Lectures du mercredi de la 2e semaine de Pâques, commentées. 15 avril 2026

Lectures du mercredi de la 2e semaine de Pâques, commentées. 15 avril 2026

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(1)

« Entretien de Jésus et Nicodème », peint entre 1886 et 1894 par James Tissot (1836–1902).
Brooklyn Museum – Aquarelle, gouache sur graphite sur papier vélin gris.
Domaine public, via Wikimedia Commons.

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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la (conscience et de la) liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.
1ère lecture : « Les hommes que vous aviez mis en prison, voilà qu’ils se tiennent dans le Temple et enseignent le peuple ! » (Ac 5, 17-26).
« Les hommes que vous aviez mis en prison, voilà qu’ils se tiennent dans le Temple et enseignent le peuple ! »

Lecture du livre des Actes des Apôtres (5, 17-26).

     En ces jours-là,
17 intervint le grand prêtre, ainsi que tout son entourage,
     c’est-à-dire le groupe des sadducéens,
     qui étaient remplis d’une ardeur jalouse pour la Loi.
18 Ils mirent la main sur les Apôtres
     et les placèrent publiquement sous bonne garde.
19 Mais, pendant la nuit, l’ange du Seigneur
     ouvrit les portes de la prison et les fit sortir.
     Il leur dit :
20 « Partez, tenez-vous dans le Temple
     et là, dites au peuple toutes ces paroles de vie. »
21 Ils l’écoutèrent ;
     dès l’aurore, ils entrèrent dans le Temple,
     et là, ils enseignaient.
     Alors arriva le grand prêtre, ainsi que son entourage.
     Ils convoquèrent le Conseil suprême,
     toute l’assemblée des anciens d’Israël,
     et ils envoyèrent chercher les Apôtres dans leur cachot.
22 En arrivant, les gardes ne les trouvèrent pas à la prison.
     Ils revinrent donc annoncer :
23 « Nous avons trouvé le cachot parfaitement verrouillé,
     et les gardes en faction devant les portes ;
     mais, quand nous avons ouvert,
     nous n’avons trouvé personne à l’intérieur. »
24 Ayant entendu ce rapport,
     le commandant du Temple et les grands prêtres, tout perplexes,
     se demandaient ce qu’il adviendrait de cette affaire.
25 Là-dessus, quelqu’un vient leur annoncer :
     « Les hommes que vous aviez mis en prison,
     voilà qu’ils se tiennent dans le Temple
     et enseignent le peuple ! »
26 Alors, le commandant partit avec son escorte
     pour les ramener, mais sans violence,
     parce qu’ils avaient peur d’être lapidés par le peuple.

PSAUME

Psaume 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7, 8-9

R/ Un pauvre crie ;
le Seigneur entend.
ou : Alléluia !
(33, 7a)

2   Je bénirai le SEIGNEUR en tout temps,
     sa louange sans cesse à mes lèvres.
3   Je me glorifierai dans le SEIGNEUR :
     que les pauvres m’entendent et soient en fête !

4   Magnifiez avec moi le SEIGNEUR,
     exaltons tous ensemble son Nom.
5   Je cherche le SEIGNEUR, il me répond ;
     de toutes mes frayeurs, il me délivre.   

6   Qui regarde vers lui resplendira,
     sans ombre ni trouble au visage.
7   Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend :
     il le sauve de toutes ses angoisses.

8   L’ange du SEIGNEUR campe alentour
     pour libérer ceux qui le craignent.
9   Goûtez et voyez ; le SEIGNEUR est bon !
     Heureux qui trouve en lui son refuge !

Psaume 92 « Un pauvre crie, le Seigneur entend », version de Jean-Paul Lécot (incomplet et suivi de l’acclamation de l’évangile) :

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 19e dimanche du temps ordinaire , année B.

