Lectures du Jeudi saint, commentées. 02 04 2026

« Le Lavement des pieds », peint entre 1886 et 1894 par James Tissot (1836–1902).
Brooklyn Museum – Aquarelle, gouache sur graphite sur papier vélin gris..
Domaine public, via Wikimedia Commons.
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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la (conscience et de la) liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine). D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. »
De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.
1ère lecture.
Prescriptions concernant le repas pascal.
Lecture du livre de l’Exode (12, 1-8.11-14).
1 En ces jours-là, dans le pays d’Égypte,
le SEIGNEUR dit à Moïse et à son frère Aaron :
2 « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois,
il marquera pour vous le commencement de l’année.
3 Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël :
le dix de ce mois,
que l’on prenne un agneau par famille,
un agneau par maison.
4 Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau,
elle le prendra avec son voisin le plus proche,
selon le nombre des personnes.
Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
5 Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année.
Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
6 Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois.
Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël,
on l’immolera au coucher du soleil.
7 On prendra du sang,
que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau
des maisons où on le mangera.
8 On mangera sa chair cette nuit-là,
on la mangera rôtie au feu,
avec des pains sans levain et des herbes amères.
11 Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins,
les sandales aux pieds,
le bâton à la main.
Vous mangerez en toute hâte :
c’est la Pâque du SEIGNEUR.
12 Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ;
je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte,
depuis les hommes jusqu’au bétail.
Contre tous les dieux de l’Égypte
j’exercerai mes jugements :
je suis le SEIGNEUR.
13 Le sang sera pour vous un signe,
sur les maisons où vous serez.
Je verrai le sang,
et je passerai :
vous ne serez pas atteints par le fléau
dont je frapperai le pays d’Égypte.
14 Ce jour-là sera pour vous un mémorial.
Vous en ferez pour le SEIGNEUR une fête de pèlerinage.
C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
NOTRE SURPRISE DEVANT CETTE LECTURE
Nous pouvons être un peu surpris de lire ce passage du livre de l’Exode le jour où nous célébrons le Jeudi saint. Dieu exige-t-il des hommes des choses si étranges ? Et pourtant, aujourd’hui encore, les Juifs célèbrent leur fête de la Pâque en faisant référence à ce texte ; et, d’autre part, c’est dans ce cadre-là, précisément, que Jésus a célébré ce que nous appelons la « Cène », son dernier repas avec ses disciples. D’où l’intérêt pour nous de le lire, justement, aujourd’hui.
En même temps, nous sommes un peu désorientés devant cette lecture qui mêle des éléments très divers : est-ce le récit de ce qui s’est passé le dernier soir que les esclaves Hébreux ont passé en Égypte, au temps de Moïse, avant le franchissement de la mer Rouge ? Ou bien est-ce une loi liturgique sur la façon de célébrer la Pâque en Israël ? D’autant plus que certains mots du texte ne peuvent pas dater du temps de Moïse : « On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera » ; « Linteau des portes », « maisons » ne sont pas des mots du vocabulaire des nomades : eux parlent de tentes et de poteaux de tentes. Parler de « maisons » et de « linteaux » suppose un peuple installé.
Notre malaise devant ce texte est normal, car, effectivement, il entremêle des événements disparates. D’une part, le souvenir du sacrifice de printemps que les Hébreux ont célébré le dernier soir de leur présence en Égypte, et, d’autre part, les règles liturgiques qui ont été mises par écrit, bien longtemps après, pour célébrer le souvenir de cette libération, justement.
Je commence par le sacrifice de printemps : on pense que les Hébreux avaient gardé cette coutume de nomades. Au printemps, au moment de la pleine lune, on sacrifiait un animal et on mettait un peu de son sang sur les poteaux des tentes pour chasser les mauvais esprits du désert. Pour cette fête, on demandait au Pharaon la permission de partir trois jours au désert. Mais une année, pour ne pas se priver de cette précieuse main-d’œuvre au service de ses grands travaux, Pharaon refusa la fameuse permission. Les Hébreux célébrèrent donc leur sacrifice de printemps sur place, en Égypte. C’est cette nuit-là que Dieu intervint pour libérer définitivement son peuple.
