Lectures du 22e dimanche du temps ordinaire, année A, commentées. 30 août 2026.

Lectures du 22e dimanche du temps ordinaire, année A, commentées. 30 août 2026.

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« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16, 24).
Illustration générée par IA (Gemini).

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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la (conscience et de la) liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.
1ère lecture : « La parole du Seigneur attire sur moi l’insulte » (Jr 20, 7-9).
« La parole du Seigneur attire sur moi l’insulte » (Jr 20, 8).

Lecture du livre du prophète Jérémie (20, 7-9).

7 SEIGNEUR, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ;
    tu m’as saisi, et tu as réussi.
    À longueur de journée je suis exposé à la raillerie,
    tout le monde se moque de moi.
8  Chaque fois que j’ai à dire la Parole,
    je dois crier, je dois proclamer :
    « Violence et dévastation ! »
    À longueur de journée, la Parole du SEIGNEUR
    attire sur moi l’insulte et la moquerie.
9  Je me disais : « Je ne penserai plus à lui,
    je ne parlerai plus en son nom. »
    Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur,
    elle était enfermée dans mes os.
    Je m’épuisais à la maîtriser,
    sans y réussir.

Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

LE DÉBAT INTÉRIEUR DE JÉRÉMIE

Jérémie nous décrit ici l’expérience spirituelle de persécution et de déchirement intérieur qu’il a vécue toute sa vie ; et il n’est pas le seul ; de nombreux autres prophètes et, plus tard, Jésus lui-même, ont affronté de telles situations 1.

Revenons à Jérémie : je vous rappelle le contexte de sa prédication : il a exercé son ministère pendant les quarante années qui ont précédé le désastre de Jérusalem en 587 av.J.-C. et la déportation à Babylone. Quarante années de décadence spirituelle, et son ministère, précisément, consistait à prédire la catastrophe : pas pour le plaisir de jouer les oiseaux de mauvais augure, évidemment, mais au contraire dans l’espoir d’obtenir in extremis la conversion du roi et du peuple.

Il ne néglige rien pour alerter ses contemporains, s’il est encore temps ; mais eux-mêmes ne négligent rien non plus pour faire taire cet empêcheur de danser en rond. C’est dans ce contexte très polémique et donc très angoissant pour lui que sont nées ces confidences dont nous venons de lire un extrait, ce que nous appelons ses « confessions » ; malheureusement, le mot « jérémiades », qui vient de là, bien sûr, est devenu péjoratif, ce qui est tout à fait injuste ; car les confessions de Jérémie sont magnifiques, pleines de douleur, c’est vrai, mais plus encore pleines de foi et de passion pour la cause de son Dieu.

Dans le texte d’aujourd’hui, par exemple, il nous livre le débat intérieur qui se joue au plus profond de lui : écartelé entre l’appel de Dieu qui le pousse à parler, et la sagesse humaine qui le pousse à se taire : « Je me disais : Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir. » Mais abandonner la partie serait abandonner ses concitoyens à leur triste sort et tromper la confiance de Dieu.

On voit bien pourquoi ce texte nous est proposé ce dimanche où nous entendrons l’évangile de la confession de Pierre à Césarée. Quand Jésus avait demandé à ses disciples « Pour vous, qui suis-je ? » Pierre avait su répondre que Jésus était bien le Messie attendu ; mais aussitôt, Jésus avait dévoilé à ses disciples le sort qui l’attendait : la Passion, la Croix, la mort, la Résurrection ; je vous rappelle ce passage de l’évangile de saint Matthieu : « Pierre avait dit à Jésus : Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. » Pierre, évidemment, s’était récrié : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. » Mais Jésus l’avait traité de Satan et avait prévenu ses disciples qu’ils ne seraient pas mieux traités que leur maître : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. »

NUL N’EST PROPHÈTE EN SON PAYS

Et il avait expliqué pourquoi : les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes, comme disait Isaïe ; un véritable prophète est donc inévitablement dérangeant pour les idées à la mode ; le feu dévorant de la Parole de Dieu invitant à la conversion n’est pas fait pour plaire : « À longueur de journée je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi » avoue Jérémie, et il ne cache pas qu’il lui arrive d’avoir peur. Il lui arrive d’entendre les gens parler dans son dos et comploter pour l’éliminer : « J’entends les calomnies de la foule » (Jr 20, 10).

Le prophète est d’autant plus dérangeant qu’on n’arrive pas à s’en débarrasser : car s’il est vraiment l’envoyé du Seigneur, celui-ci lui donne la force de continuer malgré toutes les persécutions ; si bien qu’il n’y a pas moyen de le faire taire. On comprend bien pourquoi la persécution est inévitable.

Par exemple, les versets qui précèdent notre lecture d’aujourd’hui nous décrivent un épisode particulièrement difficile de la vie du prophète : Jérémie avait tellement cassé les oreilles de tout le monde dans le Temple avec tous ses reproches que le prêtre Pashehour l’avait fait attacher au pilori la tête en bas, sur la place publique ; le lendemain, quand Pashehour en personne est venu le détacher, pensant que cette rude punition l’avait enfin calmé, Jérémie avait repris de plus belle et s’en était pris carrément à Pashehour lui-même.

