Lectures du samedi de la 3e semaine du temps ordinaire, année paire. 31 01 2026

Lectures du samedi de la 3e semaine du temps ordinaire, année paire. 31 01 2026

« Jésus calmant la tempête« 
Aquarelle de James Tissot (1836–1902), entre 1886 et 1894 – Brooklyn Museum.
Domaine public, via Wikimedia Commons.

Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. »

De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité : « La dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre… ».

Première lecture

« J’ai péché contre le Seigneur ! » (2 S 12, 1-7a.10-17)

Lecture du deuxième livre de Samuel

En ces jours-là,
1    le Seigneur envoya vers David le prophète Nathan
qui alla le trouver et lui dit :
« Dans une même ville, il y avait deux hommes ;
l’un était riche, l’autre était pauvre.
2    Le riche avait des moutons et des bœufs
en très grand nombre.
3    Le pauvre n’avait rien qu’une brebis,
une toute petite, qu’il avait achetée.
Il la nourrissait, et elle grandissait
chez lui au milieu de ses fils ;
elle mangeait de son pain, buvait de sa coupe,
elle dormait dans ses bras : elle était comme sa fille.
4    Un voyageur arriva chez l’homme riche.
Pour préparer le repas de son hôte,
celui-ci épargna ses moutons et ses bœufs.
Il alla prendre la brebis du pauvre,
et la prépara pour l’homme qui était arrivé chez lui. »
5    Alors, David s’enflamma d’une grande colère contre cet homme,
et dit à Nathan :
« Par le Seigneur vivant,
l’homme qui a fait cela mérite la mort !
6    Et il remboursera la brebis au quadruple,
pour avoir commis une telle action
et n’avoir pas épargné le pauvre. »
7    Alors Nathan dit à David :
« Cet homme, c’est toi !
Ainsi parle le Seigneur Dieu d’Israël :
10    Désormais, l’épée ne s’écartera plus jamais de ta maison,
parce que tu m’as méprisé
et que tu as pris la femme d’Ourias le Hittite
pour qu’elle devienne ta femme.
11    Ainsi parle le Seigneur :
De ta propre maison,
je ferai surgir contre toi le malheur.
Je t’enlèverai tes femmes sous tes yeux
et je les donnerai à l’un de tes proches,
qui les prendra sous les yeux du soleil.
12    Toi, tu as agi en cachette,
mais moi, j’agirai à la face de tout Israël,
et à la face du soleil ! »
13    David dit à Nathan :
« J’ai péché contre le Seigneur ! »
Nathan lui répondit :
« Le Seigneur a passé sur ton péché,
tu ne mourras pas.
14   Cependant, parce que tu as bafoué le Seigneur,
le fils que tu viens d’avoir mourra. »
15    Et Nathan retourna chez lui.

Le Seigneur frappa l’enfant
que la femme d’Ourias avait donné à David,
et il tomba gravement malade.
16    David implora Dieu pour le petit enfant :
il jeûna strictement,
et, quand il rentrait chez lui,
il passait la nuit couché par terre.
17    Les anciens de sa maison
insistaient auprès de lui pour qu’il se relève,
mais il refusa, et ne prit avec eux aucune nourriture.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 11e dimanche du temps ordinaire, année C. Ce jour-là, l’évangile est tiré du même chapitre 12, mais pas avec les mêmes versets : seuls le 7a, le 10 et le 13 sont communs.

* * * * *

Lecture du deuxième livre de Samuel  12, 7-10. 13

     En ces jours-là,
     après le péché de David,
7   le prophète Nathan lui dit :
« Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu d’Israël :
     Je t’ai consacré comme roi d’Israël,
     je t’ai délivré de la main de Saül,
8   puis je t’ai donné la maison de ton maître,
     j’ai mis dans tes bras les femmes de ton maître ;
     je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda
     et, si ce n’est pas assez,
     j’ajouterai encore autant.
9   Pourquoi donc as-tu méprisé le SEIGNEUR
     en faisant ce qui est mal à ses yeux ?
     Tu as frappé par l’épée Ourias le Hittite ;
     sa femme, tu l’as prise pour femme ;
     lui, tu l’as fait périr par l’épée des fils d’Ammone.
10 Désormais, l’épée ne s’écartera plus jamais de ta maison,
     parce que tu m’as méprisé
     et que tu as pris la femme d’Ourias le Hittite
     pour qu’elle devienne ta femme. »
13 David dit à Nathan :
     « J’ai péché contre le SEIGNEUR ! »
     Nathan lui répondit :
     « Le SEIGNEUR a passé sur ton péché,
     tu ne mourras pas. »
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Voi­là l’un des épi­so­des les plus cé­lè­bres de l’histoire du roi Da­vid : pas le plus flat­teur peut-être, pour le roi, puis­que la Bi­ble ne nous ca­che pas la peu brillan­te ma­chi­na­tion à la­quel­le il s’est li­vré ce jour-là. On était en temps de guer­re, l’armée ve­nait de met­tre le siè­ge de­vant la ville de Rab­bat Am­mon (Am­man aujourd’hui). Le roi Da­vid, lui, était à Jé­ru­sa­lem dans son pa­lais. Un soir, en se pro­me­nant sur sa ter­ras­se, il aper­çoit une ra­vis­san­te créa­ture qui pre­nait son bain. Il en tom­be amou­reux et la fait ve­nir au pa­lais. El­le était ma­riée pour­tant, mais son ma­ri, Ourias le Hit­ti­te1, était au front. Les cho­ses se com­pli­quent très vi­te lorsqu’elle lui fait di­re quel­ques jours plus tard qu’elle est en­cein­te. Da­vid se sou­cie alors de fai­re re­ve­nir au plus vi­te le ma­ri à Jé­ru­sa­lem ; dès qu’il au­ra pas­sé le seuil de sa mai­son, on pour­ra lui at­tri­buer la pa­ter­ni­té de l’enfant que sa fem­me at­tend.

