Lectures du jeudi de la férie du temps de Noël après l’Épiphanie. 8 01 2026

Lectures du jeudi de la férie du temps de Noël après l’Épiphanie. 8 01 2026

« Jésus enseigne dans la synagogue » par Alexandre Bida (1813-1895) –
Domaine public, via Wikimedia Commons.

Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.

Première lecture

« Celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère » (1 Jn 4, 19 – 5, 4)

Lecture de la première lettre de saint Jean (4, 19 – 5, 4).

Bien-aimés,
19 nous aimons
parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier.
20 Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu »,
alors qu’il a de la haine contre son frère,
c’est un menteur.
En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit,
est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas.
21 Et voici le commandement que nous tenons de lui :
celui qui aime Dieu,
qu’il aime aussi son frère.

5, 1 Celui qui croit que Jésus est le Christ,
celui-là est né de Dieu ;
celui qui aime le Père qui a engendré
aime aussi le Fils qui est né de lui.
2 Voici comment nous reconnaissons
que nous aimons les enfants de Dieu :
lorsque nous aimons Dieu
et que nous accomplissons ses commandements.
3 Car tel est l’amour de Dieu :
garder ses commandements ;
et ses commandements ne sont pas un fardeau,
4 puisque tout être qui est né de Dieu
est vainqueur du monde.
Or la victoire remportée sur le monde,
c’est notre foi.

Commentaire de Thierry Jallas.

Le commentaire qui suit m’est inspiré par l’IA (ici, Gemini) .

Pendant la semaine qui suit l’Épiphanie, l’Église médite presque exclusivement sur la première lettre de Jean. L’objectif est de montrer que la manifestation du Christ (Épiphanie) se concrétise par l’amour fraternel.
Le passage du verset 19 est le point culminant de cette méditation : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. » (1 Jn 4, 20).

L’explication que je propose est la suivante : lorsque nous avons de la haine contre notre frère, cela signifie que nous n’agissons pas de façon libre, car nous sommes asservis à notre haine. Et si, en plus, nous disons, « J’aime Dieu« , cela signifie que nous ne sommes pas conscients de cette incohérence. Tout cela en contradiction avec le principe personnaliste.

Psaume 71, 1-2, 14.15bc, 17

R/ Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.
(Ps 71, 11)

1 Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
2 Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

14 Il les rachète à l’oppression, à la violence ;
leur sang est d’un grand prix à ses yeux.
15bc On priera sans relâche pour lui ;
tous les jours, on le bénira.

17 Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, pour le 2e dimanche de l’Avent, année A. Ce jour-là, les versets 1-2 et 17 sont communs, les autres diffèrent.
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PSAUME 71 (72), 1-2.7-8.12-13.17

1  Dieu donne au roi tes pouvoirs,
    à ce fils de roi ta justice.
2  Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
    qu’il fasse droit aux malheureux !

7  En ces jours-là, fleurira la justice,
    grande paix jusqu’à la fin des lunes !
8  Qu’il domine de la mer à la mer,
    et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

12 Il délivrera le pauvre qui appelle
    et le malheureux sans recours
13 Il aura souci du faible et du pauvre,
    du pauvre dont il sauve la vie.

17 Que son nom dure toujours ;
    sous le soleil, que subsiste son nom !
    En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
    que tous les pays le disent bienheureux !

 

DANS L’ATTENTE DU MESSIE PROMIS

« Dieu donne au roi tes pouvoirs » : c’est une prière … « Qu’il gouverne ton peuple avec justice », c’est un souhait. Ce sont les mots mêmes que l’on disait lors du sacre d’un nouveau roi… Nous sommes au temple de Jérusalem… mais curieusement, ce psaume a été composé et chanté après l’Exil à Babylone, (donc entre 500 et 100 av. J.-C.) c’est-à-dire à une époque où il n’y avait déjà plus de roi en Israël ; ce qui veut dire que cette prière, ce souhait ne concernent pas un roi en chair et en os… ils concernent le roi qu’on attend, que Dieu a promis, le roi-messie. Et puisqu’il s’agit d’une promesse de Dieu, on est sûr qu’elle se réalisera.

