Lectures du lundi de la 3e semaine du temps ordinaire, année paire. 26 01 2026

Lectures du lundi de la 3e semaine du temps ordinaire, année paire. 26 01 2026

« La cuisine en-dessous ou Béelzéboul allant souper », par James Gillray (1756–1815)
Juin 1797 – Bibliothèque Bodléienne.
Photo de MartinPoulter, domaine public, via Wikimedia Commons.

Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.

Première lecture

« J’ai souvenir de la foi sincère qui est en toi » (2 Tm 1, 5)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée (1, 1-8).

1 Paul, apôtre du Christ Jésus
par la volonté de Dieu,
selon la promesse de la vie
que nous avons dans le Christ Jésus,
2 à Timothée,
mon enfant bien-aimé.
À toi, la grâce, la miséricorde et la paix
de la part de Dieu le Père
et du Christ Jésus notre Seigneur.

3 Je suis plein de gratitude envers Dieu,
à qui je rends un culte avec une conscience pure,
à la suite de mes ancêtres,
je lui rends grâce en me souvenant continuellement de toi
dans mes prières, nuit et jour.
4 Me rappelant tes larmes,
j’ai un très vif désir de te revoir
pour être rempli de joie.
5 J’ai souvenir de la foi sincère qui est en toi :
c’était celle qui habitait d’abord Loïs, ta grand-mère,
et celle d’Eunice, ta mère,
et j’ai la conviction que c’est aussi la tienne.
6 Voilà pourquoi, je te le rappelle,
ravive le don gratuit de Dieu,
ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains.
7 Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné,
mais un esprit de force, d’amour et de pondération.
8 N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur,
et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ;
mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances
liées à l’annonce de l’Évangile.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 27e dimanche du temps ordinaire, année A. Ce jour-là, seuls les versets 6 à 8 sont communs avec l’extrait d’aujourd’hui.

* * * * *

LECTURE DE LA DEUXIÈME LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE À TIMOTHÉE1, 6-8.13-14

Bien-aimé,
6  je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu,
ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains.
7  Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné,
mais un esprit de force, d’amour et de pondération.
8  N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur,
et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ;
mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances
liées à l’annonce de l’Évangile.
13 Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides
que tu m’as entendu prononcer
dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus.
14 Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté,
avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous.

 

LE DON GRATUIT DE DIEU : L’ESPRIT SAINT

Quand Paul écrit sa deuxième lettre à Timothée, il est en prison à Rome, peu avant son exécution ; il dit lui-même qu’il est « enchaîné comme un malfaiteur » et il demande à Timothée de ne pas rougir de lui, comme d’autres l’ont fait. Il sait très bien qu’il n’en a plus pour longtemps et il se sent très seul. Cette deuxième lettre à Timothée est donc une sorte de testament. Timothée va avoir à prendre la relève et Paul lui fait des recommandations dans ce sens.

Il faut savoir que, pour des raisons de style, de vocabulaire et même de contenu, on pense généralement que les lettres à Timothée seraient non pas de Paul mais de l’un de ses disciples après sa mort. La communauté concernée traversait une crise grave (des faux docteurs s’étaient introduits et, avec eux, des querelles et des discussions interminables) : alors un disciple de Paul aurait pris la plume pour remettre son petit monde dans le droit chemin, en se réclamant de l’exemple de Paul qui faisait encore autorité. Nous n’avons pas les moyens, par nous-mêmes, de trancher cette question difficile ; et pour être fidèles à l’enseignement de ces lettres, n’allons pas à notre tour nous perdre en discussions interminables. Pour des raisons de commodité de langage, nous continuerons donc à parler de Paul et de Timothée.

D’ailleurs, qu’il s’agisse de Paul et de Timothée ou de leurs disciples futurs n’a plus guère d’importance pour nous aujourd’hui, ce qui compte c’est le contenu de ces lettres : il s’agit des recommandations faites à un jeune responsable chrétien, elles nous concernent donc au plus haut point.

