Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Ces commentaires sont ceux du psaume responsorial du 5e dimanche de Pâques, année A, dont l’extrait (Ps 32, 1-2, 4-5, 18-19), a les 4 premiers versets en commun avec celui d’aujourd’hui.
Psaume 32 (33), 1-2, 4-5, 18-19
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,
comme notre espoir est en toi !
ou : Alléluia ! (Ps 32, 22)
1 Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
2 Rendez grâce au SEIGNEUR sur la cithare,
Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.
4 Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR,
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
5 Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.
18 Dieu veille sur ceux qui le craignent
qui mettent leur espoir en son amour,
19 pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.
LE SEIGNEUR VEILLE SUR CEUX QUI METTENT LEUR ESPOIR EN SON AMOUR
J’ai envie de commencer par là où nous avons terminé la lecture de ce psaume, parce qu’il me semble que nous avons là une clé de l’ensemble. Je vous rappelle l’avant-dernier verset (le verset 18) : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». Nous découvrons ici une belle définition de ce que l’on appelle « la crainte de Dieu ». Craindre le Seigneur, c’est tout simplement mettre notre espoir en son amour. Le croyant au sens biblique, c’est quelqu’un qui est plein d’espoir ; et s’il est plein d’espoir, quoi qu’il puisse arriver, c’est parce qu’il sait que « la terre est remplie de l’amour de Dieu » comme dit un autre verset que nous venons d’entendre.
En hébreu, la formule est plus belle encore : ce n’est pas « Dieu veille » sur ceux qui le craignent, mais « L’œil du SEIGNEUR est sur ceux qui le craignent ». Savoir que le regard plein d’amour du Seigneur est en permanence penché sur nous est la source de notre espérance. Encore faut-il préciser que, dans le texte hébreu, toujours, ce nom de SEIGNEUR est celui qu’il a révélé à Moïse dans l’épisode du buisson ardent : ce fameux mot de quatre lettres YHVH que, par respect, les Juifs ne prononcent jamais, et qui signifie quelque chose comme « Je suis, je serai avec vous, depuis toujours et pour toujours, à chaque instant de votre histoire. » Ce simple nom rappelle toujours à Israël la sollicitude avec laquelle Dieu a entouré son peuple tout au long de l’Exode. La traduction « Dieu veille » dit bien cette vigilance.
C’est ce qui nous permet de comprendre le verset suivant : « pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine ». Ce sont également des allusions à la sortie d’Égypte : en permettant à son peuple de traverser la mer à pied sec, à la suite de Moïse, le Seigneur l’a fait échapper à la mort certaine programmée par Pharaon ; puis, en lui envoyant du ciel la manne chaque jour, pendant toute la traversée du désert, le Seigneur a réellement gardé son peuple en vie aux jours de famine.
Alors la louange jaillit spontanément du cœur de ceux qui ont fait cette expérience de la sollicitude de Dieu : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! » Cette expression « hommes justes » peut nous surprendre ; elle est très habituelle pourtant dans la Bible. On sait que est considéré comme « juste » dans la Bible celui qui entre dans le projet de Dieu, celui qui est accordé à Dieu, au sens où un instrument de musique est bien accordé.
C’est ce que l’on dit d’Abraham, par exemple : « Abram eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste » (Gn 15,6). Il eut foi, c’est-à-dire il fit confiance à Dieu et à son projet. Si bien qu’on pourrait traduire « hommes justes » (en hébreu les « hassidim ») par « les hommes de l’Alliance », ou « les hommes du dessein bienveillant de Dieu » c’est-à-dire ceux qui ont entendu la révélation de la bienveillance de Dieu et y répondent en adhérant à l’Alliance.
CRIEZ DE JOIE POUR LE SEIGNEUR, HOMMES JUSTES !
Donc, ne prenons pas pour de la prétention ces titres « hommes justes »… » hommes droits » : il ne s’agit pas de qualités morales ; le « hassid » (pluriel hassidim) est un homme comme les autres, pécheur comme les autres, mais il est celui qui vit dans l’Alliance du Seigneur, qui vit dans la confiance envers le Dieu fidèle ; parce qu’il a découvert le « Dieu de tendresse et de fidélité », très logiquement, il vit dans la louange : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. » Et le psaume continue : « Chantez-lui le cantique nouveau. »
Cet appel à la louange qui résonne ici était le chant d’entrée d’une liturgie d’action de grâce. Au passage, nous relevons une indication sur la mise en œuvre des psaumes et sur l’un au moins des instruments de musique utilisés au Temple de Jérusalem. Ce psaume était probablement prévu pour être accompagné à la harpe à dix cordes.