On in­ven­te donc une mis­sion de ren­sei­gne­ment : Ourias est convo­qué à Jé­ru­sa­lem au pa­lais et prié de don­ner tous les dé­tails pos­si­bles concer­nant la ba­taille. La jour­née se pas­se donc à ra­con­ter la vie au front. Le soir ve­nu, Da­vid fé­li­ci­te Ourias et l’engage à ren­trer dor­mir chez lui ; mais voi­là : d’après la loi de Moï­se, les guer­riers en cam­pa­gne étaient te­nus à la conti­nen­ce. Da­vid le sait bien lui aus­si mais il pré­fé­re­rait l’ignorer ! Le tex­te bi­bli­que n’épargne pas le roi : il est dé­crit com­me fai­sant peu de cas de la loi, alors que son of­fi­cier, un étran­ger pour­tant (un Hit­ti­te, donc un païen) se mon­tre scru­pu­leux : so­li­dai­re de ses frè­res de com­bat, il ne veut pas bé­né­fi­cier de cet­te fa­veur in­so­li­te. Deux soirs de sui­te, donc, il re­fu­se d’aller dans sa mai­son re­join­dre sa fem­me mal­gré l’insistance de Da­vid qui va jusqu’à l’enivrer pour le fai­re cé­der. Dra­me pour Da­vid : Ourias n’ayant pas fran­chi le seuil de sa mai­son, l’enfant ne pour­ra lui être at­tri­bué. Il ne res­te plus qu’une so­lu­tion : se dé­bar­ras­ser du ma­ri gê­nant ; alors Beth­sa­bée pour­ra être la fem­me du roi et conce­voir un en­fant de lui. Qu’à ce­la ne tien­ne : dans une let­tre qu’il fait por­ter par Ourias lui-mê­me, le roi don­ne à Joab, chef de son ar­mée, l’ordre de pla­cer Ou­rias au plus fort du com­bat, afin qu’il soit tué. Quel­ques jours plus tard, un mes­sa­ger ap­por­te l’annonce de sa mort. Le dé­lai de deuil ache­vé, Da­vid fait cher­cher Be­thsa­bée et l’installe chez lui. L’enfant naît, c’est un gar­çon.

C’est alors que le pro­phè­te Na­than se pré­sen­te chez Da­vid : très ha­bi­le­ment, il ne lui fait pas une le­çon de mo­ra­le ; il lui dit : je vais te ra­con­ter une his­toi­re qui vient de se pas­ser dans une ville de ton royau­me : il y avait deux hom­mes, l’un ri­che et l’autre pau­vre. Le ri­che avait pe­tit et gros bé­tail en très gran­de abon­dan­ce. Le pau­vre n’avait rien du tout qu’une agnel­le, une seu­le pe­ti­te qu’il avait ache­tée. Il la nour­ris­sait et el­le gran­dis­sait chez lui en mê­me temps que ses en­fants… Un jour, l’homme ri­che eut un in­vi­té : que crois-tu qu’il a fait pour le dî­ner ? Il avait tout ce qu’il fal­lait dans son trou­peau ; eh bien non ! Il a vo­lé l’agnelle du pau­vre pour son festin. » Da­vid est hor­ri­fié, il faut sé­vir. Mais Na­than l’arrête aus­si­tôt : « Cet hom­me, c’est toi ! » On s’attendrait alors à ce que l’homme de Dieu pro­fi­te de son a­van­tage et fas­se re­mar­quer à Da­vid tou­tes ses tur­pi­tu­des ; et ce se­rait bien fa­ci­le : le roi, ri­che, en­tou­ré de fem­mes, a pris à Ou­rias le Hit­ti­te son épou­se puis sa vie.

Eh bien non, jus­te­ment ! Et c’est la le­çon éton­nan­te du tex­te d’aujourd’hui : avant mê­me d’obtenir de Da­vid des mots de repentir, le pro­phè­te vient lui an­non­cer que Dieu, pour au­tant, ne re­nie au­cun de ses bien­faits et va mê­me jusqu’à vou­loir le com­bler en­co­re da­van­tage ! « Je t’ai sa­cré roi d’Israël, je t’ai sau­vé de la main de Saül, puis je t’ai don­né la mai­son de ton maî­tre, je t’ai don­né les épou­ses du roi ; je t’ai don­né la mai­son d’Israël et de Ju­da et, si ce n’est pas en­co­re as­sez, j’y ajou­te­rai tout ce que tu vou­dras. » Cet­te der­niè­re phra­se « Si ce n’est pas en­co­re as­sez, j’y ajou­te­rai tout ce que tu vou­dras » est la plus bel­le dé­fi­ni­tion du par­don : par-de­là le pé­ché, l’infidélité, Dieu conti­nue d’aimer, de don­ner. No­tons en­co­re une fois que Da­vid n’a pas en­co­re eu le temps d’exprimer la moin­dre de­man­de de par­don ! Les dons  de Dieu ne sont pas condi­tion­nés par no­tre condui­te. C’est le sens mê­me du mot « par­don » : Par-don si­gni­fie don au-de­là ;  le par­don de Dieu n’est pas un évé­ne­ment ponc­tuel, c’est le don cons­tant de son amour mal­gré nos in­fi­dé­li­tés ré­pé­tées.