Il y a donc eu cet événement historique au temps de Moïse, vers 1200 avant notre ère. Mais le texte que nous lisons aujourd’hui est beaucoup plus tardif : il parle de « maisons » et de « linteaux des portes » parce qu’il s’adresse à un peuple qui n’est plus nomade, qui est installé. On pense qu’il a été rédigé en Israël, par des prêtres au retour de l’Exil à Babylone, c’est-à-dire vers 500 av. J.-C. les prêtres rappellent à leurs contemporains l’événement fondateur de toute leur histoire, la libération d’Égypte, et leur enjoignent de le célébrer.
LA FORCE DU MÉMORIAL AU LONG DES SIÈCLES
« Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le SEIGNEUR une fête de pèlerinage » (Ex 12,14). La Pâque juive est donc le Mémorial de la libération d’Égypte et le texte d’aujourd’hui nous dit comment ce Mémorial est célébré en Israël depuis le temps du retour d’Exil ; c’était le même au temps de Jésus.
Le mot « Mémorial » est très riche dans la Bible et dans le Judaïsme. Il ne s’agit pas d’une simple commémoration, comme lorsqu’on tourne les pages d’un album de photos. Car l’événement ancien que l’on célèbre reste actuel comme une source est présente dans le fleuve qui en découle : parce que l’action libératrice de Dieu ne se tarit jamais. Célébrer un Mémorial, c’est se plonger dans le fleuve et remonter jusqu’à la source, en retrouver l’élan, la vigueur, la ferveur. C’est retrouver la force de coopérer à l’œuvre incessante de Dieu pour libérer l’humanité. Car Dieu continue encore aujourd’hui et continuera encore demain : aux yeux des croyants, la libération d’Égypte est l’une des étapes, mais seulement une étape, de la grande œuvre de Dieu en faveur des hommes tout au long de l’histoire humaine. Célébrer le Mémorial de la Pâque, c’est s’engager à lui apporter notre collaboration, jusqu’au jour où l’humanité tout entière pourra se tenir debout, libérée de toutes ses chaînes.
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Psaume
PSAUME 115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18
R/ La coupe de bénédiction
est communion au sang du Christ. (cf. 1 Co 10, 16)
12 Comment rendrai-je au SEIGNEUR
tout le bien qu’il m’a fait ?
13 J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.
15 Il en coûte au SEIGNEUR
de voir mourir les siens !
16 Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?
17 Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.
18 Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR,
oui, devant tout son peuple.
Psaume extraits des « Psaumes des dimanches et fêtes de l’année A, musique de Barbara Delattre », chantés par Sœur Agathe et le chœur ADF. Merci et bravo à toutes ces personnes !
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
TOUT LE BIEN QUE LE SEIGNEUR M’A FAIT
Ce psaume fait partie des psaumes du Hallel, (les psaumes 112/113 à 117/118 qui étaient chantés à l’occasion de la fête juive de la Pâque) ; Jésus l’a donc chanté le soir du Jeudi saint. Mais nous allons d’abord l’écouter comme le chant du peuple d’Israël. « Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? » C’est le peuple croyant qui parle ici, le cœur noyé de reconnaissance. Cette prise de conscience de la Présence bienfaisante de Dieu à nos côtés en permanence, c’est cela la foi. Et c’est cela qui engendre en nous une confiance indéracinable quoi qu’il arrive.
On enseigne très tôt au petit enfant à dire « Merci », c’est la moindre des choses pour toute la sollicitude dont il est l’objet. De la même manière, le croyant vient rendre grâce. « Comment rendrai-je au SEIGNEUR ? » Il y a le mot « rendre » : effectivement, notre attitude n’est que réponse à l’initiative de Dieu qui est toujours première. C’est lui qui nous a appelés à l’existence, je devrais dire « qui nous appelle à l’existence », chaque jour. « Tu envoies ton souffle, ils sont créés… Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière » chante le psaume 103/104. On entend ici l’écho du livre de la Genèse, lorsque Dieu, après avoir modelé l’homme avec la poussière du sol, insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant.
