Lectures du Vendredi saint, commentées. 03 04 2026

« Jésus devant Pilate. Premier entretien », peint entre 1886 et 1894 par James Tissot (1836–1902).
Brooklyn Museum – Aquarelle, gouache sur graphite sur papier vélin gris..
Domaine public, via Wikimedia Commons.
1ère lecture.
« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé » (Is 52, 5).
Lecture du livre du prophète Isaïe (52, 13 – 53, 12).
52,13 Mon serviteur réussira, (dit le Seigneur) ;
il montera, il s’élèvera, il sera exalté !
14 La multitude avait été consternée en le voyant,
car il était si défiguré
qu’il ne ressemblait plus à un homme ;
il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme.
15 Il étonnera de même une multitude de nations ;
devant lui les rois resteront bouche bée,
car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit,
ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.
53,1 Qui aurait cru ce que nous avons entendu ?
Le bras puissant du SEIGNEUR, à qui s’est-il révélé ?
2 Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive
une racine dans une terre aride ;
il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards,
son aspect n’avait rien pour nous plaire.
3 Méprisé, abandonné des hommes,
homme de douleurs, familier de la souffrance,
il était pareil à celui devant qui on se voile la face ;
et nous l’avons méprisé, compté pour rien.
4 En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait,
nos douleurs dont il était chargé.
Et nous, nous pensions qu’il était frappé,
meurtri par Dieu, humilié
5 Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé,
à cause de nos fautes qu’il a été broyé.
Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui :
par ses blessures, nous sommes guéris.
6 Nous étions tous errants comme des brebis,
chacun suivait son propre chemin.
Mais le SEIGNEUR a fait retomber sur lui
nos fautes à nous tous.
7 Maltraité, il s’humilie,
il n’ouvre pas la bouche :
comme un agneau conduit à l’abattoir,
comme une brebis muette devant les tondeurs,
il n’ouvre pas la bouche.
8 Arrêté, puis jugé, il a été supprimé.
Qui donc s’est inquiété de son sort ?
Il a été retranché de la terre des vivants,
frappé à mort pour les révoltes de son peuple.
9 On a placé sa tombe avec les méchants,
son tombeau avec les riches ;
et pourtant il n’avait pas commis de violence,
on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche.
10 Broyé par la souffrance, il a plu au SEIGNEUR.
S’il remet sa vie en sacrifice de réparation,
il verra une descendance, il prolongera ses jours :
par lui, ce qui plaît au SEIGNEUR réussira.
11 Par suite de ses tourments, il verra la lumière,
la connaissance le comblera.
Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes,
il se chargera de leurs fautes.
12 C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part,
avec les puissants il partagera le butin,
car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort,
et il a été compté avec les pécheurs,
alors qu’il portait le péché des multitudes
et qu’il intercédait pour les pécheurs.
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
LE SERVITEUR A « PLU » AU SEIGNEUR
Je commence par la phrase la plus difficile : « Broyé par la souffrance, [le Serviteur] a plu au SEIGNEUR. » L’horrible contresens à ne pas faire, ce serait de croire une seule seconde que Dieu puisse prendre un quelconque plaisir à la souffrance d’un homme ; c’est le Serviteur qui a plu au SEIGNEUR, c’est son attitude dans la souffrance, ce n’est pas sa souffrance en elle-même.
Le verbe « plaire » ici est un mot que l’on employait à propos des sacrifices pour dire qu’ils étaient agréés par Dieu qui, grâce à cela, donnait son absolution au peuple tout entier. C’était ce qui se passait à Jérusalem, chaque année, le jour du Grand Pardon. Lorsque les prêtres achevaient d’accomplir le sacrifice prescrit par la Loi, on savait que Dieu avait pardonné à son peuple tous ses péchés. Au moment où le prophète Isaïe prononce cette prédication sur le serviteur, il n’y a plus de temple à Jérusalem, il a été détruit par les troupes de Nabuchodonosor. Il n’y a donc plus de sacrifice non plus. Alors on peut se poser la question : il n’y aura donc plus jamais d’absolution ?
C’est à ce moment-là qu’Isaïe franchit une étape considérable dans sa compréhension du sacrifice.