Je reprends : « Chantez-lui le cantique nouveau ». Le mot « nouveau » dans la Bible ne veut pas dire du « jamais vu » ou « jamais entendu » ; le chant est « nouveau » au sens où les mots d’amour, même les plus habituels sont toujours nouveaux. Quand les amoureux disent « je t’aime », ils ne craignent pas de répéter les mêmes mots et pourtant, la merveille, c’est que ce chant-là est toujours nouveau.
Je continue : « Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait ». Contrairement aux apparences, il n’y a pas là deux affirmations distinctes, l’une concernant la parole de Dieu, l’autre portant sur ses actes, ce qu’il fait ; car la Parole de Dieu est acte ; « Il dit et cela fut » répète le récit de la création au chapitre 1 de la Genèse. Ou encore, rappelez-vous Isaïe au chapitre 55 : « Ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. » (Is 55,11).
Et ce n’est pas un hasard si ce psaume comporte exactement vingt-deux versets, (qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu) : c’est en hommage à la Parole de Dieu, comme pour dire, elle est le tout de notre vie, de A à Z. Et ce n’est pas un compliment en l’air, si j’ose dire : c’est l’expérience d’Israël qui parle : depuis la première parole de Dieu à son peuple, celui-ci a expérimenté à la fois la parole qui est promesse de libération et dans le même temps l’œuvre libératrice de Dieu : à chaque époque de l’histoire de son peuple, la parole de Dieu l’appelle à la liberté, et c’est la force de Dieu qui agit le bras de l’homme pour conquérir sa liberté ; liberté par rapport à toute idolâtrie, liberté par rapport à tout esclavage de toute sorte.
« Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour ». C’est la vocation de la création tout entière qui est dite là : Dieu est amour et la terre entière a vocation à être le lieu de l’amour, du droit et de la justice. Rappelez-vous le prophète Michée : « O Homme, on t’a fait connaître, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6,8).
Lectures du vendredi de la 28e semaine du temps ordinaire, année paire, commentées. 16 octobre 2026.
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus. »
Peinture murale de la crucifixion de Jésus, dans le parc à thème « La Venezuela de Antier », à Mérida (Vénézuela).
Photo de Rjcastillo, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
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Le texte des lectures du jour est reproduit avec l’accord de l’AELF – aelf.org.
« Nous avons d’avance espéré dans le Christ ; et vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint » (Ep 1, 12).
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens (1, 11-14).
Frères,
11 dans le Christ, nous sommes devenus
le domaine particulier de Dieu,
nous y avons été prédestinés
selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé :
12 il a voulu que nous vivions
à la louange de sa gloire,
nous qui avons d’avance espéré dans le Christ.
13 En lui, vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité,
l’Évangile de votre salut,
et après y avoir cru,
vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint.
Et l’Esprit promis par Dieu
14 est une première avance sur notre héritage,
en vue de la rédemption que nous obtiendrons,
à la louange de sa gloire.
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 15e dimanche du temps ordinaire, année B.
Ce jour-là, l’extrait lu (Ep 1, 3-14) inclut les versets 3-10 qui ont été lus hier, jeudi. Nous les reproduisons ci-après, précédés des versets 1-2, juste avant les commentaires de Marie-Noëlle Thabut.
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1 Paul, apôtre du Christ Jésus
par la volonté de Dieu,
à ceux qui sont sanctifiés et habitent Éphèse,
ceux qui croient au Christ Jésus.
2 À vous, la grâce et la paix
de la part de Dieu notre Père
et du Seigneur Jésus Christ.
3 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ !
Il nous a bénis et comblés
des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ.
4 Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde,
pour que nous soyons saints, immaculés
devant lui, dans l’amour.
5 Il nous a prédestinés
à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ.
Ainsi l’a voulu sa bonté,
6 à la louange de gloire de sa grâce,
la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé.
7 En lui, par son sang,
nous avons la rédemption,
le pardon de nos fautes.
C’est la richesse de la grâce
8 que Dieu a fait déborder jusqu’à nous
en toute sagesse et intelligence.
9 Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté,
selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ :
10 pour mener les temps à leur plénitude,
récapituler toutes choses dans le Christ,
celles du ciel et celles de la terre.