UN PAUVRE CRIE ; LE SEIGNEUR ENTEND

Une fois de plus, on remarquera le parallélisme : chaque verset est construit en deux lignes qui se répondent ; l’idéal serait de le chanter à deux chœurs alternés, ligne par ligne. D’autre part, voilà encore un psaume alphabétique : non seulement il comporte vingt-deux versets, vingt-deux étant le nombre de lettres de l’alphabet hébreu, mais en plus, il est ce qu’on appelle en poésie un acrostiche : l’alphabet est écrit verticalement dans la marge en face du psaume, une lettre devant chaque verset, dans l’ordre… et chaque verset commence par la lettre qui lui correspond dans la marge ; ce procédé, assez fréquent dans les psaumes, indique toujours qu’on se trouve en présence d’un psaume d’action de grâces pour l’Alliance. D’ailleurs, le vocabulaire de l’action de grâce est omniprésent dans ce psaume, ne serait-ce que dans les premiers versets ! Il faut laisser résonner cette foison de mots : « Bénir, louange, glorifier, fête, magnifier, exalter, resplendir » ! « Je bénirai le SEIGNEUR en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres. Je me glorifierai dans le SEIGNEUR… Magnifiez avec moi le SEIGNEUR, exaltons tous ensemble son Nom… Qui regarde vers lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage. »

Autre particularité du vocabulaire biblique : « Qui regarde vers lui resplendira » ; l’expression « regarder vers », on trouve aussi parfois « lever les yeux vers » est l’expression de l’adoration rendue à celui qu’on reconnaît comme Dieu. C’est toute l’expérience d’Israël qui parle ici, témoin de l’œuvre de Dieu : un Dieu qui « répond, délivre, entend, sauve… » ; « Je cherche le SEIGNEUR, il me répond ; de toutes mes frayeurs, il me délivre… Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend : il le sauve de toutes ses angoisses. » Cette attention de Dieu pour celui qui souffre est inscrite dans l’épisode du buisson ardent : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte… j’ai entendu ses cris… Oui, je connais ses souffrances… » (Ex 3,7).

Le prophète Élie, lui aussi, a expérimenté cette sollicitude de Dieu : dans la première lecture, nous l’avons vu, fuyant la reine Jézabel, qui voulait sa mort. Il était découragé, dégoûté de la vie et peut-être surtout de lui-même, au point de dire : « Maintenant, SEIGNEUR, c’en est trop ! Reprends ma vie : Je ne vaux pas mieux que mes pères. » Et Dieu est venu à son secours pour lui redonner des forces pour la suite ; pendant qu’il dormait, « un ange le toucha et lui dit : « ‘Lève-toi et mange !’ Il regarda, et il y avait près de sa tête une galette cuite sur des pierres brûlantes et une cruche d’eau. Il mangea, il but, et se rendormit. Une seconde fois, l’Ange du SEIGNEUR le toucha et lui dit : ‘Lève-toi et mange, car il est long, le chemin qui te reste.’ »

Dans toute son histoire, le peuple d’Israël tout entier est lui-même ce pauvre qui a fait l’expérience de la miséricorde de Dieu : quand il chante le psaume 33/34 « Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend : il le sauve de toutes ses angoisses », c’est le peuple d’Israël tout entier qui parle d’abord de lui. Mais ce psaume l’invite aussi à élargir les horizons, car il dit bien « Un pauvre crie », c’est-à-dire n’importe quel pauvre, n’importe où sur la planète.

À L’IMAGE DE DIEU, ENTENDRE LE CRI DES PAUVRES

Du coup, Israël découvre sa vocation : elle est double. Premièrement, il doit être le peuple qui enseigne à tous les humbles du monde la confiance ! La foi apparaît alors comme un dialogue entre Dieu et l’homme : l’homme crie sa détresse vers Dieu … Dieu l’entend… Dieu le libère, le sauve, vient à son secours… et l’homme reprend la parole, cette fois pour rendre grâce : si on y réfléchit, la prière comprend toujours ce double mouvement de demande, et de louange… d’abord l’appel au secours et l’intervention de Dieu : « Je cherche le SEIGNEUR, il me répond ; de toutes mes frayeurs, il me délivre… » Puis l’action de grâce : « Magnifiez avec moi le SEIGNEUR, exaltons tous ensemble son Nom. »

Le deuxième aspect de la vocation du peuple d’Israël, c’est de seconder l’œuvre de Dieu : de même que Moïse ou Josué ont été les instruments de Dieu libérant son peuple et l’introduisant dans la Terre promise, Israël est invité à être lui-même l’oreille ouverte aux pauvres et l’instrument de la sollicitude de Dieu pour eux. La vocation d’Israël au long des siècles sera de faire retentir ce cri, il faudrait dire cette polyphonie mêlée de souffrance, de louange et d’espoir. Et aussi de tout faire pour soulager les innombrables formes de pauvreté.