Et pourtant, ces confessions de Jérémie, empreintes de douleur, sont en même temps un aveu de la passion dévorante qui le brûle et, finalement, illumine sa vie : « SEIGNEUR, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. » Il se plaint, oui, mais il ne donnerait pas sa place à un autre. « La Parole était comme un feu brûlant dans mon cœur. » Ce feu dévorant fait évidemment penser à la phrase du psaume 68/69 : « L’amour pour ta maison m’a perdu », qui exprime bien la persécution endurée par tous les prophètes ; pour commencer, ce fut le cas du peuple d’Israël lui-même, investi d’une mission prophétique au service des nations. Tout au long de son histoire, il a cherché à rester fidèle à sa mission et cela lui valut par moments de terribles persécutions.

Puis ce fut le cas de tous les prophètes, les uns après les autres, parmi lesquels Jérémie ; et, bien sûr, les premiers chrétiens ont relu la vie de Jésus de la même manière. Comme Jérémie, Jésus a finalement été réduit au silence. Mais rien ne peut faire taire la Parole de Dieu : le Christ est ressuscité ; et désormais nous savons qu’un jour viendra où les hommes écouteront la Parole et y trouveront enfin leur lumière. Qui accepte de perdre sa vie la sauvera, la sienne et celle des autres.       

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Note

On lit un texte tout à fait semblable de Jérémie dans la liturgie du douzième dimanche ordinaire de l’année A : Jr 20, 10-13.

Compléments

« L’amour de ta maison m’a perdu » : saint Jean, lui, a appliqué cette phrase à Jésus ; comme Jérémie, il a prêché à Jérusalem, et comme lui, il a été amené à déplaire ; et comme lui encore, il a risqué sa vie pour continuer à annoncer à temps et à contre-temps la parole qui aurait pu sauver ses contemporains, si seulement ils avaient bien voulu l’écouter. L’épisode que Jean a choisi pour évoquer la parole de ce psaume, c’est ce que l’on appelle la « purification du temple », c’est-à-dire le jour où Jésus a chassé les vendeurs du Temple de Jérusalem (Jn 2, 17). Ce jour-là, d’ailleurs, Jésus citait une phrase de Jérémie : « Est-elle à vos yeux une caverne de bandits, cette Maison (traduisez le Temple) sur laquelle mon nom est invoqué ? Pour moi, c’est ainsi que je la vois – oracle du SEIGNEUR. » (Jr 7, 11).

Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

PSAUME

Psaume 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 8-9.

R/ Mon âme a soif de toi,
Seigneur, mon Dieu !
(cf. Ps 62, 2b)

2  Dieu, tu es mon Dieu,
    je te cherche dès l’aube :
    mon âme a soif de toi ;
    après toi languit ma chair,
    terre aride, altérée, sans eau.
   

3  Je t’ai contemplé au sanctuaire,
    j’ai vu ta force et ta gloire.
4  Ton amour vaut mieux que la vie :
    tu seras la louange de mes lèvres !
   

5  Toute ma vie je vais te bénir,
    lever les mains en invoquant ton nom.
6  Comme par un festin je serai rassasié :
    la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

8  Oui, tu es venu à mon secours :
    je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
9  Mon âme s’attache à toi,
    ta main droite me soutient.

Psaume extraits des « Psaumes des dimanches et fêtes de l’année A, musique de Barbara Delattre », chantés par Sœur Agathe et le chœur ADF. Merci et bravo à toutes ces personnes !

Version de Thomas Ospital.

Version de Michel Wackenheim.

Autre version du même psaume.

Version de Jean-Paul Lécot (avec acclamation de l’évangile).

Version de Jean-Pascal Hervy.

Version de Grazia Previdi, par GPS-Trio.

Version d’André Gouzes.

Version de Metjp.

Version de Moulon Art.43

Version du père Louis Groslambert.

Version de Georges Djesmy MAMBU par la chorale Voix-des-Anges, sur la chaîne MBG-PRODUCTION-Officiel.

Version de Charles-Éric Hauguel, aux éditions de l’Emmanuel, sur la chaîne d’Alain Dumont.

Version d’Alain Hounzavi pour Verbum Vivum.

Version de ManuPinto.

Version de instrumentale de ManuPinto, d’après Richard Vidal.

Version de Claudine Naze pour EffataSaintMarc.

Version de la chorale de Maniron.

Version de Psaumes-du-Dimanche.

Version d’OL pour Louange-&-Liturgie.(partition disponible sur demande à gml.ablis@gmail.com).

Version de l’Évangile-de-Jésus-Christ.

Version de  Jean-Luc Ponzio, pour Laudate Pop Liturgie.

Version de Richard Vidal.

Version d’Yves Lafargue.

Version de NDML.

Version de Claire Lauvergne, à 3 voix égales.

Version de l’ensemble vocal Dédicace, pour Chantons-Dieu!

Version de l’ensemble vocal Resurrexit, dirigé par Étienne Uberall, pour la chaîne Chantons-Dieu!

Version(s) de Cathoglad.

Version de SDM-Music.

Version de Matinées-Chantantes.