LE « DESSEIN BIENVEILLANT » DE DIEU
Voilà peut-être la plus belle prédication de l’histoire chrétienne ! On pourrait l’appeler « L’hymne de jubilation » de Paul : dans le texte grec, ces douze versets ne forment qu’une seule phrase d’action de grâce ; Paul y déploie la grande fresque du projet de Dieu, et il nous invite à nous associer à sa contemplation émerveillée. Ce projet que nous avons pris l’habitude (avec la traduction œcuménique TOB) d’appeler « le dessein bienveillant de Dieu » est de rassembler l’humanité au point de ne faire qu’un seul Homme en Jésus-Christ, à la tête de la création tout entière : « récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre. »
Première bonne nouvelle, Dieu a un projet sur nous et sur l’ensemble de la création ; l’histoire humaine a donc un sens, ce qui veut dire à la fois direction et signification ; pour les croyants, les années ne se succèdent pas toutes pareilles, notre histoire avance vers son accomplissement : nous allons, comme dit Paul, vers « la plénitude des temps ». Ce projet, nous ne l’aurions pas deviné tout seuls, c’est un « mystère » pour nous, car il nous dépasse infiniment, alors Dieu nous le révèle.
Dans le vocabulaire de Paul, un mystère n’est pas un secret que Dieu garderait jalousement pour lui ; au contraire, c’est son intimité à laquelle il nous convie. Il nous fait découvrir une autre sagesse, une autre intelligence que les nôtres, sous-entendu sa sagesse à lui, son intelligence à lui.
Deuxième bonne nouvelle, cette volonté de Dieu n’est qu’amour : les mots « bénédiction, amour, bonté, grâce, bienveillance » parsèment le texte ; c’est également le sens de l’expression « à la louange de sa gloire » qui revient trois fois comme un refrain (v.12,14 et « à la louange de gloire de sa grâce », v.6). C’est dire que Dieu sera reconnu comme le Dieu de la grâce, ce qui veut dire « le Dieu dont l’amour est gratuit ». Déjà, le prophète Jérémie savait dire que les projets de Dieu ne sont que des « pensées de paix et non de malheur » (Jr 29,11) ; depuis la venue du Christ, nous savons mieux encore ce qu’est la volonté de Dieu : le Dieu qui n’est qu’amour (la communion trinitaire structure le texte) veut nous faire entrer dans son intimité : ce qui veut dire que nous pouvons toujours, en toutes circonstances, souhaiter « que sa volonté soit faite » : parce qu’elle n’est que bonne !
PAR LUI, AVEC LUI, ET EN LUI
Troisième insistance de ce texte : ce projet de Dieu s’accomplit à travers le Christ ; celui-ci est cité de nombreuses fois dans ces quelques lignes : tout advient « par lui, avec lui, et en lui », comme dit la liturgie : « Dieu nous prédestinés à être pour lui des fils adoptifs, par Jésus le Christ. » (v.5). Au vrai sens du terme, le centre du monde, le centre de l’histoire humaine (l’alpha et l’oméga), c’est Jésus-Christ. Lui, le « Fils bien-aimé » en qui nous est donnée la grâce du Père » (v.6), lui en qui nous serons tous réunis quand viendra la plénitude des temps (v.10), lui en qui nous avons écouté l’Évangile de notre salut (v.13), lui par qui nous avons reçu « la marque de l’Esprit Saint » (v.13). De toute évidence, ce rôle prééminent du Christ était prévu de toute éternité, dès « avant la fondation du monde » (v. 4). Le « mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ… » Paul parle pourtant bien de « rédemption » au sens de libération (v.7), mais le projet de la rédemption est second ; Dieu a de toute éternité projeté de faire de nous ses fils, et c’est seulement parce que nous manquons sans cesse le but que nous avons besoin d’être sauvés.
Providentiellement, la liturgie de ce dimanche nous fait chanter le psaume 84/85 qui est une variation sur le même thème ; et c’est peut-être bien le meilleur écho à la méditation de Paul : « J’écoute : que dira le SEIGNEUR Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple. Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre. Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. Le SEIGNEUR donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit. La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin. »
———————————————————————————————-
Complément
Une toute petite note pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des textes : Paul connaissait bien la communauté d’Éphèse où il a séjourné deux ou trois ans : or, curieusement, on ne trouve dans la Lettre aux Éphésiens aucune allusion à des relations personnelles de l’auteur avec les destinataires ; par ailleurs, les thèmes abordés et le style employé témoignent d’une nette évolution par rapport aux écrits antérieurs de l’apôtre ; tout cela pousse certains spécialistes à penser que la lettre aux Éphésiens serait l’œuvre non de Paul mais d’un de ses très proches disciples qui aurait rassemblé la pensée de son maître peu après sa mort, donc dans les années 70.
