Lectures du lundi de la 27e semaine du temps ordinaire, année paire, commentées. 5 octobre 2026.

Lectures du lundi de la 27e semaine du temps ordinaire, année paire, commentées. 5 octobre 2026.

« Le Bon Samaritain», peint entre 1886 et 1894 par James Tissot (1836–1902) – Musée de Brooklyn. Domaine public, via Wikimedia Commons.
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« Le Bon Samaritain», peint entre 1886 et 1894 par James Tissot (1836–1902) – Musée de Brooklyn.
Domaine public, via Wikimedia Commons.

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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la (conscience et de la) liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.
1ère lecture : « L’Évangile que j’ai proclamé, ce n’est pas d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ » (Ga 1, 6-12).
« L’Évangile que j’ai proclamé, ce n’est pas d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ » (Ga 1, 11-12).

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates (1, 6-12).

Frères,
6  je m’étonne que vous abandonniez si vite
celui qui vous a appelés par la grâce du Christ,
et que vous passiez à un Évangile différent.
7  Ce n’en est pas un autre :
il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous
et qui veulent changer l’Évangile du Christ.
 8 Pourtant, si nous-mêmes, ou si un ange du ciel
vous annonçait un Évangile
différent de celui que nous vous avons annoncé,
qu’il soit anathème !
9  Nous l’avons déjà dit, et je le répète encore :
si quelqu’un vous annonce
un Évangile différent de celui que vous avez reçu,
qu’il soit anathème !
10  Maintenant, est-ce par des hommes ou par Dieu
que je veux me faire approuver ?
Est-ce donc à des hommes que je cherche à plaire ?
Si j’en étais encore à plaire à des hommes,
je ne serais pas serviteur du Christ.
11  Frères, je tiens à ce que vous le sachiez,
l’Évangile que j’ai proclamé
n’est pas une invention humaine.
12  Ce n’est pas non plus d’un homme
que je l’ai reçu ou appris,
mais par révélation de Jésus Christ.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 9e dimanche du temps ordinaire, année C. Ce jour-là (très rare : sa prochaine occurrence est le 3 juin 2046 !), le texte lu (Ga 1, 1-2.6-10) a 5 versets (6-10) en commun avec la lecture d’aujourd’hui.
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1   Paul, apôtre,
– envoyé non par des hommes,
ni par l’intermédiaire d’un homme,
mais par Jésus Christ
et par Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts -,
2   ainsi que tous les frères qui sont avec moi :
aux Églises du pays galate.

6   Je m’étonne que vous abandonniez si vite
celui qui vous a appelés par la grâce du Christ,
et que vous passiez à un Évangile différent.
7   Ce n’en est pas un autre :
il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous
et qui veulent changer l’Évangile du Christ.
8   Pourtant, si nous-mêmes, ou si un ange du ciel
vous annonçait un Évangile
différent de celui que nous vous avons annoncé,
qu’il soit anathème !
9   Nous l’avons déjà dit, et je le répète encore :
si quelqu’un vous annonce         
un Évangile différent de celui que vous avez reçu,
qu’il soit anathème !
10 Maintenant, est-ce par des hommes, ou par Dieu
que je veux me faire approuver ?
Est-ce donc à des hommes que je cherche à plaire ?
Si j’en étais encore à plaire à des hommes,
je ne serais pas serviteur du Christ.
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PEUT-ON BAPTISER DES NON-JUIFS ?

Comme son nom l’indique, la Galatie était peuplée de Gaulois. Cela ne devrait pas nous laisser indifférents ! Paul écrit donc à nos ancêtres en quelque sorte. La Galatie est une région au centre de la Turquie actuelle autour de la ville d’Ancyre (autrement dit Ankara). La lettre vraisemblablement est adressée à des petites communautés fondées là par Paul au cours d’un de ses voyages missionnaires : il semble que les premiers membres de ces communautés étaient majoritairement des non-Juifs ; ce n’étaient pas vraiment des athées pour autant, au sens où ils pratiquaient déjà une religion, le culte de Cybèle, laquelle religion comportait des rites, des pratiques, des offrandes, des sacrifices. Par sa prédication, Paul leur a fait abandonner leur religion et découvrir la foi et la religion chrétiennes. Mais lui, qui était Juif d’origine, n’a pas jugé utile de leur imposer en plus les coutumes juives, et en particulier la circoncision.

