Lectures du vendredi de la 2e semaine de Pâques, commentées. 17 avril 2026

Lectures du vendredi de la 2e semaine de Pâques, commentées. 17 avril 2026

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(1)

« La multiplication des pains », peint entre 1886 et 1894 par James Tissot (1836–1902).
Brooklyn Museum – Aquarelle, gouache sur graphite sur papier vélin gris.
Domaine public, via Wikimedia Commons.

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Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la (conscience et de la) liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.
1ère lecture : « Ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus » (Ac 5, 34-42).
« Ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus » (Ac 5, 41).

Lecture du livre des Actes des Apôtres (5, 34-42).

     En ces jours-là,
     comme les Apôtres étaient en train de comparaître
34 devant le Conseil suprême,
     intervint un pharisien nommé Gamaliel,
     docteur de la Loi, qui était honoré par tout le peuple.
     Il ordonna de les faire sortir un instant,
35 puis il dit :
     « Vous, Israélites,
     prenez garde à ce que vous allez faire à ces gens-là.
36 Il y a un certain temps, se leva Theudas
     qui prétendait être quelqu’un,
     et à qui se rallièrent quatre cents hommes environ ;
     il a été supprimé,
     et tous ses partisans ont été mis en déroute et réduits à rien.
37 Après lui, à l’époque du recensement,
     se leva Judas le Galiléen
     qui a entraîné beaucoup de monde derrière lui.
     Il a péri lui aussi,
     et tous ses partisans ont été dispersés.
38 Eh bien, dans la circonstance présente, je vous le dis :
     ne vous occupez plus de ces gens-là, laissez-les.
     En effet, si leur résolution ou leur entreprise vient des hommes,
     elle tombera.
39 Mais si elle vient de Dieu,
     vous ne pourrez pas les faire tomber.
     Ne risquez donc pas
     de vous trouver en guerre contre Dieu. »
     Les membres du Conseil se laissèrent convaincre ;
40 ils rappelèrent alors les Apôtres
     et, après les avoir fait fouetter,
     ils leur interdirent de parler au nom de Jésus,
     puis ils les relâchèrent.
41 Quant à eux, quittant le Conseil suprême,
     ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes
     de subir des humiliations pour le nom de Jésus.
42 Tous les jours, au Temple et dans leurs maisons,
     sans cesse, ils enseignaient et annonçaient la Bonne Nouvelle :
     le Christ, c’est Jésus.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 3e dimanche de Pâques, année C.

Ce jour-là, le passage lu (Ac 5, 27b-32.40b-41) ne comporte que les 2 versets 41 et 42 en commun avec celui d’aujourd’hui, mais Marie-Noëlle Thabut évoque longuement l’intervention de Gamaliel.

 

LECTURE DU LIVRE DES ACTES DES APÔTRES 5, 27b-32.40b-41

    En ces jours-là,
    les Apôtres comparaissaient devant le Conseil suprême.
27 Le grand prêtre les interrogea :
28 « Nous vous avions formellement interdit
    d’enseigner au nom de celui-là,
    et voilà que vous remplissez Jérusalem
    de votre enseignement.
    Vous voulez donc faire retomber sur nous
    le sang de cet homme ! »
29 En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent :
    « Il faut obéir à Dieu
    plutôt qu’aux hommes.
30 Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus,
    que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice.
31 C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé,
    en faisant de lui le Prince et le Sauveur,
    pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés.
32 Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela,
    avec l’Esprit Saint,
    que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »

40 Après avoir fait fouetter les Apôtres,
    ils leur interdirent de parler au nom de Jésus,
    puis ils les relâchèrent.
41 Quant à eux, quittant le Conseil Suprême,
    ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes
    de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

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IL FAUT OBÉIR À DIEU PLUTÔT QU’AUX HOMMES

Les Apôtres viennent d’être flagellés à cause de leur prise de parole sur Jésus. On les relâche et, voilà qu’en sortant du tribunal, saint Luc nous dit : « Ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus ». Comme s’ils avaient été décorés… décorés du titre de « prophètes ». Peut-être ont-ils alors repensé à la parole de Jésus : « Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes. » (Lc 6,22-23). Ils se rappellent aussi cette phrase que Jésus leur avait dite : « Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. » (Jn 15,20).