Ceci nous permet peut-être de mieux entendre cette fameuse béatitude de la pauvreté exprimée chez Luc par la phrase : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. » (Lc 6,20) et ici : « que les pauvres m’entendent et soient en fête ! » (Ce qui prouve une fois de plus au passage que Jésus était profondément inséré dans les manières de parler et le vocabulaire de ses pères en Israël). Dans cette « Béatitude de la pauvreté », on peut entendre au moins deux choses : premièrement, ‘réjouissez-vous, Dieu n’est pas sourd, il va intervenir… et il a choisi des instruments sur cette terre pour venir à votre secours.’ Deuxièmement, « Heureux les pauvres de cœur » : ceux qui acceptent de se reconnaître tout-petits, et qui osent appeler Dieu à leur secours. Car Dieu seul peut nous donner la force nécessaire pour soulager nos frères.

Comme dit Jésus dans l’évangile de saint Matthieu « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5,3).

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion de la solennité de Saint-Pierre-et-Saint-Paul.

« L’ange du SEIGNEUR campe à l’entour, pour libérer ceux qui le craignent. » Évidemment, on ne s’étonne pas de chanter ce psaume après avoir entendu le récit de la délivrance miraculeuse de Pierre de la prison de Jérusalem. Le livre des Actes nous dit que tout l’entourage de Pierre, toute la jeune Église était en prière : « Tandis que Pierre était détenu, l’Église priait pour lui devant Dieu avec insistance. »

« Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend… »  La foi, c’est cela : oser crier vers Dieu et savoir en toutes circonstances qu’il entend notre cri. Le Seigneur a bien entendu le cri de la communauté et Pierre a été délivré.

Mais, sans faire de mauvais esprit, il faut bien reconnaître que Jésus sur la croix n’a pas échappé à la mort et que Pierre lui-même, sera quelques années plus tard emprisonné à Rome et exécuté. Alors est-ce que le Seigneur n’entendait plus ?

C’est une question qui revient souvent dans nos vies : où est Dieu quand nous souffrons ? À quoi sert de prier ? Si nous ne sommes pas exaucés comme nous voudrions, est-ce parce que nous aurions mal prié ? Ou pas assez ? Et il se trouve malheureusement toujours des voisins pour nous dire que si nous prions bien, tout va s’arranger… Or il faut bien reconnaître que ce n’est pas toujours le cas. Combien de croyants ont prié, fait des neuvaines, des pèlerinages pour obtenir une guérison, par exemple, et la guérison n’est pas venue.

Il me semble que la réponse à nos questions sur la prière tient en trois points : premièrement, oui, Dieu entend nos cris ; deuxièmement, il nous répond en nous donnant son Esprit ; troisièmement, il suscite auprès de nous des frères.

Premièrement, Dieu entend nos cris : rappelez-vous l’épisode du buisson ardent au chapitre 3 du livre de l’Exode : « Dieu dit à Moïse : Oui, vraiment, j’ai vu la misère de mon peuple en Égypte, et je l’ai entendu crier sous les coups de ses gardes-chiourme. Oui, je connais ses souffrances. » Le croyant, c’est celui, justement, qui sait à tout instant que le Seigneur est proche de nous, dans la souffrance, qu’il est « de notre côté » : ce que dit notre psaume 33/34 à sa manière : « Je cherche le SEIGNEUR, il me répond… il me délivre. Il entend, il sauve, son ange campe alentour, il libère ceux qui le craignent, il est un refuge. »

Deuxièmement, Dieu nous répond en nous donnant son Esprit : c’est le sens du fameux passage de saint Luc « frappez, on vous ouvrira »… Nous ne le lisons pas toujours jusqu’au bout et nous sommes tentés d’en déduire que tout devrait s’arranger si nous priions comme il faut ; mais ce n’est pas cela que Jésus promet : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe, on ouvrira. Quel père, parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu de poisson ? Ou encore, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui lui demandent. » (Lc 11, 9-13).