Version de JFD trouvée sur  » Un dimanche, un psaume « . Partition sur le site https://www.sos-messe.fr/ .

Version trouvée sur la chaîne de Robert Laurin. Chantée par le chœur de l’abbaye Notre-Dame-de Tamié ?

Version de #bible.

Version trouvée sur la chaîne de Wendy Wank.

Version sans refrain, trouvée sur la chaîne Liturgie-des-Heures.

Version de Daniel Pialat.

Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

QUAND DAVID ÉTAIT AUX ABOIS

Ce psaume fait parfaitement écho à l’expérience spirituelle de Jérémie qui était l’objet de notre première lecture : il disait son déchirement intérieur, les agressions perpétuelles dont il était l’objet, mais aussi sa passion pour Dieu qui était plus forte que tout et l’aidait à tout supporter. C’est bien parce que, pour lui, « l’amour de Dieu valait mieux que la vie » qu’il trouvait la force de résister à toutes les menaces et à toutes les humiliations ; mais c’est pour cela aussi qu’on s’acharnait sur lui de plus belle.  

Mais ce n’est pas pour parler de Jérémie que ce psaume a été composé. Serait-ce une prière du roi David ? Car le premier verset lui donne un sous-titre : « Psaume de David quand il était dans le désert de Juda », sous-entendu « quand il s’était réfugié dans le désert de Juda pour échapper à ses ennemis ». Ce psaume se présente donc comme une prière que le roi David aurait composée lorsqu’il était traqué par des ennemis

L’Ancien Testament rapporte au moins trois épisodes au cours desquels David a dû se réfugier dans le désert de Juda : je vous les rappelle : les deux premières fois, c’était pour échapper à la folie meurtrière du roi Saül, son prédécesseur ; Saül était devenu tellement jaloux du petit David à qui tout réussissait trop bien, qu’il a essayé à plusieurs reprises de se débarrasser de lui ; et David a dû s’enfuir dans le désert pour échapper au roi ; on trouve ces deux récits au premier livre de Samuel (22, 5 ; 23, 14).

La troisième fois fut encore plus dramatique : celui qui pourchassait David et voulait le tuer c’était son propre fils Absalom, un peu trop pressé de récupérer le trône et donc de hâter la mort de son père. Le dit Absalom avait déjà prouvé que rien ne l’arrêterait puisque, quelques années plus tôt, il avait réglé le sort de son frère aîné. David n’a pas tout de suite compris le danger : il était un cœur pur, lui, et avait jusqu’au bout respecté la vie de son prédécesseur ; il ne pouvait pas imaginer une âme aussi noire que celle d’Absalom. Quand il a enfin compris, il était trop tard : Absalom était sur le point de conquérir Jérusalem ; il ne restait qu’une seule solution, la fuite. Et tout Jérusalem a vu son roi, humilié, fuir à pied la ville sainte, témoin jadis de sa splendeur, et monter en pleurant le mont des Oliviers. (2 S 15, 23-28). Sa cause était perdue, tout le monde le savait : David était à pied, Absalom le poursuivait à cheval… c’est tout dire. Et on prête à David les paroles de ce psaume : « Ton amour vaut mieux que la vie ».

 Mais nous avons déjà vu que les indications en tête des psaumes (ce que l’on appelle la suscription) ne désignent pas l’auteur du psaume, ici le roi David : ce psaume-ci en particulier recèle plusieurs allusions trop claires au Temple de Jérusalem que, bien sûr, David n’a pas connu puisque le Temple n’a été construit que par son fils Salomon.

MON ÂME A SOIF DE TOI

Je reviens au sous-titre de ce psaume : il indique plutôt un état d’esprit. « Psaume de David », ici, signifie « à la manière de David, l’assoiffé de Dieu ». La prière « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi. » a pu être celle du roi David qui était un homme de prière, c’est certain. Mais  elle est également celle de toutes les générations du peuple élu, à toutes les époques de son histoire : depuis l’aube des temps (traduisez depuis Abraham) et jusqu’à la fin, jusqu’à la venue du JOUR.

Et, là-bas, dans ce pays qui sait être torride, l’expérience de la sécheresse, souvent, de la famine parfois, donne tout son poids aux images employées : « Après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. »

Dans les périodes les plus dramatiques, (et Dieu sait s’il y en a eu) la prière ne prenait que plus de force : pendant l’Exil à Babylone, par exemple, on a connu cette soif de l’âme ; « mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair » et on se remémorait les joies passées des célébrations au Temple de Jérusalem : « Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. » Seul ce souvenir pouvait fortifier la foi et la volonté de rester fidèle dans le milieu idolâtre où on était plongés.

De retour d’Exil, le peuple rend grâce : « Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes » ; ce sont les ailes des chérubins qui recouvrent l’Arche d’Alliance dans le Saint des Saints, d’abord ; mais elles rappellent aussi les ailes du grand aigle du désert qui protège sa nichée quand il lui apprend à voler : et Moïse avait repris l’image au compte de Dieu pour exprimer de quelle sollicitude il avait entouré son peuple : « Je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle », avait dit Dieu (Ex 19, 4 ; Dt 32, 10-11).