Mais par­don ne veut pas di­re re­tour à l’Innocence ! Nos ac­tes por­tent des fruits, nous le sa­vons bien, cer­tains bons, d’autres vé­né­neux. C’est mê­me ce qui fait la gran­deur de nos vies, il n’y a pas de coup d’éponge pos­si­ble : la cu­pi­di­té, le meur­tre em­poi­son­ne­ront dés­or­mais la vie de Da­vid ; c’est le sens de ce cons­tat dou­lou­reux du pro­phè­te : « Dés­or­mais, l’épée ne ces­se­ra plus ja­mais de frap­per ta mai­son ». C’est l’engrenage de la vio­len­ce qui nous est si sou­vent rap­pe­lé dans la Bi­ble. « Mé­pri­ser le Sei­gneur », c’est-à-di­re fai­re du mal à nos frè­res, c’est in­é­vi­ta­ble­ment se­mer la hai­ne et fi­na­le­ment la souf­fran­ce pour les au­tres et pour nous-mê­mes. Les com­man­de­ments (la Loi) ne nous ont été don­nés que pour nous in­di­quer le seul moyen d’être heu­reux en so­cié­té.

          Alors, tout d’un coup, Da­vid prend cons­cien­ce de l’horreur et de l’injustice de ses ac­tes, et aus­si de leurs ter­ri­bles consé­quen­ces. Il dit sim­ple­ment : « J’ai pé­ché contre le Sei­gneur. » Alors le pro­phè­te peut lui di­re la seu­le phra­se pour la­quel­le il était ve­nu : « Le Sei­gneur a par­don­né ton pé­ché ».      

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Note

1 – Ou­rias est un Hit­ti­te, c’est-à-di­re un non-Is­raé­li­te, de­ve­nu of­fi­cier dans l’armée du roi Da­vid. Les Hit­ti­tes sont l’un des peu­ples qui ha­bi­taient le pays de Ca­naan avant l’arrivée des Is­raé­li­tes. D’après le pro­phè­te Na­tan, fai­re du mal à cet étran­ger c’est mé­pri­ser le Sei­gneur lui-mê­me. Une fois de plus, la Bi­ble nous in­vi­te au res­pect de l’étranger.

Psaume

Psaume

50 (51), 12-13, 14-15, 16-17)

R/ Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu. (Ps 50, 12a)

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ;
vers toi, reviendront les égarés.

Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur,
et ma langue acclamera ta justice.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du

  1. Mercredi des Cendres,
  2. 1er dimanche de Carême, année A.

Ces deux jours-là, l’extrait du psaume 50 (3-4, 5-6a, 12-13, 14.17) n’a que les versets 12 à 14 en commun avec celui d’aujourd’hui.  Nous publions ci dessous ledit extrait, puis les commentaires de Marie-Noëlle Thabut pour ces deux jours.

* * * * *

3   Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
     selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
4   Lave-moi tout entier de ma faute,
     purifie-moi de mon offense.

5   Oui, je connais mon péché,
     ma faute est toujours devant moi.
6   Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
     ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

12 Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
     renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
13 Ne me chasse pas loin de ta face,
     ne me reprends pas ton esprit saint.

14 Rends-moi la joie d’être sauvé ;
     que l’esprit généreux me soutienne.
17 Seigneur, ouvre mes lèvres,
     et ma bouche annoncera ta louange.
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Mercredi des Cendres.

LA GRANDE DÉCOUVERTE DE DAVID

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. » Le peuple d’Israël est en pleine célébration pénitentielle au Temple de Jérusalem. Il se reconnaît pécheur, mais il sait aussi l’inépuisable miséricorde de Dieu. Et d’ailleurs, s’il est réuni pour demander pardon, c’est parce qu’il sait d’avance que le pardon est déjà accordé.

Cela avait été, rappelez-vous, la grande découverte du roi David : David avait fait venir au palais sa jolie voisine, Bethsabée ; (au passage, il ne faut pas oublier de préciser qu’elle était mariée avec un officier, Urie, qui était à ce moment-là en campagne). C’est d’ailleurs bien grâce à son absence que David avait pu convoquer la jeune femme au palais ! Quelques jours plus tard, Bethsabée avait fait dire à David qu’elle attendait un enfant de lui. Et, à ce moment-là, David avait organisé la mort au champ d’honneur du mari trompé pour pouvoir s’approprier définitivement sa femme et l’enfant qu’elle portait.