La première recommandation est peut-être la plus importante : « Ravive le don gratuit de Dieu » ; ce don de Dieu, si nous lisons la suite du texte, c’est bien évidemment l’Esprit-Saint. « Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, dit Paul, mais un esprit de force, d’amour et de pondération. » Et, visiblement, Timothée va avoir besoin de tout cela ! Paul, enchaîné pour l’Évangile, ne le sait que trop bien. Ce don de l’Esprit, Timothée l’a reçu par l’imposition des mains : les mots « confirmation » et « ordination » n’existaient pas encore, mais on sait que, dès le début de l’Église, le geste de l’imposition des mains signifiait le don de l’Esprit. Dans le cas présent, on sait de quoi il s’agit par la première lettre à Timothée : « Ne néglige pas le don de la grâce en toi, qui t’a été donné au moyen d’une parole prophétique, quand le collège des Anciens a imposé les mains sur toi. » (1 Tm 4,14). Il s’agit ici de la célébration au cours de laquelle Timothée a été ordonné comme ministre (on dirait aujourd’hui prêtre) au service de la communauté.

Formule étonnante : « Ravive le don gratuit de Dieu » ; c’est donc que les dons de Dieu peuvent s’étioler en nous ! Ailleurs Paul dit « N’éteignez pas l’Esprit » (I Th 5,10). Là encore, nous pouvons entendre un message très encourageant : nous portons en nous le feu de l’Esprit et même si nous avons l’air de l’avoir plus ou moins recouvert de cendre, il est encore en nous, il couve sous la cendre… Rien ne peut l’éteindre. On a là un écho au mot « aujourd’hui » que nous avons entendu dans le psaume 94/95 : chaque jour est un jour neuf où nous pouvons laisser jaillir en nous l’Esprit que nous avons reçu. Chaque jour, nous pouvons ranimer, raviver la flamme.

LA FOI, NOTRE PRÉCIEUX HÉRITAGE

Cet esprit, comme dit Paul, n’est pas un esprit de peur, mais un esprit de force, d’amour, de maîtrise de soi (selon la Traduction Œcuménique de la Bible). Ce n’est donc pas en nous qu’il faut chercher force, amour et maîtrise de soi : c’est dans cette source inépuisable que Dieu a installée au plus intime de nous-mêmes au jour de notre baptême. Timothée, le premier, qui passait pour bien jeune et bien chétif, a su déployer des trésors de foi et de persévérance en puisant dans cette source de l’Esprit. D’ailleurs, Paul dit bien : « Avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile » ; ces souffrances dont il parle, c’est la persécution inévitable ; mais Paul ne dit pas « rassemble tes forces », il dit « avec la force DE DIEU ».

Ici, nous retrouvons un thème cher à Paul : celui de la transmission de la foi ; Paul a transmis à Timothée ce dépôt précieux, que Timothée doit transmettre à son tour et ainsi de suite : « Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m’as entendu prononcer dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus. Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous. » Ailleurs, dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul écrivait : « J’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis. » (1 Co 11,23).

Cela fait penser à une course de relais dans laquelle les coureurs se transmettent un objet-témoin… à ceci près que cet objet, justement, est inchangé d’un bout à l’autre de la course ; alors que le dépôt de la foi, lui, s’exprime inévitablement dans des termes différents au long des siècles. Car la foi n’est pas un objet, justement, un objet bien ficelé, bien emballé, auquel personne ne pourrait toucher…