La Bible tout entière est traversée par cette espérance indestructible : l’histoire humaine a un but, un sens ; et le mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Dieu a un projet. Ce projet inspire toutes les lignes de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments : il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c’est le « Jour de Dieu » pour les prophètes, le « Règne des cieux » pour saint Matthieu, le « dessein bienveillant » pour saint Paul, mais c’est toujours du même projet qu’il s’agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d’amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l’humanité. Ce projet sera réalisé par le Messie et c’est ce Messie que les croyants appellent de tous leurs vœux lorsqu’ils chantent ce psaume au temple de Jérusalem. 

Son projet de bonheur, Dieu l’avait déjà annoncé dès sa première parole à Abraham, au chapitre 12 de la Genèse, alors que celui-ci ne s’appelait encore que Abram ; Dieu lui avait promis : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12,3 1). Je crois qu’il est très important de ne jamais oublier que dès le début de la révélation biblique, il est clair que l’humanité tout entière est concernée, même si on ne l’a pas compris tout de suite. Le peuple d’Israël a découvert peu à peu qu’il est élu non pas pour garder son beau secret pour lui tout seul, mais pour annoncer au monde le projet de Dieu.

Notre psaume ne dit pas autre chose : « En lui (sous-entendu le roi-messie) que soient bénies toutes les familles de la terre ; que tous les pays le disent bienheureux ».

Un autre verset que nous avons lu également reprend une autre promesse de Dieu à Abraham, au chapitre 15 de la Genèse cette fois : « Le SEIGNEUR conclut une Alliance avec Abram en ces termes : À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d’Égypte jusqu’au Grand fleuve, l’Euphrate » (Gn 15,18). Et le psaume répond en écho : « Qu’il domine de la mer à la mer et du Fleuve jusqu’au bout de la terre ! » Plus tard, le livre de Ben Sirac (« l’Ecclésiastique ») rapprochera toutes ces promesses faites à Abraham ; on y lit : « Dieu lui assura par serment que les nations seraient bénies en sa descendance, qu’il le multiplierait autant que la poussière sur la terre, qu’il exalterait ses descendants comme les étoiles ; il leur donnerait un héritage allant de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu’à l’extrémité de la terre. » (Si 44,21)

Nous qui sommes assez chatouilleux sur la démocratie, sommes peut-être un peu surpris qu’on puisse tant rêver d’un roi et d’un roi qui domine sur toute la planète « de la mer à la mer et du Fleuve jusqu’à l’extrémité de la terre ! » ; nos empereurs les plus ambitieux n’ont jamais osé rêver jusque-là. Mais il ne faut pas oublier que, dans la Bible, c’est en définitive le peuple qui est au centre de la promesse : le roi n’est qu’un instrument dans la main de Dieu, un instrument au service du peuple. Et ce peuple aura la dimension de l’humanité.

EN CES JOURS-LÀ FLEURIRA LA JUSTICE

Une humanité enfin fraternelle et pacifique où plus personne ne connaîtra l’humiliation : « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes ! » Enfin sera réalisé le rêve de justice et de paix qui hante toute l’humanité depuis les origines : ce n’est pas pour rien que le nom même de « Jérusalem », en hébreu, veut dire « ville de la paix » ; mais Bagdad, aussi veut dire « demeure de la paix », tout autant que Dar-Es-Salam ; parce que tous les peuples en rêvent depuis toujours.

Et c’est la force incroyable, l’audace de la Bible d’affirmer contre vents et marées, et contre toutes les apparences contraires, que le jour de la paix viendra. Et comme justice et paix vont ensemble, « justice et paix s’embrassent » dit même le psaume 84/85, il n’y aura plus de pauvre à la surface de la terre ; alors la terre sera vraiment « sainte » comme elle doit être ; cet idéal-là court lui aussi tout au long de la Bible ; le livre du Deutéronome disait « Il n’y aura pas de pauvre chez toi » (Dt 15,4). Le psaume s’inscrit dans cette ligne : « Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. »