Quand nous prions, nous dit Luc, Dieu ne fait pas disparaître tout souci comme par un coup de baguette magique, mais il nous remplit de son Esprit, et alors, avec l’Esprit de Dieu, nous pouvons affronter les épreuves de notre vie. Toute prière nous ouvre à l’action transformante de l’Esprit ; la réponse de Dieu à notre cri, c’est de susciter en nous la force nécessaire pour modifier la situation, pour nous aider à passer le cap. Nous ne sommes plus seuls, et nous sommes réellement délivrés de nos angoisses. « Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend : il le sauve de toutes ses angoisses… Je cherche le SEIGNEUR, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre. » Quels que soient les coups, le croyant sait que le Seigneur l’entend crier… et son  angoisse peut disparaître.

Troisièmement, Dieu suscite auprès de nous des frères. C’est la deuxième leçon du buisson ardent : quand Dieu dit à Moïse « Oui, vraiment, j’ai vu la misère de mon peuple en Égypte, et je l’ai entendu crier sous les coups… Oui, je connais ses souffrances… », il suscite en même temps chez Moïse l’élan nécessaire pour entreprendre la libération du peuple.

« Et maintenant, puisque le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi, puisque j’ai vu le poids que les Égyptiens font peser sur eux, va, maintenant ; je t’envoie vers Pharaon, fais sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » (Ex 3, 9-10).

Le peuple d’Israël, et c’est lui, d’abord, comme toujours, qui parle dans ce psaume, a vécu de nombreuses fois cette expérience : de la souffrance, du cri, de la prière ; et chaque fois, il peut en témoigner, Dieu a suscité les prophètes, les chefs dont il avait besoin pour prendre son destin en main. Et c’est bien l’expérience historique d’Israël qui est dite ici.

La foi apparaît alors comme un double cri de l’homme : l’homme crie sa détresse vers Dieu, comme Job… Dieu l’entend, le libère de son angoisse… et l’homme reprend la parole, cette fois pour rendre grâce. La vocation d’Israël, tout au long des siècles, a été de faire retentir ce cri, cette polyphonie, pourrait-on dire, mêlée de souffrance, de louange et d’espoir. À travers les vicissitudes de son histoire, rien n’a pu faire taire l’espoir d’Israël. C’est cela justement qui caractérise le croyant.

« Je bénirai le SEIGNEUR en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres. Je me glorifierai dans le SEIGNEUR : que les pauvres m’entendent et soient en fête ! »

« Dieu a envoyé son Fils dans le monde, pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-21)

Alléluia. Alléluia.
Dieu a tellement aimé le monde
qu’il a donné son Fils unique,
afin que ceux qui croient en Lui aient la vie éternelle.
Alléluia. (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (3, 16-21).

     En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème :
16 « Dieu a tellement aimé le monde
     qu’il a donné son Fils unique,
     afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,
     mais obtienne la vie éternelle.
17 Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde,
     non pas pour juger le monde,
     mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
18 Celui qui croit en lui échappe au Jugement ;
     celui qui ne croit pas est déjà jugé,
     du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
19 Et le Jugement, le voici :
     la lumière est venue dans le monde,
     et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière,
     parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
20 Celui qui fait le mal déteste la lumière :
     il ne vient pas à la lumière,
     de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ;
21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière,
     pour qu’il soit manifesté
     que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 4e dimanche de Carême, année B.

Ce jour-là, le passage lu est le même qu’aujourd’hui, complété des versets 14 et 15.

14 De même que le serpent de bronze
     fut élevé par Moïse dans le désert,
     ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
15 afin qu’en lui tout homme qui croit
     ait la vie éternelle.
16 Car Dieu a tellement aimé le monde

LE SERPENT DE BRONZE

Commençons par l’épisode du serpent de bronze ; cela se passe dans le désert du Sinaï pendant l’Exode à la suite de Moïse. Les Hébreux étaient assaillis par des serpents venimeux ; et comme ils n’ont pas la conscience très tranquille (parce qu’une fois de plus ils ont « récriminé », « murmuré », comme dit souvent le livre de l’Exode), ils sont convaincus que c’est une punition du Dieu de Moïse ; ils vont donc supplier Moïse d’intercéder pour eux : « Le peuple vint trouver Moïse en disant : Nous avons péché en critiquant le SEIGNEUR et en te critiquant ; intercède auprès du SEIGNEUR pour qu’il éloigne de nous les serpents ! »

Dans ces cas-là, d’habitude, il y avait une coutume qui consistait à dresser un serpent de bronze sur une perche. Ce serpent de bronze représentait le dieu guérisseur. Quand un homme était mordu par un serpent, on était convaincu qu’il suffisait de lever les yeux vers le serpent pour être guéri.

