Cette page fait partie d’une série consacrée aux grands principes de la Doctrine Sociale de l’Église (DSÉ). Elle présente le principe personnaliste, qui reconnaît la dignité propre à chaque personne humaine et souligne l’importance de sa liberté de conscience. Vous découvrirez ici les fondements de ce principe, ses implications pour la vie sociale et professionnelle, ainsi que les références du Compendium de la doctrine sociale de l’Église qui permettent d’approfondir le sujet.
Le principe personnaliste
Éclairer les consciences pour libérer les personnes.
Au travail comme dans la vie sociale, une question essentielle se pose : qu’est-ce qui permet à une personne de vivre et d’agir dans le respect de sa dignité ?
Peut-on véritablement contribuer au bien d’une personne en lui imposant nos choix, même lorsque nous pensons agir pour son bien ? Quelle place faut-il accorder à sa conscience, à ses convictions et à sa liberté ?
Le principe personnaliste, fondement de la doctrine sociale de l’Église (DSÉ), apporte des éléments de réponse à ces questions.
Il affirme l’incomparable dignité de chaque personne humaine et souligne une exigence fondamentale : chacun doit pouvoir agir selon un choix conscient et libre, mû par une conviction personnelle, et non sous le seul effet d’une contrainte extérieure.
Cette exigence concerne les relations entre collègues, les rapports entre salariés et employeurs, mais aussi les relations entre les citoyens et les pouvoirs publics.
Syndicatho s’appuie sur ce principe pour promouvoir une vie professionnelle et sociale plus respectueuse de chaque personne.
En quelques mots, le principe personnaliste affirme trois choses :
- Chaque personne possède une dignité inaliénable. Cette dignité ne dépend ni de sa situation sociale, ni de ses capacités, ni de ses convictions.
- Chaque personne doit être respectée dans sa liberté. Elle ne doit pas être soumise à des contraintes qui l’empêchent d’agir selon sa conscience.
- Chaque personne est appelée à agir de manière consciente et responsable. Il ne s’agit pas simplement d’obéir à des impulsions ou à des ordres, mais de pouvoir agir en fonction de convictions personnelles.
Ces trois dimensions sont liées : la dignité fonde le respect dû à la personne, tandis que la liberté permet à celle-ci d’agir en tant que personne consciente et responsable.
Que signifie cette exigence dans la vie quotidienne ?
Respecter la liberté d’une personne ne consiste pas seulement à lui laisser la possibilité matérielle d’agir. Cela suppose également de respecter sa capacité à se déterminer en conscience.
On peut chercher à convaincre quelqu’un en lui présentant des arguments, en lui apportant des informations ou en lui proposant un autre point de vue. Mais chercher à le contraindre, à le manipuler ou à faire pression sur lui pour qu’il adopte notre propre conviction pose une tout autre question.
Cette distinction est essentielle : éclairer une conscience n’est pas la contraindre.
Elle vaut dans les relations personnelles, dans l’entreprise et dans la vie sociale et politique.
Le principe personnaliste dans l’entreprise
Imaginons un désaccord entre un salarié et son responsable.
Le responsable estime qu’une certaine organisation du travail est préférable. Le salarié, de son côté, exprime des réserves et explique les raisons de son point de vue.
Le principe personnaliste invite à considérer les deux personnes comme dignes de respect.
Le responsable peut exposer ses arguments, écouter les objections et expliquer les contraintes auxquelles il doit faire face. Le salarié peut, de son côté, présenter ses propres arguments et chercher à comprendre ceux de son responsable.
L’objectif n’est pas nécessairement que chacun renonce à ses convictions, mais que le désaccord puisse être abordé sans humiliation, manipulation ni pression indue.
Cela ne signifie pas que toute décision doive faire l’unanimité, ni qu’aucune règle ne puisse être imposée. Cela signifie que les décisions et les relations professionnelles doivent respecter la dignité des personnes et leur permettre, autant que possible, de comprendre les enjeux et de s’exprimer librement.
Le principe personnaliste invite ainsi à rechercher une coopération fondée sur la reconnaissance mutuelle des personnes, plutôt que sur la seule volonté d’imposer son point de vue.
Résumé de Syndicatho :
Le principe personnaliste est le principe de base, le fondement de la Doctrine Sociale de l’Église.
Il affirme que toute personne humaine ayant été créée par Dieu à son image, dispose, de ce fait, d’une intangible et inconditionnelle dignité.
Celle-ci exige que des droits naturels de l’homme (vie, liberté, propriété,…) soient respectés et qu’il agisse selon des choix conscients et libres
Voici une citation, tirée du Compendium de la DSÉ, qui exprime remarquablement ce principe :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image (…)
La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure » (Comp., 135).
L’exigence d’absence de contrainte extérieure est confirmée par d’autres passages du Compendium :
«Tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit …» (Comp., 155).
«La société et l’État ne doivent pas contraindre une personne à agir contre sa conscience, ni l’empêcher d’agir en conformité à celle-ci » (Comp., 421).
Voici des citations tirées du Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, ou, pour la première, du premier livre de la Bible (le livre de la Genèse).
« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn, 1,27).
L’Église voit dans l’homme, dans chaque homme, l’image vivante de Dieu lui-même (Comp., 105).
Toute la doctrine sociale se déroule à partir du principe qui affirme l’intangible dignité de la personne humaine (Comp., 107).
L’homme existe comme être unique et inimitable, il existe en tant que « moi » capable de s’auto-comprendre, de s’auto-posséder, de s’auto-déterminer (Comp., 131).
Une société juste ne peut être réalisée que dans le respect de la dignité transcendante de la personne humaine. Celle-ci représente la fin dernière de la société, qui lui est ordonnée. (…)
Le respect de la dignité humaine ne peut en aucune façon ne pas tenir compte de ce principe: il faut « que chacun considère son prochain, sans aucune exception, comme “un autre lui-même”, [qu’il] tienne compte avant tout de son existence et des moyens qui lui sont nécessaires pour vivre dignement ».
Il faut que tous les programmes sociaux, scientifiques et culturels, soient guidés par la conscience de la primauté de chaque être humain. (Comp., 132).
La personne ne peut pas être finalisée à des projets de caractère économique, social et politique imposés par quelque autorité que ce soit, même au nom de présumés progrès de la communauté civile dans son ensemble ou d’autres personnes, dans le présent ou dans le futur.
Il est donc nécessaire que les autorités publiques veillent attentivement à ce que toute restriction de la liberté ou tout devoir imposé à l’action personnelle ne lèse jamais la dignité de la personne et à ce que soit garantie la mise en pratique effective des droits de l’homme.
Tout ceci, encore une fois, se fonde sur la vision de l’homme comme personne, c’est-à-dire comme sujet actif et responsable de son processus de croissance, avec la communauté dont il fait partie (Comp., 133).
L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image: « La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure » (Comp., 135, qui reprend la constitution pastorale « Gaudium et spes », 17).
Dieu ne fait pas acception des personnes car tous les hommes ont la même dignité de créature à son image et à sa ressemblance (Comp., 144).
La personne est de par sa constitution un être social, car ainsi l’a voulue Dieu qui l’a créée. (Comp., 149)
Le mouvement vers l’identification et la proclamation des droits de l’homme est un des efforts les plus importants pour répondre efficacement aux exigences irréductibles de la dignité humaine. (Comp., 152)
Les droits de l’homme doivent être protégés non seulement singulièrement, mais dans leur ensemble: leur protection partielle se traduirait par une sorte de manque de reconnaissance (Comp., 154).
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