Mais voilà qu’après le départ de Paul, d’autres prédicateurs, Juifs d’origine, eux aussi, sont venus et ont reposé la question, ou plutôt ils ont soutenu publiquement la thèse contraire : quand des non-Juifs deviennent chrétiens, il ne suffit pas de les baptiser, il faut d’abord en faire des Juifs par la circoncision. Avant de relire l’argumentation de Paul dans notre lecture de ce dimanche, on peut essayer de deviner le raisonnement des adeptes de la circoncision obligatoire : le Messie est né dans le peuple juif, ne l’oublions pas, et c’est par le peuple juif que la bonne nouvelle de la venue du Messie doit être annoncée à toute l’humanité. Si d’anciens païens veulent nous rejoindre, fort bien, mais qu’ils commencent par s’intégrer au peuple juif.

Il semble que ce discours ait été bien accueilli par les Galates et on s’est mis à dire du mal de Paul : s’il a montré si peu d’exigences vis-à-vis des Galates, c’était par peur de leur déplaire, par démagogie, mais finalement c’est un enseignement au rabais qu’il leur a donné ; et puis d’ailleurs, qui était-il ? Quelle confiance pouvait-on lui faire ? Il n’avait pas été du groupe des apôtres de Jésus. D’où prétendait-il tenir son autorité ?

Paul a été prévenu de ces discussions qui ébranlent les Galates et toute sa lettre a pour but d’y répondre. Cela nous explique le ton passionné, et même polémique de certains passages. Il commence par justifier sa légitimité d’apôtre : certes, il ne fait pas partie des ouvriers de la première heure, mais il a quand même été choisi par Jésus lui-même : « Paul, apôtre – envoyé non par des hommes, ni par l’intermédiaire d’un homme, mais par Jésus Christ ». Comme recommandation, qui dit mieux ? Sa lettre de mission, il la tient du Seigneur ressuscité lui-même et donc de Dieu : « Paul, apôtre par Jésus Christ et par Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts ». Et donc, puisqu’il est l’envoyé du Christ et de Dieu lui-même, l’évangile qu’il a annoncé est bien celui du Christ ; s’en détourner c’est abandonner le seul évangile qui soit. Même si Paul en personne devait changer le contenu de sa première annonce de la foi, les Galates ne devraient pas l’écouter, car l’évangile qu’il leur a annoncé jusqu’à présent ne supporte pas de changement de discours : « Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » Pour autant, il tient à manifester qu’il ne fait pas cavalier seul, il se dit entouré par : « tous les frères qui l’accompagnent ».

PAUL, FACE AUX FAUX PRÉDICATEURS

Le ton est vif : « Je m’étonne que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelés par la grâce du Christ ». Paul en ferait-il une affaire personnelle ? Car « celui qui les a appelés par la grâce du Christ », c’est bien lui ; mais ce n’est pas un orgueil de prédicateur qui s’exprime ici, c’est précisément un souci d’apôtre, c’est-à-dire d’un envoyé : en abandonnant Paul, les Galates abandonnent Dieu lui-même ; on entend résonner ici des phrases de Jésus à ses disciples du temps de sa vie terrestre : « Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette. » (Lc 10,16). Ici Paul va jusqu’à dire : « Vous passez à un Évangile différent ». Il se reprend d’ailleurs tout de suite après, tant cette phrase lui paraît énorme : » Ce n’en est pas un autre : il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent changer l’Évangile du Christ. »

