer par le contexte : les trois évangiles synoptiques terminaient le récit de la Passion en notant que les femmes avaient été témoins de l’ensevelissement de Jésus. Et ce sont elles, d’après les mêmes récits, qui peuvent témoigner que le tombeau est vide. Les trois évangélistes notent également que ceci se passe le « premier jour de la semaine », une fois le sabbat terminé. Le sabbat, à cette époque-là comme aujourd’hui, commençait le vendredi soir au coucher du soleil pour se terminer le samedi soir. Matthieu semble situer la visite des femmes au tombeau le soir même du samedi, Marc et Luc au petit matin du dimanche. Leur insistance commune sur l’expression « le premier jour de la semaine » dit combien ce jour était vénéré dans les premières communautés chrétiennes. Le dimanche chrétien est né là : il est le premier jour des temps nouveaux, le premier jour de la création nouvelle.

Le tombeau est ouvert, la pierre est roulée, symbole de la victoire définitive de Dieu sur la mort. La prophétie d’Ézéchiel est accomplie bien au-delà de ce que le prophète lui-même avait pu envisager : « Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous en ferai remonter, ô mon peuple ! » (Ez 37,12). Peut-être Matthieu a-t-il particulièrement ce texte en tête, lui qui, seul des trois, tient à manifester que c’est Dieu qui agit ici : « Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme neige. » (Mt 28,2). (Il avait été le seul, également, à noter le tremblement de terre au moment de la mort du Christ).

 

LA DÉCOUVERTE DU TOMBEAU VIDE

Les trois récits s’accordent à nouveau pour l’affirmation centrale : « Il est ressuscité. » Pour la suite, Matthieu et Marc se ressemblent très fort : chez Marc, le « jeune homme vêtu de blanc » dit « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : ‘Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.’ » Et le message de l’Ange, chez Matthieu est pratiquement identique. Curieusement, ce sont ces deux mêmes évangélistes (Marc et Matthieu) qui ont retenu la prédiction de Jésus, le dernier soir, après l’institution de l’Eucharistie : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : ‘Je frapperai le berger et les brebis du troupeau seront dispersées.’ (Za 13,7). Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » (Mt 26, 31-32 ; Mc 14, 27-28).

Luc est bien différent : il a préféré retenir une autre annonce de Jésus : « Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée : ‘Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié, et que, le troisième jour, il ressuscite.’ » Et il tient à faire résonner à l’oreille de sa communauté cette question provocante : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? »

Dans les trois évangiles, cette découverte du tombeau vide est également envoi en mission ; Marc et Matthieu rapportent l’ordre donné aux femmes dans des termes à peu près analogues (cf supra) ; Luc ne dit pas l’ordre mais rapporte que les femmes se sont précipitées pour annoncer la nouvelle : « Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. » On sait qu’elles n’eurent pas grand succès : Luc est le plus clair sur ce point ; il dit bien l’incrédulité des apôtres devant ce qu’ils ont considéré comme des racontars de femmes : « Ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas. » Les deux autres évangiles synoptiques notent (dans les versets qui suivent nos péricopes de la nuit pascale) que l’incrédulité a prévalu pendant un certain temps.

Force est de noter que nous n’aurons pas d’autre preuve de la résurrection de Jésus que l’expérience du tombeau vide ; et cette preuve n’est pas contraignante ; et pourtant, rien, désormais, ne pourra freiner la diffusion de la Bonne Nouvelle de Pâques.

Homélie de don Paul Denizot, au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, lors de la vigile pascale, le samedi 16 avril 2022.

Le père jésuite Jean-Paul Savi nous introduit à la méditation avec les lectures de la veillée pascale : « Dieu fait de nos tombeaux des lieux de résurrection ». Samedi 30 mars 2024.

Homélie du P. Henri Boulad, à l’église des Jésuites d’Alexandrie, le 7 mai 2013.

Homélie / étude biblique du père Julien Fleuy, du diocèse de Marseille, pour Culture-Bible.

Homélie du père  , dans Évangile-et-Parole-du-Jour, pour Cathoglad.

Homélie de Mgr Michel Aupetit.

Commentaires du père Hervé-Marie Hignard.

Homélie du frère Thibaut du Pontavice, dans l’église de Cancale, le

Homélie du frère Thibaut du Pontavice  à la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de Rennes le

Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? »

Homélie de        ,  pour le Jour-du-Seigneur, le

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie prononcée par le père Achille José Bessala Nkomo FM, pour Magnificat-TV.

Commentaires de Parole-et-Évangile-du-Jour, sur la chaîne chrétienne Media-Christa.

Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC.

Homélie du père Gilles.

Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes)

Commentaires de padre Joseph.

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
– – – –

En ce Samedi saint, j’aimerais vous partager une homélie ancienne écrite pour ce jour. 

« Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre et ensuite solitude parce que le Roi sommeille.

La terre a tremblé et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines.

Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler. 

C’est le premier homme, Adam, qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Oui, c’est vers Adam captif, en même temps que vers Ève, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs. 

Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : « Mon Seigneur avec nous tous ! » Et le Christ répondit à Adam : « Et avec ton esprit ». Il le prend par la main et le relève en disant : Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

« C’est moi ton Dieu, qui, pour toi, suis devenu ton fils ; c’est moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans les chaînes : Sortez. À ceux qui sont dans les ténèbres : Soyez illuminés. À ceux qui sont endormis : Relevez-vous.

« Je te l’ordonne : Éveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible. »

Seigneur, en ce Samedi saint, cette homélie me décrit comme étant mort, captif des ténèbres intérieures. Et peut-être, je ne me sens absolument pas concerné par cette description. Et là est le point.

En ce Samedi saint, malgré et grâce aux préparatifs de cette Pâque qui s’approche de moi, tu m’invites à l’introspection. Pourquoi serais-je mort ? Pourquoi serais-je captif ?

Je suis mort et captif si je comprends combien je n’ai pas ton esprit de vie en moi, combien, malgré mes efforts, je n’arrive pas à garder la paix en moi, la communion durable avec les autres, combien j’aimerais aimer et me donner, être patient, rempli d’amour, et combien, je fais le constat, que non, je n’y arrive pas avec mes propres forces. Je le voudrais de tout mon cœur, de toute mon âme, mais je n’y arrive pas.

Si j’ai cette lucidité et si ce constat est clair en moi alors la résurrection est possible pour moi, alors tu peux me sauver, me délivrer de cette mort , car durant cette Pâque 2026, tu t’approches de moi et tu vas vaincre la mort, ma mort, et ton Père va te ressusciter cette nuit et m’offrir gratuitement ton esprit de résurrection, à la condition que je le veuille vraiment !

Je vous souhaite une très belle veillée pascale dans laquelle le Seigneur veut ressusciter chacun d’entre nous de toutes ses morts et de toutes ses captivités.

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

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