Paul rappelle donc à Timothée l’enseignement solide qu’il lui a donné, à charge pour Timothée de le transmettre à son tour. Solidité, ici, ne veut pas dire « rigidité » : être fidèle à la foi reçue commande au contraire de l’approfondir sans cesse et parfois de la reformuler au fur et à mesure que « l’Esprit-Saint conduit l’Église vers la vérité tout entière » selon l’expression de Jésus lui-même dans l’évangile de Jean. Et d’ailleurs l’expression de Paul « Garde le dépôt de la foi avec l’aide de l’Esprit Saint » ouvre bien la porte à des formulations nouvelles à condition que ce soit un développement fidèle au dépôt reçu. Car Paul ne dit pas « répète fidèlement ce que je t’ai enseigné sans changer une virgule » il dit « Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint » ; ce qui indique bien que la vraie fidélité ne se contente pas seulement de répéter. Les évangélisateurs ne sont pas des perroquets. La foi c’est un art de vivre en présence de Dieu, dans la confiance.

Tout le problème, évidemment, est de savoir si cette transmission est vraiment fidèle. Bien des querelles au long des siècles sont nées des divergences entre les chrétiens sur le contenu du dépôt de la foi. Mais, en fait, nous ne sommes pas nous-mêmes les garants de cette fidélité : c’est l’Esprit-Saint qui est le gardien suprême du dépôt de la foi. Pour transmettre fidèlement le flambeau aux générations suivantes, il nous suffit donc de « réveiller », raviver, en nous le don de Dieu, le feu de l’Esprit que rien ne peut éteindre.

Psaume

Psaume 88 (89), 20, 21-22, 25-26.

R/ Ton amour et ta fidélité
sont avec lui, Seigneur.
(cf. Ps 88, 25a)

20 Autrefois, tu as parlé à tes amis,
dans une vision tu leur as dit :
« J’ai donné mon appui à un homme d’élite,
j’ai choisi dans ce peuple un jeune homme.

21 « J’ai trouvé David, mon serviteur,
je l’ai sacré avec mon huile sainte ;
22 et ma main sera pour toujours avec lui,
mon bras fortifiera son courage.

25 « Mon amour et ma fidélité sont avec lui,
mon nom accroît sa vigueur ;
26 j’étendrai son pouvoir sur la mer
et sa domination jusqu’aux fleuves. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion de la messe chrismale.

Ce jour-là, la version du psaume est très proche de celle d’aujourd’hui.

* * * * *

PSAUME 88 (89), 20ab.21,22.25,27.29

20 Autrefois, tu as parlé à tes amis,
    dans une vision tu leur as dit :
21 « J’ai trouvé David, mon serviteur,
    je l’ai sacré avec mon huile sainte.

22 Ma main sera pour toujours avec lui,
    mon bras fortifiera son courage.
25 « Mon amour et ma fidélité sont avec lui,
    mon nom accroît sa vigueur.   

27 Il me dira : « Tu es mon Père,
    mon Dieu, mon roc et mon salut ! »
29 Sans fin je lui garderai mon amour,
    mon alliance avec lui sera fidèle.

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L’ALLIANCE DE DIEU AVEC LA DYNASTIE DE DAVID

Dans le premier verset, le psaume rappelle le sacre du roi David : « J’ai trouvé David, mon serviteur, je l’ai sacré avec mon huile sainte » et dans le dernier, il s’agit de la promesse solennelle que Dieu lui a faite : « Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. » Vous vous rappelez l’histoire : quand David, plein de bonnes intentions, a proposé de construire pour Dieu un temple aussi beau ou même encore plus beau que son propre château, curieusement, Dieu ne semblait pas du tout intéressé par cette proposition ; par l’intermédiaire du prophète Nathan, il a fait une contre-proposition avec ce jeu de mots sur le mot « maison » que l’hébreu permet aussi bien que le français : tu veux me construire une « maison » pour que j’y habite, a dit Dieu, mais ce n’est pas cela qui m’intéresse… C’est moi qui te bâtirai une « maison », au sens de famille royale, de dynastie. Et c’est Dieu qui prenait l’initiative et qui parlait d’Alliance.

