Lectures du mardi de la 6e semaine du temps ordinaire, année paire. 17 02 2026
« Prenez garde au levain des pharisiens et au levain d’Hérode » (Mc 8, 15).
Incorporer le levain dans la farine.
Photo de William George James, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Première lecture
« Dieu ne tente personne » (Jc 1, 13)
Lecture de la lettre de saint Jacques (1, 12-18).
12 Heureux l’homme qui supporte l’épreuve avec persévérance,
car, sa valeur une fois vérifiée,
il recevra la couronne de la vie
promise à ceux qui aiment Dieu.
13 Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise :
« Ma tentation vient de Dieu. »
Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal,
et lui-même ne tente personne.
14 Chacun est tenté par sa propre convoitise
qui l’entraîne et le séduit.
15 Puis la convoitise conçoit et enfante le péché,
et le péché, arrivé à son terme, engendre la mort.
16 Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés,
17 les présents les meilleurs, les dons parfaits,
proviennent tous d’en haut,
ils descendent d’auprès du Père des lumières,
lui qui n’est pas, comme les astres,
sujet au mouvement périodique ni aux éclipses.
18 Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité,
pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures.
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut à l’occasion du 22e dimanche du temps ordinaire, année B. Ce jour-là, l’extrait lu en 2e lecture (Jc 1, 17-18.21b-22.27) a les versets 17 et 18 en commun avec la 1ère lecture d’aujourd’hui.
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Mes frères bien-aimés,
17 les présents les meilleurs, les dons parfaits,
proviennent tous d’en haut,
ils descendent d’auprès du Père des lumières,
lui qui n’est pas, comme les astres,
sujet au mouvement périodique
ni aux éclipses.
18 Il a voulu nous engendrer
par sa parole de vérité,
pour faire de nous comme les prémices
de toutes ses créatures.
21 Accueillez dans la douceur
la Parole semée en vous ;
c’est elle qui peut sauver vos âmes.
22 Mettez la Parole en pratique,
ne vous contentez pas de l’écouter ;
ce serait vous faire illusion.
27 Devant Dieu notre Père,
un comportement religieux pur et sans souillure,
c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse,
et de se garder sans tache au milieu du monde.
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LA NOUVELLE VIE DES BAPTISÉS
Quittant la Lettre aux Éphésiens qui nous a accompagnés pendant plusieurs semaines, nous entrons dans la Lettre de Jacques : nouvel auteur, nouveaux destinataires ; et donc nouveau style, nouveau langage. Finies les grandes envolées et la méditation émerveillée sur le mystère du Christ. Finies ? Du moins apparemment. Car si le style de la lettre de Jacques semble moins enflammé, il résonne pourtant de la foi au Christ. Dès le premier verset, par exemple, il se présente : « Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ… »
Dans notre texte de ce dimanche, tout se passe comme si le prédicateur s’adressait à des nouveaux baptisés, ceux qu’on appelait les « néophytes » (littéralement « nouvelles plantes »). Comme faisait saint Cyrille de Jérusalem dans ses « Catéchèses » (appelées « Mystagogiques » parce qu’elles sont une « découverte à partir des mystères ») Jacques invite ses nouveaux baptisés à explorer avec lui ce qui sera désormais leur nouvelle vie. Désormais ils vivront dans le don de Dieu, dans la lumière de Dieu (v. 17-18), dans la parole de Dieu (v. 21) : ainsi renouvelés, ils se mettront au service des pauvres, à l’image du Christ (v. 22.27).
Tout d’abord, le prédicateur les invite à contempler le don de Dieu : « Les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières » ; les Juifs déjà en étaient convaincus ; mais pour un chrétien, le don par excellence, le « présent le meilleur », le « don parfait » c’est Jésus-Christ : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3,16).
On pense généralement que les lecteurs de Jacques étaient des chrétiens d’origine juive. Or on sait combien il était difficile pour les Juifs contemporains du Christ de reconnaître son origine divine ; est-ce pour cela que Jacques utilise, comme Jean l’expression « d’en-haut » « Les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut ») ? L’évangile de Jean nous rapporte que Jésus y a insisté à plusieurs reprises : « Vous êtes d’en-bas ; moi, je suis d’en-haut ; vous êtes de ce monde, moi je ne suis pas de ce monde. » (Jn 8,23). Et dans les évangiles des dimanches précédents, nous avons entendu le discours de Jésus sur le pain de vie (toujours dans l’évangile de Jean) : « Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé. » (Jn 6,38). « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel » (Jn 6,51). Être baptisé, c’est tout simplement accueillir ce don gratuit de Dieu qui nous fait partager la vie de son Fils. Don gratuit, assurément, Jacques le répète : « Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité » (v. 18).