Comment se prémunir contre ces gens-là et contre leur idéologie mensongère ? C’est très simple : il faut les exclure de la communauté ! C’est le sens de l’expression « Qu’il soit maudit ! » : « Si quelqu’un vous annonce un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » Aujourd’hui, on dirait excommunié ; à noter que c’est une mesure disciplinaire ; mais cela ne signifie pas que la personne est exclue du salut. La sévérité de ces mises en garde se justifie par la gravité de l’enjeu aux yeux de Paul. La répétition de cette condamnation surprend : il est rare de lire chez Paul deux phrases de suite presque identiques ; il est possible que sa deuxième phrase fasse allusion à une intervention précédente : « Nous l’avons déjà dit, et je le répète encore : si quelqu’un vous annonce un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! »  « Nous l’avons déjà dit » laisse entendre qu’il a déjà eu l’occasion d’exprimer sa pensée à ce sujet.

Puis Paul répond à l’accusation d’avoir proclamé un évangile au rabais : « Maintenant, est-ce par des hommes ou par Dieu que je veux me faire approuver ? » Ce serait par pure démagogie, dit-on, qu’il n’aurait pas contraint les païens convertis à la circoncision. Évidemment, il apparaît moins exigeant que ses adversaires. Paul répond, et c’est son premier argument : je ne suis pas homme à chercher à plaire en édulcorant mon propos ; on peut lire cela plusieurs fois sous sa plume, par exemple dans la lettre aux Thessaloniciens : « Nous parlons, non pas pour plaire aux hommes, mais à Dieu, lui qui met nos cœurs à l’épreuve. Jamais nous n’avons eu un mot de flatterie, vous le savez, jamais de motifs intéressés, Dieu en est témoin ; jamais nous n’avons recherché la gloire qui vient des hommes, ni auprès de vous, ni auprès d’autres personnes. » (1 Th 2,4-6) ; de même dans la deuxième lettre aux Corinthiens : « Nous manifestons la vérité, et ainsi nous nous recommandons nous-mêmes à toute conscience humaine devant Dieu. » (2 Co 4,2). D’après lui, en réalité, ce sont ces prédicateurs qui cherchent à se faire bien voir de leurs ouailles. Car, curieusement, on n’est pas toujours bien reçu quand on annonce un salut gratuit, sans mérite de la part des hommes ; les gens un peu scrupuleux sont rassurés quand on leur impose des exigences.  

Deuxième argument de Paul : s’il avait recherché la tranquillité et les honneurs, il ne se serait pas fait chrétien. Car le chemin d’un serviteur du Christ n’est pas semé de roses : « Si j’en étais encore à plaire à des hommes, je ne serais pas serviteur du Christ. »

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Complément 

– La province romaine de Galatie était plus grande que le pays galate proprement dit : elle comprenait aussi plus au sud les villes de Lystres, Antioche, Derbé dont les Actes des Apôtres nous racontent l’évangélisation dès le premier voyage de Paul et Barnabé. Mais la lettre n’est adressée qu’aux communautés fondées par Paul dans le pays galate proprement dit.

Psaume 110 (111), 1-2, 7-8, 9.10c

R/ Le Seigneur garde toujours
mémoire de son alliance.
ou : Alléluia !
(cf. Ps 110, 5b)

1  De tout cœur je rendrai grâce au Seigneur
dans l’assemblée, parmi les justes.
2  Grandes sont les œuvres du Seigneur ;
tous ceux qui les aiment s’en instruisent.

7  Justesse et sûreté, les œuvres de ses mains,
sécurité, toutes ses lois,
8  établies pour toujours et à jamais,
accomplies avec droiture et sûreté !

9  Il apporte la délivrance à son peuple ;
son alliance est promulguée pour toujours :
saint et redoutable est son nom.
10 À jamais se maintiendra sa louange.

Psaume 44, version de Jean-Paul Lécot (suivi de l’acclamation de l’évangile) :

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.

Aucun commentaire de ce psaume, par Marie-Noëlle Thabut, à notre connaisasance.

« Qui est mon prochain ? » (Lc 10, 29).

