Lectures du jeudi de la 5e semaine du temps ordinaire, année paire. 12 02 2026

Lectures du jeudi de la 5e semaine du temps ordinaire, année paire. 12 02 2026

« Le roi Salomon rendant grâce au dieu Moloch à la demande de ses cent femmes« 
Musée d’art et d’archéologie du Périgord – Franz Francken II
Photo par MOSSOT, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité : « La dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre… ».

Première lecture

« Puisque tu n’as pas gardé mon alliance, je vais t’enlever le royaume. Mais je laisserai une tribu à ton fils, à cause de David » (1 R 11, 4-13)

Lecture du premier livre des Rois (11, 4-13).

4 Salomon vieillissait ;
ses femmes le détournèrent vers d’autres dieux,
et son cœur n’était plus tout entier au Seigneur,
comme l’avait été celui de son père David.
5    Salomon prit part au culte d’Astarté, la déesse des Sidoniens,
et à celui de Milcom, l’horrible idole des Ammonites.
6    Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur,
et il ne lui obéit pas aussi parfaitement que son père David.
7    Il construisit alors, sur la montagne à l’est de Jérusalem,
un lieu sacré pour Camosh, l’horrible idole de Moab,
et un autre pour Milcom, l’horrible idole des Ammonites.
8    Il en fit d’autres pour permettre à toutes ses femmes étrangères
de brûler de l’encens et d’offrir des sacrifices à leurs dieux.
9    Le Seigneur s’irrita contre Salomon
parce qu’il s’était détourné du Seigneur Dieu d’Israël.
Pourtant, celui-ci lui était apparu deux fois,
10    et lui avait défendu de suivre d’autres dieux ;
mais Salomon avait désobéi.
11    Le Seigneur lui déclara :
« Puisque tu t’es conduit de cette manière,
puisque tu n’as pas gardé mon alliance
ni observé mes décrets,
je vais t’enlever le royaume
et le donner à l’un de tes serviteurs.
12    Seulement, à cause de ton père David,
je ne ferai pas cela durant ta vie ;
c’est de la main de ton fils
que j’enlèverai le royaume.
13    Et encore, je ne lui enlèverai pas tout,
je laisserai une tribu à ton fils,
à cause de mon serviteur David
et de Jérusalem, la ville que j’ai choisie. »

Commentaires de Thierry Jallas.

Je me permets de reproduire les 3 premiers versets de ce chapitre 11 du premier livre des Rois :

01 Le roi Salomon aima de nombreuses femmes étrangères : outre la fille de Pharaon, des Moabites, des Ammonites, des Édomites, des Sidoniennes, des Hittites.

02 Elles étaient de ces nations dont le Seigneur avait dit aux fils d’Israël : « Vous n’entrerez pas chez elles, et elles n’entreront pas chez vous : sûrement, elles détourneraient votre cœur vers leurs dieux. » Mais Salomon s’attacha à elles par amour.

03 Il eut sept cents femmes de rang princier et trois cents concubines ; et ses femmes détournèrent son cœur.

À mes yeux, l’intérêt du passage lu aujourd’hui est double :

  • montrer que le roi Salomon, malgré toute sa splendeur, confirme, par ses comportements, la pertinence de l’avertissement donné par Salomon aux anciens venus le trouver à Rama pour lui demander un roi (1 S, 8). Par exemple : « Vos filles, il les prendra pour la préparation de ses parfums, pour sa cuisine et pour sa boulangerie. » (1 S 8, 13). Je crois qu’il aurait pu ajouter « … ou pour les mettre dans son lit ».
  • montrer que le Seigneur respecte toujours inconditionnellement ses enfants, même lorsque ceux-ci font un mauvais usage de leur liberté. De la même manière, c’est sur Pierre, malgré le reniement de celui-ci, que le Christ a bâti son Église et c’est à Paul, pourchasseur des premiers chrétiens, qu’il a confié le soin de développer l’Église auprès des non-juifs.

Si j’en crois le chapitre 8 du 1er livre de Samuel, le Seigneur voit dans la volonté des hommes de mettre un roi (ou un dirigeant politique ayant quelque titre que ce soit) un signe de défiance à son égard. Et je suis conforté dans cette idée par la déclaration du Christ (Mt 20, 25-26a) :

« Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi…. ». Il me semble que cette déclaration du Christ est parfaitement cohérente avec le principe personnaliste qui délégitime, à mes yeux, toute forme de contrainte humaine.