Psaume 32 (33), 1-2, 4-5, 12-13
R/ Heureux le peuple
que le Seigneur s’est choisi pour domaine. (cf. Ps 32, 12)
1 Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
2 Rendez grâce au Seigneur sur la cithare,
jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.
4 Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
5 Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.
12 Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !
13 Du haut des cieux, le Seigneur regarde :
il voit la race des hommes.
Psaume, version de Jean-Paul Lécot (suivi de l’acclamation de l’évangile) :
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Ces commentaires sont ceux du psaume responsorial du 5e dimanche de Pâques, année A, dont l’extrait (Ps 32, 1-2, 4-5, 18-19), a les 4 premiers versets en commun avec celui d’aujourd’hui.
Psaume 32 (33), 1-2, 4-5, 18-19
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,
comme notre espoir est en toi !
ou : Alléluia ! (Ps 32, 22)
1 Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
2 Rendez grâce au SEIGNEUR sur la cithare,
Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.
4 Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR,
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
5 Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.
18 Dieu veille sur ceux qui le craignent
qui mettent leur espoir en son amour,
19 pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.
LE SEIGNEUR VEILLE SUR CEUX QUI METTENT LEUR ESPOIR EN SON AMOUR
J’ai envie de commencer par là où nous avons terminé la lecture de ce psaume, parce qu’il me semble que nous avons là une clé de l’ensemble. Je vous rappelle l’avant-dernier verset (le verset 18) : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». Nous découvrons ici une belle définition de ce que l’on appelle « la crainte de Dieu ». Craindre le Seigneur, c’est tout simplement mettre notre espoir en son amour. Le croyant au sens biblique, c’est quelqu’un qui est plein d’espoir ; et s’il est plein d’espoir, quoi qu’il puisse arriver, c’est parce qu’il sait que « la terre est remplie de l’amour de Dieu » comme dit un autre verset que nous venons d’entendre.
En hébreu, la formule est plus belle encore : ce n’est pas « Dieu veille » sur ceux qui le craignent, mais « L’œil du SEIGNEUR est sur ceux qui le craignent ». Savoir que le regard plein d’amour du Seigneur est en permanence penché sur nous est la source de notre espérance. Encore faut-il préciser que, dans le texte hébreu, toujours, ce nom de SEIGNEUR est celui qu’il a révélé à Moïse dans l’épisode du buisson ardent : ce fameux mot de quatre lettres YHVH que, par respect, les Juifs ne prononcent jamais, et qui signifie quelque chose comme « Je suis, je serai avec vous, depuis toujours et pour toujours, à chaque instant de votre histoire. » Ce simple nom rappelle toujours à Israël la sollicitude avec laquelle Dieu a entouré son peuple tout au long de l’Exode. La traduction « Dieu veille » dit bien cette vigilance.
C’est ce qui nous permet de comprendre le verset suivant : « pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine ». Ce sont également des allusions à la sortie d’Égypte : en permettant à son peuple de traverser la mer à pied sec, à la suite de Moïse, le Seigneur l’a fait échapper à la mort certaine programmée par Pharaon ; puis, en lui envoyant du ciel la manne chaque jour, pendant toute la traversée du désert, le Seigneur a réellement gardé son peuple en vie aux jours de famine.
Alors la louange jaillit spontanément du cœur de ceux qui ont fait cette expérience de la sollicitude de Dieu : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! » Cette expression « hommes justes » peut nous surprendre ; elle est très habituelle pourtant dans la Bible. On sait que est considéré comme « juste » dans la Bible celui qui entre dans le projet de Dieu, celui qui est accordé à Dieu, au sens où un instrument de musique est bien accordé.
C’est ce que l’on dit d’Abraham, par exemple : « Abram eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste » (Gn 15,6). Il eut foi, c’est-à-dire il fit confiance à Dieu et à son projet. Si bien qu’on pourrait traduire « hommes justes » (en hébreu les « hassidim ») par « les hommes de l’Alliance », ou « les hommes du dessein bienveillant de Dieu » c’est-à-dire ceux qui ont entendu la révélation de la bienveillance de Dieu et y répondent en adhérant à l’Alliance.
CRIEZ DE JOIE POUR LE SEIGNEUR, HOMMES JUSTES !