LA DÉCOUVERTE DU DIEU LIBÉRATEUR
Il y a plus encore que le don de la vie biologique : les croyants rendent grâce pour l’Alliance que Dieu a nouée avec son peuple en attendant le jour béni où l’humanité tout entière acceptera d’y adhérer. Le psalmiste qui a composé ce chant a cela en tête de toute évidence car il a choisi soigneusement son vocabulaire pour parler de Dieu. À chaque verset, il cite le SEIGNEUR, ce fameux mot hébreu en quatre lettres YHVH que Dieu a révélé à Moïse lorsqu’il s’est manifesté à lui dans le Buisson ardent. Chaque fois qu’un auteur biblique emploie ce mot de SEIGNEUR, il nous remet en présence du Buisson ardent et de la découverte incroyable qu’il a représentée pour Moïse et pour son peuple. « J’ai vu, disait Dieu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte… je suis descendu pour le délivrer… Va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » (Ex 3,7…10). Et l’on sait que ce fut un rude combat : Moïse se heurtant aux refus répétés du Pharaon, qui alla même jusqu’à interdire ce qu’il avait toujours permis jusqu’ici : une permission de trois jours pour célébrer la fête de printemps dans le désert. Peut-être avait-il peur que les Hébreux n’en profitent pour s’enfuir ?
Alors commença un véritable bras de fer entre le Pharaon et Moïse.
Soutenu par Dieu, Moïse persistait dans ses demandes mais le Pharaon se montrait inflexible : même devant toute une série de fléaux qui s’abattirent sur son peuple, et dans lesquels il voyait le doigt de Dieu, il s’endurcit au contraire. Parfois, il s’avouait vaincu et promettait de laisser enfin partir les Hébreux. Mais, toujours, une fois le danger écarté, il se reprenait et aggravait leur situation. Finalement, il y aura eu dix fléaux (ce qu’on appelle « les plaies d’Égypte »). Au dixième enfin, l’épidémie qui entraîna la mort de tous les fils aînés des Égyptiens, Pharaon, non seulement, donna enfin la fameuse permission, mais somma les Hébreux de déguerpir. C’était presque trop beau pour être vrai !
On connaît la suite : à peine les Hébreux partis, le Pharaon regretta d’avoir laissé échapper cette main-d’œuvre bon marché. Il se lança à leur suite avec toute sa cavalerie. Et les fugitifs se trouvèrent pris en tenailles entre la mer devant eux, infranchissable, et les troupes de Pharaon, à leurs trousses.
Et, là encore, Dieu est intervenu et ce fut le miracle de la mer qui s’ouvrit devant eux pour laisser passer les fugitifs à pied sec. De l’autre côté, Moïse entonna un cantique :
« Je chanterai pour le SEIGNEUR ! éclatante est sa gloire… Ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR : il est pour moi le salut. Il est mon Dieu, je le célèbre, j’exalte le Dieu de mon père. » (Ex 15,1-2).
Lorsque, dans la Bible, on dit que Dieu est notre Rédempteur, c’est de cela qu’on parle.*
DE LA SERVITUDE AU SERVICE
À cette première libération s’ajoutent toutes les autres : celle de l’Exil, bien sûr, après la déportation et les travaux forcés à Babylone, dont le retour fut vécu et célébré comme une nouvelle entrée en Terre Promise. Et c’est désormais une conviction bien ancrée dans la foi juive que Dieu ne cesse de guider l’humanité sur les chemins de la liberté. Une liberté qui reste encore à conquérir. Car, depuis que le monde est monde, il y a bien d’autres chaînes à la surface du globe que celles de l’esclavage : elles s’appellent pauvreté, misère, précarité, maladie, déchéance physique. Sans parler du polythéisme, la bête noire des prophètes, ou encore de la domination des idéologies, du racisme et des fanatismes de tous ordres.
Il nous revient de nous engager dans cette conquête de la liberté pour nous d’abord et pour les autres : alors la phrase « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » sonne comme une résolution : « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » (sous-entendu « et aucun autre »), je me détourne résolument des faux dieux. Nos idoles modernes ne sont pas des statues, mais nos addictions de tous ordres sont bien réelles. « Je garde le SEIGNEUR devant moi sans relâche » dit le psaume 15/16 (verset 8). C’est le seul moyen d’être vraiment libres. Alors, nous devenons capables de mettre au service de Dieu notre liberté reconquise
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Note
* En hébreu, le mot « rédempteur » signifie libérer.
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
2e lecture
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (11, 26).
Frères,
23 moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,
et je vous l’ai transmis :
la nuit où il était livré,
le Seigneur Jésus prit du pain,
24 puis, ayant rendu grâce,
il le rompit, et dit :
« Ceci est mon corps, qui est pour vous.
Faites cela en mémoire de moi. »
25 Après le repas, il fit de même avec la coupe,
en disant :
« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.
Chaque fois que vous en boirez,
faites cela en mémoire de moi. »
26 Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu’à ce qu’il vienne.