Psaume

Psaume

105 (106), 3-4ab, 6.35, 36-37, 39-40)

R/ Souviens-toi de nous, Seigneur,
dans ta bienveillance pour ton peuple.
(cf. Ps 105, 4)

Heureux qui pratique la justice,
qui observe le droit en tout temps !
Souviens-toi de moi, Seigneur,
dans ta bienveillance pour ton peuple.

Avec nos pères, nous avons péché,
nous avons failli et renié.
Ils vont se mêler aux païens,
ils apprennent leur manière d’agir.

Alors ils servent leurs idoles,
et pour eux c’est un piège :
ils offrent leurs fils et leurs filles
en sacrifice aux démons.

De telles pratiques les souillent ;
ils se prostituent par de telles actions.
Et le Seigneur prend feu contre son peuple :
ses héritiers lui font horreur.

Évangile

« Les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » (Mc 7, 28)

Alléluia. Alléluia.
Accueillez dans la douceur
la Parole semée en nous :
c’est elle qui peut vous sauver.
Alléluia. (cf. Jc 1, 21bc)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (7, 24-30).

    En ce temps-là,
24    Jésus partit et se rendit dans le territoire de Tyr.
Il était entré dans une maison,
et il ne voulait pas qu’on le sache,
mais il ne put rester inaperçu :
25    une femme entendit aussitôt parler de lui ;
elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ;
elle vint se jeter à ses pieds.
26    Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance,
et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille.
27    Il lui disait :
« Laisse d’abord les enfants se rassasier,
car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants
et de le jeter aux petits chiens. »
28    Mais elle lui répliqua :
« Seigneur, les petits chiens, sous la table,
mangent bien les miettes des petits enfants ! »
Alors il lui dit :
29    « À cause de cette parole, va :
le démon est sorti de ta fille. »
30    Elle rentra à la maison,
et elle trouva l’enfant étendue sur le lit :
le démon était sorti d’elle.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut à l’occasion du 22e dimanche du temps ordinaire, année B. Ce jour-là, le passage lu (Mc 7, 1-8.14-15.21-23) a en commun avec celui d’aujourd’hui les versets 14, 15 et 21.
* * * * *

     En ce temps-là,
1   les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem.
     se réunissent auprès de Jésus
2   et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas
     avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.
3   – Les pharisiens, en effet, comme tous les Juifs,
     se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger,
     par attachement à la tradition des anciens ;
4   et au retour du marché
     ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau,
     et ils sont attachés encore par tradition
     à beaucoup d’autres pratiques :
     lavage de coupes, de carafes et de plats. –
5   Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus :
     « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas
     la tradition des anciens ?
     Ils prennent leur repas avec des mains impures. »
6   Jésus leur répondit :
     « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites,
     ainsi qu’il est écrit :
     Ce peuple m’honore des lèvres,
     mais son cœur est loin de moi.

7   C’est en vain qu’ils me rendent un culte ;
     les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains.

8   Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu,

     pour vous attacher à la tradition des hommes. »
14 Appelant de nouveau la foule, il lui disait :
     « Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
15 Rien de ce qui est extérieur à l’homme
     et qui entre en lui
     ne peut le rendre impur.
     Mais ce qui sort de l’homme,
     voilà ce qui rend l’homme impur. »
21 Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule :
     « C’est du dedans, du cœur de l’homme
     que sortent les pensées perverses :
     inconduites, vols, meurtres,
22 adultères, cupidités, méchancetés,
     fraude, débauche, envie,
     diffamation, orgueil et démesure.
23 Tout ce mal vient du dedans,
     et rend l’homme impur. »
—————————————————————————————————————————————

LA TRADITION EST UNE RICHESSE REÇUE DES PÈRES…

Tout a commencé parce que les disciples de Jésus ne se sont pas lavé les mains avant le repas : en bien des endroits du monde, cela ne poserait pas de problème ! La preuve, c’est que Marc est obligé d’expliquer à ses lecteurs qui ne sont pas d’origine juive, les usages tout à fait particuliers d’Israël : « Les pharisiens, en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. » Le mot « tradition », répété (dans le texte grec) aux versets 3 et 5 ne doit pas être entendu de manière péjorative : la tradition, c’est la richesse reçue des pères. Tout le long labeur des anciens pour découvrir le comportement qui plaît à Dieu se transmet sous forme de préceptes qui régissent les plus petits détails de la vie quotidienne. Commençons donc par rendre justice aux pharisiens et aux scribes : quand on s’impose à soi-même toute une discipline très stricte par fidélité à sa religion, on ne peut pas comprendre ceux qui n’en font pas autant. Et, à leurs yeux, cette rigueur d’observance paraissait essentielle : il s’agissait de préserver l’identité juive ; le peuple élu concevait son élection comme une mise à part et donc tout contact avec des païens (ou des objets touchés par eux) rendait impur, c’est-à-dire inapte à célébrer et même à vivre dignement la vie quotidienne.