LE NOUVEAU NOM DES BAPTISÉS : LES « ILLUMINÉS »
Cette vie nouvelle, les baptisés l’accueillent comme une lumière au milieu des ténèbres de l’humanité. Dans les débuts de l’Église, on appelait les baptisés les illuminés, et lorsque la procession des nouveaux baptisés s’avançait dans la nuit pascale, on entendait résonner la prophétie d’Isaïe et on la voyait se réaliser : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » (Is 9,1) ; on sait à quel point cette image de la lumière était parlante pour les premiers chrétiens. Jean a retenu cette phrase de Jésus : « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » (Jn 8,12). Alors l’expression de Jacques prend toute sa dimension : la foi consiste justement à reconnaître en Dieu le « Père des lumières ». Dans la célébration du Baptême, les catéchumènes manifestaient leur résolution de ne lever les yeux désormais que vers cette lumière-là ; la seule qui ne connaisse ni changements ni éclipses ! « Les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières, lui qui n’est pas, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses. »
Autre thème de cette méditation baptismale, la Parole : « Il (Dieu) a voulu nous engendrer par sa parole de vérité » (v. 18). La Parole était au centre de la vie des Juifs, elle est encore au centre de la vie des baptisés, puisque, pour eux, le Christ est lui-même la Parole de Dieu donnée pour que le monde ait la vie. Comme dit Jean dans le prologue de son évangile : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu… Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme… À ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jn 1) Jacques, lui, joue sur le mot « néophyte », nouvelle plante ; il dit « La Parole de Dieu (a été) semée en vous ».1
Alors, comment pourrait-elle ne pas porter les fruits que Dieu en attend ? « Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous : c’est elle qui peut sauver vos âmes. » Mais comme tous les prophètes de tous les temps, Jacques n’ignore pas que Dieu ne contraint jamais personne : ses dons sont sans conditions, mais nous restons libres de nos comportements, on ne le sait que trop. D’où l’exhortation finale : « Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter ; ce serait vous faire illusion. Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde. »
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Note
1 – Les Juifs du temps de Jésus utilisaient volontiers cette image inspirée de l’agriculture ; par exemple, une bénédiction juive du temps du Christ disait : « Béni es-tu, Seigneur notre Dieu, qui nous as donné la loi de vérité et qui as planté en nous la vie éternelle. » (citée par F. Manns dans « Une approche juive du Nouveau Testament » page 270).
Psaume
Psaume 93 (94), 12-13, 14-15, 18-19
R/ Heureux l’homme que tu châties, Seigneur. (Ps 93, 12a)
12 Heureux l’homme que tu châties, Seigneur,
celui que tu enseignes par ta loi,
13 pour le garder en paix aux jours de malheur,
tandis que se creuse la fosse de l’impie.
14 Car le Seigneur ne délaisse pas son peuple,
il n’abandonne pas son domaine :
15 on jugera de nouveau selon la justice ;
tous les hommes droits applaudiront.
18 Quand je dis : « Mon pied trébuche ! »
ton amour, Seigneur, me soutient.
19 Quand d’innombrables soucis m’envahissent,
tu me réconfortes et me consoles.
Évangile
« Prenez garde au levain des pharisiens et au levain d’Hérode ! » (Mc 8, 15)
Alléluia. Alléluia.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ;
mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui.
Alléluia. (Jn 14, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (8, 14-21).
En ce temps-là,
14 les disciples avaient oublié d’emporter des pains ;
ils n’avaient qu’un seul pain avec eux dans la barque.
15 Or Jésus leur faisait cette recommandation :
« Attention ! Prenez garde au levain des pharisiens
et au levain d’Hérode ! »
16 Mais ils discutaient entre eux sur ce manque de pains.
17 Jésus s’en rend compte et leur dit :
« Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pains ?
Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ?
Vous avez le cœur endurci ?
18 Vous avez des yeux et vous ne voyez pas,
vous avez des oreilles et vous n’entendez pas !
Vous ne vous rappelez pas ?
19 Quand j’ai rompu les cinq pains pour cinq mille personnes,
combien avez-vous ramassé
de paniers pleins de morceaux ? »
Ils lui répondirent :
« Douze.
20 – Et quand j’en ai rompu sept pour quatre mille,
combien avez-vous rempli de corbeilles
en ramassant les morceaux ? »
Ils lui répondirent :
« Sept. »
21 Il leur disait :
« Vous ne comprenez pas encore ? »
Fichier audio des lectures du jour, suivies d’un commentaire de 4′ 08 » à 6′ 37″, par Cathoglad.
Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.
Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista, à partir de 4’30 ».
Méditation du père Gilles.
Méditation proposée par le père Léonard Katchekpele, pour « Prêtre ! Et alors ? ».
Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.
Homélie du père Roger Wawa pour Radio-Maria-RDC.
Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.
Commentaires du frère Paul Adrien.
Homélie de la messe du jour à Lourdes.
Commentaire de Thierry Jallas.
Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »
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Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
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