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
LA MISE AU POINT DE PAUL POUR LES CORINTHIENS
Apparemment, l’intention première de Paul n’était pas d’abord de faire un cours de théologie aux Corinthiens, c’était de faire une mise au point sur leur conduite : « Je ne vous félicite pas pour vos réunions : elles vous font plus de mal que de bien. », leur a-t-il dit plus haut (1 Co 11,17). Ses reproches étaient de deux ordres : « Tout d’abord, quand votre Église se réunit, j’entends dire que, parmi vous, il existe des divisions ». Lorsqu’on a entendu de la bouche du Seigneur le dernier soir le commandement d’amour, c’est une grave incohérence de rester divisés.
Le deuxième reproche concernait la réticence des Corinthiens à vivre un vrai partage : « Lorsque vous vous réunissez tous ensemble, ce n’est plus le repas du Seigneur que vous prenez ; en effet, chacun se précipite pour prendre son propre repas, et l’un reste affamé, tandis que l’autre a trop bu. » Ces phrases de Paul précèdent tout juste notre lecture d’aujourd’hui et plantent le décor en quelque sorte.
Nous comprenons encore mieux la gravité de ce qui est en jeu si nous relisons la phrase de Jésus : par deux fois, il donne cet ordre : « Faites cela en mémoire de moi. » À l’intérieur de la célébration de la Pâque juive, qui était déjà un Mémorial, celui de la libération d’Égypte, il institue un nouveau Mémorial. Si nous donnons à ce mot « Mémorial » toute la force qu’il a dans la liturgie juive, cela veut dire que, chaque fois que nous participons à l’eucharistie, nous revivons toute l’intensité du Jeudi saint : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » Nous remontons à la source, en quelque sorte.
Or, ce soir-là, le repas (la participation au pain et à la coupe) n’est pas séparable de sa mort : chaque fois que nous participons à l’eucharistie, par conséquent, nous proclamons la mort du Christ. Or le contraste est saisissant : dans sa mort, Jésus est assassiné par la haine des hommes, il est une victime, il est « livré » dit Paul. Dans le repas pascal, au contraire, c’est lui qui dirige les événements. Il prend le pain, puis la coupe, il institue le mémorial que nous célébrons désormais.
On a là un exemple saisissant des retournements que Dieu seul est capable d’opérer. La pierre rejetée des bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. Au cœur même des conduites de haine et d’aveuglement des hommes, le Christ a restauré l’Alliance. Sa mort devient une victoire, celle de l’amour et du pardon.
Lorsqu’il parle de la mort du Christ, Paul n’isole pas le moment du Calvaire, il évoque tout ensemble : la Passion, la mort et la résurrection du Christ comme le moment décisif de l’histoire de l’humanité, celui de l’Alliance parfaite entre Dieu et les hommes en celui qui est à la fois Dieu et homme.
DE L’ALLIANCE DU SINAÏ À L’ALLIANCE EN JÉSUS CHRIST
L’Alliance du Sinaï a été maintes fois trahie par les hommes, mais Dieu, qui ne se lasse jamais, avait promis de la renouveler de manière définitive. « Voici venir des jours – oracle du SEIGNEUR -, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle » annonçait Jérémie par exemple (Jr 31,31). En disant sur la coupe au cours de son dernier repas « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang », Jésus faisait référence à la fois au geste de Moïse au Sinaï et à cette annonce de Jérémie.
Au temps de Jésus, on pratiquait encore des sacrifices d’animaux qui ressemblaient à celui de Moïse au Sinaï le jour où Dieu avait fait alliance avec son peuple. Mais il y avait bien longtemps qu’on avait compris le refus absolu de Dieu de tout sacrifice humain. Puisque la Bible fait remonter cette interdiction à l’époque d’Abraham, déjà. Et ceux qui ont exécuté Jésus n’avaient nullement l’intention d’offrir un sacrifice. Ils avaient l’intention d’éliminer un blasphémateur.
Il est donc hors de question de parler de la mort du Christ en termes de sacrifice humain : il ne s’agit pas d’un sacrifice humain, au sens où on tuerait un homme pour offrir un sacrifice ; il s’agit d’un repas d’alliance, avec du pain et du vin, comme l’avait fait Melchisédech en son temps. Lorsque Jésus parle de son sang, il parle de sa vie donnée. En ce sens-là, c’est bien un véritable « sacrifice », un acte sacré. Il accepte d’affronter la mort pour aller jusqu’au bout de son témoignage d’amour pour son Père et pour ses frères. Rien n’a pu le faire dévier de sa conduite, c’est de cela qu’il est mort. Et, désormais, « ses deux bras étendus dessinent entre ciel et terre le signe indélébile de l’Alliance » (entre Dieu et l’humanité), comme le dit la prière eucharistique de la Réconciliation. « Réconciliation », elle porte bien son nom, puisque, désormais, nous savons jusqu’où va l’amour de Dieu pour l’humanité.