Ici, que s’est-il passé ? Ce n’est pas la première fois que les Apôtres Pierre et Jean comparaissent devant le Sanhédrin, c’est-à-dire le tribunal de Jérusalem, le même qui a condamné Jésus quelques semaines plus tôt ; déjà, une fois, après la guérison du boiteux de la Belle Porte, un miracle qui avait fait beaucoup de bruit dans la ville, ils avaient été arrêtés, emprisonnés une nuit, puis interrogés et interdits de parole ; mais on les avait finalement relâchés. Dès leur remise en liberté, ils avaient recommencé à prêcher et à faire des miracles. Ils ont donc été arrêtés une deuxième fois, mis en prison… mais ils ont été délivrés miraculeusement pendant la nuit par un ange du Seigneur. Évidemment, cette délivrance miraculeuse n’a fait que galvaniser leurs énergies ! Et ils ont recommencé à prêcher de plus belle. Et c’est là que nous en sommes avec la lecture de ce dimanche. Ils sont donc de nouveau arrêtés et traduits devant le tribunal. Le grand prêtre les interroge, ce qui nous vaut la très belle réponse de Pierre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » Et Pierre adresse au tribunal un petit résumé de ses discours précédents ; il leur dit à peu près ceci : il y a deux logiques, la logique de Dieu et celle des hommes ; la logique des hommes (sous-entendu la vôtre, vous tribunal juif), consiste à dire : un malfaiteur, on le supprime, et après sa mort, on ne va quand même pas lui faire de la publicité ! Jésus, aux yeux des autorités religieuses, était un imposteur, on l’a supprimé, c’est logique ! C’est même un devoir de l’empêcher d’endoctriner un peuple trop enclin à se fier à n’importe quel prétendu Messie. Condamné, exécuté, suspendu à la Croix, c’est un maudit : même de Dieu il est maudit. C’était écrit dans la Loi.

Seulement voilà, la logique de Dieu, c’est autre chose : oui, vous l’avez exécuté, pendu au gibet de la croix… Mais, contre toute attente, non seulement il n’est pas maudit par Dieu, mais au contraire, il est élevé par Dieu, il devient le Chef, le Sauveur : « C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. » Cette dernière phrase est une énormité pour des oreilles juives : si la conversion et le pardon des péchés sont apportés à Israël, cela signifie que les promesses sont accomplies.

LA SAGESSE DE GAMALIEL

Cette assurance des Apôtres, que rien ne semble faire taire, ne peut qu’exaspérer les juges ; et plusieurs d’entre eux ne voient plus qu’une solution : les supprimer comme on a supprimé Jésus ; c’est là qu’intervient un homme extraordinaire, Gamaliel, dont le raisonnement devrait être un modèle pour nous, quand nous nous trouvons face à des initiatives qui ne nous plaisent pas.

Malheureusement, la lecture liturgique de ce dimanche ne retient pas l’épisode de Gamaliel : on passe directement des paroles de Pierre à la décision du tribunal ; les apôtres ne sont pas condamnés à mort comme certains le voudraient, on se contente de les fouetter et on les relâche. Mais prenons le temps de lire les versets qui manquent. Pierre vient donc de dire : « Nous sommes les témoins de tout cela avec l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (sous-entendu, vous, en ce moment, vous n’obéissez pas à Dieu). Luc raconte : « Ceux qui les avaient entendus étaient exaspérés et projetaient de les supprimer. Alors, dans le Conseil Suprême, intervint un pharisien nommé Gamaliel, docteur de la Loi, qui était honoré par tout le peuple » ; (entre parenthèses, c’est lui qui fut le professeur de Saül de Tarse, le futur saint Paul ; cf Ac 22, 3). Il ordonne de faire sortir un moment Pierre et Jean, et il s’adresse aux autres juges ; en substance, son raisonnement est le suivant : de deux choses l’une, ou bien leur entreprise vient de Dieu… ou bien non, ce sont des imposteurs ; et voici la fin de son discours : « Si leur résolution ou leur entreprise vient des hommes, elle tombera. Mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas de vous trouver en guerre contre Dieu ! » (Ac 5,38-39).

Si Gamaliel prenait la parole aujourd’hui, sans doute reconnaîtrait-il que l’Église est bien une entreprise de Dieu : depuis deux mille ans, elle a résisté à tout, même à nos faiblesses et à nos insuffisances !

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Compléments

1-Gamaliel est un bel exemple de Pharisien et nous donne l’occasion de rendre justice à la majorité d’entre eux qui étaient des hommes de foi et de bonne volonté. À travers cet épisode, nous approchons la réalité historique des débats au sein du judaïsme à propos de la jeune communauté chrétienne.