Donc, ne prenons pas pour de la prétention ces titres « hommes justes »… » hommes droits » : il ne s’agit pas de qualités morales ; le « hassid » (pluriel hassidim) est un homme comme les autres, pécheur comme les autres, mais il est celui qui vit dans l’Alliance du Seigneur, qui vit dans la confiance envers le Dieu fidèle ; parce qu’il a découvert le « Dieu de tendresse et de fidélité », très logiquement, il vit dans la louange : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. » Et le psaume continue : « Chantez-lui le cantique nouveau. »
Cet appel à la louange qui résonne ici était le chant d’entrée d’une liturgie d’action de grâce. Au passage, nous relevons une indication sur la mise en œuvre des psaumes et sur l’un au moins des instruments de musique utilisés au Temple de Jérusalem. Ce psaume était probablement prévu pour être accompagné à la harpe à dix cordes.
Je reprends : « Chantez-lui le cantique nouveau ». Le mot « nouveau » dans la Bible ne veut pas dire du « jamais vu » ou « jamais entendu » ; le chant est « nouveau » au sens où les mots d’amour, même les plus habituels sont toujours nouveaux. Quand les amoureux disent « je t’aime », ils ne craignent pas de répéter les mêmes mots et pourtant, la merveille, c’est que ce chant-là est toujours nouveau.
Je continue : « Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait ». Contrairement aux apparences, il n’y a pas là deux affirmations distinctes, l’une concernant la parole de Dieu, l’autre portant sur ses actes, ce qu’il fait ; car la Parole de Dieu est acte ; « Il dit et cela fut » répète le récit de la création au chapitre 1 de la Genèse. Ou encore, rappelez-vous Isaïe au chapitre 55 : « Ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. » (Is 55,11).
Et ce n’est pas un hasard si ce psaume comporte exactement vingt-deux versets, (qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu) : c’est en hommage à la Parole de Dieu, comme pour dire, elle est le tout de notre vie, de A à Z. Et ce n’est pas un compliment en l’air, si j’ose dire : c’est l’expérience d’Israël qui parle : depuis la première parole de Dieu à son peuple, celui-ci a expérimenté à la fois la parole qui est promesse de libération et dans le même temps l’œuvre libératrice de Dieu : à chaque époque de l’histoire de son peuple, la parole de Dieu l’appelle à la liberté, et c’est la force de Dieu qui agit le bras de l’homme pour conquérir sa liberté ; liberté par rapport à toute idolâtrie, liberté par rapport à tout esclavage de toute sorte.
« Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour ». C’est la vocation de la création tout entière qui est dite là : Dieu est amour et la terre entière a vocation à être le lieu de l’amour, du droit et de la justice. Rappelez-vous le prophète Michée : « O Homme, on t’a fait connaître, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6,8).
« Les cheveux de votre tête sont tous comptés » (Lc 12, 1-7)
Alléluia. Alléluia.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,
comme notre espoir est en toi !
Alléluia. (Ps 32, 22)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (12, 1-7).
En ce temps-là,
1 comme la foule s’était rassemblée par milliers
au point qu’on s’écrasait,
Jésus, s’adressant d’abord à ses disciples, se mit à dire :
« Méfiez-vous du levain des pharisiens,
c’est-à-dire de leur hypocrisie.
2 Tout ce qui est couvert d’un voile sera dévoilé,
tout ce qui est caché sera connu.
3 Aussi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres
sera entendu en pleine lumière,
ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison
sera proclamé sur les toits.
4 Je vous le dis, à vous mes amis :
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps,
et après cela ne peuvent rien faire de plus.
5 Je vais vous montrer qui vous devez craindre :
craignez celui qui, après avoir tué,
a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne.
Oui, je vous le dis : c’est celui-là que vous devez craindre.
6 Est-ce que l’on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous.
Or pas un seul n’est oublié au regard de Dieu.
7 À plus forte raison les cheveux de votre tête sont tous comptés.
Soyez sans crainte :
vous valez plus qu’une multitude de moineaux. »
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
À notre connaissance, ces commentaires n’existent pas.
Commentaire du , dans Évangile-et-Parole-du-Jour, pour Cathoglad.
Homélie de Mgr Michel Aupetit.
Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? ».
Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, le 15 octobre 2026.
Homélie du père Anselmo ADZAKLUI-TUME, FM (Franciscains de Marie) pour Magnificat-TV.
Homélie du père à Notre-Dame d’Ottawa.