À ce niveau-là, décidément, les divisions et les mesquineries des Corinthiens (ou les nôtres) ne sont pas de mise. D’autant plus que Paul, fidèle à lui-même, replace tout dans la perspective du grand projet de Dieu : « Vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » : c’est-à-dire jusqu’à ce jour où s’accomplira enfin ce grand dessein de Dieu de réunir toute l’humanité en un seul corps dont le Christ est la tête. Lorsque nous participons à l’eucharistie, nous nous plaçons nous aussi dans cette perspective : le Amen que nous prononçons au moment de communier est un véritable engagement.
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Évangile.
« Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1).
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Je vous donne un commandement nouveau,
dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés. » (cf. Jn 13, 34).
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (13, 1-15).
1 Avant la fête de la Pâque,
sachant que l’heure était venue pour lui
de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,
les aima jusqu’au bout.
2 Au cours du repas,
alors que le diable
a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote
l’intention de le livrer,
3 Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains,
qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
4 se lève de table, dépose son vêtement,
et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
5 puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
6 Il arrive donc à Simon-Pierre,
qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
7 Jésus lui répondit :
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;
plus tard tu comprendras. »
8 Pierre lui dit :
« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit :
« Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. »
9 Simon-Pierre lui dit :
« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! »
10 Jésus lui dit :
« Quand on vient de prendre un bain,
on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :
on est pur tout entier.
Vous-mêmes, vous êtes purs,
mais non pas tous. »
11 Il savait bien qui allait le livrer ;
et c’est pourquoi il disait :
« Vous n’êtes pas tous purs. »
12 Quand il leur eut lavé les pieds,
il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit :
« Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ?
13 Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”,
et vous avez raison, car vraiment je le suis.
14 Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds,
vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
15 C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j’ai fait pour vous. »
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
UN GESTE QUI A VALEUR DE TESTAMENT
Jean ne raconte pas le déroulement du dernier repas de Jésus avec ses disciples, lors de la Pâque, ni l’institution de l’eucharistie. En revanche, il rapporte l’enseignement suprême que Jésus a voulu leur laisser en ce dernier soir : celui du service mutuel.
Et voilà les disciples bien étonnés ! Lui, le Seigneur et le Maître, s’est fait leur serviteur. Et il a terminé en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » Là encore, Jésus instituait un nouveau Mémorial. Non seulement, en pratiquant le lavement des pieds, nous commémorons les derniers moments de Jésus, mais nous remontons à la source de ce qui va désormais irriguer nos vies, le comportement même de Jésus Christ.
Or, ce même dernier soir, les trois Évangiles synoptiques et saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, rapportent l’institution de l’eucharistie, assortie du commandement : « Vous ferez cela en mémoire de moi. » Ce qui veut dire qu’il y a deux manières complémentaires de « faire mémoire » de Jésus Christ : la fraction du pain et le service des frères. Voici qui éclaire la phrase de la deuxième Prière eucharistique à la messe : « Tu nous as choisis pour servir en ta présence. » Il s’agit de « servir » dans la liturgie, mais aussi de « servir » nos frères au quotidien.
UN MESSIE-SERVITEUR
Jésus, à genoux devant ses disciples, il y a là, de toute évidence un geste d’humilité, doublé d’une consigne pour ses disciples de tous les temps ; mais il y a peut-être en même temps beaucoup plus que cela, une véritable révélation sur lui-même. Cette position de serviteur révèle qu’il est le Messie.