Dans ces conditions, bien sûr, les paroles de louange viennent d’elles-mêmes : « Tu seras la louange de mes lèvres  ! Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom.  Comme par un festin je serai rassasié : la joie sur les lèvres, je dirai ta louange. » (Le mot « festin » fait référence aux repas de communion qui suivaient certains sacrifices au Temple de Jérusalem).

Et puis, il y a eu des périodes plus terribles encore, celles des persécutions : au deuxième siècle av. J.-C., par exemple, il a fallu affronter la terrible persécution du roi grec, Antiochus Épiphane ; et nombre de Juifs sont morts, au nom de leur foi, en disant : « Ton amour, Seigneur, vaut mieux que la vie ».

Aujourd’hui encore, les croyants peuvent dire de toute leur âme : « Ton amour vaut mieux que la vie ». Ce verset résonne particulièrement en ce dimanche où nous entendrons Jésus dire à ses disciples : « Celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. » (Mt 16,25).

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Complément

Jérémie… Élie, même combat : « J’éprouve une ardeur jalouse pour toi, SEIGNEUR, Dieu de l’univers. Les fils d’Israël ont abandonné ton Alliance, renversé tes autels, et tué tes prophètes par l’épée ; moi, je suis le seul à être resté et ils cherchent à prendre ma vie. » (1 R 19,10).

Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

« Présentez votre corps en sacrifice vivant » (Rm 12, 1-2)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

1  Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu,
    à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –,
    en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu :
    c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte.
2  Ne prenez pas pour modèle le monde présent,
    mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser
    pour discerner quelle est la volonté de Dieu :
    ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

BAIGNER DANS LA TENDRESSE DE DIEU

« Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu » : quelle magnifique entrée en matière ; jusqu’ici, en fin de compte, Paul n’a parlé que de cela, « la tendresse de Dieu ». Les onze premiers chapitres de la lettre aux Romains ont traité apparemment de questions doctrinales ; les grands thèmes de la théologie de Paul ont été longuement et profondément exposés : la puissance de la grâce, l’universalité du péché, la justification par la foi, le mystère pascal, l’action de l’Esprit, le salut promis et donné à tous. Mais tout ceci revient toujours à cet unique sujet, la tendresse de Dieu.

Maintenant, comme dans toutes ses lettres, Paul tire pour ses lecteurs les conséquences de son enseignement : car la découverte de cette immense tendresse de Dieu ne peut que bouleverser, ou plutôt irriguer désormais toute notre vie. « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu… ». Ce qu’il va dire maintenant est en lien étroit avec tout ce qu’il a écrit jusqu’ici, notamment dans les dernières lignes du chapitre précédent ; je vous en rappelle quelques mots : « Dieu veut faire à tous miséricorde… » suivis immédiatement de l’hymne d’action de grâce que nous avons lue dimanche dernier : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! »

Donc, dit saint Paul, il n’y a pas à hésiter : à ce Dieu si étonnant par sa tendresse et sa volonté de sauver toute l’humanité sans exception, sa puissance inouïe de pardon, une seule réponse est possible : celle de l’abandon et de la confiance ; accorder toute notre vie, toute notre personne à cette réalité bouleversante, nous offrir à Dieu pour qu’il accomplisse en nous son œuvre. « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous l’adoration véritable. » On sait que le verbe « sacrifier – sacrum facere » veut dire « rendre sacré » ; on pourrait donc traduire ainsi : « Je vous exhorte à faire de vos personnes, de votre vie, une chose sacrée, une chose divine. »

Pierre le dira autrement en affirmant avec force que cela est possible : « Sa puissance divine nous a fait don de tout ce qui permet de vivre avec piété, grâce à la vraie connaissance de celui qui nous a appelés par la gloire et la force qui lui appartiennent. De la sorte nous sont accordés les dons promis, si précieux et si grands, pour que, par eux, vous deveniez participants de la nature divine, et que vous échappiez à la dégradation produite dans le monde par la convoitise. » (2 P 1, 3-4). Nous sommes donc invités à la démarche qu’exprimait déjà le psaume 39 (40) : « Tu ne voulais ni offrande, ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : ‘Voici, je viens.’ » (Ps 39/40, 7-8). On est en droite ligne de l’enseignement du prophète Michée : « Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6, 8).

NE PRENEZ PAS POUR MODÈLE LE MONDE PRÉSENT

Je reprends le texte : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. » Si on scrute un peu les mots choisis par Paul, on s’aperçoit que le mot « juste » de notre texte traduit le mot grec « logikos », au sens de conforme à la raison, à la logique : il est « logique » de vous comporter ainsi, dit Paul, cela est conforme à ce que Dieu a fait pour vous : pour le dire autrement, c’est la conséquence tout simplement de notre découverte de la tendresse de Dieu.

Cette attitude est la réponse logique à l’œuvre de Dieu pour nous. Il ne s’agit pas de gestes extérieurs, mais d’un culte qui nous engage vraiment, totalement, qui nous transforme en profondeur (le mot « logikos » en grec a également ce sens-là). Paul consacrera la suite de la lettre aux Romains à présenter la nature de l’engagement chrétien : chacun, en fonction de ses dons et qualités, est invité à tenir sa place dans la mission de l’Église qui est le service de tous les hommes. Cet engagement est une participation active à la « volonté de Dieu » : cette volonté « que tous les hommes soient sauvés, c’est-à-dire parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (comme dit Paul ailleurs, dans la première lettre à Timothée (1 Tm 2, 4).