Alléluia. Alléluia.
Je vous donne un commandement nouveau,
dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres,
comme je vous ai aimés. »
Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (10, 25-37).

    En ce temps-là,
25 voici qu’un docteur de la Loi se leva
    et mit Jésus à l’épreuve en disant :
    « Maître, que dois-je faire
    pour avoir en héritage la vie éternelle ? »
26 Jésus lui demanda :
    « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ?
    Et comment lis-tu ? »
27 L’autre répondit :
    « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
    de tout ton cœur, de toute ton âme,
    de toute ta force et de toute ton intelligence,
    et ton prochain comme toi-même. »
28 Jésus lui dit :
    « Tu as répondu correctement.
    Fais ainsi et tu vivras. »
29 Mais lui, voulant se justifier,
    dit à Jésus :
    « Et qui est mon prochain ? »
30 Jésus reprit la parole :
    « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho,
    et il tomba sur des bandits ;
    ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups,
    s’en allèrent, le laissant à moitié mort.
31 Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ;
    il le vit et passa de l’autre côté.
32 De même un lévite arriva à cet endroit ;
    il le vit et passa de l’autre côté.
33 Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ;
    il le vit et fut saisi de compassion.
34 Il s’approcha, et pansa ses blessures
    en y versant de l’huile et du vin ;
    puis il le chargea sur sa propre monture,
    le conduisit dans une auberge
    et prit soin de lui.
35 Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent,
    et les donna à l’aubergiste, en lui disant :
    ‘Prends soin de lui ;
    tout ce que tu auras dépensé en plus,
    je te le rendrai quand je repasserai.’
36 Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain
    de l’homme tombé aux mains des bandits ? »
37 Le docteur de la Loi répondit :
    « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. »
    Jésus lui dit :
    « Va, et toi aussi, fais de même. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 15e dimanche du temps ordinaire, année C. Ce jour-là, le passage lu est identique à celui d’aujourd’hui.

QUI EST MON PROCHAIN ?

Tel est pris qui croyait prendre ! S’il espérait mettre Jésus dans l’embarras, le docteur de la Loi en a été pour ses frais et c’est lui, en définitive, qui a dû se trouver bien embarrassé. En posant à celui qui est l’Amour même la question : « Jusqu’où faut-il aimer ? », il s’est attiré une réponse bien exigeante ! Si l’on veut rester tranquille, en effet, il y a des questions à ne pas poser ! Surtout si ce sont des questions aussi importantes que la première posée par le docteur de la Loi : « Maître, que dois-je faire, pour avoir en héritage la vie éternelle ? » ou, plus compromettante encore, la question suivante : « Et qui est mon prochain ? » Devant de telles interrogations, Jésus ne peut que désirer conduire son interlocuteur jusqu’au plus intime du cœur de Dieu lui-même.

Ce cheminement, Jésus va le situer très exactement sur une route bien connue de ses auditeurs, les trente kilomètres qui séparent Jérusalem de Jéricho, une route en plein désert, dont certains passages étaient à l’époque de véritables coupe-gorge. Ce récit d’attentat et cette histoire de secours au blessé étaient d’une vraisemblance criante. L’homme est donc tombé aux mains de brigands qui l’ont dépouillé et laissé pour mort. À son malheur physique et moral, s’ajoute pour lui une exclusion d’ordre religieux : touché par des « impurs », il a contracté lui aussi une impureté. C’est probablement l’une des raisons de l’indifférence apparente, voire de la répulsion qu’éprouvent à sa vision le prêtre et le lévite soucieux de préserver leur intégrité rituelle. Le Samaritain, bien sûr, ne va pas avoir de scrupules de ce genre.

