Lectures du lundi de la 1ère semaine de Carême, année paire. 23 02 2026

Lectures du lundi de la 1ère semaine de Carême, année paire. 23 02 2026

« J’avais faim, et vous m’avez donné à manger » (Mt 25, 35).
Soupe populaire, rue Clément, à Paris
(75006).

Wikimedia Commons / licence Mu, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité : « La dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre… ».

Première lecture

« Tu jugeras ton compatriote avec justice » (Lv 19, 15)

Lecture du livre des Lévites

1 Le Seigneur parla à Moïse et dit :
2 « Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël.
Tu leur diras :
Soyez saints,
car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint.

11 Vous ne volerez pas, vous ne mentirez pas,
vous ne tromperez aucun de vos compatriotes.
12 Vous ne ferez pas de faux serments par mon nom :
tu profanerais le nom de ton Dieu.
Je suis le Seigneur.

13 Tu n’exploiteras pas ton prochain, tu ne le dépouilleras pas :
tu ne retiendras pas jusqu’au matin la paye du salarié.
14 Tu ne maudiras pas un sourd,
tu ne mettras pas d’obstacle devant un aveugle :
tu craindras ton Dieu.
Je suis le Seigneur.

15 Quand vous siégerez au tribunal,
vous ne commettrez pas d’injustice ;
tu n’avantageras pas le faible,
tu ne favoriseras pas le puissant :
tu jugeras ton compatriote avec justice.
16 Tu ne répandras pas de calomnies contre quelqu’un de ton peuple,
tu ne réclameras pas la mort de ton prochain.
Je suis le Seigneur.

17 Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur.
Mais tu devras réprimander ton compatriote,
et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui.
18 Tu ne te vengeras pas.
Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple.
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Je suis le Seigneur. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut à l’occasion du 7e dimanche ordinaire, année A. Ce jour-là, le passage qui est proposé (Lv 19, 1-2.17-18) ne comporte que 4 versets, faisant tous partie des 10 lus aujourd’hui.

* * * *

À L’IMAGE ET À LA RESSEMBLANCE DE DIEU

Être « comme des dieux » : on en a tous rêvé un jour ou l’autre… et le livre de la Genèse, racontant la faute d’Adam et Ève, dit que c’est bien là notre problème ! « Vous serez comme des dieux » avait promis le serpent, avait menti le serpent, devrait-on dire, et cette prétention les a perdus.

Mais voilà que c’est Dieu lui-même qui nous dit : « Soyez saints, car moi, le SEIGNEUR votre Dieu, je suis saint », ce qui revient à dire « Soyez saints COMME moi ». C’est un ordre, mieux, c’est un appel, c’est notre vocation. Donc, nous ne nous trompons pas quand nous rêvons d’être comme des dieux ! C’est le psaume 8 qui dit : « Tu as voulu l’homme à peine moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur ». Seulement voilà : pour ressembler vraiment à Dieu, encore faudrait-il avoir une juste idée de Dieu. 

Les premiers chapitres de la Bible disaient déjà que l’homme est fait pour ressembler à Dieu. Encore faut-il savoir en quoi consiste la ressemblance : » Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre » (Gn 1,26). La formule « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître… » donne à penser que cette ressemblance serait de l’ordre de la royauté, de la soumission… Réellement, l’homme est créé pour être le roi de la création. Mais, le vocabulaire employé par l’auteur suggère que la royauté à laquelle l’homme est appelé est une autorité d’amour et non une domination.

Un peu plus loin, le même livre de la Genèse emploie de nouveau deux fois la même formule : une fois à l’identique : « Le jour où Dieu créa l’homme, il le fit à la ressemblance de Dieu », mais la seconde fois il s’agit des enfants d’Adam : « Adam engendra un fils à sa ressemblance et à son image » : cette fois on a bien l’impression que les mots image et ressemblance ont le sens qu’on leur donne d’habitude quand on dit qu’un fils ressemble à son père. « Tel père tel fils », dit-on. 