Tout ce psaume rappelle donc la promesse de Dieu et lui demande de hâter ce jour… non pas que Dieu risque d’oublier ses promesses ! Au contraire, si les pèlerins assemblés au temple de Jérusalem redisent ce psaume sur le roi-messie, c’est parce qu’ils savent que Dieu n’oublie pas son projet. Quand nous prions, il ne s’agit pas de rappeler à Dieu quelque chose qu’il risquerait d’ignorer ou d’oublier… Quand nous prions, nous apprenons à regarder le monde avec les yeux de Dieu ; nous nous replaçons devant le projet de Dieu pour raviver notre espérance et pour trouver la force de travailler à l’accomplissement de la promesse. Car la paix, la justice, le salut des pauvres et des malheureux ne viendront pas par un coup de baguette magique : à nous de prier, de faire nôtre le projet de Dieu, et de nous laisser guider par l’Esprit Saint pour nous engager dans ce combat. Avec sa lumière, avec sa force, avec sa grâce, nous y arriverons.

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Note

1 – À partir du texte hébreu, ce verset (Gn 12,3) peut s’entendre de deux manières, et ces deux manières ne s’excluent pas l’une l’autre, au contraire elles s’additionnent : d’abord « Par toi se béniront toutes les familles de la terre » : c’est-à-dire, quand elles se souhaiteront du bien, toutes les familles de la terre feront référence à toi comme un modèle de réussite ; on dira « puisses-tu réussir comme notre père Abraham » ; deuxième traduction : « À travers toi, Abraham, grâce à toi, toutes les familles de la terre seront bénies, c’est-à-dire connaîtront le bonheur. » (à condition qu’elles veuillent bien entrer dans ce projet, bien sûr).

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, pour l’Épiphanie du Seigneur, années ABC. Ce jour-là, les versets 1-2 sont communs, les autres diffèrent.
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PSAUME 71 (72), 1-2.7-8.10-13

1  Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
    à ce fils de roi ta justice.
2  Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
    qu’il fasse droit aux malheureux !

7  En ces jours-là, fleurira la justice,
    grande paix jusqu’à la fin des lunes !
8  Qu’il domine de la mer à la mer,
    et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

10 Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
    Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
11 Tous les rois se prosterneront devant lui,
    tous les pays le serviront.

12 Il délivrera le pauvre qui appelle
    et le malheureux sans recours.
13 Il aura souci du faible et du pauvre,
    du pauvre dont il sauve la vie.

 

RÊVE DES HOMMES ET PROJET DE DIEU

Imaginons que nous sommes en train d’assister au sacre d’un nouveau roi. Les prêtres expriment à son sujet des prières qui sont tous les souhaits, j’aurais envie de dire tous les rêves que le peuple formule au début de chaque nouveau règne : vœux de grandeur politique pour le roi, mais surtout vœux de paix, de justice pour tous. Les « lendemains qui chantent », en quelque sorte ! C’est un thème qui n’est pas d’aujourd’hui… On en rêve depuis toujours ! Richesse et prospérité pour tous… Justice et Paix… Et cela pour tous… d’un bout de la terre à l’autre… Or le peuple élu a cet immense avantage de savoir que ce rêve des hommes coïncide avec le projet de Dieu lui-même.

La dernière strophe de ce psaume, elle, change de ton (malheureusement, elle ne fait pas partie de la liturgie de cette fête) : il n’est plus question du roi terrestre, il n’est question que de Dieu : « Béni soit le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël, lui seul fait des merveilles ! Béni soit à jamais son nom glorieux, toute la terre soit remplie de sa gloire ! Amen ! Amen ! » C’est cette dernière strophe qui nous donne la clé de ce psaume : en fait, il a été composé et chanté après l’Exil à Babylone, (donc entre 500 et 100 av. J.-C.) c’est-à-dire à une époque où il n’y avait déjà plus de roi en Israël ; ce qui veut dire que ces vœux, ces prières ne concernent pas un roi en chair et en os… ils concernent le roi qu’on attend, que Dieu a promis, le roi-messie. Et puisqu’il s’agit d’une promesse de Dieu, on peut être certain qu’elle se réalisera.