On avait déjà compris que l’attitude du cœur de l’homme est plus importante que n’importe quelle offrande, si belle soit-elle. Le prophète Samuel, par exemple, disait déjà : « L’obéissance (au SEIGNEUR) vaut mieux que le sacrifice, la docilité vaut mieux que la graisse des béliers » (1 S 15,22). Désormais, maintenant qu’il n’y a plus de temple, ni de sacrifice, Isaïe vient dire : c’est l’attitude du serviteur que Dieu peut agréer comme une œuvre de réparation, d’absolution. Quelle attitude ? Broyé par la haine des hommes, le serviteur a répondu par le silence et la non-violence : « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. »
Ce qui revient à dire que le serviteur peut transformer sa souffrance en une œuvre de salut. C’est donc au sein même de sa souffrance que le serviteur peut tracer un chemin de lumière : c’est le sens de la phrase « par suite de ses tourments, il verra la lumière ».
MESSAGE DU PROPHÈTE À SON PEUPLE EN EXIL
Qui est ce « Serviteur broyé par la souffrance » ? Ce titre de « Serviteur » revient avec insistance dans les quatre textes qu’on appelle justement « les chants du Serviteur » dans le livre du deuxième Isaïe (c’est-à-dire les chapitres 40 à 55 d’Isaïe) qui prêche pendant l’Exil à Babylone. La souffrance est là pour ce peuple qui a tout perdu et qui peut aller jusqu’à se sentir abandonné de Dieu. Alors le prophète s’adresse aux exilés, le petit noyau qui essaie coûte que coûte de rester un serviteur de Dieu. Il vient leur redonner des raisons de vivre et d’espérer, des raisons de tenir le coup, malgré tout. Il vient dire : votre souffrance n’est pas inutile, elle a un sens, vous pouvez lui donner un sens. Cette souffrance que les hommes vous ont infligée, vous pouvez en faire un moyen de salut pour eux ; Dieu accepte, agrée votre attitude intérieure d’offrande comme un sacrifice et il pardonne à tous, y compris vos bourreaux. Dans sa miséricorde pour tous les hommes, Dieu accueille votre attitude intérieure d’humilité et de non-violence comme un sacrifice de réparation. Étant entendu que c’est toujours Dieu qui répare, qui pardonne.
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Psaume
PSAUME 30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25
R/ Ô Père, en tes mains
je remets mon esprit. (cf. Lc 23, 46)
2 En toi, SEIGNEUR, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
6 En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, SEIGNEUR, Dieu de vérité.
12 Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.
13 On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
14a J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.
15 Moi, je suis sûr de toi, SEIGNEUR,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
16 Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.
17 Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
25 Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le SEIGNEUR !
Psaume extraits des « Psaumes des dimanches et fêtes de l’année A, musique de Barbara Delattre », chantés par Sœur Agathe et le chœur ADF. Merci et bravo à toutes ces personnes !
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
LES CROYANTS DANS LA TOURMENTE
D’un bout à l’autre, ce psaume alterne cris de détresse et paroles de confiance. Et la phrase « Père, en tes mains, je remets mon esprit », qui fut la dernière phrase de Jésus sur la croix (d’après l’Évangile selon saint Luc) le résume assez bien. Mais, avant Jésus de Nazareth, c’est le peuple d’Israël tout entier qui s’exprime dans cette prière. Israël qui a connu au long des siècles, bien des situations de détresse. À certaines époques, sa survie même, en temps que peuple, n’était pas assurée.
Pour dire ses malheurs, Israël se compare à des personnages connus : à Job, d’abord, le grand malade, accablé de mille maux et qui sait bien que l’on parle de lui dans son dos, en supputant sur le délabrement de sa santé et l’avancement de la maladie : « Je fais peur à mes amis, s’ils me voient dans la rue, ils me fuient… On m’ignore comme un mort oublié, comme une chose qu’on jette. » Il avait eu ses heures de gloire, quand il était jeune, beau, bien portant. Maintenant, il n’intéresse plus personne, on va jusqu’à se moquer de lui : « Je suis la risée de mes adversaires et même de mes voisins. » Job décrivait longuement cette souffrance de l’abandon de ceux que l’on avait jusque-là considérés comme des amis ; curieusement, au moment de l’épreuve, quand on aurait tant besoin d’eux, ils se font très discrets, voire totalement absents. Job compare leur amitié à un torrent de montagne bondissant l’hiver, mais soudain tari l’été : « Mes frères, eux, ont trahi comme un torrent, comme le lit des torrents passagers : la glace les assombrit, sur eux s’amoncelle la neige ; mais à la saison brûlante, ils tarissent, sous l’ardeur du soleil, sur place, ils s’évaporent » (Jb 6,15-17). Mais le cri de douleur du malheureux résonne dans le vide : « Ainsi êtes-vous pour moi à présent : à ma vue, saisis d’effroi, vous êtes pris de panique » (Jb 6,21). Parfois, l’abandon est le fait des plus intimes : « Mes proches ont disparu, mes intimes m’ont oublié. Les hôtes de ma maison et mes servantes me considèrent comme un inconnu ; à leurs yeux, je suis devenu un étranger. Si j’appelle mon serviteur, il ne répond pas, je dois le supplier de ma bouche… Même les garnements ont pour moi du mépris ; si je me lève, ils parlent contre moi. Tous mes confidents m’ont en horreur, ceux que j’aimais se sont tournés contre moi » (Jb 19,14-16.18-19). Cette comparaison est très parlante pour qui connaît l’histoire des habitants de Jérusalem : on n’oubliera jamais que les peuples voisins, qui furent parfois des alliés, se sont joints aux troupes de Nabuchodonosor, au moment de la prise de Jérusalem, pour piller et saccager la ville.
