Lectures du mercredi de la 5e semaine du temps ordinaire, année paire. 11 02 2026
« Salomon recevant la reine de Saba » peint vers 1650 par Jacques Stella (1596–1657).
Musée des Beaux-Arts de Lyon.
Domaine public, via Wikimedia Commons.
Première lecture
« La reine de Saba vit toute la sagesse de Salomon » (1 R 10, 4)
Lecture du premier livre des Rois (10, 1-10).
En ces jours-là,
1 la reine de Saba avait entendu parler
de la renommée de Salomon,
qui faisait honneur au nom du Seigneur.
Elle vint donc pour le mettre à l’épreuve
en lui proposant des énigmes.
2 Elle arriva à Jérusalem avec une escorte imposante :
des chameaux chargés d’aromates
et d’une énorme quantité d’or et de pierres précieuses.
Quand elle fut parvenue auprès de Salomon,
elle lui exposa les questions qu’elle avait préparées,
3 mais Salomon trouva réponse à tout
et ne fut arrêté par aucune difficulté.
4 Lorsque la reine de Saba vit toute la sagesse de Salomon,
le palais qu’il avait construit,
5 les plats servis à sa table, le logement de ses officiers,
la tenue du service et l’habillement des serviteurs,
ses sommeliers,
les holocaustes qu’il offrait à la maison du Seigneur,
6 elle en eut le souffle coupé, et elle dit au roi :
« Ce que j’ai entendu dire dans mon pays
sur toi et sur ta sagesse,
c’était donc vrai !
7 Je ne voulais pas croire ce qu’on disait,
avant de venir et de voir de mes yeux ;
mais voilà qu’on ne m’en avait pas appris la moitié !
Tu surpasses en sagesse et en magnificence
la renommée qui était venue jusqu’à moi.
8 Heureux tes gens,
heureux tes serviteurs que voici,
eux qui se tiennent continuellement devant toi
et qui entendent ta sagesse !
9 Béni soit le Seigneur ton Dieu,
qui t’a montré sa bienveillance
en te plaçant sur le trône d’Israël.
Parce que le Seigneur aime Israël pour toujours,
il t’a établi roi pour exercer le droit et la justice. »
10 Elle fit présent au roi de cent vingt lingots d’or,
d’une grande quantité d’aromates et de pierres précieuses ;
il n’est plus jamais venu une quantité d’aromates
pareille à celle que la reine de Saba
avait donnée au roi Salomon.
Commentaires de Thierry Jallas.
Je crois que l’objet principal de ce passage est de montrer comment la reine de Saba attribue la sagesse de Salomon au Seigneur son Dieu, qu’elle bénit.
Je suis un peu agacé, cependant, en lisant ce passage, car j’y vois une certaine complaisance avec le pouvoir politique. Pouvoir de Salomon, qui ne fut pas un modèle de justice, si j’en crois la bibliste Marie-Noëlle Thabut. Pouvoir de la reine de Saba, qui n’hésite pas à faire des cadeaux fastueux à Salomon, alors que tous deux vivent dans le luxe sur le dos de leurs populations respectives. Contrairement à l’affirmation mise par l’auteur dans la bouche de la reine, je ne pense pas que le Seigneur ait placé quiconque sur le trône d’Israël. Si j’en crois le chapitre 8 du 1er livre de Samuel, le Seigneur voit dans la volonté des hommes de mettre un roi (ou un dirigeant politique ayant quelque titre que ce soit) un signe de défiance à son égard. Et je suis conforté dans cette idée par la déclaration du Christ (Mt 20, 25-26a) :
« Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi…. ». Il me semble que cette déclaration du Christ est parfaitement cohérente avec le principe personnaliste qui délégitime, à mes yeux, toute forme de contrainte humaine.
Psaume
Psaume 36 (37), 5-6, 30-31, 39-40ac
R/ Les lèvres du juste redisent la sagesse. (Ps 36, 30a)
5 Dirige ton chemin vers le Seigneur,
fais-lui confiance, et lui, il agira.
6 Il fera lever comme le jour ta justice,
et ton droit comme le plein midi.
30 Les lèvres du juste redisent la sagesse
et sa bouche énonce le droit.
31 La loi de son Dieu est dans son cœur ;
il va, sans craindre les faux pas.
39 Le Seigneur est le salut pour les justes,
leur abri au temps de la détresse.