Cela exige sans doute que nous acceptions chaque jour de « nous transformer en renouvelant notre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. » Accepter de « renouveler notre façon de penser » est pour nous, parfois, une véritable conversion. Car, trop souvent, « nos pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes », comme l’a reproché Jésus à Pierre, à Césarée de Philippe (Mt 16, 23 : notre évangile de ce dimanche). Mais l’Esprit nous a été donné pour susciter en nous ce renouvellement : « Il nous mènera vers la vérité tout entière », nous a promis Jésus le dernier soir (Jn 16, 13).

Cela exige également que nous acceptions de ne pas « prendre pour modèle le monde présent », ce qui est peut-être la chose la plus difficile à faire, pour les Romains du temps de Paul, comme pour nous. La véritable liberté consiste à frayer notre chemin, quelles que soient les sirènes de la mode ; et Paul s’est assez plaint dans les premiers chapitres que ses interlocuteurs se soient égarés.

Aimer le monde sans être esclaves des comportements du monde exige une vigilance de tous les instants : c’est logique pourtant, comme dit saint Paul, quand on baigne dans la tendresse de Dieu ; mais nous savons tous que ce n’est pas facile ! Jésus le savait mieux que nous ; et ce n’est pas un hasard si ce fut justement l’objet de sa prière pour ses disciples, le dernier soir : « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. » (Jn 17, 15).

Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même » (Mt 16, 21-27)

Alléluia. Alléluia.
Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ
ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur,
pour que nous percevions l’espérance que donne son appel.
Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (16, 21-27).

21  En ce temps-là,
      Jésus commença à montrer à ses disciples
      qu’il lui fallait partir pour Jérusalem,
      souffrir beaucoup de la part des anciens,
      des grands prêtres et des scribes,
      être tué,
      et le troisième jour ressusciter.
22  Pierre, le prenant à part,
      se mit à lui faire de vifs reproches :
      « Dieu t’en garde, Seigneur !
      cela ne t’arrivera pas. »
23  Mais lui, se retournant, dit à Pierre :
      « Passe derrière moi, Satan !
      Tu es pour moi une occasion de chute :
      tes pensées ne sont pas celles de Dieu,
      mais celles des hommes. »

24  Alors Jésus dit à ses disciples :
      « Si quelqu’un veut marcher à ma suite,
      qu’il renonce à lui-même,
      qu’il prenne sa croix
      et qu’il me suive.
25  Car celui qui veut sauver sa vie
      la perdra,
      mais qui perd sa vie à cause de moi
      la trouvera.
26  Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il
      à gagner le monde entier,
      si c’est au prix de sa vie ?
      Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ?
27  Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges
      dans la gloire de son Père ;
      alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

LE PREMIER RENIEMENT DE PIERRE

Ce récit fait suite à la mémorable profession de foi de Pierre que nous avons entendue dimanche dernier : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; cette affirmation lui a valu cette réponse de Jésus : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela (sous-entendu tu ne l’as pas deviné tout seul), mais mon Père qui est aux cieux. » Comme toute béatitude, celle-ci, « Heureux es-tu » sonne comme un compliment (et quel compliment !) mais aussi comme un encouragement. Et effectivement, il faudra beaucoup de courage à Pierre pour rester fidèle à cette première profession de foi. Car il n’en connaît pas encore toute la portée, Jésus n’a pas fini de le surprendre.

En effet, celui-ci vient d’accepter au moins implicitement la reconnaissance par Pierre de son titre de Messie (« C’est mon Père qui t’a révélé cela ») et aussitôt après il présente son programme qui ne cadre nullement avec l’idée qu’on se faisait communément du Messie : « À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup… » C’était le monde à l’envers : un roi sans armes ni privilèges… Pire, un roi maltraité et apparemment consentant… Il parle de souffrir beaucoup et d’être même mis à mort !

Quelle idée ! Pierre a quelque raison de s’insurger. Comme beaucoup de ses contemporains, il attendait un Messie-roi, triomphant, glorieux, puissant, et chassant une bonne fois de Jérusalem l’occupant romain. Alors ce qu’annonce Jésus est inacceptable, le Dieu tout-puissant ne peut pas laisser faire des choses pareilles ! On pourrait presque intituler ce texte : « Le premier reniement de Pierre », premier refus de suivre le Messie dans la souffrance.

Jésus affronte ce refus spontané de Pierre comme une véritable tentation pour lui-même et il le lui dit avec véhémence : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute 1, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Que nos vues soient spontanément « humaines », quoi de plus naturel ! Mais il nous faut laisser l’Esprit les transformer, parfois les bouleverser complètement, si nous voulons rester fidèles au plan de Dieu. Au passage, nous voyons que Jésus n’a pas affronté des tentations seulement une fois pour toutes au début de son ministère (Mt 4, 1-11), mais plusieurs fois au cours de sa mission, il a rencontré des « occasions de chute ».