Le triste sort d’Israël fait penser également à Jérémie, le prophète honni, contesté, considéré comme un oiseau de mauvais augure, pour avoir eu simplement le courage de dire à ses contemporains leurs quatre vérités. À plusieurs reprises, il a bien failli le payer de sa vie : « J’entends les calomnies de la foule : “Dénoncez-le ! Allons le dénoncer…” » (Jr 20,10). À quoi le psaume répond en écho : « J’entends les calomnies de la foule : ils s’accordent pour m’ôter la vie. »
EN TES MAINS, JE REMETS MON ESPRIT
Mais la grande richesse des croyants, lorsqu’ils sont dans la tourmente, c’est leur foi, justement, leur confiance en Dieu. « Moi, je suis sûr de toi, SEIGNEUR, je dis : “Tu es mon Dieu !” Mes jours sont dans ta main… En toi, SEIGNEUR, j’ai mon refuge. » D’où leur vient cette belle assurance, même au plus fort de leurs épreuves ? De l’expérience du Buisson ardent. Ce fut la grande découverte de Moïse : son peuple était réduit à l’esclavage en Égypte et lui-même n’était plus qu’un paria. Lui qui avait été adopté par la fille du Pharaon et avait été élevé à la cour, parmi les grands, avait dû s’enfuir au loin pour avoir tué un Égyptien qui maltraitait un Hébreu. Désormais, son avenir était aussi bouché que celui de son peuple. C’est là, dans son exil, que Dieu est venu le rejoindre ; du cœur du buisson en feu, il lui a dit cette chose incroyable, dont personne n’avait jamais eu l’idée, à savoir que Dieu se penche sur toute douleur humaine :
« J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances » (Ex 3,7). Cette phrase-là, personne en Israël, désormais, ne peut l’oublier. Nous, chrétiens, qui sommes les héritiers d’Israël, nous la gardons également comme un trésor. « Un pauvre crie, le SEIGNEUR entend » dit le psaume 33/34.
C’est pour cela que le psalmiste peut, malgré tout, garder espoir et confiance. « En toi, SEIGNEUR, j’ai mon refuge », c’est vraiment le cri du croyant. Pour retrouver des forces, pour pouvoir assumer les épreuves qui l’accablent, il sait qu’il lui suffit de s’offrir à l’action de Dieu. Moïse a rencontré Dieu quand il était au fin fond de l’humiliation, Job a rencontré Dieu quand il a enfin abandonné toute prétention, Jérémie a trouvé la force de résister à toutes les tentations de désespoir quand il s’est remis humblement à l’action de Dieu. Nous ne pouvons accueillir le secours de Dieu que dans l’humilité. « Sur ton serviteur, que s’illumine ta face », c’est la prière de celui qui s’abandonne à l’action de Dieu. « Mon Père, mon Père, je m’abandonne à toi » disait Charles de Foucauld.
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
2e lecture
Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)
Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères,
4,14 en Jésus, le Fils de Dieu,
nous avons le grand prêtre par excellence,
celui qui a traversé les cieux ;
tenons donc ferme l’affirmation de notre foi.
15 En effet, nous n’avons pas un grand prêtre
incapable de compatir à nos faiblesses,
mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses,
à notre ressemblance, excepté le péché.
16 Avançons-nous donc avec assurance
vers le Trône de la grâce,
pour obtenir miséricorde
et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.