À notre grand étonnement, quand les gens vont trouver Moïse pour se plaindre des serpents, il conseille de faire comme d’habitude : « Moïse intercéda pour le peuple et le SEIGNEUR lui dit : ‘Fais faire un serpent brûlant (c’est-à-dire venimeux) et fixe-le à une hampe : quiconque aura été mordu et le regardera aura la vie sauve.’ Moïse fit un serpent d’airain et le fixa à une hampe ; et lorsqu’un serpent mordait un homme, celui-ci regardait le serpent d’airain et il avait la vie sauve. » (Nb 21, 7-9).

À première vue, nous sommes en pleine magie, en fait, c’est juste le contraire : Moïse transforme ce qui était jusqu’ici un acte magique en acte de foi. Une fois de plus, comme il l’a fait pour des quantités de rites, Moïse ne brusque pas le peuple, il ne part pas en guerre contre leurs coutumes ; il leur dit : « Faites bien tout comme vous avez l’habitude de faire, mais ne vous trompez pas de dieu, il n’existe qu’un seul Dieu, celui qui vous a libérés d’Égypte. Faites-vous un serpent, et regardez-le : (en langage biblique, « regarder » veut dire « adorer ») ; mais sachez que celui qui vous guérit, c’est le Seigneur, ce n’est pas le serpent. Quand vous regardez le serpent, que votre adoration s’adresse au Dieu de l’Alliance et à personne d’autre, surtout pas à un objet sorti de vos mains ».

Jésus reprend cet exemple à son propre compte : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle ». De la même manière qu’il suffisait de lever les yeux avec foi vers le Dieu de l’Alliance pour être guéri physiquement, désormais, il suffit de lever les yeux avec foi vers le Christ en croix pour obtenir la guérison spirituelle.

ILS LÈVERONT LES YEUX VERS CELUI QU’ILS ONT TRANSPERCÉ 

C’est le même Jean qui dira, au moment de la crucifixion du Christ : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19,37). Ils « lèveront les yeux », cela veut dire « ils croiront en Lui, ils reconnaîtront en lui l’amour même de Dieu ». Une fois de plus, Jean insiste sur la foi : car nous restons libres ; face à la proposition d’amour de Dieu, notre réponse peut être celle de l’accueil (ce que Jean appelle la foi) ou du refus ; comme il le dit dans le Prologue de son évangile, « Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jn 1, 9-12).

Dans le texte d’aujourd’hui, Jésus lui-même reprend ce thème avec force : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. » À noter que le mot « croire » revient cinq fois dans ce passage.

Mais en même temps que Jésus fait un rapprochement entre le serpent de bronze élevé dans le désert et sa propre élévation sur la croix, il manifeste le saut formidable entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Jésus accomplit, certes, mais tout en lui prend une nouvelle dimension. Tout d’abord, dans le désert, seul le peuple de l’Alliance était concerné ; désormais, en Jésus, c’est tout homme, c’est le monde entier, qui est invité à croire pour vivre. Deux fois il répète « Tout homme qui croit en lui obtiendra la vie éternelle ». Ensuite, il ne s’agit plus de guérison extérieure, il s’agit désormais de la conversion de l’homme en profondeur ; quand Jean, au moment de la crucifixion du Christ, écrit : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19,37), il cite une phrase du prophète Zacharie qui dit bien en quoi consiste cette transformation de l’homme, ce salut que Jésus nous apporte : « Ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem, un esprit de bonne volonté et de supplication. Alors ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé » (Za 12,10). L’esprit de bonne volonté et de supplication, c’est tout le contraire des récriminations (ou des murmures) du désert, c’est l’homme enfin convaincu de l’amour de Dieu pour lui.

Visiblement, pour la première génération chrétienne, la croix était regardée non comme un instrument de supplice, mais comme la plus belle preuve de l’amour de Dieu. Comme dit Paul, « Nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens… Mais ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Co 1, 23-25).