Enfin, cette phrase que nous connaissons bien, « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; il les créa homme et femme » (Gn 1,27), nous dit que le couple créé pour l’amour et pour le dialogue est l’image du Dieu d’amour.

Il a fallu des siècles pour que le peuple comprenne que les mots « sainteté » et « amour » sont synonymes. « Saint », on s’en souvient, c’est le mot de la vocation d’Isaïe : au chapitre 6, il nous raconte la vision dont il a bénéficié ; comment, alors qu’il était dans le temple de Jérusalem, ébloui, il entendait les chérubins répéter « Saint ! Saint ! Saint, le SEIGNEUR de l’univers ! ». Ce mot « saint » signifie que Dieu est le Tout-Autre, qu’un abîme nous sépare de lui. En même temps Isaïe a eu une révélation : cet abîme, c’est Dieu lui-même qui le franchit : et donc, quand il nous invite à lui ressembler, c’est que nous en sommes capables… grâce à lui, bien sûr, ou dans sa grâce, si vous préférez.

 

SAINTETÉ ET AMOUR SONT SYNONYMES

Les deux derniers versets du passage d’aujourd’hui ne sont que l’application de cette phrase « Soyez saints, car moi, le SEIGNEUR votre Dieu, je suis saint ». Concrètement, cela veut dire « Tu ne haïras pas… Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune. Tu aimeras… » C’est cela être à la ressemblance de Dieu : Lui ne connaît ni haine, ni vengeance, ni rancune. C’est justement parce qu’il n’est qu’amour qu’il est le Tout-Autre. Et c’est seulement petit à petit que les prophètes comprendront eux-mêmes et feront comprendre au peuple que ressembler au Dieu saint, c’est tout simplement développer ses capacités d’amour.

Cela ne veut pas dire qu’on perd toute capacité de jugement sur ce qui est bon ou mauvais : « Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. Mais tu devras réprimander ton compatriote » : réprimander à bon escient, voilà un art bien difficile ! Et pourtant cela aussi, c’est de l’amour. Parmi nous, les parents ou les éducateurs le savent bien : c’est vouloir le bien de l’autre, c’est parfois arrêter l’autre au bord du gouffre. La critique positive par amour fait grandir.

Mais Dieu est patient envers nous : ce n’est pas en un jour que notre attitude peut devenir semblable à la sienne ! Si j’en crois les nouvelles qui nous parviennent tous les jours, il faudra encore beaucoup de temps ! Et Dieu déploie avec son peuple une pédagogie très progressive : quand ce texte est écrit, il ne parle pas encore d’amour universel, il se contente de dire : « Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur », » Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple »… « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

C’est déjà une première étape dans la pédagogie biblique… Des siècles plus tard, Jésus, dans la parabole du Bon Samaritain (Lc 10,29-37), élargira à l’infini le cercle du prochain.

Voilà donc la royauté à laquelle nous sommes invités : quand nous rêvons d’être comme des dieux, nous pensons spontanément domination, puissance, et surtout la puissance nécessaire pour vaincre la maladie et la mort. Tandis que quand Dieu nous invite à lui ressembler, il nous appelle à la sainteté, à sa sainteté qui n’a rien à voir avec une quelconque domination ! Une sainteté qui n’est qu’amour et douceur. Cela nous paraît bien difficile ; mais là encore, peut-être sommes nous trop souvent des « hommes de peu de foi ».

Psaume

Psaume 18B (19), 8, 9, 10,15

R/ Tes paroles, Seigneur, sont esprit
et elles sont vie.
 
(cf. Jn 6, 63c)

8 La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

9 Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le cœur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

10 La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

15 Accueille les paroles de ma bouche,
le murmure de mon cœur ;
qu’ils parviennent devant toi,
Seigneur, mon rocher, mon défenseur !

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut à l’occasion du 3e dimanche du temps ordinaire, année C. Ce jour-là, ce sont les mêmes versets de ce psaume qui sont lus.