Le Christ,
5,7 pendant les jours de sa vie dans la chair,
offrit, avec un grand cri et dans les larmes,
des prières et des supplications
à Dieu qui pouvait le sauver de la mort,
et il fut exaucé
en raison de son grand respect.
8 Bien qu’il soit le Fils,
il apprit par ses souffrances l’obéissance
9 et, conduit à sa perfection,
il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent
la cause du salut éternel.
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
« AVANÇONS-NOUS AVEC ASSURANCE VERS LE TRÔNE DE LA GRÂCE »
Dans la religion juive, le rôle des prêtres en général, et du grand prêtre en particulier, était de faire le pont entre le Dieu inaccessible et le peuple. Quand on disait « Dieu Saint », on pensait Dieu séparé, inaccessible.
On distinguait soigneusement le monde de Dieu et le monde des hommes, ce que l’on appelait le sacré et le profane. Alors, pour transmettre à ce Dieu nos prières, ou même nos actions de grâce, il fallait un médiateur, un intermédiaire, quelqu’un qui fasse le pont. (C’est de là que vient le mot « pontife », « pontifex »). Ce quelqu’un ne pouvait pas être un homme ordinaire, qui appartient au monde profane ; d’où tout le rituel de la consécration du grand prêtre ; le mot « consécration » signifiant justement séparation, mise à part. Pourtant, nous savons que déjà l’Ancien Testament avait découvert, et merveilleusement, le Dieu tout proche ; mais le chemin était à sens unique, si l’on peut dire : Dieu traversait l’abîme qui nous sépare de lui, mais pour l’homme, c’était impossible. D’où la nécessité du prêtre, mis à part pour cela.
Pour les chrétiens, au contraire, tout repose sur le mystère de l’Incarnation. Dieu s’est fait homme ; en Jésus Christ, homme et Dieu ne font qu’un. Le voilà, celui qui, réellement, efficacement, fait le pont. En lui, Dieu est venu vers l’humanité, Dieu a traversé l’abîme qui nous sépare de lui. Notre texte dit « Il a traversé les cieux. » En lui aussi, et en même temps, par sa Résurrection, un homme a traversé les cieux : pour rester dans cette image, on pourrait dire que le chemin a été fait dans les deux sens. En lui, l’humanité tient fermement une fois pour toutes la main de Dieu. Et nous, puisque nous sommes son corps, nous avons par lui accès à Dieu. Donc, c’est lui notre médiateur une fois pour toutes. Désormais, « En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence… Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde. »
Il ne nous est demandé qu’une chose, l’obéissance, c’est-à-dire la confiance. On connaît le sens de ce mot chez saint Paul, il a le même dans cette lettre aux Hébreux : il signifie confiance totale ; parce que le croyant sait que la volonté de Dieu n’est que bonne. Au cœur de la grande épreuve, il continue à faire confiance.
IL FUT EXAUCÉ EN RAISON DE SON GRAND RESPECT
Pleinement homme, donc mortel, Jésus a connu la souffrance et l’angoisse devant la mort : « Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort… »
Devant la perspective de la persécution, de la Passion, il a prié et supplié Dieu qui pouvait le faire échapper à la mort. Ici, visiblement, l’auteur fait allusion à Gethsémani : le grand cri et les larmes du Christ, sa prière et sa supplication disent son angoisse devant la mort et son désir d’y échapper.
Cet épisode de Gethsémani est rapporté par les trois Évangiles synoptiques à peu près dans les mêmes termes ; les trois évangélistes notent la tristesse et l’angoisse du Christ, en même temps que sa détermination. Saint Luc dit « Jésus priait en disant : “Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté mais la tienne” » (Lc 22,42). Que Jésus ait désiré échapper à la mort, c’est clair ; et il a dit à son Père ce désir ; mais sa prière ne s’arrête pas là ; sa prière, justement, c’est « Que ta volonté soit faite… et non la mienne. » Dans sa prière, le Christ fait passer le désir de son Père avant le sien propre. C’est cela que l’auteur de la lettre aux Hébreux appelle le « grand respect » de Jésus, sa totale confiance, le respect de la volonté de son Père.