La scène au bord de la route dit en images ce que Jésus a fait lui-même bien souvent concrètement : en guérissant le jour du sabbat, par exemple, en se penchant sur des lépreux, en accueillant les pécheurs, et en citant plusieurs fois la parole du prophète Osée : « C’est l’amour qui me plaît, non le sacrifice ; et la connaissance de Dieu, je la préfère aux holocaustes. » (Os 6,6)

La connaissance de Dieu, parlons-en : quand Jésus avait posé la question : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? », le docteur de la Loi avait récité avec enthousiasme : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui avait dit : « Tu as répondu correctement. » Car la seule chose qui compte, on le savait déjà en Israël, c’est la fidélité à ce double amour. Saint Jean écrira plus tard : « Si quelqu’un dit J’aime Dieu et qu’il n’aime pas son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1 Jn 4,20). Et encore : « Aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. » (1 Jn 4,7).

CELUI QUI AIME EST NÉ DE DIEU ET CONNAÎT DIEU

Le fin mot de cette connaissance que nous révèle la Bible, Ancien et Nouveau Testaments confondus, c’est que Dieu est « miséricordieux » (littéralement en hébreu « ses entrailles vibrent ») ; or, nous dit le récit, quand le Samaritain vit l’homme blessé, « il fut saisi de compassion » (en grec « ému aux entrailles »). Ce n’est pas par hasard si Luc emploie exactement la même expression pour dire l’émotion de Jésus, à la porte du village de Naïm, à la vue de la veuve conduisant son fils unique au cimetière (Lc 7)… ou pour décrire l’émotion du Père au retour du fils prodigue (Lc 15).

Je reviens à la parabole : ce voyageur miséricordieux n’est pourtant aux yeux des Juifs qu’un Samaritain, c’est-à-dire ce qu’il y a de moins recommandable. Car Samaritains et Juifs étaient normalement ennemis : les Juifs méprisaient les Samaritains qu’ils considéraient comme hérétiques et les Samaritains, de leur côté, ne pardonnaient pas aux Juifs d’avoir détruit leur sanctuaire sur le mont Garizim (en 129 av.J.C.). Le mépris, à vrai dire, était ancestral : au livre de Ben Sirac, on cite parmi les peuples considérés comme détestables les Samaritains, « le peuple fou qui habite à Sichem » (Si 50,26). Et c’est cet homme méprisé qui est déclaré par Jésus plus proche de Dieu que les dignitaires et servants du Temple (le prêtre et le lévite passés à côté du blessé sans s’arrêter). Cette émotion « jusqu’aux entrailles » (tout le contraire de la dureté des cœurs de pierre dont parlait Ézéchiel), nous dit que le Samaritain, (ce mécréant aux yeux des Judéens) est capable d’être « l’image de Dieu » ! À son niveau personnel, on voit quelle attitude Jésus lui-même a choisie, lui qui dispense sans compter compassion et guérison.      

Jésus propose donc ici un renversement de perspective : à la question « qui est mon prochain », il ne répond pas, comme on s’y attendrait, en traçant le cercle de ceux que nous devons considérer comme notre prochain. Car un cercle, aussi large soit-il pose une limite. Jésus refuse de donner une « définition » (dans « définition », il y a le mot latin « finis », limite), il en fait une affaire de cœur et non d’intellect. À ce propos, gare au vocabulaire ! À lui seul le mot « prochain » laisse entendre qu’il y a des « lointains ».

Alors, si on demande à Jésus « Qui donc est mon prochain ? », il nous répond : À toi de décider jusqu’où tu acceptes de te faire proche. Et si l’on se pose la question : Pourquoi le Samaritain nous est-il donné en exemple ? La réponse est toute simple : parce qu’il est capable d’être saisi de pitié. À nous aussi, Jésus dit : « Va, et toi aussi, fais de même. » Sous-entendu, ce n’est pas facultatif : « Fais ainsi et tu vivras » avait-il dit à son interlocuteur un peu avant ; Luc répète souvent cette exigence de cohérence entre parole et actes : c’est bien beau de parler comme un livre (c’est le cas du docteur de la Loi, ici), mais cela ne suffit pas : « Ma mère et mes frères, disait Jésus, sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. » (Lc 8,21). Et là, notre capacité d’inventer est sollicitée : si les dimensions du cercle de notre prochain dépendent de notre bon vouloir, si les considérations de catégories sociales et de convenances doivent céder le pas à la pitié (ce qui semble bien être la leçon de cette parabole), alors, il ne nous reste plus qu’à inventer l’amour sans frontières !