* * * * *

LE PLUS COURT CHEMIN POUR ÊTRE HEUREUX

Nous avons déjà rencontré plusieurs fois ce psaume ; et nous avons donc eu l’occasion de dire l’importance de la Loi pour Israël, dans un sens extrêmement positif, et de la crainte de Dieu, une attitude elle aussi éminemment positive et filiale. Et nous avions relu plusieurs passages de l’Ancien Testament dans lesquels la Loi est présentée comme un chemin : si un fils d’Israël veut être heureux, il veillera à ne s’en écarter ni à droite ni à gauche.

Aujourd’hui, pour éclairer ce psaume, je vous propose de relire le livre du Deutéronome. C’est un texte relativement tardif : à une période où le royaume de Juda s’éloignait dangereusement de la pratique de la Loi, justement, ce livre a sonné comme un cri d’alarme ; sur le thème « si vous ne voulez pas qu’il vous arrive la catastrophe qui s’est abattue sur le royaume du Nord, vous feriez bien de changer de conduite. » C’est donc un rappel de tous les commandements de Moïse, et de ses mises en garde ; on y trouve toute une méditation sur le rôle de la Loi : elle n’a pas d’autre but que d’éduquer le peuple, le garder dans le droit chemin, comme on dit. Et si Dieu tient tellement à ce que son peuple se maintienne dans le droit chemin, c’est parce que c’est le seul moyen de vivre heureux en société et de remplir sa vocation de peuple élu parmi les nations. Le roi de Jérusalem, Josias, entreprenant une réforme religieuse en profondeur, vers 620 av. J.-C. s’est appuyé sur ce livre du Deutéronome.1

Premier paradoxe pour nous, peut-être, il ne fait de doute pour personne dans la Bible que la loi est un instrument de liberté. Nous, nous serions plutôt tentés de la voir comme un carcan ; l’image qui est donnée, c’est celle de l’aigle qui apprend à voler à ses petits. Voici ce que racontent les ornithologues qui ont observé les aigles dans le désert du Sinaï : quand les petits aiglons se lâchent, les parents restent dans les environs et planent au-dessus d’eux en traçant de larges cercles ; lorsque les petits aiglons sont fatigués, ils peuvent à tout moment se reposer (dans les deux sens du terme : se reposer et se re-poser) sur les ailes de leurs parents, pour s’élancer de nouveau ensuite, lorsqu’ils auront repris des forces. Le but de l’opération, évidemment, étant que les petits soient bientôt capables de se débrouiller tout seuls.

…C’EST LA LOI DE DIEU

L’auteur biblique a pris cette image pour dire que Dieu donne sa loi aux hommes pour leur apprendre à voler de leurs propres ailes. Pas l’ombre d’une domination là-dedans, au contraire ; d’ailleurs, en libérant son peuple de l’esclavage en Égypte, Dieu a prouvé une fois pour toutes que son seul objectif est de libérer son peuple. Voici la phrase du livre du Deutéronome : « (Le SEIGNEUR) trouve son peuple au pays du désert, chaos de hurlements sauvages : il l’entoure, il l’élève, il le garde comme la prunelle de son œil. Tel un aigle qui éveille sa nichée et plane au-dessus de ses petits, il déploie son envergure, il le prend, il le porte sur ses ailes. » (Dt 32,10-11).

Un Dieu qui veut l’homme libre ! C’est le message que l’on se transmet fidèlement d’une génération à l’autre : « Demain, quand ton fils te demandera : quels sont donc ces écrits, ces décrets et ces ordonnances que le SEIGNEUR notre Dieu vous a prescrits ? » alors tu diras à ton fils : « Nous étions esclaves de Pharaon, en Égypte, et le SEIGNEUR nous a fait sortir d’Égypte par la force de sa main… Le SEIGNEUR nous a commandé de mettre en pratique tous ces décrets, pour que nous craignions le SEIGNEUR notre Dieu : ainsi nous serons toujours heureux et il nous gardera en vie comme nous le sommes aujourd’hui. » (Dt 6,20…24).

