Lectures du samedi de la 3e semaine de Carême. 14 03 2026

Lectures du samedi de la 3e semaine de Carême. 14 03 2026

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Fresque représentant le Pharisien et le Publicain réalisée par Charles Varade et Jean Sari.
Église Saint-Joseph de Marseille.
Photo de Rvalette, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité : « La dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre… ».

Première lecture

« Je veux la fidélité, non le sacrifice » (Os 6, 6).

Lecture du livre du prophète Osée (6, 1-6).

1 Venez, retournons vers le Seigneur !
il a blessé, mais il nous guérira ;
il a frappé, mais il nous soignera.
2 Après deux jours, il nous rendra la vie ;
il nous relèvera le troisième jour :
alors, nous vivrons devant sa face.

3 Efforçons-nous de connaître le Seigneur :
son lever est aussi sûr que l’aurore ;
il nous viendra comme la pluie,
l’ondée qui arrose la terre.
– Que ferai-je de toi, Éphraïm ?
4 Que ferai-je de toi, Juda ?
Votre fidélité, une brume du matin,
une rosée d’aurore qui s’en va.
5 Voilà pourquoi j’ai frappé par mes prophètes,
donné la mort par les paroles de ma bouche :
mon jugement jaillit comme la lumière.
6 Je veux la fidélité, non le sacrifice,
la connaissance de Dieu plus que les holocaustes.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut à l’occasion du 10e dimanche du temps ordinaire, année A.
Ce jour-là, l’extrait lu (Os 6, 3-6) est le même que celui d’aujourd’hui, mais amputé des 2 premiers versets.

LE DOUBLE COMBAT DES PROPHÈTES

Curieux dialogue : dans les premières phrases, c’est le peuple qui prend de belles résolutions : « Efforçons-nous de connaître le SEIGNEUR » : c’est une volonté de conversion qui est dite là, dans le sens ‘retournons vers le Seigneur, quittons nos mauvaises habitudes.’ Or on sait déjà à cette époque-là que Dieu pardonne toujours. Donc on s’encourage mutuellement, on se dit l’un à l’autre : « Son lever est aussi sûr que l’aurore, il nous viendra comme la pluie, l’ondée qui arrose la terre. »

Puis vient la réponse de Dieu, plutôt décevante à première vue : « Que ferai-je de toi, Éphraïm ? Que ferai-je de toi, Juda ? » ; apparemment, Dieu ne se contente pas de ces belles résolutions ! Mais la suite du texte dit bien ce qui ne va pas, si j’ose dire, dans l’attitude du peuple. Premier reproche : Dieu dit : « Votre fidélité, une brume du matin, une rosée d’aurore qui s’en va. » Traduisez « vos belles résolutions sont sans lendemain. » Vous retombez sans cesse dans les mêmes fautes !

Or l’enjeu est très grave : car les fautes du peuple ne sont pas des peccadilles, ce que nous appellerions des péchés véniels ; tout le livre d’Osée est traversé par deux problèmes : d’abord l’énorme problème de l’idolâtrie. Au Sinaï, pendant l’Exode, à la suite de Moïse, on avait promis de s’attacher exclusivement au Seigneur ; et on savait très bien que l’Alliance avec le Dieu des pères, celui à qui on devait la libération d’Égypte était exclusive de tout autre culte. C’était l’objet du premier commandement de Dieu : « Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. » Mais, une fois entrés en Canaan, là où on honorait les baals, on a bien souvent été tentés de conjuguer la religion de l’Alliance avec le culte des dieux cananéens que l’on pensait maîtres des forces de la nature. Pour obtenir la pluie en temps voulu, pensait-on, deux sûretés valent mieux qu’une : on peut bien offrir des sacrifices à tous les dieux ! Il était bien tentant aussi de retomber dans les pratiques divinatoires et la magie, ce qui était strictement incompatible avec la foi au Dieu de l’Alliance.

Deuxième problème, la vie sociale, le respect des autres, la justice, la non-violence. C’est la deuxième facette de l’Alliance avec Dieu et l’observance de ces commandements-là est tout aussi importante en Israël que le refus de l’idolâtrie. Car l’abandon de l’Alliance est toujours accompagné de la dégringolade morale : on revient inévitablement au chacun pour soi ; l’injustice et la violence se répandent dans toutes les couches de la société ; c’est un fait d’expérience, tout au long de l’histoire biblique : seule la fidélité scrupuleuse à la Loi de Dieu fait progresser la justice et le droit.