La Bible tout entière est traversée par cette espérance indestructible : l’histoire humaine a un but, un sens ; et le mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Car Dieu a un projet qui inspire toutes les lignes de la Bible, Ancien Testament et Nouveau Testament : il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c’est le « JOUR de Dieu » pour les prophètes, le « Royaume des cieux » pour saint Matthieu, le « dessein bienveillant » pour saint Paul, mais c’est toujours du même projet qu’il s’agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d’amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l’humanité. Ce projet sera réalisé par le messie et c’est ce messie que les croyants appellent de tous leurs vœux lorsqu’ils chantent les psaumes au Temple de Jérusalem. 

Ce psaume 71, particulièrement, est vraiment la description du roi idéal, celui qu’Israël attend depuis des siècles : quand Jésus naît, il y a 1000 ans à peu près que le prophète Natan est allé trouver le roi David de la part de Dieu et lui a fait cette promesse dont parle notre psaume. Je vous redis les paroles du prophète Natan à David : « Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur qui naîtra de toi et je rendrai stable sa royauté… Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils… Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » (2 S 7,12…16).1

De siècle en siècle, cette promesse a été répétée, répercutée, précisée. La certitude de la fidélité de Dieu à ses promesses en a fait découvrir peu à peu toute la richesse et les conséquences ; si ce roi méritait vraiment le titre de fils de Dieu, alors il serait à l’image de Dieu, un roi de justice et de paix. À chaque sacre d’un nouveau roi, la promesse était redite sur lui et on se reprenait à rêver…

L’ESPÉRANCE, C’EST L’ANCRE DE L’ÂME

Depuis David, on attendait, et le peuple juif attend toujours… et il faut bien reconnaître que le règne idéal n’a encore pas vu le jour sur notre terre. On finirait presque par croire que ce n’est qu’une utopie…

Mais les croyants savent qu’il ne s’agit pas d’une utopie : il s’agit d’une promesse de Dieu, donc d’une certitude. Et la Bible tout entière est traversée par cette certitude, cette espérance invincible : le projet de Dieu se réalisera, nous avançons lentement mais sûrement vers lui. C’est le miracle de la foi : devant cette promesse à chaque fois déçue, il y a deux attitudes possibles : le non-croyant dit « je vous l’avais bien dit, cela n’arrivera jamais » ; mais le croyant affirme résolument « patience, puisque Dieu l’a promis, il ne saurait se rejeter lui-même », comme dit saint Paul (2 Tm 2,13).

Ce psaume dit bien quelques aspects de cette attente du roi idéal : par exemple « pouvoir » et « justice » seront enfin synonymes ; c’est déjà tout un programme : de nombreux pouvoirs humains tentent loyalement d’instaurer la justice et d’enrayer la misère mais n’y parviennent pas ; ailleurs, malheureusement, « pouvoir » rime parfois avec avantages de toute sorte et autres passe-droits ; parce que nous ne sommes que des hommes.

En Dieu seul le pouvoir n’est qu’amour : notre psaume le sait bien puisqu’il précise « Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice ».

Et alors puisque notre roi disposera de la puissance même de Dieu, une puissance qui n’est qu’amour et justice, il n’y aura plus de malheureux dans son royaume. « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes !… Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. »

Ce roi-là, on voudrait bien qu’il règne sur toute la planète ! C’est de bon cœur qu’on lui souhaite un royaume sans limite de temps ou d’espace ! « Qu’il règne jusqu’à la fin des lunes… » et « Qu’il domine de la mer à la mer et du Fleuve jusqu’aux extrémités de la terre ». Pour l’instant, quand on chante ce psaume, les extrémités du monde connu, ce sont l’Arabie et l’Égypte et c’est pourquoi on cite les rois de Saba et de Seba : Saba, c’est au Sud de l’Arabie, Seba, c’est au Sud de l’Égypte… Quant à Tarsis, c’est un pays mythique, qui veut dire « le bout du monde ».

Aujourd’hui, le peuple juif chante ce psaume dans l’attente du roi-Messie2 ; nous, chrétiens, l’appliquons à Jésus-Christ et il nous semble que les mages venus d’Orient ont commencé à réaliser la promesse « Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande… Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront ». 