Quand le roi Josias essaie de remettre son peuple sur le droit chemin, on voit bien l’intérêt qu’il éprouve à faire connaître ce livre qui répète sur tous les tons : le plus court chemin pour être un peuple libre et heureux, c’est la vie droite. Sous-entendu, si vos frères du Nord ont si mal fini, c’est parce qu’ils ont oublié cette vérité élémentaire. Or il en va non seulement du salut du royaume du Sud, ce qui est évidemment le premier souci de Josias, mais c’est le salut de l’humanité tout entière qui est en jeu, le salut de « toutes les familles de la terre » comme dit le livre de la Genèse. Comment le peuple élu pourra-t-il être témoin du Dieu libérateur s’il ne se comporte pas lui-même en peuple libre ? S’il retombe dans les éternelles tentations de l’humanité : l’idolâtrie, l’injustice sociale, les prises de pouvoir des uns ou des autres ?

Au long de l’histoire, les auteurs bibliques ont peu à peu pris conscience de cette responsabilité que Dieu a confiée à son peuple en lui proposant son Alliance : « Au SEIGNEUR notre Dieu sont les choses cachées, mais les choses révélées sont pour nous et nos fils à jamais, afin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette Loi. » (Dt 29,28). Cela inspire à Israël une grande fierté, mais pas le moindre orgueil ; d’ailleurs, s’il en était besoin, le Deutéronome se charge de rappeler le peuple à l’humilité : « Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous, s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. » (Dt 7,7) ; et encore « Sache bien que ce n’est pas à cause de ta justice que le SEIGNEUR ton Dieu te donne à posséder ce bon pays, car tu es un peuple à la nuque raide. » (Dt 9,6). Notre psaume reprend cette leçon d’humilité : « La charte du SEIGNEUR est sûre, qui rend sages les simples » ; jolie manière de dire que Dieu seul est sage ; pour nous, pas besoin de nous croire malins, laissons-nous guider tout simplement.

Il n’est donc demandé qu’une pratique humble et quotidienne ; c’est à la portée de tout le monde, cela aussi, le roi Josias a dû être bien content de le répéter pour encourager ses sujets :

« Cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : « Qui montera aux cieux nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ? » Elle n’est pas au-delà des mers, pour que tu dises : « Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ? » Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. (Dt 30,11-14).

Et alors, cette pratique humble et quotidienne de la Loi peut transformer peu à peu un peuple tout entier ; comme dit encore le psaume : « Le commandement du SEIGNEUR est limpide, il clarifie le regard. » À pratiquer les commandements, on apprend peu à peu à vivre en fils de Dieu, on apprend peu à peu à vivre en frères des hommes : pour le dire autrement, on apprend à regarder Dieu comme un Père et les hommes comme des frères.        

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Note – À vrai dire, le livre du Deutéronome, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est postérieur à Josias. Mais les bases en étaient déjà posées dans un manuscrit trouvé par les ouvriers de Josias au cours de travaux de restauration du Temple de Jérusalem. Ce manuscrit amené là probablement par des rescapés du royaume du Nord (après la chute de Samarie en 721) était une prédication musclée pour une véritable conversion et un retour à la pratique des commandements.

Évangile

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 31-46)

Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !

Voici maintenant le moment favorable,  
voici maintenant le jour du salut. 
Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !
(2 Co 6, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 31-46).

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire,
et tous les anges avec lui,
alors il siégera sur son trône de gloire.
Toutes les nations seront rassemblées devant lui ;
il séparera les hommes les uns des autres,
comme le berger sépare les brebis des boucs :
il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.

Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite :
“Venez, les bénis de mon Père,
recevez en héritage le Royaume
préparé pour vous depuis la fondation du monde.
Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ;
j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ;
j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;
j’étais nu, et vous m’avez habillé ;
j’étais malade, et vous m’avez visité ;
j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”
Alors les justes lui répondront :
“Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ?
tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ?
tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?
tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ?
tu étais nu, et nous t’avons habillé ?
tu étais malade ou en prison…
Quand sommes- nous venus jusqu’à toi ?”
Et le Roi leur répondra :
“Amen, je vous le dis :
chaque fois que vous l’avez fait
à l’un de ces plus petits de mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait.”

Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche :
“Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits,
dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges.
Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ;
j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;
j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ;
j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ;
j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.”
Alors ils répondront, eux aussi :
“Seigneur, quand t’avons-nous vu
avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison,
sans nous mettre à ton service ?”
Il leur répondra :
“Amen, je vous le dis :
chaque fois que vous ne l’avez pas fait
à l’un de ces plus petits,
c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”

Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel,
et les justes, à la vie éternelle. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion de la solennité du Christ, Roi de l’univers (même passage).

 

NOTRE HÉRITAGE

« Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. » Par cette parabole, Jésus nous révèle notre vocation, le projet que Dieu a sur l’humanité en nous créant : nous sommes faits pour être roi. Et il faut écrire « roi » au singulier ; car c’est l’humanité tout entière qui est créée pour être reine ; « Remplissez la terre et dominez-la » dit Dieu à l’homme au commencement du monde. (Gn 1,28). L’idée que nous nous faisons d’un roi, entouré, courtisé, bien logé, bien vêtu, bien nourri… c’est très exactement ce que Jésus revendique pour tout homme.

Le Livre du Deutéronome, déjà, affirmait que si l’on veut vivre l’Alliance avec Dieu, il faut éliminer la pauvreté : « Il n’y aura pas de pauvres parmi vous » (Dt 15,4) au sens de ‘Vous ne devez pas tolérer qu’il y ait des malheureux et des pauvres parmi vous’. Jésus s’inscrit dans la droite ligne de cet idéal attribué à Moïse.

VENEZ, LES BÉNIS DE MON PÈRE

À tous ceux qui auront su avoir des gestes d’amour et de partage le Fils de l’homme dit : « Venez les bénis de mon Père » : ce qui veut dire ‘vous êtes ses fils, vous lui ressemblez ; vous êtes bien à l’image de ce berger qui prend soin de ses brebis’ dont parlait Ézékiel dans la première lecture. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Le jugement porte sur des actes concrets ; curieusement, ce n’est pas l’intention qui compte ! Matthieu avait déjà noté une phrase de Jésus qui allait dans le même sens : « Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur ! qu’on entrera dans le Royaume des cieux ; mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7,21).

BÉNIS OU MAUDITS ?

Il reste que ce texte garde un caractère un peu choquant par l’opposition radicale entre les deux catégories d’hommes, les bénis du Père, et les maudits : et d’ailleurs, dans laquelle pourrions-nous être comptés ? Tous, nous avons su, un jour ou l’autre, visiter le malade ou le prisonnier, vêtir celui qui avait froid et nourrir l’affamé… Mais tous aussi, nous avons, un jour ou l’autre, détourné les yeux (ou le porte-monnaie) d’une détresse rencontrée.

Aucun de nous n’oserait se compter parmi « les bénis du Père » ; aucun non plus ne mérite totalement la condamnation radicale ; Dieu, le juste juge, sait cela mieux que nous. Aussi, quand nous rencontrons dans la Bible l’opposition entre les bons et les méchants, les justes et les pécheurs, il faut savoir que ce sont deux attitudes opposées qui sont visées et non pas deux catégories de personnes : il n’est évidemment pas question de séparer l’humanité en deux catégories, les bons et les justes, d’un côté, les méchants et les pécheurs de l’autre ! Nous avons chacun notre face de lumière et notre face de ténèbres.