Tous les prophètes ont toujours été très fermes sur ces deux points ; la violence de certains de leurs propos explique la formule « J’ai frappé par mes prophètes, donné la mort par les paroles de ma bouche. » Cette véhémence des prophètes était la meilleure preuve d’amour de Dieu, car il s’agissait d’alerter, de mettre en garde ; pourquoi ? Car chaque fois que le peuple se détourne de Dieu, il fait son propre malheur.

Comme les autres prophètes, donc, Osée a combattu de toutes ses forces les permanentes retombées du peuple dans ses deux mauvaises pentes. Mais c’est sur le point de l’idolâtrie que son livre atteint des sommets de violence car Osée sait mieux que personne ce que peut être un amour trahi. Sa vie privée est un désastre, il a toujours su que sa femme le trompait et cette expérience personnelle malheureuse lui a inspiré des paroles terribles ; sa propre histoire lui est apparue comme une image trop vraie de l’histoire du peuple d’Israël tout entier.

JE VEUX LA FIDÉLITÉ, NON LE SACRIFICE

Si bien qu’il parle sans arrêt de prostitution, d’adultère, de débauche, de souillure, de trahison. Un vocabulaire qui s’applique à la fois à sa propre femme et au peuple d’Israël. Mais il parle aussi de pardon, bien sûr, puisqu’il parle au nom de Dieu. Seulement, si on prend au sérieux le pardon de Dieu, on ne peut pas se contenter d’une religion de façade. Et c’est le sens de la dernière phrase du texte d’aujourd’hui : « Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu, plus que les holocaustes. » Un peu plus loin, il dira que le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est le sacrifice des lèvres : c’est-à-dire des paroles de reconnaissance, plutôt que le sang des taureaux : « Au lieu de taureaux, nous t’offrons en sacrifice les paroles de nos lèvres. » (Os 14,3). Et l’auteur de la lettre aux Hébreux traduira : « En toute circonstance, offrons à Dieu, par Jésus, un sacrifice de louange, c’est-à-dire les paroles de nos lèvres qui proclament son nom. » (He 13,15).

Sous-entendu, il ne faudrait pas croire qu’il suffit de faire de belles célébrations pour se faire pardonner ! Les plus beaux sacrifices, (ou holocaustes), ne signifient rien si ceux qui les offrent ne s’offrent pas eux-mêmes sans réserve et n’accordent pas leur vie à la volonté de Dieu !

Une phrase comme celle-là traduit une très grande avancée dans la foi : cela veut dire que la religion d’Israël a dépassé le stade du « donnant-donnant » et qu’elle est désormais envisagée comme une véritable relation avec Dieu. Les sacrifices ne sont pas supprimés pour autant, mais, désormais, ils traduisent l’engagement du cœur et de tout l’être dans la fidélité à l’Alliance, c’est-à-dire très concrètement dans la fidélité aux commandements prescrits par Moïse. La phrase d’aujourd’hui : « Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu, plus que les holocaustes. » ne signifie pas que les sacrifices sont caducs (aucun prophète n’a imaginé qu’un jour les sacrifices pourraient être supprimés) ; cela signifie que les sacrifices n’ont pas de valeur aux yeux de Dieu, s’ils sont offerts par des cœurs de pierre, comme le dira plus tard Ézéchiel.

C’est bien le sens de la parole de Jésus rapportée par l’évangile de Matthieu (5,23-24) : « Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. »

Psaume

Psaume 50 (51), 3-4, 18-19, 20-21ab

R/ Tu veux la fidélité, Seigneur,
non le sacrifice.
(cf. Os 6, 6a)

3 Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
4 Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

18 Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas,
tu n’acceptes pas d’holocauste.
19 Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.

Accorde à Sion le bonheur,
relève les murs de Jérusalem.
Alors tu accepteras de justes sacrifices,
oblations et holocaustes sur ton autel.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du Mercredi des Cendres et du 1er dimanche de Carême, année A. Ces deux jours-là, la version proposée (Ps 50, 3-4, 4-6, 12-13, 14.17) ne comporte que la première strophe, soit les versets 3 et 4, en commun avec l’extrait lu aujourd’hui, mais les commentaires nous semblent tout de même pouvoir bien éclairer le passage d’aujourd’hui.