Or, et c’est là l’inattendu de Dieu, quand le prophète Nathan était allé trouver David, il n’avait pas d’abord cherché à obtenir de lui une parole de repentir, il avait commencé par lui rappeler tous les dons de Dieu et lui annoncer le pardon, avant même que David ait eu le temps de faire le moindre aveu. (2 S 12). Il lui avait dit en substance : « Regarde tout ce que Dieu t’a donné… eh bien, sais-tu, il est prêt à te donner encore tout ce que tu voudras ! »

Et, mille fois au cours de son histoire, Israël a pu vérifier que Dieu est vraiment « le SEIGNEUR miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté » selon la révélation qu’il a accordée à Moïse dans le désert (Ex 34,6).

Les prophètes, eux aussi, ont répercuté cette annonce et les quelques versets du psaume que nous venons d’entendre sont pleins de ces découvertes d’Isaïe et d’Ézéchiel. Isaïe, par exemple : « Moi, Dieu, je suis tel que j’efface, par égard pour moi, tes révoltes, que je ne garde pas tes fautes en mémoire » (Is 43,25).

Cette annonce de la gratuité du pardon de Dieu nous surprend parfois : cela paraît trop beau, peut-être ; pour certains, même, cela semble injuste : si tout est pardonnable, à quoi bon faire des efforts ? C’est oublier un peu vite, peut-être, que nous avons tous sans exception besoin de la miséricorde de Dieu ; ne nous en plaignons donc pas ! Et ne nous étonnons pas que Dieu nous surprenne, puisque, comme dit Isaïe, « les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. » Et justement, Isaïe précise que c’est en matière de pardon que Dieu nous surprend le plus.

 

« MOI, DIEU, JE NE GARDE PAS TES FAUTES EN MÉMOIRE »

Cela nous renvoie à la phrase de Jésus dans la parabole des ouvriers de la onzième heure : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien ? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » (Mt 20,15). On peut penser également à la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15) : lorsqu’il revient chez son père, pour des motifs pourtant pas très nobles, Jésus met sur ses lèvres une phrase du psaume 50 : « Contre toi et toi seul j’ai péché », et cette simple phrase renoue le lien que le jeune homme ingrat avait cassé.

Face à cette annonce toujours renouvelée de la miséricorde de Dieu, le peuple d’Israël, parce que c’est lui qui parle ici comme dans tous les psaumes, se reconnaît pécheur : l’aveu n’est pas détaillé, il ne l’est jamais dans les psaumes de pénitence ; mais le plus important est dit dans cette supplication « pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché … » Et Dieu qui est toute miséricorde, c’est-à-dire comme aimanté par la misère, n’attend rien d’autre que cette simple reconnaissance de notre pauvreté. Vous savez d’ailleurs, que le mot pitié est de la même racine que le mot « aumône » : littéralement, nous sommes des mendiants devant Dieu. 

Alors il nous reste deux choses à faire : tout d’abord, remercier tout simplement pour ce pardon accordé en permanence ; la louange que le peuple d’Israël adresse à son Dieu, c’est sa reconnaissance pour les bontés de Dieu dont il a été comblé depuis le début de son histoire. Ce qui montre bien que la prière la plus importante dans une célébration pénitentielle, c’est la parole de reconnaissance des dons et pardons de Dieu : il faut commencer par le contempler, lui, et ensuite seulement, cette contemplation nous ayant révélé le décalage entre lui et nous, nous pouvons nous reconnaître pécheurs. Notre rituel de la réconciliation le dit bien dans son introduction : « Nous confessons l’amour de Dieu en même temps que notre péché ».

Et le chant de reconnaissance jaillira tout seul de nos lèvres, il suffit de laisser Dieu nous ouvrir le cœur : « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange » ; certains ont reconnu ici la première phrase de la Liturgie des Heures, chaque matin, qui est tirée de ce psaume 50/51. À elle seule, elle est toute une leçon : la louange, la reconnaissance ne peuvent naître en nous que si Dieu ouvre nos cœurs et nos lèvres.

Deuxième chose à faire et que Dieu attend de nous : pardonner à notre tour, sans délai, ni conditions… et c’est tout un programme !

1er dimanche de Carême A

SELON TA GRANDE MISÉRICORDE, EFFACE NOS PÉCHÉS

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. » Le peuple d’Israël est en pleine célébration pénitentielle au Temple de Jérusalem. Il se reconnaît pécheur, mais il sait aussi l’inépuisable miséricorde de Dieu. Et d’ailleurs, s’il est réuni pour demander pardon, c’est parce qu’il sait d’avance que le pardon est déjà accordé.

Cela avait été, rappelez-vous, la grande découverte du roi David : David avait fait venir au palais sa jolie voisine, Bethsabée ; (au passage, il ne faut pas oublier de préciser qu’elle était mariée avec un officier, Urie, qui était à ce moment-là en campagne). C’est d’ailleurs bien grâce à son absence que David avait pu convoquer la jeune femme au palais ! Quelques jours plus tard, Bethsabée avait fait dire à David qu’elle attendait un enfant de lui. Et, à ce moment-là, David avait organisé la mort au champ d’honneur du mari trompé pour pouvoir s’approprier définitivement sa femme et l’enfant qu’elle portait.