Cette alliance entre Dieu et David s’exprime dans les mêmes termes que les traités de l’époque entre un suzerain et son vassal : « Il me dira : Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut ! Ici « père » veut dire « suzerain », et « fils » veut dire « vassal ». On ne rêve pas encore d’autre relation à Dieu que celle-là ; mais c’est déjà l’assurance de la fidélité sans faille d’un tel suzerain.

Et on sait que, primitivement, le titre « fils de Dieu » était seulement synonyme de roi ; c’est le jour de son sacre que le roi le recevait officiellement ; le psaume 2 en porte la trace quand il rapporte la phrase qui était prononcée sur le roi par le prophète le jour du sacre : « Tu es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré ».

Je reviens sur l’expression « J’ai trouvé David mon serviteur ». En quoi David est-il le serviteur de Dieu ? Est-il au service de la gloire de Dieu ? Pas du tout. David est au service du peuple de Dieu : c’est l’une des très grandes insistances de tous les textes sur la royauté dans la Bible.

Il suffit de lire la très belle prière que David a formulée après la visite du prophète Natan. Clairement, David avait compris que l’Alliance proposée par Dieu était bien plus profonde, bien plus belle que ce que nous aurions imaginé ; David faisait des rêves de grandeur à l’échelle humaine : un trône stable, durable, une dynastie à perte de vue… Dieu voit bien plus loin, bien plus grand : David proposait un temple grandiose : « Je vais bâtir une maison digne de toi, je vais te rendre gloire »… Dieu répond : « moi, je vais faire ton bonheur et le bonheur de mon peuple »…

 Au fond, c’est toujours pareil ; c’est l’homme qui parle de grandeur, alors que Dieu parle de bonheur ! L’Alliance proposée par Dieu est une alliance pour le bonheur du peuple. Car le véritable bénéficiaire de la promesse de Dieu, en définitive, ce n’était pas le roi lui-même, c’était le peuple.

Vous savez la suite : David n’a pas bâti de temple, il s’est contenté d’abriter l’Arche d’Alliance sous une toile de tente comme pendant la longue marche de l’Exode. Mais il a surtout compris une autre leçon, beaucoup plus importante : c’est que le roi n’est que le serviteur de Dieu au service de son peuple.

 

PEUT-ON ENCORE Y CROIRE ?

Tous les versets que nous avons entendus aujourd’hui insistent donc sur cette promesse de Dieu au roi David ; mais, soyons francs, si, dans ce psaume, on rappelle avec tant de vigueur la promesse, c’est qu’on est en grand danger de ne plus y croire ! Effectivement, après la période de royauté prospère de David, puis Salomon, la Bible raconte que sont venus des jours moins glorieux.

En particulier, pendant l’Exil à Babylone : on avait tout perdu, la terre, le temple, la royauté… quant au peuple, il n’était plus qu’un petit reste… On pouvait bien se demander ce qui subsistait des promesses de Dieu. Pour le dire autrement, pourquoi rappelait-on cette promesse faite à David au moment même où on était privé de roi et où le peuple n’était plus qu’un groupe de prisonniers loin de sa terre ?

Dans la suite de ce psaume qui est très long, de nombreux versets sont effectivement des rappels de la détresse du peuple pendant l’Exil à Babylone.

Mais n’oublions pas que le peuple de la Bible est croyant ! Et voilà la merveille de la foi : justement parce qu’on avait apparemment tout perdu, sauf la foi, on a relu les vieilles promesses.

« Mon alliance avec lui sera fidèle » : dans la foi, on ne peut pas douter de la promesse de Dieu ; forcément elle s’accomplira ; donc, au moment même où il n’y a plus de roi sur le trône de Jérusalem, on continue à espérer : la dynastie de David ne peut pas s’éteindre ; il peut y avoir des jours sombres parce que la promesse de Dieu était assortie d’une condition de fidélité de la part du roi. Or les rois les uns après les autres ont manqué à leurs engagements envers Dieu et envers le peuple. C’est comme cela qu’on explique l’Exil à Babylone. Mais on est convaincus que la promesse de Dieu reste valable : il suffit que l’on retrouve le chemin de la fidélité.