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Complément

– Si la question « Quel est le plus grand commandement ? » se retrouve dans les évangiles de Matthieu et de Marc, la parabole du Bon Samaritain, en revanche, est propre à Luc. On notera également que chez Luc, c’est le docteur de la Loi qui donne lui-même la réponse « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et ton prochain comme toi-même. » Alors Jésus reprend : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »

– Il est intéressant de noter que cette présentation éminemment sympathique d’un Samaritain (Luc 10) suit de très près dans l’évangile de Luc le refus d’un village samaritain de recevoir Jésus et ses disciples en route de la Galilée vers Jérusalem (Luc 9). Ce qui semble vouloir dire que Jésus se refuse catégoriquement à tout amalgame !

– Le bon Samaritain ou le choix des priorités : la parabole du bon Samaritain, c’est une affaire de choix de priorités en somme. Un homme est en détresse sur le bord de la route et son état nécessite des secours urgents. Oui mais… le prêtre et le lévite qui passent leur chemin ont certainement une raison sérieuse de ne pas s’arrêter. Leur vie entière est consacrée à Dieu dans le service du Temple : or ils doivent respecter des règles de pureté très strictes pour avoir le droit d’officier. Tout contact avec du sang leur est interdit, par exemple.

Commentaire du , dans Évangile-et-Parole-du-Jour, pour Cathoglad.

Homélie de Mgr Michel Aupetit.

Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? ».

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, le 5 septembre 2026.

Homélie du père Sylvestre Beladjolo (sylvestre@frmaria.org), FM (Franciscains de Marie) pour Magnificat-TV.

Homélie du père       à Notre-Dame d’Ottawa, le 7 septembre 2024.

Commentaires de frère Paul-Adrien.

Homélie prononcée par le père Santiago Martin, FM (Franciscains de Marie), pour Magnificat-TV.

Commentaires de Parole-et-Évangile-du-Jour, sur la chaîne chrétienne Media-Christa.

Homélie sur la chaîne Liturgie-&-Vie.

Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC.

Homélie sur la chaîne Notre-Pain-de-ce-Jour.

Méditation du père Gilles Vadon.

Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes). 

Commentaires de padre Joseph.

Homélie à Notre-Dame de Paris.

Homélie de  à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, le.

Homélie de , à la grotte de Massabielle, à Lourdes.

Homélie à la basilique du Sacré-Cœur, à Paris.

Homélie du père , à Notre-Dame du Laus.

Homélie de   à Notre-Dame-de-la-Garde (Marseille).

Homélie de     à la basilique d’Ars.

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
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Aujourd’hui Seigneur, (Lc 10, 25-37) tu montes à Jérusalem, entouré des soixante-douze que tu viens d’envoyer. Et voilà qu’un juriste de la Torah se lève pour te mettre à l’épreuve.

« Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? »

Tu ne réponds pas, tu le renvoies à sa propre lecture : « Dans la Torah, que lis-tu ? » Et lui, récite le Shema par cœur : (Dt 6,5) « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » et (Lv 19,18) « ton prochain comme toi-même ». Il a la réponse. Il a les mots. Mais il n’a pas le visage.

Alors, pour se justifier, il demande : « Et qui est mon prochain ? » Et toi, Seigneur, tu ne donnes pas de définition. Tu racontes une parabole.

Un homme descend de Jérusalem à Jéricho, 27 kilomètres de désert, 1000 mètres de dénivelé, la route du sang comme l’appelaient les rabbins, infestée de brigands. Il est dépouillé, tabassé, laissé à moitié mort. Ni vivant ni mort, donc impur. Intouchable.

Un prêtre descend. Il le voit et passe à l’opposé. Un lévite le voit et fait le même détour. Luc insiste : ils voient. Ils ne sont pas cruels, ils sont prudents : toucher un mort les rendrait impurs ! C’est la Loi contre l’amour.