Or, et c’est là l’inattendu de Dieu, quand le prophète Nathan était allé trouver David, il n’avait pas d’abord cherché à obtenir de lui une parole de repentir, il avait commencé par lui rappeler tous les dons de Dieu et lui annoncer le pardon, avant même que David ait eu le temps de faire le moindre aveu. (2 S 12). Il lui avait dit en substance : « Regarde tout ce que Dieu t’a donné… eh bien, sais-tu, il est prêt à te donner encore tout ce que tu voudras ! »

Et, mille fois au cours de son histoire, Israël a pu vérifier que Dieu est vraiment « le SEIGNEUR miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté » selon la révélation qu’il a accordée à Moïse dans le désert (Ex 34,6).

Les prophètes, eux aussi, ont répercuté cette annonce et les quelques versets du psaume que nous venons d’entendre sont pleins de ces découvertes d’Isaïe et d’Ézéchiel. Isaïe, par exemple : « C’est moi, oui, c’est moi qui efface tes crimes, à cause de moi-même ; de tes péchés je ne vais pas me souvenir. » (Is 43,25) ; ou encore « J’efface tes révoltes comme des nuages, tes péchés comme des nuées. Reviens à moi, car je t’ai racheté. » (Is 44,22).

Cette annonce de la gratuité du pardon de Dieu nous surprend parfois : cela paraît trop beau, peut-être ; pour certains, même, cela semble injuste : si tout est pardonnable, à quoi bon faire des efforts ? C’est oublier un peu vite, peut-être, que nous avons tous sans exception besoin de la miséricorde de Dieu ; ne nous en plaignons donc pas ! Et ne nous étonnons pas que Dieu nous surprenne, puisque, comme dit Isaïe, « les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. » Et justement, Isaïe précise que c’est en matière de pardon que Dieu nous surprend le plus.

 

UNE SEULE CONDITION, SE RECONNAÎTRE PÉCHEUR

Cela nous renvoie à la phrase de Jésus dans la parabole des ouvriers de la onzième heure : « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » (Mt 20,15). On peut penser également à la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15) : lorsqu’il revient chez son père, pour des motifs pourtant pas très nobles, Jésus met sur ses lèvres une phrase du psaume 50 : « Contre toi et toi seul j’ai péché », et cette simple phrase renoue le lien que le jeune homme ingrat avait cassé.

Face à cette annonce toujours renouvelée de la miséricorde de Dieu, le peuple d’Israël, parce que c’est lui qui parle ici comme dans tous les psaumes, se reconnaît pécheur : l’aveu n’est pas détaillé, il ne l’est jamais dans les psaumes de pénitence ; mais le plus important est dit dans cette supplication « pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché … » Et Dieu qui est toute miséricorde, c’est-à-dire comme aimanté par la misère, n’attend rien d’autre que cette simple reconnaissance de notre pauvreté. Vous savez d’ailleurs, que le mot pitié est de la même racine que le mot « aumône » : littéralement, nous sommes des mendiants devant Dieu. 

Alors il nous reste deux choses à faire : tout d’abord, remercier tout simplement pour ce pardon accordé en permanence ; la louange que le peuple d’Israël adresse à son Dieu, c’est sa reconnaissance pour les bontés de Dieu dont il a été comblé depuis le début de son histoire. Ce qui montre bien que la prière la plus importante dans une célébration pénitentielle, c’est la parole de reconnaissance des dons et pardons de Dieu : il faut commencer par le contempler, lui, et ensuite seulement, cette contemplation nous ayant révélé le décalage entre lui et nous, nous pouvons nous reconnaître pécheurs. Notre rituel de la réconciliation le dit bien dans son introduction : « Nous confessons l’amour de Dieu en même temps que notre péché ».

Et le chant de reconnaissance jaillira tout seul de nos lèvres, il suffit de laisser Dieu nous ouvrir le cœur : « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange » ; certains ont reconnu ici la première phrase de la Liturgie des Heures, chaque matin ; effectivement, elle est tirée du psaume 50/51. À elle seule, elle est toute une leçon : la louange, la reconnaissance ne peuvent naître en nous que si Dieu ouvre nos cœurs et nos lèvres. Saint Paul le dit autrement : « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! » (Ga 4,6).

Cela fait irrésistiblement penser à un geste de Jésus, dans l’évangile de Marc : la guérison d’un sourd-muet ; touchant ses oreilles et sa langue, Jésus avait dit « Effétah », ce qui veut dire « Ouvre-toi ». Et alors, spontanément, ceux qui étaient là avaient appliqué à Jésus une phrase que la Bible réservait à Dieu : « Il fait entendre les sourds et parler les muets ». (cf Is 35,5-6). Encore aujourd’hui, dans certaines célébrations de baptême, le célébrant refait ce geste de Jésus sur les baptisés en disant « Le Seigneur Jésus a fait entendre les sourds et parler les muets ; qu’il vous donne d’écouter sa parole et de proclamer la foi pour la louange et la gloire de Dieu le Père ».

Deuxième chose à faire et que Dieu attend de nous : pardonner à notre tour, sans délai, ni conditions… et c’est tout un programme !

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 24e dimanche de du temps ordinaire, année C.