Et parce qu’il n’a pas quitté la confiance dans le Dieu de la vie, son chemin l’a conduit à la Résurrection. « Conduit à la perfection, continue le texte, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel ». Le « salut », c’est précisément connaître Dieu tel qu’il est, le Dieu dont l’amour nous fait vivre. « Obéir » au Christ, c’est, à notre tour, lorsque nous traversons la souffrance, lui faire confiance, suivre son exemple, et donc faire confiance à la volonté du Père. À ses disciples, Jésus a donné son secret : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation » (Mc 14,38). Il ne s’agit pas de je ne sais quelle arithmétique du genre « si vous priez bien, Dieu vous évitera la tentation »… Il s’agit de la grande réalité de la prière : prier, c’est rester en contact avec Dieu, lui faire confiance ; c’est tout le contraire de la tentation, celle à laquelle pense Jésus : la tentation de soupçonner les intentions de Dieu, de penser qu’il nous veut du mal et donc de nous révolter. Suivre l’exemple du Christ, semble-t-il, c’est premièrement, oser dire à Dieu notre désir, et deuxièmement, lui faire assez confiance pour ajouter aussitôt « Cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne ! »
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Évangile.
Passion de notre Seigneur Jésus Christ.
Le Christ s’est anéanti,
prenant la condition de serviteur.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant,
jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté :
il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom (cf. Ph 2, 8-9).
Le Christ s’est anéanti,
prenant la condition de serviteur.
La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean (18, 1 – 19, 42).
Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
† = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.
L. En ce temps-là,
après le repas,
Jésus sortit avec ses disciples
et traversa le torrent du Cédron ;
il y avait là un jardin,
dans lequel il entra avec ses disciples.
Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi,
car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis.
Judas, avec un détachement de soldats
ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens,
arrive à cet endroit.
Ils avaient des lanternes, des torches et des armes.
Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver,
s’avança et leur dit :
† « Qui cherchez-vous? »
L. Ils lui répondirent :
F. « Jésus le Nazaréen. »
L. Il leur dit :
† « C’est moi, je le suis. »
L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux.
Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis »,
ils reculèrent, et ils tombèrent à terre.
Il leur demanda de nouveau :
† « Qui cherchez-vous? »
L. Ils dirent :
F. « Jésus le Nazaréen. »
L. Jésus répondit :
† « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis.
Si c’est bien moi que vous cherchez,
ceux-là, laissez-les partir. »
L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite :
« Je n’ai perdu aucun
de ceux que tu m’as donnés. »
Or Simon-Pierre
avait une épée ; il la tira,
frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite.
Le nom de ce serviteur était Malcus.
Jésus dit à Pierre :
† « Remets ton épée au fourreau.
La coupe que m’a donnée le Père,
vais-je refuser de la boire ? »
L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs
se saisirent de Jésus et le ligotèrent.
Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père
de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là.
Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil :
« Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »
Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus.
Comme ce disciple était connu du grand prêtre,
il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre.
Pierre se tenait près de la porte, dehors.
Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre –
sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte,
et fit entrer Pierre.
Cette jeune servante dit alors à Pierre :
A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? »
L. Il répondit :
D. « Non, je ne le suis pas ! »
L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ;
comme il faisait froid,
ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer.
Pierre était avec eux, en train de se chauffer.
Le grand prêtre interrogea Jésus
sur ses disciples et sur son enseignement.
Jésus lui répondit :
† « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement.
J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple,
là où tous les Juifs se réunissent,
et je n’ai jamais parlé en cachette.
Pourquoi m’interroges-tu ?
Ce que je leur ai dit, demande-le
à ceux qui m’ont entendu.
Eux savent ce que j’ai dit. »
L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus,
lui donna une gifle en disant :
A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! »
L. Jésus lui répliqua :
† « Si j’ai mal parlé,
montre ce que j’ai dit de mal.
Mais si j’ai bien parlé,
pourquoi me frappes-tu ? »
L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.
Simon-Pierre était donc en train de se chauffer.
On lui dit :
A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? »
L. Pierre le nia et dit :
D. « Non, je ne le suis pas ! »
L. Un des serviteurs du grand prêtre,
parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille,
insista :
A. « Est-ce
que moi, je ne t’ai pas vu
dans le jardin avec lui ? »
L. Encore une fois, Pierre le nia.
Et aussitôt un coq chanta.
Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire.
C’était le matin.
Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire,
pour éviter une souillure
et pouvoir manger l’agneau pascal.
Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda :
A. « Quelle accusation portez-vous
contre cet homme ? »
L. Ils lui répondirent :
F. « S’il n’était pas un malfaiteur,
nous ne t’aurions pas livré cet homme. »
L. Pilate leur dit :
A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le
suivant votre loi. »
L. Les Juifs lui dirent :
F. « Nous n’avons pas le droit
de mettre quelqu’un à mort. »
L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite
pour signifier de quel genre de mort il allait mourir.