2-Il faut relire les versets 30 à 32 : ils disent clairement ce qui fut une évidence, dès le début, pour les premiers chrétiens et qui deviendra l’un des axes majeurs de la théologie de saint Paul : la Résurrection de Jésus n’est pas simple réanimation : réellement, l’homme-Jésus est né à une vie nouvelle. Son humanité est totalement transformée. Il est le Nouvel Adam, l’être spirituel qui donne la vie : « Le premier homme Adam fut un être animal doué de vie, le dernier Adam est un être spirituel donnant la vie. Mais ce qui est premier, c’est l’être animal, ce n’est pas l’être spirituel ; il vient ensuite. Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le second homme, lui, vient du ciel. Tel a été l’homme terrestre, tels sont aussi les terrestres, et tel est l’homme céleste, tels seront les célestes. Et de même que nous avons été à l’image de l’homme terrestre, nous serons aussi à l’image de l’homme céleste. » (1 Co 15,45-49). Jésus ressuscité est l’être spirituel capable de nous insuffler l’Esprit. On remarquera que c’est au soir de Pâques, lors de sa première rencontre avec ses disciples après sa Résurrection, que Jésus « souffla sur eux et leur dit ‘Recevez l’Esprit-Saint’ » (Jn 20,21).

C’est pour cela que sa résurrection change notre vie !

PSAUME

Psaume 26 (27), 1, 4, 13-14

R/ J’ai demandé une chose au Seigneur :
habiter sa maison.
ou : Alléluia !
(cf. 26, 4ac)

1   Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
     de qui aurais-je crainte ?
     Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
     devant qui tremblerais-je ?

4   J’ai demandé une chose au Seigneur,
     la seule que je cherche :
     habiter la maison du Seigneur
     tous les jours de ma vie,
     pour admirer le Seigneur dans sa beauté
     et m’attacher à son temple.

13 J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
     sur la terre des vivants.
14 « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
     espère le Seigneur. »

Psaume 26 « J’ai demandé une chose au Seigneur : habiter sa maison. », version de Jean-Paul Lécot (incomplet et suivi de l’acclamation de l’évangile) :

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 3e dimanche du temps ordinaire , année A.

Ce jour-là, l’extrait lu est identique à celui d’aujourd’hui celui d’aujourd’hui. Seul de refrain diffère.

« LE SEIGNEUR EST MA LUMIÈRE ET MON SALUT »

« Le Seigneur est MA lumière et MON salut » : ces expressions à la première personne du singulier ne nous trompent pas : il s’agit d’un singulier collectif : c’est le peuple d’Israël tout entier qui exprime ici sa confiance invincible en Dieu, en toutes circonstances. Périodes de lumière, périodes de ténèbres, circonstances gaies, circonstances tristes, ce peuple a tout connu ! Et au milieu de toutes ses aventures, il a gardé confiance, il a approfondi sa foi. Ce psaume en est un superbe témoignage.

Ici il exprime en images les diverses péripéties de son histoire : vous connaissez ce procédé qui est très fréquent dans les psaumes et qu’on appelle le revêtement ; le texte fait allusion à des situations individuelles très précises : un malade, un innocent injustement condamné, un enfant abandonné, ou un roi, ou un lévite… (et d’ailleurs, si nous lisions en entier ce psaume 26/27, nous verrions qu’elles y sont toutes) ; mais en fait, toutes ces situations apparemment individuelles ont été à telle ou telle époque la situation du peuple d’Israël tout entier ; il faut lire : « Israël est comme un malade guéri par Dieu, comme un innocent injustement condamné, comme un enfant abandonné, comme un roi assiégé » et c’est de Dieu seul qu’il attend sa réhabilitation, ou sa délivrance… En parcourant l’Ancien Testament, on retrouve sans peine toutes les situations historiques précises auxquelles il est fait allusion.

 Dans les versets retenus par le missel pour aujourd’hui, il y a deux images : la première, c’est celle d’un roi ; parfois on a pu comparer Israël à un roi assiégé par des ennemis ; son Dieu l’a toujours soutenu ; « Le SEIGNEUR est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? Le SEIGNEUR est le rempart de ma vie, devant qui tremblerais-je ? » (Voici maintenant les versets 2-3 : « Si des méchants s’avancent contre moi pour me déchirer, ce sont eux, mes adversaires, qui perdent pied et succombent. Qu’une armée se déploie devant moi, mon cœur est sans crainte ; que la bataille s’engage contre moi, je garde confiance »). Que ce soit l’attaque par surprise des Amalécites dans le désert du Sinaï, au temps de Moïse, ou bien la menace des rois de Samarie et de Damas contre le pauvre roi Achaz terrorisé vers 735, ou encore le siège de Jérusalem en 701 par le roi assyrien, Sennachérib, et j’en oublie, les occasions n’ont pas manqué.