On sait que l’attente du Messie en Israël a considérablement évolué au cours du temps. Le mot « Messie » lui-même, au départ, était un simple qualificatif du roi qui, le jour de son sacre, avait reçu une onction d’huile. Chaque roi, à son tour, portait donc le nom de « messie » qui, en hébreu, signifie simplement « frotté d’huile ». Mais aucun roi d’Israël n’a jamais apporté à son peuple tous les bienfaits que l’on en attendait : paix, sécurité, abondance pour tous. Et pourtant, puisque Dieu avait promis que le bonheur s’installerait un jour définitivement sur la terre des hommes, on continuait à espérer. Au temps de Jésus, cette espérance s’exprimait de plusieurs manières différentes. Certains attendaient un roi, d’autres un prêtre, d’autres un prophète. D’autres enfin, n’attendaient pas un individu particulier mais un personnage collectif : Daniel parlait d’un fils d’homme et Isaïe avait annoncé un Messie-Serviteur. Or, Jésus s’est attribué le titre de fils de l’homme mais on ne l’a pas entendu ; et, un jour à Nazareth, il a essayé de dire à ses concitoyens qu’il était le Messie, mais ils n’ont pas compris. Ce dernier soir, il se présente comme le serviteur annoncé par Isaïe. Peut-être cette révélation a-t-elle pu éclairer ses disciples dans les heures terribles qui ont suivi : car Isaïe annonçait à la fois les souffrances du serviteur, le miracle de la conversion de ses bourreaux et sa propre exaltation.
« PLUS TARD, TU COMPRENDRAS »
À plusieurs reprises, au long de la vie terrestre de Jésus, les Évangélistes notent que ses disciples et son entourage ne pouvaient pas tout comprendre tout de suite. Il leur a fallu l’expérience de la Résurrection de Jésus et la lumière de l’Esprit reçu à la Pentecôte. Comme il le leur avait promis : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16,13).
Cette phrase « plus tard, tu comprendras » reste d’actualité pour nous tout au long de notre vie. Il nous faut, patiemment, humblement, chercher à comprendre un peu du mystère, sachant que nous ne l’atteignons jamais complètement : « Si je comprenais, ce ne serait pas Dieu » disait saint Augustin. L’humilité est certainement la vertu spirituelle la plus haute, elle qui est faite d’abaissement, justement : « Qui s’abaisse sera élevé ».
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Homélie du par Léon XIV.
Homélie / étude biblique du père Julien Fleuy, du diocèse de Marseille, pour Culture-Bible.
Homélie du père Paul Dollié de la paroisse St Laurent à Paris, dans Évangile-et-Parole-du-Jour, pour Cathoglad.
Homélie de l’abbé Grenier, dans l’église Saint-Georges, le 11 avril 2023.
Homélie du père Nicolas Esnault (Église catholique en pays de Redon) à l’occasion du Jeudi Saint, le 9 avril 2020.
Homélie de pour « Le Jour-du-Seigneur », le .
Homélie de , pour le Jour-du-Seigneur, le
Homélie du père Gilles.
Commentaires de Parole-et-Évangile-du-Jour, sur la chaîne Media-Christa.
Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? »
Homélie de Mgr Michel Aupetit.
Commentaires du père Hervé-Marie Hignard.
Homélie du frère Thibaut du Pontavice, dans l’église de Cancale, le
Homélie du frère Thibaut du Pontavice, dans l’église de .
Homélie du frère Thibaut du Pontavice à la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de Rennes le jeudi 30 mars 2018.
Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes).
Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.
Homélie prononcée par le père Achille José Bessala Nkomo FM, pour Magnificat-TV.
Homélie du père Guillaume Soury-Lavergne, le 6 avril 2023.
Commentaires de padre Joseph.
Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC.
Homélie du père
Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
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Aujourd’hui Seigneur, en ce jeudi saint, nous entrons dans le Triduum Pascal, ces trois jours qui précèdent ta résurrection ! Et tu me donnes, une unique feuille de route : aimer déraisonnablement mon prochain en lui lavant les pieds !
C’est un exemple parmi tant d’autres car tu précises que ce que tu as fait pour nous, tu nous invites à le faire aussi pour les autres !
Clairement, je n’ai pas cet esprit d’amour, ce don si simple et entier pour le prochain.
Mais il s’agit de te regarder, de prendre exemple sur toi et comme on apprend une langue en écoutant et en répétant ce qu’on entend, tu m’invites aujourd’hui à apprendre de toi la douceur, la bonté.
Je veux te demander en ce Jeudi saint, ce cadeau pour ma vie, d’aimer le prochain comme tu m’aimes chaque jour.
« Venez à moi, vous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. » C’est avec ce chant que je vous invite à clore cette méditation.
Je vous souhaite à tous un beau Jeudi saint !
Commentaire de Thierry Jallas.
Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »
Commentaires vidéo complets (4 lectures) de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
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