Alors Pilate rentra dans le Prétoire ;
il appela Jésus et lui dit :
A. « Es-tu le roi des Juifs ? »
L. Jésus lui demanda :
† « Dis-tu cela de toi-même,
Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? »
L. Pilate répondit :
A. « Est-ce que je suis juif, moi ?
Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi :
qu’as-tu donc fait ? »
L. Jésus déclara :
† « Ma royauté n’est pas de ce monde ;
si ma royauté était de ce monde,
j’aurais des gardes qui se seraient battus
pour que je ne sois pas livré aux Juifs.
En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »
L. Pilate lui dit :
A. « Alors, tu es roi ? »
L. Jésus répondit :
† « C’est toi-même
qui dis que je suis roi.
Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci :
rendre témoignage à la vérité.
Quiconque appartient à la vérité
écoute ma voix. »
L. Pilate lui dit :
A. « Qu’est-ce que la vérité ? »
L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs,
et il leur déclara :
A. « Moi, je ne trouve en lui
aucun motif de condamnation.
Mais, chez vous, c’est la coutume
que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque :
voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? »
L. Alors ils répliquèrent en criant :
F. « Pas lui !
Mais Barabbas ! »
L. Or ce Barabbas était un bandit.
Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé.
Les soldats tressèrent avec des épines une couronne
qu’ils lui posèrent sur la tête ;
puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre.
Ils s’avançaient vers lui
et ils disaient :
F. « Salut à toi, roi des Juifs ! »
L. Et ils le giflaient.
Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit :
A. « Voyez, je vous l’amène dehors
pour que vous sachiez
que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. »
L. Jésus donc sortit dehors,
portant la couronne d’épines et le manteau pourpre.
Et Pilate leur déclara :
A. « Voici l’homme. »
L. Quand ils le virent,
les grands prêtres et les gardes se mirent à crier :
F. « Crucifie-le! Crucifie-le! »
L. Pilate leur dit :
A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ;
moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. »
L. Ils lui répondirent :
F. « Nous avons une Loi,
et suivant la Loi il doit mourir,
parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. »
L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte.
Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus :
A. « D’où es-tu? »
L. Jésus ne lui fit aucune réponse.
Pilate lui dit alors :
A. « Tu refuses de me parler, à moi ?
Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher,
et pouvoir de te crucifier ? »
L. Jésus répondit :
† « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi
si tu ne l’avais reçu d’en haut ;
c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi
porte un péché plus grand. »
L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ;
mais des Juifs se mirent à crier :
F. « Si tu le relâches,
tu n’es pas un ami de l’empereur.
Quiconque se fait roi
s’oppose à l’empereur. »
L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors;
il le fit asseoir sur une estrade
au lieu dit le Dallage
– en hébreu : Gabbatha.
C’était le jour de la Préparation de la Pâque,
vers la sixième heure, environ midi.
Pilate dit aux Juifs :
A. « Voici votre roi. »
L. Alors ils crièrent :
F. « À mort ! À mort !
Crucifie-le ! »
L. Pilate leur dit :
A. « Vais-je crucifier votre roi ? »
L. Les grands prêtres répondirent :
F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. »
L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié.
Ils se saisirent de Jésus.
Et lui-même, portant sa croix,
sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire),
qui se dit en hébreu Golgotha.
C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui,
un de chaque côté, et Jésus au milieu.
Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ;
il était écrit :
« Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. »
Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau,
parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville,
et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec.
Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate :
F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais :
“Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” »
L. Pilate répondit :
A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »
L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus,
ils prirent ses habits ;
ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat.
Ils prirent aussi la tunique ;
c’était une tunique sans couture,
tissée tout d’une pièce de haut en bas.
Alors ils se dirent entre eux :
A. « Ne la déchirons pas,
désignons par le sort celui qui l’aura. »
L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture :
Ils se sont partagé mes habits ;
ils ont tiré au sort mon vêtement.
C’est bien ce que firent les soldats.
Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère
et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas,
et Marie Madeleine.
Jésus, voyant sa mère,
et près d’elle le disciple qu’il aimait,
dit à sa mère :
† « Femme, voici ton fils. »
L. Puis il dit au disciple :
† « Voici ta mère. »
L. Et à partir de cette heure-là,
le disciple la prit chez lui.
Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé
pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout,
Jésus dit :
† « J’ai soif. »
L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée.
On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre
à une branche d’hysope,
et on l’approcha de sa bouche.
Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit :
† « Tout est accompli. »
L. Puis, inclinant la tête,
il remit l’esprit.
(Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.)
Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi),
il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat,
d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque.
Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps
après leur avoir brisé les jambes.
Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier,
puis de l’autre homme crucifié avec Jésus.
Quand ils arrivèrent à Jésus,
voyant qu’il était déjà mort,
ils ne lui brisèrent pas les jambes,
mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ;
et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.
Celui qui a vu rend témoignage,
et son témoignage est véridique ;
et celui-là sait qu’il dit vrai
afin que vous aussi, vous croyiez.
Cela, en effet, arriva
pour que s’accomplisse l’Écriture :
Aucun de ses os ne sera brisé.
Un autre passage de l’Écriture dit encore :
Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.
Après cela, Joseph d’Arimathie,
qui était disciple de Jésus,
mais en secret par crainte des Juifs,
demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus.
Et Pilate le permit.
Joseph vint donc enlever le corps de Jésus.
Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant
la nuit – vint lui aussi ;
il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès
pesant environ cent livres.
Ils prirent donc le corps de Jésus,
qu’ils lièrent de linges,
en employant les aromates
selon la coutume juive d’ensevelir les morts.
À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin
et, dans ce jardin, un tombeau neuf
dans lequel on n’avait encore déposé personne.
À cause de la Préparation de la Pâque juive,
et comme ce tombeau était proche,
c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Commentaires écrits de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Chaque année, le Vendredi saint, à l’église, nous lisons le récit de la Passion dans l’Évangile selon saint Jean. Mais ici, dans les quelques minutes de cette émission, je ne peux pas lire le récit de la Passion lui-même. Je vous propose de nous arrêter aux épisodes qui sont propres à Jean ; bien sûr, dans les grandes lignes, les quatre récits de la Passion sont très semblables ; mais si on regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que chacun des évangélistes a ses accents propres.
Jean a retenu, par exemple, et il est le seul des quatre évangélistes à le faire, le souci de Jésus pour l’avenir de Marie : « Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : “Femme, voici ton fils.” Puis il dit au disciple : “Voici ta mère” » (Jn 19,26-27). Ce qui, au passage, coupe court à toute supputation sur d’éventuels frères et sœurs de Jésus. Si Marie avait eu d’autres enfants, ils auraient pris soin d’elle.
La même intention de mettre les choses au point s’entend dans cet aveu de Jésus sur la croix : « J’ai soif. » En choisissant de remémorer cette phrase du mourant, peut-être Jean voulait-il répondre à certains qui osèrent imaginer que Jésus n’avait pas réellement subi la Passion.
Les autres insistances particulières à Jean nous disent la façon dont il a compris ce mystère du Messie rejeté et crucifié.
Je retiens trois moments : la comparution devant Pilate, la révélation de la royauté de Jésus, la déclaration de Jésus : « Tout est accompli. »
LA COMPARUTION DEVANT PILATE
La comparution de Jésus devant Pilate occupe une place très importante dans l’Évangile selon saint Jean : vingt-neuf versets. Cela se passe au palais d’Hérode, près de l’actuelle porte de Jaffa. On peut distinguer sept petites scènes successives. Pilate dialogue tantôt avec les Juifs au-dehors et tantôt avec Jésus à l’intérieur du prétoire. Entre Pilate et Jésus, c’est un vrai dialogue de sourds, ils ne sont pas sur la même longueur d’ondes et on a l’impression que, finalement, celui qui est en position d’autorité, c’est Jésus.
Jean note à plusieurs reprises que Jésus est le véritable maître des événements : dès son arrestation, il savait ce qui allait lui arriver, et, non seulement, il ne cherche pas à se dérober, il accepte librement.
Il l’avait dit à l’avance : « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Jn 10,17-18). Quant au dialogue entre Pilate et les Juifs, là aussi, les perspectives sont inversées. Pilate ne voit aucune raison de condamner Jésus à mort, mais les Juifs finiront par l’y contraindre au prétexte qu’en le relâchant, il se ferait le complice de ce révolutionnaire.