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Notes

1 – Le règne de David (et donc la promesse du prophète Nathan) se situe environ vers l’an 1000 avant Jésus-Christ. Par conséquent lorsque le chant « Il est né le divin enfant » nous fait dire « Depuis plus de 4000 ans nous le promettaient les prophètes », le compte n’est pas tout à fait exact ! Peut-être le nombre 4000 n’a-t-il été retenu que pour les nécessités de la mélodie.

2 – De nos jours, encore, dans certaines synagogues, nos frères juifs disent leur impatience de voir arriver le Messie en récitant la profession de foi de Maïmonide, médecin et rabbin à Tolède en Espagne, au douzième siècle : « Je crois d’une foi parfaite en la venue du Messie, et même s’il tarde à venir, en dépit de tout cela, je l’attendrai jusqu’au jour où il viendra. »    

Évangile

« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture »

Alléluia, Alléluia.
Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération.
Alléluia. (cf. Lc 4, 18cd)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (4, 14-22a).

En ce temps-là,
lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit,
revint en Galilée,
sa renommée se répandit dans toute la région.
Il enseignait dans les synagogues,
et tout le monde faisait son éloge.
Il vint à Nazareth, où il avait été élevé.
Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat,
et il se leva pour faire la lecture.
On lui remit le livre du prophète Isaïe.
Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération,
et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
remettre en liberté les opprimés,
annoncer une année favorable
accordée par le Seigneur.

Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture
que vous venez d’entendre. »
Tous lui rendaient témoignage
et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, pour le 3e dimanche du temps ordinaire, année C. Ce jour-là, l’extrait de cet évangile est un peu plus complet : il contient les versets 1 à 4 et est amputé du verset 22a.
– – –

1, 1    Beaucoup ont entrepris de composer un récit
    des événements qui se sont accomplis parmi nous,
2  d’après ce que nous ont transmis
    ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires
    et serviteurs de la Parole.
3  C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi,
    après avoir recueilli avec précision des informations
    concernant tout ce qui s’est passé depuis le début,
    d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi,
4  afin que tu te rendes bien compte
    de la solidité des enseignements que tu as entendus.

    En ce temps-là,
4, 14   lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit,
    revint en Galilée,
    sa renommée se répandit dans toute la région.
15 Il enseignait dans les synagogues,
    et tout le monde faisait son éloge.
16 Il vint à Nazareth, où il avait été élevé.
    Selon son habitude,
    il entra dans la synagogue le jour du sabbat,
    et il se leva pour faire la lecture.
17 On lui remit le livre du prophète Isaïe.
    Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
18 L’Esprit du Seigneur est sur moi
    parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
    Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
    annoncer aux captifs leur libération,
    et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
    remettre en liberté les opprimés,

19 annoncer une année favorable
    accordée par le Seigneur.
20 Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
    Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
21 Alors il se mit à leur dire :
    « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture,
    que vous venez d’entendre. »
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DANS LA SYNAGOGUE DE NAZARETH…

Nous savons très peu de choses sur la manière dont les évangiles ont été écrits, et en particulier leur date : mais de ce que nous venons de lire, nous pouvons déduire quelques indices ; il y a eu certainement une prédication orale avant que les évangiles soient écrits puisque Luc dit à Théophile qu’il veut lui permettre de vérifier « la solidité des enseignements qu’il a entendus. » Luc reconnaît également ne pas avoir été un témoin oculaire des événements ; il n’a pu que s’informer auprès des témoins oculaires, ce qui suppose qu’ils sont encore vivants quand il écrit. On peut donc supposer que la prédication de la Résurrection du Christ a commencé dès la Pentecôte et que l’évangile de Luc a été mis par écrit plus tard, mais avant la mort des derniers témoins oculaires, ce qui donne une date limite vers 80 – 90 de notre ère.

Le récit que nous lisons aujourd’hui se situe après le baptême de Jésus et le récit de ses tentations au désert. Apparemment, tout va pour le mieux pour le nouveau prédicateur ; je vous rappelle la phrase de Luc :  « Lorsque Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues des Juifs, et tout le monde faisait son éloge. » Tout s’annonçait bien ce matin-là : Jésus est un bon Juif comme les autres : il rentre de voyage, et comme tout bon Juif, le samedi matin venu, il va à l’office à la synagogue.