 

LA GRANDE DÉCOUVERTE DE DAVID

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. » Le peuple d’Israël est en pleine célébration pénitentielle au Temple de Jérusalem. Il se reconnaît pécheur, mais il sait aussi l’inépuisable miséricorde de Dieu. Et d’ailleurs, s’il est réuni pour demander pardon, c’est parce qu’il sait d’avance que le pardon est déjà accordé.

Cela avait été, rappelez-vous, la grande découverte du roi David : David avait fait venir au palais sa jolie voisine, Bethsabée ; (au passage, il ne faut pas oublier de préciser qu’elle était mariée avec un officier, Urie, qui était à ce moment-là en campagne). C’est d’ailleurs bien grâce à son absence que David avait pu convoquer la jeune femme au palais ! Quelques jours plus tard, Bethsabée avait fait dire à David qu’elle attendait un enfant de lui. Et, à ce moment-là, David avait organisé la mort au champ d’honneur du mari trompé pour pouvoir s’approprier définitivement sa femme et l’enfant qu’elle portait.

Or, et c’est là l’inattendu de Dieu, quand le prophète Nathan était allé trouver David, il n’avait pas d’abord cherché à obtenir de lui une parole de repentir, il avait commencé par lui rappeler tous les dons de Dieu et lui annoncer le pardon, avant même que David ait eu le temps de faire le moindre aveu. (2 S 12). Il lui avait dit en substance : « Regarde tout ce que Dieu t’a donné… eh bien, sais-tu, il est prêt à te donner encore tout ce que tu voudras ! »

Et, mille fois au cours de son histoire, Israël a pu vérifier que Dieu est vraiment « le SEIGNEUR miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté » selon la révélation qu’il a accordée à Moïse dans le désert (Ex 34,6).

Les prophètes, eux aussi, ont répercuté cette annonce et les quelques versets du psaume que nous venons d’entendre sont pleins de ces découvertes d’Isaïe et d’Ézéchiel. Isaïe, par exemple : « Moi, Dieu, je suis tel que j’efface, par égard pour moi, tes révoltes, que je ne garde pas tes fautes en mémoire » (Is 43,25).

Cette annonce de la gratuité du pardon de Dieu nous surprend parfois : cela paraît trop beau, peut-être ; pour certains, même, cela semble injuste : si tout est pardonnable, à quoi bon faire des efforts ? C’est oublier un peu vite, peut-être, que nous avons tous sans exception besoin de la miséricorde de Dieu ; ne nous en plaignons donc pas ! Et ne nous étonnons pas que Dieu nous surprenne, puisque, comme dit Isaïe, « les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. » Et justement, Isaïe précise que c’est en matière de pardon que Dieu nous surprend le plus.

« MOI, DIEU, JE NE GARDE PAS TES FAUTES EN MÉMOIRE »

Cela nous renvoie à la phrase de Jésus dans la parabole des ouvriers de la onzième heure : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien ? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » (Mt 20,15). On peut penser également à la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15) : lorsqu’il revient chez son père, pour des motifs pourtant pas très nobles, Jésus met sur ses lèvres une phrase du psaume 50 : « Contre toi et toi seul j’ai péché », et cette simple phrase renoue le lien que le jeune homme ingrat avait cassé.

Face à cette annonce toujours renouvelée de la miséricorde de Dieu, le peuple d’Israël, parce que c’est lui qui parle ici comme dans tous les psaumes, se reconnaît pécheur : l’aveu n’est pas détaillé, il ne l’est jamais dans les psaumes de pénitence ; mais le plus important est dit dans cette supplication « pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché … » Et Dieu qui est toute miséricorde, c’est-à-dire comme aimanté par la misère, n’attend rien d’autre que cette simple reconnaissance de notre pauvreté. Vous savez d’ailleurs, que le mot pitié est de la même racine que le mot « aumône » : littéralement, nous sommes des mendiants devant Dieu. 

Alors il nous reste deux choses à faire : tout d’abord, remercier tout simplement pour ce pardon accordé en permanence ; la louange que le peuple d’Israël adresse à son Dieu, c’est sa reconnaissance pour les bontés de Dieu dont il a été comblé depuis le début de son histoire. Ce qui montre bien que la prière la plus importante dans une célébration pénitentielle, c’est la parole de reconnaissance des dons et pardons de Dieu : il faut commencer par le contempler, lui, et ensuite seulement, cette contemplation nous ayant révélé le décalage entre lui et nous, nous pouvons nous reconnaître pécheurs. Notre rituel de la réconciliation le dit bien dans son introduction : « Nous confessons l’amour de Dieu en même temps que notre péché ».