Si bien que, contrairement aux apparences, ce n’est pas une parabole sur le jugement que Jésus développe ici :  c’est beaucoup plus grave et dérangeant : il s’agit du lien entre tout homme et Jésus : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Il est saisissant de resituer ce discours de Jésus dans son contexte : d’après saint Matthieu, cela se passe juste avant la Passion du Christ, c’est-à-dire que ces ultimes paroles de Jésus prennent valeur de testament. Au moment de quitter ce monde, Celui qui nous fait confiance, comme il nous l’a dit dans la parabole des talents, nous confie ce qu’il a de plus précieux au monde : l’humanité.
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Compléments

Sur l’évangile

– Tous ces derniers dimanches, les évangiles nous proposaient ce que j’appellerais des variations sur la vigilance, sur le mot « veiller » ; ici, une nouvelle variation nous est proposée : « veiller » cela peut vouloir dire « veiller sur ».

La pointe de la parabole

À y regarder de plus près, en définitive, on l’a vu, ce passage de l’évangile de Matthieu ne nous offre pas une parabole sur le jugement.

– Au passage, nous avons là une définition intéressante de la justice, aux yeux de Dieu : quand nous parlons de justice, nous avons toujours envie de dessiner une balance ; or ce n’est pas du tout dans ces termes-là que Jésus en parle ! Pour lui, être juste, c’est-à-dire être accordé au projet de Dieu, c’est donner à pleines mains à qui est dans le besoin. D’autre part, il n’y a même pas besoin d’en être conscient : « Quand est-ce que nous t’avons vu ? Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? »… Nous qui nous demandons parfois si le salut est réservé à une élite, nous avons ici une réponse : visiblement, Jésus ne se préoccupe ici ni des titres ni de la religion de chacun : « Quand les nations seront rassemblées devant lui, il séparera les hommes les uns des autres… » Ce qui veut dire que des non-chrétiens auront le Royaume en héritage et peuvent être appelés « les bénis de son Père » ! C’est parmi des hommes de toutes races, de toutes cultures, de toutes religions qu’il se vit déjà au jour le jour quelque chose du Royaume. Nous savons bien que nous n’avons pas le monopole de l’amour, mais il n’est pas mauvais de nous l’entendre dire !

Sur la fête du Christ-Roi 

À l’heure où nos communautés rétrécissent comme une peau de chagrin, il faut quand même une belle audace pour célébrer la fête du Christ-Roi !

Combien de baptisés se rendront-ils aux cérémonies du couronnement ?

Parcours de Carême : « Le visage de Dieu dans le plus petit ». Méditation de Corentin Dugast, pour Cathoglad.

Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.

Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista, à partir de 7’07 ».

Méditation du père Gilles.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie du père Achille José Nkomo B. FM pour Magnificat-TV (Franciscains de Marie).

Homélie du père Santiago Martín pour Magnificat-TV (Franciscains de Marie).

Homélie du père Roger Wawa pour Radio-Maria-RDC.

Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.

Commentaires du frère Paul Adrien.

Homélie de la messe du jour à Lourdes.

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

* * * * *

Dans l’évangile de Matthieu, je crois que le Christ nous appelle à libérer autrui de la faim, de la soif, de la nudité, de la maladie, de la prison, etc. Il existe deux solutions, non incompatibles, pour cela, deux actes de charité également indispensables et cités au paragraphe 208 du Compendium (de la DSÉ) : « L’œuvre de miséricorde grâce à laquelle on répond ici et maintenant à un besoin réel et urgent du prochain est indéniablement un acte de charité, mais l’engagement tendant à organiser et à structurer la société de façon à ce que le prochain n’ait pas à se trouver dans la misère est un acte de charité tout aussi indispensable… ». Il y a heureusement des tas de personnes, isolées ou regroupées en organisations caritatives, qui s’occupent de la première. Avec Syndicatho, je veux me consacrer à la seconde, en m’appuyant sur la DSÉ, parce que je crois que, si c’est une solution à nettement plus longue échéance, c’est aussi une solution préventive, beaucoup plus efficace que la première. Elle consiste à obtenir que quiconque, les dirigeants politiques (ou l’État) en premier lieu, cesse de recourir à la contrainte vis-à-vis d’autrui.

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
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