Par conséquent, malgré toutes les apparences contraires, on attend un nouveau roi descendant de David. C’est comme cela qu’est née l’attente du Messie. Et le mot « toujours » a pris alors la dimension d’une espérance invincible. On attend, on attendra aussi longtemps qu’il le faudra : le roi idéal promis par Dieu viendra.

Évangile

« C’en est fini de Satan » (Mc 3, 22-30)

Alléluia. Alléluia.
Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ;
il a fait resplendir la vie par l’Évangile.
Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (3, 22-30).

En ce temps-là,
22    les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient :
« Ce Jésus est possédé par Béelzéboul ;
c’est par le chef des démons
qu’il expulse les démons. »
23    Les appelant près de lui,
Jésus leur dit en parabole :
« Comment Satan peut-il expulser Satan ?
24    Si un royaume est divisé contre lui-même,
ce royaume ne peut pas tenir.
25    Si les gens d’une même maison se divisent entre eux,
ces gens ne pourront pas tenir.
26    Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé,
il ne peut pas tenir ;
c’en est fini de lui.
27    Mais personne ne peut entrer
dans la maison d’un homme fort et piller ses biens,
s’il ne l’a d’abord ligoté.
Alors seulement il pillera sa maison.
28    Amen, je vous le dis :
Tout sera pardonné aux enfants des hommes :
leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.
29    Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint,
il n’aura jamais de pardon.
Il est coupable d’un péché pour toujours. »
30    Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit :
« Il est possédé par un esprit impur. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, à l’occasion du 10e dimanche du temps ordinaire B, où l’extrait est plus complet.

* * * * *

ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC 3, 20-35

      En ce temps-là,
20 Jésus revint à la maison avec ses disciples,
     où de nouveau la foule se rassembla,
     si bien qu’il n’était même pas possible de manger.
21 Les gens de chez lui, l’apprenant,
     vinrent pour se saisir de lui,
     car ils affirmaient :
     « Il a perdu la tête. »
22 Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient :
     « Il est possédé par Béelzéboul ;
     c’est par le chef des démons
     qu’il expulse les démons. »
23 Les appelant près de lui,
     Jésus leur dit en parabole :
     « Comment Satan peut-il expulser Satan ?
24 Si un royaume est divisé contre lui-même,
     ce royaume ne peut pas tenir.
25 Si les gens d’une même maison se divisent entre eux,
     ces gens ne pourront pas tenir.
26 Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il s’est divisé,
     il ne peut pas tenir ;
     c’en est fini de lui.
27 Mais personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort
     et piller ses biens,
     s’il ne l’a d’abord ligoté.
     Alors seulement il pillera sa maison.
2   Amen, je vous le dis :
     Tout sera pardonné aux enfants des hommes,
     leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.
29 Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint,
     il n’aura jamais de pardon.
     Il est coupable d’un péché pour toujours. »
30 Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit :
     « Il est possédé par un esprit impur. »
31 Alors arrivent sa mère et ses frères.
     Restant au-dehors, ils le font appeler.
32        Une foule était assise autour de lui ;
     et on lui dit :
     « Voici que ta mère et tes frères sont là dehors :
     ils te cherchent. »
33 Mais il leur répond :
     « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? »
3   Et parcourant du regard
     ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,
     il dit : « Voici ma mère et mes frères.
35 Celui qui fait la volonté de Dieu,
     celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
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IL EST VENU CHEZ LUI ET LES SIENS NE L’ONT PAS REÇU

On croirait entendre saint Jean nous dire en parlant de Jésus : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu » et encore « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Marc le dit autrement, mais il me semble que c’est bien le même message.