Et le chant de reconnaissance jaillira tout seul de nos lèvres, il suffit de laisser Dieu nous ouvrir le cœur : « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange » ; certains ont reconnu ici la première phrase de la Liturgie des Heures, chaque matin, qui est tirée de ce psaume 50/51. À elle seule, elle est toute une leçon : la louange, la reconnaissance ne peuvent naître en nous que si Dieu ouvre nos cœurs et nos lèvres.

Deuxième chose à faire et que Dieu attend de nous : pardonner à notre tour, sans délai, ni conditions… et c’est tout un programme !

Commentaires de Thierry Jallas.

Nouvelle illustration de la raison pour laquelle, dans la liturgie de la messe, le psaume est appelé « psaume responsorial » : il répond à la première lecture, il est en cohérence, en correspondance avec elle. Toutes deux indiquent quels sont les sacrifices qui plaisent à Dieu (la fidélité, la connaissance de Dieu, un cœur brisé et broyé) et ceux qui lui déplaisent (les holocaustes).

Évangile

« Le publicain était devenu un homme juste, plutôt que l’autre » (Lc 18, 9-14)

Tes paroles, Seigneur, sont esprit
et elles sont vie.

Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur.
Tes paroles, Seigneur, sont esprit
et elles sont vie.
(cf. Ps 94, 8a.7d)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (18, 9-14).

    En ce temps-là,
9  à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes
    et qui méprisaient les autres,
    Jésus dit la parabole que voici :
10 « Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
    L’un était pharisien,
    et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
11 Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même :
    ‘Mon Dieu, je te rends grâce
    parce que je ne suis pas comme les autres hommes
    – ils sont voleurs, injustes, adultères –,
    ou encore comme ce publicain.
12 Je jeûne deux fois par semaine
    Et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’
13 Le publicain, lui, se tenait à distance
    et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ;
    mais il se frappait la poitrine, en disant :
    ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’
14 Je vous le déclare :
    quand ce dernier redescendit dans sa maison,
    c’est lui qui était devenu un homme juste,
    plutôt que l’autre.
    Qui s’élève sera abaissé ;
    qui s’abaisse sera élevé. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut à l’occasion du 30e dimanche du temps ordinaire, année C.

UN PUBLICAIN PENAUD

Une petite remarque préliminaire avant d’entrer dans le texte : Luc nous a bien dit qu’il s’agit d’une parabole… n’imaginons donc pas tous les pharisiens ni tous les publicains du temps de Jésus comme ceux qu’il nous présente ici ; aucun pharisien, aucun publicain ne correspondait exactement à ce signalement ; Jésus, en fait, nous décrit deux attitudes différentes, très typées, schématisées, pour faire ressortir la morale de l’histoire ; et il veut nous faire réfléchir sur notre propre attitude : nous allons découvrir probablement que nous adoptons l’une ou l’autre suivant les jours.

Venons-en à la parabole elle-même : dimanche dernier, Luc nous avait déjà donné un enseignement sur la prière ; la parabole de la veuve affrontée à un juge cynique nous apprenait qu’il faut prier sans jamais nous décourager ; aujourd’hui, c’est un publicain qui nous est donné en exemple ; quel rapport, dira-t-on, entre un publicain, riche probablement, et une veuve pauvre ? Ce n’est certainement pas le compte en banque qui est en question ici, ce sont les dispositions du cœur : la veuve est pauvre et elle est obligée de s’abaisser à quémander auprès du juge qui s’en moque éperdument ; le publicain, lui, en a peut-être plein les poches, mais sa mauvaise réputation est une autre sorte de pauvreté. 

Les publicains étaient mal vus et pour certains d’entre eux, au moins, il y avait de quoi : n’oublions pas qu’on était en période d’occupation ; les publicains étaient au service de l’occupant : c’étaient des « collaborateurs » ; de plus, ils servaient le pouvoir romain sur un point très sensible chez tous les citoyens du monde, et à toutes les époques : les impôts. Le pouvoir romain fixait la somme qu’il exigeait et les publicains la versaient d’avance ; ensuite, ils avaient pleins pouvoirs pour se rembourser sur leurs concitoyens… les mauvaises langues prétendaient qu’ils se remboursaient plus que largement. Quand Zachée promettra à Jésus de rembourser au quadruple ceux qu’il a lésés, c’est clair ! Donc quand le publicain, dans sa prière, n’ose même pas lever les yeux au ciel et se frappe la poitrine en disant « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis » il ne dit peut-être que la stricte vérité. Apparemment, ne dire que la stricte vérité, être simplement vrai devant Dieu, c’est cela et cela seulement qui nous est demandé. Être vrai devant Dieu, reconnaître notre précarité, voilà la vraie prière. Quand il repartit chez lui, « il était devenu juste », nous dit Jésus.