LES PENSÉES DE DIEU NE SONT PAS NOS PENSÉES

Comme dit Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche, il nous faut accepter de laisser l’Esprit de Dieu transformer complètement nos façons de voir : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. »

Et là nous risquons d’avoir des surprises ; car les manières de Dieu sont toutes différentes de nos propres manières de voir. Il ne faut jamais perdre de vue la fameuse phrase d’Isaïe (c’est Dieu qui parle) : « Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos chemins ne sont pas mes chemins, oracle du SEIGNEUR. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » (Is 55,8-9).  « Si je comprenais Dieu, ce ne serait pas Dieu » disait saint Augustin. Il nous faut donc accepter d’être surpris : les apôtres et tous les Juifs de leur temps l’ont été, Pierre le premier. À de rares exceptions près, ils avaient prévu un Messie puissant, triomphant ; or Jésus est aux antipodes de ces belles prévisions.

Le dessein de Dieu, nous le savons, ce n’est rien d’autre que le salut du monde, c’est-à-dire la naissance de l’humanité nouvelle, celle qui ne vivra que de tendresse et de pitié, à l’image de Dieu lui-même. Or, le salut des hommes, c’est-à-dire notre conversion totale et définitive à l’amour et au pardon, à la fraternité et à la paix, au partage et à la justice, ne peut pas se faire par un coup de baguette magique : où serait notre liberté ?

Le salut des hommes passe donc inévitablement par une lente transformation des hommes ; et comment transformer les hommes sans leur en montrer le chemin ? Alors, il fallait bien que Jésus emprunte jusqu’au bout le chemin de la douceur, de la bonté, du pardon, si l’on veut avoir quelques chances que nous l’empruntions à notre tour. C’est pour cela que Jésus, expliquant sa passion et sa mort aux disciples d’Emmaüs, leur dit « il fallait », au sens de « il fallait malheureusement ».

Le plan de salut de Dieu ne s’accommode donc pas d’un Messie triomphant : pour que les hommes « parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4), il faut qu’ils découvrent le Dieu de tendresse et de pardon, de miséricorde et de pitié : cela ne se pourra pas dans des actes de puissance mais dans le don suprême de la vie du Fils : on comprend mieux alors cette phrase de Jésus : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15, 13). Seule cette suprême preuve d’amour peut nous amener à emprunter à notre tour le chemin de l’amour.

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Note

1 – « Occasion de chute » : le mot employé par Jésus (« scandalon » en grec, d’où vient notre mot « scandale ») signifie « pierre d’achoppement », la pierre qui fait trébucher. Voici encore l’une des facettes de la vie des disciples, dont Pierre est un exemple-type (cf l’épisode de la marche sur les eaux) : nos fragilités, nos doutes peuvent devenir pierres d’achoppement pour nous ou pour les autres.

Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

Homélie / étude biblique du père Julien Fleuy, du diocèse de Marseille, pour Culture-Bible.

Homélie/méditation du père Julien Fleury, pour Culture-Bible, le .

Commentaire de l’évangile du jour par le père Paul Dollié, pour Cathoglad, le .

Homélie du père Dominique Dusang, à la Chapelle de l’Immaculée-Conception à Saint-Étienne, le .

Homélie de Mgr Michel Aupetit.

Homélie de l’abbé Guy Pagès.

Commentaires du père Hervé-Marie Hignard.

Homélie du frère Thibaut du Pontavice, à l’église Saint-Méen de Cancale, le dimanche  2026.

Homélie du frère Thibaut du Pontavice, à l’église Saint-Méen de Cancale, le dimanche 3 septembre 2023.

Homélie du frère Thibaut du Pontavice, dans l’église de Chartres-de-Bretagne le dimanche           2020.

Homélie du frère Thibaut du Pontavice à la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de Rennes le 3 septembre 2017.

Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? ».

Homélie du père Achille José Bessala Nkomo, FM (Franciscains de Marie) pour Magnificat-TV.

Homélie du père Kolawole Chabi, OSA (Ordre de Saint-Augustin), sur sa chaîne Prédication-Louange-Adoration.

Homélie au Scolasticat Saint-Eugène-de-Mazenod/RDC, le .

Homélie de l’abbé Donald Thomson, de l’église catholique à Magog, le .

Homélie de Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban, à Moissac, pour « Le Jour-du-Seigneur », le 30 août 2020.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie de Mgr Sosthène Léopold Bayemi (diocèse d’Obala), sur la chaîne du père Jude Thaddeus Langeh Basebang, le 29 août 2020.

Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC.

Homélie du père Gilles Vadon, le 3 septembre 2023.

Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes)

Homélie au sanctuaire de sainte Rita à Vendeville, le .

Homélie du père Jean Tardy, à la chapelle de l’Immaculée-Conception, à Saint-Étienne, pour Radio-Espérance.

Homélie du père Gabriel pour la chaîne « Un-Curé-vous-parle« .

Homélie pour Vie-Nouvelle.

Homélie pour Prédication-Louange-Adoration

Homélie du père Francis Goossens, marianiste, le      2026.