Tout naturellement, donc, les pharisiens et les scribes présents s’indignent : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leur repas avec des mains impures. »

Ce qui est plus surprenant, c’est la réaction de Jésus : « Hypocrites ! » Cette sévérité laisse entendre qu’il y a un problème de fond. Comme souvent, face à un tel auditoire, Jésus cite l’Écriture, qui est pour eux la référence suprême : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. » (Is 29,13). Et Jésus commente la parole d’Isaïe : « Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. »

…À CONDITION QU’ELLE NE SOIT PAS PRÉTEXTE À MÉPRIS

Quel est donc ce commandement de Dieu que les pharisiens et les scribes bafouent sans le savoir ? Jésus ne l’explique pas ici, mais ce qu’il leur reproche, visiblement, c’est d’avoir « le cœur loin de Dieu ». Qu’ont-ils fait de mal ? Ils ont méprisé les autres, tout simplement, et méprisé au nom de Dieu, voilà l’inexcusable. Nous retrouvons ici une remarque faite souvent au long des dimanches dans notre lecture de l’évangile de Marc : Jésus ne cesse de s’élever contre toute exclusion au nom de la religion ; c’est la toile de fond de ses controverses avec les autorités religieuses. C’est mal comprendre la Loi que de croire qu’il faudrait être séparé des autres hommes pour s’approcher de Dieu ! Au contraire, les prophètes avaient déployé toute leur énergie pour faire découvrir que le véritable culte qui plaît à Dieu commence par le respect des hommes. C’est un comble que la loi faite pour le bonheur de tous soit devenue une contrainte tatillonne et un prétexte à mépris. Servir le Dieu saint du Lévitique, le Dieu de pardon annoncé par Isaïe ne peut pas porter au mépris des autres.

Pour aller plus loin, Jésus entame une leçon sur la pureté : au sens biblique, la pureté, c’est l’aptitude à se rapprocher de Dieu ; or Dieu est amour et pardon, de nombreux prophètes l’ont dit et répété. La véritable pureté est donc une disposition du cœur, c’est la miséricorde ; l’impureté que Jésus reproche à ses adversaires, c’est « l’endurcissement du cœur » : « Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » Et, un peu plus tard, il complète l’enseignement pour ses disciples : « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »

Venons encore une fois au secours des pharisiens et des scribes : cette leçon-là ne pouvait pas être entendue pleinement tant que Dieu lui-même, en son Fils, n’était pas venu habiter chez les hommes ; prouvant par là que, contrairement à trop d’idées reçues, Dieu n’a pas peur du contact avec les êtres impurs que nous sommes. Comme pour en donner la preuve, aussitôt après cette controverse Jésus part en pays païen.
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Complément

– Le mouvement religieux « Pharisien » est né vers 135 av. J.-C. d’un désir de conversion ; son nom qui signifie « séparé » traduit un choix : le refus de toute compromission politique, de tout laisser-aller dans la pratique religieuse ; deux problèmes qui étaient à l’ordre du jour en 135. Le pharisianisme (en tant que mouvement) est donc tout à fait respectable. Et Jésus ne l’attaque jamais. Il ne refuse pas non plus de leur parler (Nicodème, Jn 3 ; Simon, Lc 7). Mais le plus bel idéal religieux peut avoir ses écueils : la rigueur d’observance peut engendrer une trop bonne conscience et rendre méprisant pour ceux qui n’en font pas autant. Plus profondément, vouloir être « séparé » n’est pas sans ambiguïté ; quand on sait que le dessein de Dieu est un projet de rassemblement dans l’amour. Ces déviances ont inspiré quelques paroles dures de Jésus : elles visent ce que l’on appelle le « pharisaïsme » ; de cela tous les mouvements religieux de tous les temps sont capables.

Fichier audio des lectures du jour, suivies d’un commentaire de 4′ 58 » à 10′ 25 », par Cathoglad.

Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.

Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista, à partir de 5’22 ».

Méditation du père Gilles.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie du père Roger Wawa pour Radio-Maria-RDC.

Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.

Homélie du jour, à la basilique Notre-Dame-des-Victoires, à Paris.

Homélie de la messe du jour à Lourdes.

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

* * * * *

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
– – –

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