Ce jour-là, l’extrait du psaume 50 (3-4, 12-13, 17.19) n’a que les versets 12, 13 et 17 en commun avec celui d’aujourd’hui.  Nous publions ci dessous ledit extrait, puis les commentaires de Marie-Noëlle Thabut.

* * * * *

PSAUME 50 (51),3-4,12-13,17.19

3   Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
     selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
4   Lave-moi tout entier de ma faute,
     purifie-moi de mon offense.

12 Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
     renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
13Ne me chasse pas loin de ta face,
     ne me reprends pas ton esprit saint.           

17 Seigneur, ouvre mes lèvres,
     et ma bouche annoncera ta louange.
19 Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ;
     tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.
——————————————————————————————————————————-

DIEU POURRAIT-IL SE RÉJOUIR DE VOIR NOS CŒURS BRISÉS ?

La dernière phrase de ce psaume peut prêter à d’abominables contresens : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. » Dieu pourrait-il se réjouir de voir des cœurs brisés ? Comment concilier cette formule avec d’autres phrases de la Bible ? Par exemple, dans le livre de l’Exode, Dieu se définit lui-même comme le « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Ex 34,6) ; et cette formule, on la retrouve telle quelle dans plusieurs psaumes, par ex. Ps 85/86,15 ; ou encore toutes les affirmations que Dieu est Père et qu’il est amour et pardon… Et ces affirmations, on les trouve dès l’Ancien Testament car on n’a pas attendu le Nouveau Testament pour découvrir que Dieu est Amour.

Il ne s’agit donc pas d’imaginer que Dieu pourrait trouver une quelconque satisfaction à nous voir souffrir ; penser une chose pareille, c’est lui faire injure : nous qui sommes des parents bien imparfaits, nous ne supportons pas de voir souffrir nos enfants… comment imaginer que le Père par excellence pourrait y prendre plaisir… et si une telle idée nous choque, si j’ose dire, c’est tant mieux !

Et pourtant elle est bien là cette phrase « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. » En fait, l’expression « cœur brisé » ne veut pas dire ce que nous croyons : il faut savoir qu’elle n’a pas été inventée par l’auteur du psaume ; on ne peut pas dire exactement quand le psaume 50/51 a été écrit mais il est certain que ses derniers versets au moins ont été écrits très tard, après l’Exil à Babylone : la preuve, c’est qu’ils parlent de la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor et prient pour sa reconstruction, ce qui, évidemment, n’était pas le souci de David ! Voici les derniers versets : « Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem. » Nous sommes donc après le retour de l’Exil à Babylone ; or c’est pendant l’Exil que le prophète Ézéchiel a développé l’expression « cœur de pierre, cœur de chair »… C’est au chapitre 36 d’Ézéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit neuf ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36,26).

L’auteur de notre psaume reprend l’image d’Ézéchiel : ce qu’il appelle un « cœur brisé », c’est le cœur de chair qui apparaît quand notre cœur de pierre, notre carapace, est enfin brisé : un peu comme la coque dure de l’amande, quand on la casse, laisse apparaître l’amande elle-même qui est bonne. Dans le même sens, Jésus, à son tour, employait l’expression « doux et humble de cœur » : cela se traduit dans notre relation à Dieu et dans notre relation aux autres.

CŒUR DE CHAIR ET NON PLUS CŒUR DE PIERRE

Dans notre relation à Dieu, le cœur de chair, c’est tout le contraire des nuques raides dont parlait Moïse pendant l’Exode (voir supra la première lecture). Dans notre relation aux autres, le cœur brisé, ou le cœur de chair, c’est celui qui est compatissant et miséricordieux, un cœur tendre, aimant.

Si l’image « cœur de pierre, cœur de chair, cœur brisé » est nouvelle au temps d’Ézéchiel, l’affirmation que le sacrifice est avant tout affaire de cœur, elle, ne l’est pas. Car, si la Loi prévoyait bien des sacrifices d’action de grâce, les prophètes étaient depuis bien longtemps passés par là pour critiquer violemment l’attitude un peu facile qui consiste à offrir des sacrifices au Temple sans changer son cœur. C’est Michée qui s’adressait justement à des gens qui cherchaient à plaire à Dieu et se demandaient quelle sorte de sacrifice Dieu préfère, des veaux, des béliers ou encore de l’huile ? « » Comment dois-je me présenter devant le SEIGNEUR ?… Comment m’incliner devant le Très-Haut ? Dois-je me présenter avec de jeunes taureaux pour les offrir en holocaustes ? Prendra-t-il plaisir à recevoir des milliers de béliers, à voir des flots d’huile répandus sur l’autel ? Donnerai-je mon fils aîné pour prix de ma révolte, le fruit de mes entrailles pour mon propre péché ? » Rien de tout cela, répondait Michée, dans une phrase superbe : « Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6,6-8).