40 Le Seigneur les aide et les délivre,
car ils cherchent en lui leur refuge.
Évangile
« Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mc 7, 14-23)
Alléluia. Alléluia.
Ta parole, Seigneur, est vérité ;
dans cette vérité, sanctifie-nous.
Alléluia. (cf. Jn 17, 17ba)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (7, 14-23).
En ce temps-là,
14 appelant de nouveau la foule, Jésus lui disait :
« Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
15 Rien de ce qui est extérieur à l’homme
et qui entre en lui
ne peut le rendre impur.
Mais ce qui sort de l’homme,
voilà ce qui rend l’homme impur. »
17 Quand il eut quitté la foule pour rentrer à la maison,
ses disciples l’interrogeaient sur cette parabole.
18 Alors il leur dit :
« Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ?
Ne comprenez-vous pas
que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors,
ne peut pas le rendre impur,
19 parce que cela n’entre pas dans son cœur,
mais dans son ventre, pour être éliminé ? »
C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments.
20 Il leur dit encore :
« Ce qui sort de l’homme,
c’est cela qui le rend impur.
21 Car c’est du dedans, du cœur de l’homme,
que sortent les pensées perverses :
inconduites, vols, meurtres,
22 adultères, cupidités, méchancetés,
fraude, débauche, envie,
diffamation, orgueil et démesure.
23 Tout ce mal vient du dedans,
et rend l’homme impur. »
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut à l’occasion du 22e dimanche du temps ordinaire, année B. Ce jour-là, le passage lu (Mc 7, 1-8.14-15.21-23) a en commun avec celui d’aujourd’hui les versets 14, 15 et 21.
* * * * *
En ce temps-là,
1 les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem.
se réunissent auprès de Jésus
2 et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas
avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.
3 – Les pharisiens, en effet, comme tous les Juifs,
se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger,
par attachement à la tradition des anciens ;
4 et au retour du marché
ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau,
et ils sont attachés encore par tradition
à beaucoup d’autres pratiques :
lavage de coupes, de carafes et de plats. –
5 Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus :
« Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas
la tradition des anciens ?
Ils prennent leur repas avec des mains impures. »
6 Jésus leur répondit :
« Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites,
ainsi qu’il est écrit :
Ce peuple m’honore des lèvres,
mais son cœur est loin de moi.
7 C’est en vain qu’ils me rendent un culte ;
les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains.
8 Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu,
pour vous attacher à la tradition des hommes. »
14 Appelant de nouveau la foule, il lui disait :
« Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
15 Rien de ce qui est extérieur à l’homme
et qui entre en lui
ne peut le rendre impur.
Mais ce qui sort de l’homme,
voilà ce qui rend l’homme impur. »
21 Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule :
« C’est du dedans, du cœur de l’homme
que sortent les pensées perverses :
inconduites, vols, meurtres,
22 adultères, cupidités, méchancetés,
fraude, débauche, envie,
diffamation, orgueil et démesure.
23 Tout ce mal vient du dedans,
et rend l’homme impur. »
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LA TRADITION EST UNE RICHESSE REÇUE DES PÈRES…
Tout a commencé parce que les disciples de Jésus ne se sont pas lavé les mains avant le repas : en bien des endroits du monde, cela ne poserait pas de problème ! La preuve, c’est que Marc est obligé d’expliquer à ses lecteurs qui ne sont pas d’origine juive, les usages tout à fait particuliers d’Israël : « Les pharisiens, en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. » Le mot « tradition », répété (dans le texte grec) aux versets 3 et 5 ne doit pas être entendu de manière péjorative : la tradition, c’est la richesse reçue des pères. Tout le long labeur des anciens pour découvrir le comportement qui plaît à Dieu se transmet sous forme de préceptes qui régissent les plus petits détails de la vie quotidienne. Commençons donc par rendre justice aux pharisiens et aux scribes : quand on s’impose à soi-même toute une discipline très stricte par fidélité à sa religion, on ne peut pas comprendre ceux qui n’en font pas autant. Et, à leurs yeux, cette rigueur d’observance paraissait essentielle : il s’agissait de préserver l’identité juive ; le peuple élu concevait son élection comme une mise à part et donc tout contact avec des païens (ou des objets touchés par eux) rendait impur, c’est-à-dire inapte à célébrer et même à vivre dignement la vie quotidienne.