Homélie de Mgr en la cathédrale Marie-Reine-du-Monde de Montréal, pour la fondation catholique Sel-et-Lumière-Média, le .

Homélie de padre Joseph : « De l’acédie à la joie ».

Commentaires de Joël Sérard.

Réflexions, commentaires homélitiques du père Christian Vermette, curé de la paroisse de Saint-Joseph-de-Chambly à Chambly, Québec, Canada, le 27 août 2023.

Homélie du père Patrick Mugisho, SJ, pour la chaîne Aime-et-Sois-Patient.

Homélie du frère Dominique Joseph, sur la chaîne de la Famille-de-Saint-Joseph.

Homélie de padre Lesyr, le 23 août 2026.

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
– – – –

Aujourd’hui Seigneur, la première parole de la messe est tirée du livre d’Isaïe 22, 19-23 et pour comprendre ces 5 versets, il faut remonter de quelques versets, et de quelques siècles.

Nous sommes vers 701 avant Jésus-Christ. Ézéchias règne à Jérusalem. Au nord, l’ombre de la mort se dessine avec Sennachérib, roi d’Assyrie. L’Assyrie a déjà anéanti Samarie en 722 et déporté les dix tribus du Nord. C’est Babel avant Babel, la machine de guerre la plus cruelle du monde, avec ses chars, ses machines de siège, sa politique de terreur.

Dans Jérusalem assiégée, deux partis s’affrontent. Le parti de la foi, avec Isaïe, qui dit : « Faites confiance au Seigneur ». Et le parti des gestionnaires, des diplomates qui veulent une alliance avec l’Égypte. Leur chef, c’est l’homme dont va parler notre texte. Son nom est Chebna.

« Ainsi parle le Seigneur Dieu Sabaot : Va trouver ce courtisan, Chebna, « celui qui est sur la Maison », et dis-lui : Que fais-tu ici et qui as-tu ici, pour te creuser ici un sépulcre ? »

Avant même sa destitution, il y a son accusation. Qui est Chebna ? Le prophète Isaïe le nomme avec son titre officiel : Asher al HaBayit, en hébreu, « Celui qui est sur la Maison ». Ce n’est pas un intendant. C’est le Maître du Palais. Le Premier ministre, le Vizir, numéro deux du royaume de Juda, le seul qui a la signature du roi.

Et que fait Chebna, le Maître du Palais pendant que le tyran Sennachérib marche sur Jérusalem ? Le texte est d’une ironie cinglante : il se taille un tombeau ! Pas une fosse, mais un sépulcre monumental, en hauteur, dans le roc, sur la colline, à la vue de tous, comme les pharaons.

Voilà l’homme. En pleine menace nationale, il pense à sa gloire posthume. Il se fait sculpter un monument pour l’éternité. C’est l’homme qui gère le présent comme s’il était déjà propriétaire de l’avenir. Il se construit une maison de mort pour qu’on se souvienne de lui.

C’est à cet homme que tu vas parler, Seigneur.

« Je te chasserai de ton poste, et de ta place je te ferai tomber, je te délogerai. »

La sentence tombe, sèche, en trois verbes qui claquent comme trois coups de marteau : chasser, faire tomber et déloger.

Tu ne le tues pas, Seigneur. Tu le destitues. C’est plus humiliant encore pour un homme qui croyait son poste éternel. Tu lui montres qu’une fonction, même la plus haute, n’est jamais une propriété. C’est une mission. Chebna a confondu le pouvoir et la possession. Il croyait « être sur la Maison » comme un propriétaire. Tu lui rappelles qu’il n’en était que le serviteur.

C’est la première leçon pour mon âme : tout ce que je crois posséder – ma place, mon rôle, mon image – tu peux me le retirer en un instant, si je l’utilise pour me sculpter un tombeau au lieu de servir ta Maison.

« En ce jour-là, j’appellerai mon serviteur Éliakim, fils de Hilqiyyahou. »

Et voici le retournement divin. « En ce jour-là ». Le jour même de la destitution de Chebna est le jour de la vocation d’Eliakim.

Son nom est déjà une prédication : Elyaqim veut dire en hébreu « Dieu relève, Dieu établit ». Lui qui n’a rien construit pour lui-même, c’est Dieu qui va l’établir. Il est fils de Hilqiyyahou, qui signifie « Yahvé est ma part ». Tout son nom dit l’inverse de Chebna. Chebna voulait que sa part soit un tombeau à son nom. La part d’Éliakim, c’est Yahvé lui-même.

Et tu l’appelles « mon serviteur », avdi. Chebna n’a jamais eu ce titre. Il était serviteur du roi. Éliakim est serviteur de Dieu. C’est tout le basculement. Le pouvoir ne vient plus d’en bas, du palais, mais d’en haut, de Toi.

« Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je remettrai ton pouvoir entre ses mains. Il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. 
Tu fais trois gestes d’investiture, Seigneur, comme pour un sacre.

Tu le revêts de la tunique, tu le ceins de l’écharpe et tu remets ton pouvoir entre ses mains. Ce sont les insignes du Maître du Palais. Tu ne crées pas un nouveau pouvoir. Tu transfères le même pouvoir, mais dans d’autres mains, pour un autre cœur.