Et puis, passe un Samaritain. Pour tes auditeurs, Seigneur, c’est une insulte. Un schismatique ! Et Luc écrit le verbe le plus beau de tout l’Évangile : esplagchnisthê. Il fut pris aux entrailles. Ses viscères se retournèrent.

Seigneur, tu m’invites aujourd’hui à ouvrir les yeux, à les lever de mon nombril, de mes problèmes, de mes angoisses, de mon « Je » omniprésent même quand je souffre. Ouvrir mes yeux pour regarder autre chose que moi-même. Car le prêtre et le lévite ont vu du bout des yeux, mais ils n’ont pas vu avec le cœur.

Voir pour compatir, pour souffrir avec. La compassion, c’est la capacité de s’émouvoir pour quelqu’un, mais plus encore, celle de se mouvoir, de se bouger pour l’autre ! Le Bon Samaritain s’approche, panse les plaies avec l’huile et le vin, charge l’homme sur sa propre bête – il marche, lui, à pied -, il le conduit à l’auberge et paie. Deux deniers. Et il dit : « Ce que tu auras dépensé en plus, moi, à mon retour, je te le rendrai. »

Aujourd’hui Seigneur, tu me révèles que tu es ce Samaritain, Celui que je méprise, que je tiens pour étranger à ma religion bien ordonnée. Tu es Celui qui descend là où prêtres et lévites ne descendent plus – dans mon fossé, sur ma route du sang, là où je suis à moitié mort. Tu ne me demandes pas qui est mon prochain, Tu te fais mon prochain.

Offre-moi de voir l’autre et de faire surgir la compassion de mon cœur, ce double don : des yeux qui se lèvent de moi-même pour découvrir qu’il y a un prochain, tout proche justement, et des entrailles qui se retournent pour que, parce que je l’ai vu, il devienne mon prochain et que je devienne le sien.

🎧 Je vous invite à clore avec le chant « Aimer son prochain. »

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

L’évangile de ce jour me fait penser que pour certains RSS (Représentants de Section Syndicale), la défense des droits et des intérêts des salariés est toujours individuelle, comme la charité du Bon Samaritain : elle ne bénéficie qu’à un salarié ou quelques-uns seulement. Par exemple, j’aide tel ou tel collègue à obtenir une promotion, un changement d’affectation, une prime, etc.

La doctrine sociale de l’Église distingue une autre forme de charité, plus collective. Je cite l’article 208 du compendium de la doctrine sociale de l’Église. « L’œuvre de miséricorde grâce à laquelle on répond ici et maintenant à un besoin réel et urgent du prochain est indéniablement un acte de charité, mais l’engagement tendant à organiser à structurer la société de façon à ce que le prochain n’ait pas à se trouver dans la misère est un acte de charité tout aussi indispensable,…».

C’est cette deuxième forme de charité que j’appelle charité collective ou charité politique. J’invite les représentants de Syndicatho à mettre en œuvre cette forme de charité que je trouve très peu, voire pas du tout, exercée par les organisations syndicales. Elle consiste essentiellement, à mon avis, à mettre en évidence que tant que le pouvoir politique aura recours à la contrainte, il ne respectera ni le principe personnaliste, ni le principe de subsidiarité, et générera de ce fait de graves troubles sociaux. Cela me semble indiscutable pour la guerre, et à peine moins évident pour le chômage, l’inflation, les piètres résultats de l’Éducation Nationale, de la Sécurité Sociale (retraite, notamment), des transports publics, les problèmes de logement, etc. Syndicatho doit se distinguer des autres organisations sociales, à mon sens, en mettant en lumière ce qui précède afin d’éclairer la conscience des salariés et de l’ensemble de la population, pour rendre chacun plus libre.

C’est à cette condition que les représentants de Syndicatho rempliront complètement leur mission de défense des droits et des intérêts des salariés. 

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