Visiblement, l’auteur du psaume 50/51 a retenu la leçon des prophètes ; et il la dédie au peuple qui se rend au Temple de Jérusalem pour une célébration pénitentielle, et qui, lui aussi, se demande ce qui pourrait plaire à Dieu. Pour célébrer le pardon de Dieu, le peuple se compare au roi David : lui aussi avait péché et pourtant il était le roi, il avait tout reçu de Dieu, il lui devait tout, lui le petit berger de rien du tout, choisi, protégé, comblé par Dieu… Vous vous souvenez de ce qu’on appelle le péché de David : c’est l’histoire de la trop belle Bethsabée que David avait aperçue par la fenêtre ; il l’avait fait venir au palais en l’absence du mari ; un peu plus tard, quand il avait appris que Bethsabée attendait un enfant de lui, David s’était arrangé pour faire tuer sur le champ de bataille le mari gênant, pour pouvoir épouser Bethsabée et reconnaître l’enfant… Après sa faute, David, rappelé à l’ordre par le prophète Nathan, est resté célèbre pour son repentir.

À son tour, le peuple, qui, lui aussi, doit tout à Dieu, se reconnaît pécheur et annonce la miséricorde de Dieu. Et il veut rendre grâce… et c’est là qu’il se demande quelle est la meilleure manière de rendre grâce ; qu’est-ce qui plaît à Dieu ? Le psaume répond : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. » La leçon est magnifique et encourageante : plaire à Dieu, au fond, c’est bien facile : il suffit d’aimer.

Évangile

« Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » (Mc 4, 41)

Alléluia. Alléluia.
Dieu a tellement aimé le monde
qu’il a donné son Fils unique,
afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle.
Alléluia. (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (4, 35-41).

35 Ce jour-là, le soir venu, Jésus dit à ses disciples :
« Passons sur l’autre rive. »
36    Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était,
dans la barque,
et d’autres barques l’accompagnaient.
37    Survient une violente tempête.
Les vagues se jetaient sur la barque,
si bien que déjà elle se remplissait.
 38   Lui dormait sur le coussin à l’arrière.
Les disciples le réveillent et lui disent :
« Maître, nous sommes perdus ;
cela ne te fait rien ? »
39    Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer :
« Silence, tais-toi ! »
Le vent tomba,
et il se fit un grand calme.
40    Jésus leur dit :
« Pourquoi êtes-vous si craintifs ?
N’avez-vous pas encore la foi ? »
41    Saisis d’une grande crainte,
ils se disaient entre eux :
« Qui est-il donc, celui-ci,
pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 12e dimanche du temps ordinaire, année B, où l’extrait de l’évangile de Marc est le même qu’aujourd’hui.

* * * * *

QUI EST-IL DONC, CET HOMME ?

« Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » Et c’est clair, les éléments déchaînés lui obéissent. Marc insiste sur le contraste : « Il y eut une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d’eau. » Affolés, les disciples réveillent Jésus ; il suffit qu’il dise à la mer et au vent « Silence tais-toi ! » pour qu’aussitôt le vent tombe et qu’il s’établisse un grand calme.

« Qui est-il donc, cet homme ? », c’est la grande question de Marc tout au long de son Évangile… et ici, la réponse est dans la question. Qui a pouvoir sur la mer, comme sur toute la Création ? Sinon Dieu lui-même ? Rappelez-vous le livre de Job quand le SEIGNEUR dit à Job : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein de l’abîme ; quand je fis de la nuée son vêtement, et l’enveloppai de nuages pour lui servir de langes ; quand je lui imposai des limites, et que je disposai les portes et leurs verrous ? Je lui dis : Tu viendras jusqu’ici ! Tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ! » (Jb 38,1.8-10).

En écho, les psaumes chantent cette maîtrise de Dieu : « Tu as donné son assise à la terre, qu’elle reste inébranlable au cours des temps. Tu l’as vêtue de l’abîme des mers : les eaux couvraient même les montagnes ; à ta menace, elles prennent la fuite, effrayées par le tonnerre de ta voix. Elles passent les montagnes, se ruent dans les vallées vers le lieu que tu leur as préparé. Tu leur imposes la limite à ne pas franchir ; qu’elles ne reviennent jamais couvrir la terre. » (Ps 103/104,5.9)… « Il apaise le vacarme des mers ; le vacarme de leurs flots et la rumeur des peuples. » (Ps 64/65,8).

Dieu maîtrise tellement les éléments, dit la Bible, qu’il les met au service de son peuple : « La Mer Rouge devint une route sans obstacle, les flots impétueux une plaine verdoyante, par où tout un peuple passa, protégé par ta main. » (Sg 19,7-8). « Les eaux en te voyant, Seigneur, les eaux, en te voyant, tremblèrent, l’abîme lui-même a frémi. » (Ps 76/77,17).

Au moment même, donc, où ils posent la question « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? », les disciples ont trouvé la réponse : cet homme est un envoyé de Dieu ! Et c’est pour cela qu’ils sont, comme dit Marc, « saisis d’une grande crainte ». Jusqu’ici, ils étaient terrifiés par la tempête déchaînée, maintenant, le calme miraculeusement rétabli, ils sont remplis de la crainte qu’on éprouve en présence de Dieu.