Il y a donc deux manières de regarder la croix du Christ : elle est, c’est vrai, la preuve de la haine et de la cruauté de l’homme, mais elle est bien plus encore l’emblème de la douceur et du pardon du Christ ; il accepte de la subir pour nous montrer jusqu’où va l’amour de Dieu pour l’humanité. La croix est le lieu même de la manifestation de l’amour de Dieu : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).

Sur le Christ en croix, nous lisons la tendresse de Dieu, quelle que soit la haine des hommes. Et cet amour est contagieux : en le regardant, nous sommes invités à le refléter.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion de la solennité de la Sainte-Trinité, année A.

Ce jour-là, le passage lu est réduit aux seuls versets 16 à 18.

DIEU A TELLEMENT AIMÉ LE MONDE QU’IL A DONNÉ SON FILS UNIQUE 

« Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique » ; c’est le grand passage de l’Ancien Testament au Nouveau Testament qui est dit là. Dieu aime le monde, c’est-à-dire l’humanité : on le savait déjà dans l’Ancien Testament ; c’était même la grande découverte du peuple d’Israël. La grande nouveauté du Nouveau Testament, c’est le don du Fils pour le salut de tous les hommes.

« Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Si je comprends bien, il suffit de croire en lui pour être sauvé. Voilà la grande nouvelle de l’évangile, et de celui de Jean en particulier ; voici ce qu’il dit dans le Prologue : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. » (Jn 1,12). Et encore un peu plus loin au chapitre 3, Jean rapporte cette parole de Jésus : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jn 3,36 // 6,47).

Et quand il dit « vie éternelle », Jésus évoque autre chose que la vie biologique, bien sûr, il parle de cette autre dimension de la vie qu’est la vie de l’Esprit en nous, celle qui nous a été insufflée au jour de notre Baptême. (Jn 5,24 ; 11,26) ; pour lui, c’est cela le salut. Être sauvé, au sens biblique, c’est vivre en paix avec soi et avec les autres, c’est vivre en frères des hommes et en fils de Dieu. Pour cela, il suffit, nous dit Jésus, de nous tourner vers lui. Pour pouvoir être en permanence inspiré par son Esprit qui nous souffle des comportements de frères et de fils.

Pour parler à la manière de la Bible, on dira : « Il suffit de lever les yeux vers Jésus pour être sauvé. » C’est une nouvelle extraordinaire, si on veut bien la prendre au sérieux ! Il nous suffit de nous tourner vers lui, et d’accepter de le laisser transformer nos cœurs de pierre en cœurs de chair.

SUR LE VISAGE DU CRUCIFIÉ, L’HUMANITÉ DÉCOUVRE ENFIN LE VRAI VISAGE DU DIEU

Pourquoi ? Parce que sur le visage du crucifié, qui donne sa vie librement, l’humanité découvre enfin le vrai visage du Dieu de tendresse et de pardon, à l’opposé du Dieu dominateur et vengeur que nous imaginons parfois malgré nous. « Celui qui m’a vu a vu le Père » dit Jésus à ses disciples dans le même évangile de Jean (Jn 14,9).

La seule chose qui nous est demandée, c’est de croire en Dieu qui sauve pour être sauvés, de croire en Dieu qui libère pour être libérés. Il nous suffit de lever vers Jésus un regard de foi pour être sauvés. C’est ce regard de foi, et lui seul, qui permet à Jésus de nous sauver. Et là, on ne peut pas ne pas penser à toutes les fois dans les évangiles où Jésus relève quelqu’un en lui disant « Ta foi t’a sauvé ».1

Cette annonce de Jésus, dans son entretien avec Nicodème, Jean la médite au pied de la Croix. C’est là que lui revient en mémoire une prophétie de Zacharie qui annonçait le salut et la conversion de Jérusalem à la suite de la mort d’un homme aimé comme un « fils unique » : « Je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication. Ils regarderont vers moi. Celui qu’ils ont transpercé, ils feront une lamentation sur lui, comme on se lamente sur un fils unique ; ils pleureront sur lui amèrement, comme on pleure sur un premier-né́…Ce jour-là̀, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leur péché́ et de leur souillure. » (Za 12,10…13,1).

Je pense que, pour Saint Jean, cette prophétie de Zacharie est une lumière très importante ; quand il médite sur le mystère du salut accompli par Jésus-Christ, c’est à elle qu’il se réfère. On la retrouve dans l’Apocalypse : « Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. »  (Ap 1,7).