Commentaires de frère Paul-Adrien.
Commentaires de Parole-et-Évangile-du-Jour, sur la chaîne chrétienne Media-Christa.
Homélie sur la chaîne Liturgie-&-Vie.
Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC, sur la chaîne d’Alain Fumunandu.
Homélie sur la chaîne Notre-Pain-de-ce-Jour.
Méditation du père Gilles Vadon.
Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes).
Homélie à Notre-Dame de Paris.
Homélie de à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, le.
Homélie de , à la grotte de Massabielle, à Lourdes.
Homélie à la basilique du Sacré-Cœur, à Paris.
Homélie à Saint-Nicolas-des-Champs.
Homélie au sanctuaire Notre-Dame-du-Laus.
Homélie de à Notre-Dame-de-la-Garde (Marseille).
Homélie au sanctuaire d’Ars.
Homélie sur la chaîne Utukufu-Plus.
Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
– – – – –
Aujourd’hui Seigneur, (Lc 12, 1-7) comme la foule s’est rassemblée par milliers, au point qu’on s’écrase, Toi, t’adressant d’abord à tes disciples, Tu déclares : « Méfiez-vous du levain des pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie. »
Mais qu’est-ce que le levain ? C’est un morceau de vieille pâte qu’on garde, qu’on laisse fermenter, corrompre presque, pour faire lever la pâte neuve. C’est donc un symbole ambivalent.
Toi-même, tu utilises l’image du levain pour parler de ton Royaume : une femme cache du levain dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout lève – Mt 13,33. Le Royaume agit ainsi, par contagion humble et irrésistible.
Mais le plus souvent, Seigneur, le levain dit l’impur. Dans chaque maison d’Israël, aujourd’hui encore, à l’approche de Pessah, on chasse, à la lueur d’une bougie, la moindre miette de levain, pour entrer pur dans la Pâque. On balaie la maison comme on balaie son cœur. Paul s’en souviendra : « Purifiez-vous du vieux levain, pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes » – 1 Co 5,7.
Aujourd’hui Seigneur, Tu dis : le levain des pharisiens, c’est l’hypokrisis, le mot du théâtre grec, le masque qu’on met pour jouer un rôle. Leur levain, ce sur quoi ces professionnels de la foi comptent pour faire lever leur influence, c’est de déformer la vie intérieure pour la réduire à un paraître, à une observance impeccable où le cœur n’est plus.
Laisser travailler en soi ce levain, Seigneur, c’est rechercher en tout les premières places, les salutations sur les places, les marques d’estime. Dans la vie fraternelle, c’est le calcul, la dissimulation, les motifs pieux que l’on invoque pour couvrir ses visées réelles. C’est diviser pour régner, fermer les yeux pour n’avoir pas d’histoires, entretenir le flou pour n’être jamais contesté. C’est la petite pâte gonflée d’elle-même.
Aujourd’hui Seigneur, donne-moi l’autre levain. Le ferment de Ton amour. Le seul qui ne corrompe pas, mais qui fait lever vers le ciel. Donne-moi un cœur d’azyme, vrai, simple, sans duplicité, qui ne cherche pas la gloire des hommes mais le face-à-face avec Toi. Donne-moi un cœur qui ne laisse travailler en lui que le ferment de Ta Parole.
Et je pourrai dire avec le psalmiste : « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux. » Ps 130.
Commentaire de Thierry Jallas.
Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »
Dans sa lettre au Éphésiens, Paul nous parle des 2 premières valeurs de la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église) : la vérité et la liberté, grâce à 2 synonymes de « libération » que sont « salut » et « rédemption » : « … après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, … » puis « … en vue de la rédemption que nous obtiendrons, … ». Il nous confirme ainsi que le projet de Dieu est un projet de libération de l’humanité. Je crois que Paul invite donc tous les hommes, les salariés entre autres, à recherche prioritairement la liberté, comprise comme le fait de n’être soumis à aucune contrainte ni, surtout, à aucune de ces « poussées instinctives » vers ce qui fait du mal à autrui et à nous-mêmes (addictions, crainte, colère, soif de vengeance, hypocrisie, mensonge, cupidité, etc.).
Dans le psaume, sont évoquées les 2 autres valeurs de la DSÉ : la justice et l’amour.
Dans l’évangile, le Christ invite avec insistance ses disciples à se libérer de la crainte de la souffrance et de la mort physiques. Pour lui, la seule crainte à avoir, c’est celle de « celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne ».
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