« Je remettrai ton pouvoir », ta domination, entre ses mains. La même autorité, mais dans une autre âme.

Et voici la révolution, le mot le plus savoureux de tout le texte : « Il sera un Av, un Père. »

Voilà la différence entre les deux hommes. Chebna était un chef. Un manager brillant, un gestionnaire, un stratège. Il gérait des dossiers. Éliakim sera un père. Le pouvoir selon Dieu n’est pas de la gestion, il est de la paternité. Il ne gère pas des sujets, il porte des enfants. Il ne compte pas, il engendre. Jérusalem n’a pas besoin d’un architecte de tombeaux. Elle a besoin d’un père quand l’Assyrie approche.

Seigneur, tu ne cherches pas des gens compétents pour gérer ta Maison. Tu cherches des pères et des mères pour porter tes enfants.

« Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera, s’il ferme, personne n’ouvrira. »

Nous sommes au verset le plus célèbre de ce passage, celui que Jésus reprendra pour lui-même.

Mafteah Beit David, c’est la Clé de la Maison de David. Ce n’est pas une petite clé de chambre dans une poche. Dans l’Orient ancien, la clé du palais était une grande pièce de bois, longue d’un mètre, qu’on portait sur l’épaule, visible de tous dans les rues de Jérusalem. Quand on voyait l’homme avec la clé sur l’épaule, on savait que c’était lui qui ouvrait et fermait l’accès au roi. Lui qui décidait qui entre et qui n’entre pas.

Et ce n’est pas la clé du palais d’Ézéchias. C’est la clé de la Maison de David. C’est-à-dire la clé de la dynastie, la clé de la promesse messianique faite en 2 Samuel 7 : « Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais ». Avoir cette clé, ce n’est pas juste ouvrir une porte en bois. C’est détenir l’accès à la fidélité de Dieu, à la promesse que Dieu n’abandonnera jamais son peuple.

Tu le diras de ton Fils, Seigneur, en Apocalypse 3,7 : « Ainsi parle le Saint, le Véritable, celui qui détient la clé de David, s’il ouvre, personne ne fermera ». Et tu donneras les clés à Pierre en Matthieu 16,19.

Quelle libération pour mon âme ! Éliakim ne fabrique pas la clé. Il la reçoit sur son épaule. Elle est lourde, gratuite et sa puissance est absolue : « S’il ouvre, personne ne fermera ». Si Dieu ouvre une porte dans ma vie – une vocation, un pardon, une guérison – aucune Assyrie, aucun Chebna, aucune peur ne pourra la refermer. Et « s’il ferme, personne n’ouvrira ». Si Dieu ferme une porte – une illusion, une relation toxique, une voie sans issue – je n’ai plus à me battre pour l’ouvrir de force.

« Je le planterai comme une cheville, comme un piquet en un lieu solide, et il sera un trône de gloire pour la maison de son père. »

Dernier verset et dernier contraste sublime. Chebna voulait être solide en se creusant un tombeau dans le roc. Toi, Seigneur, tu rends solide autrement. « Je le planterai comme une Yated. » C’est le gros piquet de tente, enfoncé profondément dans la terre du désert pour que la tente ne s’envole pas pendant la tempête. C’est aussi le clou massif planté dans le mur du Temple, où l’on suspendait les vases sacrés, les instruments des prêtres. Un clou si solide qu’on peut y accrocher tout le poids de la liturgie.

Chebna cherchait la solidité dans la pierre morte de son tombeau. Toi tu donnes la solidité en plantant l’homme vivant dans le Roc qui est Toi. L’un se creuse, l’autre est planté. L’un veut qu’on se souvienne de lui, l’autre devient, sans le vouloir, « un trône de gloire », un siège où la gloire de Dieu peut s’asseoir, pour toute sa famille.

Aujourd’hui, Seigneur, viens destituer en moi Chebna, ce gestionnaire anxieux qui, quand l’Assyrie approche, quand l’angoisse monte, se met à construire son tombeau : mon image, ma réputation, mon petit monument pour qu’on dise du bien de moi. Chasse-moi de ce poste d’usurpateur que j’occupe dans ma propre vie. Déloge-moi.

Et en ce jour-là, appelle en moi Éliakim. Ce fils que tu relèves, non par mes mérites, mais parce que ta part est ma part. Revêts-moi de ta tunique, ceins-moi de ton service. Fais de moi non plus un chef qui gère, mais un père, une mère, qui porte.

Pose sur mon épaule, ta Clé, la clé de David. Je ne veux plus forcer les portes. Si tu ouvres, j’entrerai. Si tu fermes, j’arrêterai de me cogner.

Et plante-moi comme une Yated. Moi qui suis une tente au vent, plante-moi profondément en Toi, en un lieu solide. Non pas pour que je sois admiré, mais pour que d’autres puissent suspendre un peu de leur poids à ma vie, et que ma pauvre vie devienne, par ta grâce, un petit trône pour ta gloire.

Je vous invite à clore cette méditation avec le psaume « Si le Seigneur ne construit la maison, en vain travaillent les constructeurs. » (disponible via le groupe WhatsApp cité plus haut).

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

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