LA VIE ÉTERNELLE, C’EST CONNAÎTRE DIEU ET SON ENVOYÉ, JÉSUS-CHRIST 

Et, du coup, nous comprenons mieux l’expression « fils unique » : « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique ». Déjà, au tout début de l’évangile, Jean en avait parlé : « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il il tient de son Père, comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jn 1,14). Il est l’unique parce qu’il est la plénitude de la grâce et de la vérité ; il est l’unique, aussi, au sens de Zacharie, parce qu’il est l’unique source de vie éternelle ; il suffit de lever les yeux vers lui pour être sauvé ; il est l’unique, enfin, parce que c’est lui qui prend la tête de l’humanité nouvelle. Là encore je retrouve Paul : le projet de Dieu c’est que l’humanité tout entière soit réunie en Jésus et vive de sa vie qui est l’entrée dans la communion d’amour de la Trinité. C’est cela qu’il appelle le salut, ou la vie éternelle ; c’est-à-dire la vraie vie ; non pas une vie après la vie, mais une autre dimension de la vie, dès ici-bas. Ailleurs Saint Jean le dit bien : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » (Jn 17,3) ; et connaître Dieu, c’est savoir qu’Il est  miséricorde.

Et c’est cela le sens de l’expression « échapper au jugement », c’est-à-dire à la séparation : il nous suffit de croire à la miséricorde de Dieu pour y entrer. Je prends un exemple : si j’ai blessé quelqu’un, et que je crois qu’il peut me pardonner, je vais me précipiter dans ses bras et nous pourrons nous réconcilier ; mais si je ne crois pas qu’il puisse me pardonner, je vais rester avec le poids de mon remords ; comme dit le psaume 51/50 : « ma faute est devant moi sans relâche » ; c’est devant moi qu’elle est sans relâche ; mais il nous suffit de sortir de nous-mêmes et de croire au pardon de Dieu pour être pardonnés.

Il nous suffit donc de croire pour être sauvés mais nous ne serons pas sauvés malgré nous ; nous restons libres de ne pas croire, mais alors nous nous condamnons nous-mêmes : « Celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » Mais « Celui qui croit en lui échappe au jugement » ; c’est bien ce qu’a fait le bon larron : sa vie n’avait rien d’exemplaire mais il a levé les yeux sur celui que les hommes ont transpercé ; et en réponse, il a entendu la phrase que nous rêvons tous d’entendre « Aujourd’hui même tu seras avec moi dans le Paradis ».
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Note

1 – Le mot « croire », Chouraqui le traduit par « adhérer » : il ne s’agit donc pas d’une opinion ; croire, chez Jean, a un sens très fort ; adhérer à Jésus, c’est être greffé sur lui, inséparable de lui. Ce n’est pas un hasard si c’est le même Jean qui évoque l’image de la vigne et des sarments. Saint Paul, lui, emploie l’image de la tête et des membres.

Complément 

– Une fois de plus, Paul est très proche de Jean : « Si, de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. » (Romains 10,9).

Homélie / étude biblique du père Julien Fleuy, du diocèse de Marseille, pour Culture-Bible.

Commentaire de Columba Marmion, dans Évangile-et-Parole-du-Jour, pour Cathoglad.

Homélie de Mgr Michel Aupetit.

Commentaires du père Hervé-Marie Hignard.

Homélie du frère Thibaut du Pontavice, dans l’église de Cancale, le

Homélie du frère Thibaut du Pontavice  à la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de Rennes le

Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? »

Homélie de        ,  pour le Jour-du-Seigneur, le

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie prononcée par le père Achille José Bessala Nkomo FM, pour Magnificat-TV.

Commentaires de Parole-et-Évangile-du-Jour, sur la chaîne chrétienne Media-Christa.

Homélie sur la chaîne Liturgie-&-Vie.

Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC.

Homélie du père Gilles.

Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes)

Commentaires de padre Joseph.

Homélie à Notre-Dame de Paris.

Homélie de  à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, le.

Homélie de , à la grotte de Massabielle, à Lourdes.

Homélie à la basilique du Sacré-Cœur, à Paris.

Homélie du père , à Notre-Dame du Laus.

Homélie de   à Notre-Dame-de-la-Garde (Marseille).

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
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Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

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