UN PHARISIEN CONTENT

Les pharisiens, au contraire, méritaient largement leur bonne réputation : leur fidélité scrupuleuse à la Loi, leur ascèse pour certains (jeûner deux fois par semaine, ce n’est pas rien et la Loi n’en demandait pas tant !), la pratique régulière de l’aumône traduisaient assez leur désir de plaire à Dieu. Et tout ce que le pharisien de la parabole dit dans sa prière est certainement vrai : il n’invente rien ; seulement voilà, en fait, ce n’est pas une prière : c’est une contemplation de lui-même, et une contemplation satisfaite ; il n’a besoin de rien, il ne prie pas, il se regarde. Il fait le compte de ses mérites et il en a beaucoup. Or nous avons souvent découvert dans la Bible que Dieu ne raisonne pas comme nous en termes de mérites : son amour est totalement gratuit. Il suffit que nous attendions tout de lui.

On peut imaginer un journaliste à la sortie du Temple avec un micro à la main ; il demande à chacun des deux ses impressions : Monsieur le publicain, vous attendiez quelque chose de Dieu en venant au Temple ? – OUI… – Vous avez reçu ce que vous attendiez ? – Oui et plus encore- répondra le publicain. – Et vous Monsieur le Pharisien ? – Non je n’ai rien reçu.-… Un petit silence et le pharisien ajoute : Mais… je n’attendais rien non plus.

QUI S’ABAISSE SERA ÉLEVÉ 

La dernière phrase du texte dit quelque chose du même ordre : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » : il ne faut certainement pas déduire de cette phrase que Jésus veuille nous présenter Dieu comme le distributeur de bons ou de mauvais points, le surveillant général de notre enfance, dont on avait tout avantage à être bien vu. Ici, tout simplement, Jésus fait un constat, mais un constat très profond : il nous révèle une vérité très importante de notre vie. S’élever, c’est se croire plus grand qu’on est ; dans cette parabole, c’est le cas du pharisien : et il se voit en toute bonne foi comme quelqu’un de très bien ; cela lui permet de regarder de haut tous les autres, et en particulier ce publicain peu recommandable. Luc le dit bien : « Jésus dit une parabole à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres ». Cela peut nous arriver à tous, mais justement, c’est là l’erreur : celui qui s’élève, qui se croit supérieur, perd toute chance de profiter de la richesse des autres ; vis à vis de Dieu, aussi, son cœur est fermé : Dieu ne forcera pas la porte, il respecte trop notre liberté ; et donc nous repartirons comme nous sommes venus, avec notre justice à nous qui n’a apparemment rien à voir avec celle de Dieu. Cela veut dire que le mépris pour les autres, quels qu’ils soient, nous met en grand danger ! Le mépris nous rabaisse, en somme.

S’abaisser, c’est se reconnaître tout petit, ce qui n’est que la pure vérité, et donc trouver les autres supérieurs ; Paul dit dans l’une de ses lettres « considérez tous les autres comme supérieurs à vous-mêmes » ; c’est vrai, sans chercher bien loin, tous ceux que nous rencontrons ont une supériorité sur nous, au moins sur un point… et si nous cherchons un peu, nous découvrons bien d’autres points. Et nous voilà capables de nous émerveiller de leur richesse et de puiser dedans ; vis-à-vis de Dieu, aussi, notre cœur s’ouvre et Il peut nous combler. Pas besoin d’être complexés : si on se sait tout petit, pas brillant, c’est là que la grande aventure avec Dieu peut commencer. Au fond, cette parabole est une superbe mise en images de la première béatitude : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ».

Parcours de Carême : « L’humilité qui touche Dieu ». Méditation du père Benoît de Maintenant, pour Cathoglad.

Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.

Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista, à partir de 4’16 ».

Méditation du père Gilles.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie du père Roger Wawa pour Radio-Maria-RDC.

Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.

Commentaires du frère Paul Adrien.

Homélie de la messe du jour à Lourdes.

Messe du jour à Notre-Dame de Paris.

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

* * * * *

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
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