LA RÉVÉLATION DE LA ROYAUTÉ DE JÉSUS : LE PARADOXE DE NOS CRUCIFIX
S’il n’y avait qu’une chose à retenir du récit de Jean, c’est qu’à ses yeux, la Passion du Christ n’est pas une défaite, c’est une victoire. C’est le paradoxe de nos crucifix : pour un incroyant, le crucifix est une horreur, un instrument de supplice. Pour saint Jean, au contraire, c’est le triomphe de l’amour sur toute la haine du monde. Dans cette optique, la croix est considérée comme le lieu de la plus haute révélation du Dieu d’amour. C’est pour cette raison que les croix des premiers siècles étaient décorées, ornées de pierres précieuses.
La scène entière chez Pilate se concentre sur le titre de Jésus : se prétend-il roi oui ou non ? Le titre de roi n’aurait pas le même sens pour les autorités juives ou pour Pilate. Pour les autorités juives, c’est un titre religieux : c’est le Messie qui sera le roi des Juifs. Pour Pilate, c’est un titre politique. Si Jésus se proclame roi sans l’aval de l’empereur, c’est qu’il est en train de faire une révolution.
En amenant Jésus chez Pilate, les autorités juives savent très bien ce qu’elles font : Pilate se moque de la religion de Jésus, mais il le condamnera s’il le prend pour un opposant politique.
Pilate, lui, comprend très vite que le problème n’est pas politique et donc il serait d’avis de relâcher Jésus. Mais les autorités juives finissent par lui faire peur. S’il ne condamne pas Jésus, c’est lui-même qui est en opposition avec Rome : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur ». Et ils vont jusqu’à dire ce qui est une énormité, pire une véritable apostasie pour des Juifs : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » Ce qui est une terrible illustration des extrémités où peuvent nous entraîner nos aveuglements.
Comme il n’est pas très courageux, Pilate cède. Mais lorsqu’il ordonne la crucifixion il s’arrange bien pour ne pas en porter la responsabilité.
Jusqu’ici, les Juifs et Pilate avaient chacun leur idée de la royauté. Jésus nous en propose une troisième : « Ma royauté n’est pas de ce monde… » Sa seule puissance, ce n’est pas la pression religieuse ou politique, c’est la seule puissance de l’amour.
LA DÉCLARATION DE JÉSUS : TOUT EST ACCOMPLI.
« Tout est accompli » : cela pourrait vouloir dire tout simplement « Tout est fini ». Mais saint Jean a choisi un mot qui ne veut pas dire « terminé », mais tout est « réalisé », au sens de « mission accomplie ». C’est l’Heure de l’accomplissement du projet de Dieu. À Pilate, Jésus avait dit : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). L’Heure de la Croix est celle du parachèvement de ce témoignage : sur la Croix, les hommes verront jusqu’où Dieu aime l’humanité, jusqu’à laisser les hommes accomplir leur folie de haine et jusqu’à leur pardonner même cela. Reprenant la phrase du prophète Zacharie, Jean nous dit « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. » Alors leur cœur de pierre deviendra cœur de chair. Cela aussi, Jésus l’avait dit : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32).
Commentaires vidéo de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Homélie du père Roger Frey, dans Évangile-et-Parole-du-Jour, pour Cathoglad.
Homélie / étude biblique du père Julien Fleuy, du diocèse de Marseille, pour Culture-Bible.
Homélie de Parole-et-Évangile du jour, sur la chaîne chrétienne Media-Christa.
Homélie du père Julien Fleury, pour Culture-Bible.
Homélie du père Nicolas Esnault (Église catholique en pays de Redon) à l’occasion du Jeudi Saint, le 9 avril 2020.
Homélie du père Pierre de Marolles, OP.
Homélie de , pour le Jour-du-Seigneur, le
Homélie du père Gilles.
Commentaires de Parole-et-Évangile-du-Jour, sur la chaîne Media-Christa.
Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? »
Homélie de Mgr Michel Aupetit.
Commentaires du père Hervé-Marie Hignard.
Homélie du frère Thibaut du Pontavice, dans l’église de Cancale, le
Homélie du frère Thibaut du Pontavice, dans l’église de .
Homélie du frère Thibaut du Pontavice à la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de Rennes le jeudi 30 mars 2018.
Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes).
Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.
Homélie prononcée par le père Achille José Bessala Nkomo FM, pour Magnificat-TV.
Homélie du père Guillaume Soury-Lavergne, le 6 avril 2023.
Commentaires de padre Joseph.
Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC.
Homélie du père
Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
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Commentaires vidéo complets (4 lectures) de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
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