Rien d’étonnant non plus à ce qu’on lui confie une lecture, puisque tout fidèle a le droit de lire les Écritures. La célébration à la synagogue se déroule donc tout à fait normalement… jusqu’au moment où Jésus lit la lecture du jour qui se trouvait être ce texte bien connu du prophète Isaïe et, dans le grand silence fervent qui suit la lecture, il affirme tranquillement une énormité : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture, que vous venez d’entendre. » Il y a certainement eu un temps de silence, le temps qu’on ait compris ce qu’il veut dire. Tous, dans la synagogue, s’attendaient bien à ce que Jésus fasse un commentaire, puisque c’était la coutume, mais pas celui-là !

JÉSUS DÉVOILE SON IDENTITÉ

Nous avons du mal à imaginer l’audace que représente cette affirmation si tranquille de Jésus ; car, pour tous ses contemporains, ce texte vénérable du prophète Isaïe concernait le Messie. Seul le Roi-Messie, quand il viendrait, pourrait se permettre de dire : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction… » Car, dès le début de la monarchie, le rituel du sacre des rois a comporté un rite d’onction d’huile. Cette onction était le signe que Dieu lui-même inspirait le roi en permanence pour qu’il soit capable d’accomplir sa mission de sauver le peuple. On disait alors que le roi était « mashiah », un mot hébreu qui signifie tout simplement « frotté d’huile ». C’est ce mot « mashiah » qui se traduit « messie » en français, « christos » en grec. À l’époque de Jésus, il n’y avait plus de roi sur le trône de Jérusalem mais on attendait que Dieu envoie enfin le roi idéal qui apporterait à son peuple la liberté, la justice et la paix. En particulier, dans le pays d’Israël alors occupé par les Romains, on attendait celui qui nous délivrerait de l’occupation romaine.

Clairement, Jésus de Nazareth, le fils du charpentier, ne pouvait prétendre être ce Roi-Messie qu’on attendait. Soyons francs, Jésus n’a pas fini d’étonner ses contemporains : il est bien le Messie qu’on attendait, mais tellement différent de ce qu’on attendait ! Luc, pour aider ses lecteurs, a bien pris soin dès le début de son livre, de leur dire d’entrée de jeu qu’il s’est informé soigneusement de tout depuis les origines ; et, d’autre part, il a souligné en introduction à ce passage que Jésus était accompagné de la puissance de l’Esprit, ce qui était bien la caractéristique du Messie. Mais c’est Luc, le chrétien, qui l’affirme ; les habitants de Nazareth, eux, ne savent pas que, réellement, l’Esprit du Seigneur repose sur Jésus.

Dernière remarque sur cet évangile : la citation d’Isaïe que Jésus reprend à son compte sonne comme un véritable discours-programme : « L’Esprit du Seigneur est sur moi…  Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » Voilà l’œuvre de l’Esprit à travers ceux qu’il a consacrés. Nous qui cherchons quelquefois des critères de discernement, nous voilà servis ; car ce qui est dit du Christ est valable pour tous les confirmés que nous sommes, à notre humble mesure, bien sûr.

Fichier audio des lectures du jour, suivies d’un commentaire de 4′ 25 » à 7′ 20 » – Merci à « Parole et Évangile du jour – Cathoglad » !

Méditation du père Gilles.

Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista.

Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde de Montréal.

Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.

Homélie du jour, à Notre-Dame de Paris.

Homélie de la messe du jour à Lourdes.

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

Je trouve l’évangile de ce jour très éclairant, sur le projet de Dieu (le bonheur de l’homme via sa libération) que le Christ accomplit et nous invite à faire nôtre. Je crois qu’il est exprimé par le principe personnaliste : chercher à ce que chacun (autrui ou nous-même) puisse faire des choix conscients et libres.

  • « … porter la Bonne Nouvelle » vise à éclairer les consciences.
  • « annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés », c’est dire que le projet divin est un projet de libération de l’humanité.
  • « annoncer une année favorable accordée par le Seigneur », c’est dire que l’observation des préceptes divins conduira au bonheur de cette humanité.

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp (le contacter au 06 20 14 00 33), pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même.
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