Les siens, les voilà : sa famille d’origine, mais aussi, sa communauté religieuse, les scribes de Jérusalem. Pour les uns comme pour les autres, Jésus est surprenant, inattendu, voire choquant. Alors, chacun se forge une explication : soit il est fou (c’est l’explication de la famille), soit il a fait un pacte avec le diable (ce sont les autorités religieuses qui le disent).

Curieusement, Jésus ne cherche pas à discuter avec ceux qui le croient fou, mais il prend très au sérieux l’autre accusation, celle d’être possédé du démon. Il commence par faire appel à la logique : on dit souvent que l’union fait la force, à l’inverse, dit Jésus, tout groupe divisé va à sa perte. Un royaume divisé par la guerre civile sera la proie des autres peuples qui profiteront de ses divisions ; une famille qui n’a plus d’esprit de famille n’est plus une famille ; et si Satan travaille contre lui-même, il n’ira pas bien loin. Dans ce cas-là, a l’air de dire Jésus, vous n’auriez qu’à vous réjouir, vous qui êtes les ennemis du diable, par profession, si j’ose dire.

Jusqu’ici, les explications de Jésus sont claires. Il continue : « Personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, s’il ne l’a d’abord ligoté. Alors seulement il pillera sa maison. » Marc nous a prévenus, il faut entendre cette phrase comme une parabole, on peut donc traduire : l’homme fort, c’est Satan ; si moi, Jésus, je me suis rendu maître dans la maison de Satan, puisque j’expulse les démons, c’est que je suis plus fort que Satan… entendez : Jésus est le vainqueur du mal. Le livre de la Genèse que nous avons entendu en première lecture, annonçait que le mal, un jour, serait vaincu : Jésus se présente ici comme celui qui enlève le mal du monde.

Puis Jésus quitte le registre des explications, le ton devient beaucoup plus grave : « Amen, je vous le dis : Tout sera pardonné aux enfants des hommes, leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. »

La première partie de la phrase ne nous étonne pas, heureusement ; nous sommes bien persuadés que Dieu pardonne toujours ; il pardonnera même, a l’air de dire Jésus, à ceux qui m’auront pris pour un fou. La miséricorde de Dieu est sans limite, l’Ancien Testament l’a tant de fois répété : « Oui, près du SEIGNEUR, est l’amour ; près de lui, abonde le rachat » disait le psaume 129/130.

 

LE SOUPÇON CONTRE DIEU, SEUL PÉCHÉ IMPARDONNABLE

Mais alors, la deuxième phrase nous choque : Jésus dit qu’il existe un péché impardonnable, ce qu’il appelle le blasphème contre l’Esprit. Pourquoi emploie-t-il cette expression ? Que s’est-il passé au juste ? Rappelez-vous le début de l’évangile de Marc : la réputation de Jésus est parvenue à Jérusalem, on dit partout qu’il guérit les malades, et qu’il expulse les démons. Le peuple, dans sa simplicité, ne s’y trompe pas et reconnaît là l’œuvre de Dieu. Et c’est bien pour cela que l’on vient à lui en foule.

Mais certains scribes, eux, sont tellement loin de Dieu, maintenant, qu’ils ne savent même plus reconnaître l’œuvre de Dieu. C’est bien cela que Jésus leur reproche : leur attitude ressemble à celle du serpent du jardin de la Genèse. Le serpent avait prétendu révéler à l’homme et à la femme que Dieu, en donnant sa loi, était profondément malfaisant, malveillant ; le discours du serpent, était : « Dieu vous interdit les fruits de cet arbre, sous prétexte qu’ils sont vénéneux, mais au contraire, c’est pour les garder pour lui, parce qu’ils sont excellents ».