Mais le plus surprenant de ce texte, ce n’est pas la peur des disciples : ni leur première crainte, devant la tempête, ni leur deuxième crainte, en face de celui qu’ils reconnaissent comme l’envoyé de Dieu. Le plus surprenant de ce texte, c’est la question que Jésus leur pose : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Ce qui est étonnant, c’est que cela l’étonne ! Et en plus, il fait même des reproches ! Pourtant, la peur de la tempête n’est-elle pas le commencement de la Sagesse ? Simple conscience de notre impuissance, de nos limites. Quand on se trouve sur un bateau mal maîtrisé, quand le vent commence à se lever, on a vite fait d’avoir peur ; alors quand une véritable tempête se déchaîne, cela doit être terrifiant ! Et que dire des tempêtes de nos vies et de la vie du monde ?

« Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Nous lui posons volontiers cette question ; Marc souligne ici la tentation d’interpréter le silence de Dieu comme une marque d’indifférence. Mais lui, Jésus, a l’air de dire : avoir peur, c’est manquer de foi : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Et lui, très calmement, maîtrise les éléments ; il n’a pas eu peur une seconde, parce qu’il a la foi. Il sait que son Père lui donne d’être capable de commander à la mer et au vent. Si je comprends bien, c’est notre sentiment d’impuissance lui-même qui est un manque de foi !

Il ne s’agit évidemment pas de prendre nos rêves pour des réalités et de nous croire désormais tout-puissants ; la réalité nous dissuaderait très vite. Mais il s’agit d’avoir la foi, c’est-à-dire de croire que, en Lui, désormais, nous pouvons tout ! Y compris maîtriser la mer et, ce qui est plus important encore, les forces du mal.

 

UN NOUVEAU MONDE EST DÉJÀ NÉ

« Dominez la terre et soumettez-la » a dit Dieu à l’homme et à la femme en les créant. Ce n’était pas une parole en l’air ! C’était, et donc c’est encore le projet de Dieu sur nous. Ce projet de Dieu sur l’humanité s’accomplit en Jésus-Christ ; à son tour il nous dit « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre… Allez donc ». Désormais, comme dit Paul dans la deuxième lettre aux Corinthiens, « L’amour du Christ nous saisit » (notre 2ème lecture de ce dimanche) ; désormais plus rien ne nous séparera de cet amour dans lequel nous sommes plongés depuis notre Baptême ; et s’il nous empoigne, très certainement, c’est pour nous propulser en avant. « Allez donc… » 

Il faut réentendre Paul nous dire dans la deuxième lecture : « Si quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. » Désormais, nous ne sommes plus dans la première Création. Il nous reste peut-être à prendre la mesure du bouleversement qui a été introduit dans le monde par la Résurrection du Christ. « Un nouveau monde est déjà né ». DÉJÀ ! Le chrétien, c’est quelqu’un qui dit « Désormais ! » Désormais, plus rien n’est comme avant. L’humanité est neuve, c’est comme si elle venait de naître.

Désormais nous vivons de la vie nouvelle du Ressuscité, vie faite de solidarité, de justice, de partage ; désormais nous pouvons vivre comme le Christ non pour être servis, mais pour servir ; si nous vivons greffés sur lui, nous vivons de sa vie, une vie au service des autres ; nous sommes capables, désormais, de pleurer avec ceux qui pleurent et d’affronter les mêmes combats que Jésus pour maîtriser toutes les tempêtes des hommes, le mal et la haine sous toutes ses formes. Tout chrétien peut dire comme saint Paul « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi… » Il nous suffit comme dit la lettre aux Hébreux de « garder les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de la foi et la mène à son accomplissement » (He 12,2).

Au fond, si je comprends bien, le mot « impossible » n’est pas chrétien !

Fichier audio des lectures du jour, suivies d’un commentaire de 5′ 20″ à 7′ 05″, puis de l’étape n° 4 (« La sainteté ») du parcours « Spiritualité et sainteté » proposé par le père Clément Binachon, prêtre du diocèse de Marseille.

Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.

Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista, à partir de 6’10 ».

Méditation du père Gilles.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Commentaire de La Minute-Spi.

Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.

Homélie du jour, à Notre-Dame de Paris.

Homélie de la messe du jour à Lourdes.

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

* * * * *

Je vois dans l’évangile d’aujourd’hui un contraste saisissant entre le Christ, le Roi de l’univers, et les rois (ou dirigeants de la terre :

  • le premier a pour projet de libérer l’humanité : il se fait donc serviteur et ils nous invite à ne pas être craintifs, à ne pas avoir peur.
  • les seconds cherchent à « commander en maîtres » et à « faire sentir leur pouvoir » (Mt 20, 25), et ils cherchent donc à nous rendre craintifs, ils nous incitent à avoir peur de tout un tas de menaces qu’ils créent (dans le sens d’inventer ou de générer) eux-mêmes : le Covid-19, (contre lequel « nous sommes en guerre »), le « dérèglement climatique »,  la guerre en Ukraine ou dans la bande de Gaza, le chômage, l’effondrement des retraites, la pauvreté, l’inflation, l’immigration, l’insécurité et le terrorisme,  la « destruction de la planète (terre) », etc.

Je crois que c’est presque systématiquement notre manque de liberté intérieure qui nous entraîne à exercer une contrainte sur autrui, à piétiner sa liberté extérieure et donc sa dignité. Ainsi le manque de liberté intérieure des dirigeants politiques (mus par addiction au pouvoir, à l’argent, la célébrité, les honneurs qui vont avec) les incite, à mon avis, à recourir à la contrainte contre la population.

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
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