Tout naturellement, donc, les pharisiens et les scribes présents s’indignent : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leur repas avec des mains impures. »
Ce qui est plus surprenant, c’est la réaction de Jésus : « Hypocrites ! » Cette sévérité laisse entendre qu’il y a un problème de fond. Comme souvent, face à un tel auditoire, Jésus cite l’Écriture, qui est pour eux la référence suprême : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. » (Is 29,13). Et Jésus commente la parole d’Isaïe : « Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. »
…À CONDITION QU’ELLE NE SOIT PAS PRÉTEXTE À MÉPRIS
Quel est donc ce commandement de Dieu que les pharisiens et les scribes bafouent sans le savoir ? Jésus ne l’explique pas ici, mais ce qu’il leur reproche, visiblement, c’est d’avoir « le cœur loin de Dieu ». Qu’ont-ils fait de mal ? Ils ont méprisé les autres, tout simplement, et méprisé au nom de Dieu, voilà l’inexcusable. Nous retrouvons ici une remarque faite souvent au long des dimanches dans notre lecture de l’évangile de Marc : Jésus ne cesse de s’élever contre toute exclusion au nom de la religion ; c’est la toile de fond de ses controverses avec les autorités religieuses. C’est mal comprendre la Loi que de croire qu’il faudrait être séparé des autres hommes pour s’approcher de Dieu ! Au contraire, les prophètes avaient déployé toute leur énergie pour faire découvrir que le véritable culte qui plaît à Dieu commence par le respect des hommes. C’est un comble que la loi faite pour le bonheur de tous soit devenue une contrainte tatillonne et un prétexte à mépris. Servir le Dieu saint du Lévitique, le Dieu de pardon annoncé par Isaïe ne peut pas porter au mépris des autres.
Pour aller plus loin, Jésus entame une leçon sur la pureté : au sens biblique, la pureté, c’est l’aptitude à se rapprocher de Dieu ; or Dieu est amour et pardon, de nombreux prophètes l’ont dit et répété. La véritable pureté est donc une disposition du cœur, c’est la miséricorde ; l’impureté que Jésus reproche à ses adversaires, c’est « l’endurcissement du cœur » : « Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » Et, un peu plus tard, il complète l’enseignement pour ses disciples : « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »
Venons encore une fois au secours des pharisiens et des scribes : cette leçon-là ne pouvait pas être entendue pleinement tant que Dieu lui-même, en son Fils, n’était pas venu habiter chez les hommes ; prouvant par là que, contrairement à trop d’idées reçues, Dieu n’a pas peur du contact avec les êtres impurs que nous sommes. Comme pour en donner la preuve, aussitôt après cette controverse Jésus part en pays païen.
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Complément
– Le mouvement religieux « Pharisien » est né vers 135 av. J.-C. d’un désir de conversion ; son nom qui signifie « séparé » traduit un choix : le refus de toute compromission politique, de tout laisser-aller dans la pratique religieuse ; deux problèmes qui étaient à l’ordre du jour en 135. Le pharisianisme (en tant que mouvement) est donc tout à fait respectable. Et Jésus ne l’attaque jamais. Il ne refuse pas non plus de leur parler (Nicodème, Jn 3 ; Simon, Lc 7). Mais le plus bel idéal religieux peut avoir ses écueils : la rigueur d’observance peut engendrer une trop bonne conscience et rendre méprisant pour ceux qui n’en font pas autant. Plus profondément, vouloir être « séparé » n’est pas sans ambiguïté ; quand on sait que le dessein de Dieu est un projet de rassemblement dans l’amour. Ces déviances ont inspiré quelques paroles dures de Jésus : elles visent ce que l’on appelle le « pharisaïsme » ; de cela tous les mouvements religieux de tous les temps sont capables.
Fichier audio des lectures du jour, suivies d’un commentaire de 5′ 27 » à 8′ 45 », par Cathoglad.
Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.
Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista, à partir de 5’37 ».
Méditation du père Gilles.
Méditation proposée par le père Léonard Katchekpele, pour « Prêtre ! Et alors ? », à partir de 2’17 ».
Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.
Homélie du père Roger Wawa pour Radio-Maria-RDC.
Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.
Homélie du jour, à la basilique Notre-Dame-des-Victoires, à Paris.
Homélie de la messe du jour à Lourdes.
Commentaire de Thierry Jallas.
Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »
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Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
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