Jésus ne traite pas les scribes de serpents, mais il n’en est pas loin ; leur discours, en effet, ressemble à une mise en garde sur le thème : « vous prenez Jésus pour un bienfaiteur de l’humanité, mais vous ne voyez pas qu’il est votre ennemi, puisqu’il est l’ennemi de la vraie religion. »

Prêter des arrière-pensées malveillantes à Celui qui n’est qu’Amour, c’est cela que Jésus appelle « blasphémer contre l’Esprit ». Car c’est au moment même où Jésus guérit que les scribes le traitent de démon ; c’est n’avoir vraiment rien compris à l’amour de Dieu. Et, du coup, ils deviennent incapables de l’accueillir.  Car on sait bien que l’Amour ne peut se donner que s’il est accueilli. Voilà pourquoi Jésus dit que ce péché-là est impardonnable : ce n’est pas que Dieu refuserait de pardonner, ce sont les cœurs des scribes qui sont fermés.

La fin du texte va exactement dans le même sens : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? … Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » En d’autres termes, pour reconnaître le doigt de Dieu à l’œuvre, encore faut-il être de la famille de Dieu. Jésus dit cela en regardant tous ceux qui étaient en cercle autour de lui, c’est-à-dire cette foule qui accourait vers lui, parce qu’elle reconnaissait en lui la présence de l’Esprit. Là encore, on croit entendre saint Jean : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu… Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jn 1,12).
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Complément

Jésus était-il « Fou » ? Ceux qui l’accusent de « folie » ne savent pas si bien dire ! Mais c’est la folie de Dieu. Le Dieu Tout-Autre ne peut pas ne pas nous surprendre (ses pensées ne sont pas nos pensées ; Is 55, 8). « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes. » (1 Co 1,25). La prétendue sagesse des hommes a éliminé Jésus ; mais c’est bien la folie de Dieu qui a sauvé le monde.

Fichier audio des lectures du jour, suivies d’un commentaire de 4′ 30 » à 6′ 45 » – Merci à « Parole et Évangile du jour – Cathoglad » !

Homélie du jour à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.

Homélie – « Parole et Évangile du jour », par MChrista, à partir de 5’05 ».

Méditation du père Gilles.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Commentaire de La Minute-Spi.

Homélie de la messe du jour à Notre-Dame-du-Laus.

Homélie du jour, à Notre-Dame de Paris.

Homélie de la messe du jour à Lourdes.

« La lèpre et François » – Évangile du jour & commentaire par le frère Paul ADRIEN (qui propose aussi « La Bible en un an ».

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

* * * * *

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici).
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Aujourd’hui, Seigneur, tu déclares :

« Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.
    Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. » (Marc 3, 29)

Seigneur, parfois, je ne t’invoque pas, je ne te prie pas, je fais le choix de ne pas me tourner vers toi. Je compte sur mes forces, je veux gérer seul une situation, persuadé que je peux y arriver sans toi. Clairement, je doute alors de ta puissance, de ta capacité à me sauver d’une situation pourtant compliquée.

Mais pas à pas, tu m’invites à voir ton œuvre, ta fidélité, tout ce que tu as fait pour moi, tous ces moments où tu m’as protégé, inspiré, fait triompher de situations perdues.

Alors aujourd’hui, tu me poses une limite claire : si je blasphème contre ton Esprit, tu ne pourras rien pour moi, tu ne me sauveras pas contre ma volonté, tu me laisseras juste goûter à l’amertume de mon refus, au silence implacable de ma solitude revendiquée.

Blasphémer contre l’Esprit-Saint, c’est dire que cet Esprit n’est pas ton esprit, Seigneur, mais celui du diable. C’est dire aussi que l’Esprit-Saint est incapable de me sauver, d’agir dans ma vie, de me donner sa force ! Si c’est vraiment ce que je pense, alors effectivement, tu respectes ma liberté, mon endurcissement et tu ne me contraindras jamais à vouloir de toi dans ma vie.

Je t’en supplie Seigneur, offre-moi l’humilité de reconnaître que j’ai besoin de toi, qu’il n’y a pas de honte à compter sur ton aide, à te demander d’agir dans ma vie.

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