Face à ces dangers, il y a deux attitudes possibles : la première, c’est celle du roi David, un homme comme les autres, pécheur comme les autres (son histoire avec Bethsabée était célèbre), mais un croyant assuré en toutes circonstances de la présence de Dieu à ses côtés. Il est resté un modèle pour son peuple. En revanche, nous avons rencontré pendant l’Avent dans un texte du prophète Isaïe le roi Achaz, qui n’avait pas la même foi sereine : je vous avais cité à ce propos une phrase très expressive du livre d’Isaïe pour dire que le roi cédait à la panique au moment du siège de Jérusalem : « Le cœur du roi et le cœur de son peuple se mirent à trembler comme les arbres de la forêt sont agités par le vent. » (Is 7, 2). Et la mise en garde d’Isaïe avait été très ferme ; il avait dit au roi : « Si vous ne croyez pas, vous ne pourrez pas tenir » (on pourrait dire en français d’aujourd’hui « vous ne tiendrez pas le coup »). Soit dit en passant, Isaïe faisait un jeu de mots sur le mot « Amen » car c’est le même mot, en hébreu, qui signifie « croire, tenir dans la foi » et « tenir fermement » : cela peut nous aider à comprendre le sens du mot « foi » dans la Bible.

Je reviens aux deux attitudes contrastées de David et d’Achaz : le peuple d’Israël a, bien sûr, connu tour à tour ces deux types d’attitude, mais dans sa prière, il se ressource dans la foi de David.

J’AI DEMANDE UNE CHOSE AU SEIGNEUR, LA SEULE QUE JE CHERCHE

Ou encore, et c’est la deuxième image, Israël peut être comparé à un lévite, un serviteur du Temple, dont toute la vie se déroule dans l’enceinte du temple de Jérusalem : « J’ai demandé une chose au SEIGNEUR, la seule que je cherche, habiter la maison du SEIGNEUR tous les jours de ma vie. » Quand on sait que les lévites étaient attachés au service du Temple de Jérusalem et montaient la garde jour et nuit dans le Temple, l’allusion est très claire ; derrière ce lévite, on voit bien se profiler le portrait du peuple tout entier. Comme la tribu des lévites est, parmi les douze tribus d’Israël, celle qui est consacrée au service de la « Maison du Seigneur » (c’est ainsi qu’on appelle le Temple de Jérusalem), le peuple d’Israël tout entier, est, parmi l’ensemble des peuples de la terre, celui qui est consacré à Dieu, qui appartient à Dieu.

Enfin, la dernière strophe « J’en suis sûr, je verrai les bontés du SEIGNEUR sur la terre des vivants » fait irrésistiblement penser à Job : « Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant, que, le dernier, il se lèvera sur la poussière ; et quand bien même on m’arracherait la peau, de ma chair je verrai Dieu. ». Ni l’auteur du psaume 26/27 ni celui du livre de Job n’envisageaient encore la possibilité de la résurrection individuelle ; l’expression « terre des vivants » vise bien cette terre-ci. Ils n’en ont que plus de mérite, peut-être : en Israël l’espérance est tellement forte qu’on est sûrs que Dieu interviendra pour nous. Bien sûr, ces textes prennent encore plus de force à partir du moment où la foi en la Résurrection est née. « J’en suis sûr, je verrai les bontés du SEIGNEUR sur la terre des vivants. »

Quant à la dernière phrase (« Espère le SEIGNEUR, sois fort et prends courage ; espère le SEIGNEUR. »), elle est peut-être une allusion à la parole que Dieu avait adressée à Josué, au moment d’entreprendre la marche vers la terre promise, la terre des vivants : « Sois fort et courageux. Ne crains pas, ne t’effraie pas, car le SEIGNEUR ton Dieu sera avec toi partout où tu iras. » (Jos 1, 9).

Cette dernière strophe reflète, une fois encore, la confiance indéracinable du peuple d’Israël : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du SEIGNEUR sur la terre des vivants. »  Cette confiance, on le sait, est fondée sur la mémoire de l’œuvre de Dieu et c’est elle qui autorise l’espérance : « Espère le SEIGNEUR, sois fort et prends courage ; espère le SEIGNEUR. » L’espérance, c’est la foi conjuguée au futur. André Chouraqui l’appelait la « mémoire du futur ».

On ne s’étonne donc pas que ce psaume soit proposé pour les célébrations de funérailles : les jours de deuil sont ceux où nous avons bien besoin de nous ré-enraciner, de nous ressourcer dans la foi et l’espérance de nos pères.

« Il en distribua aux convives, autant qu’ils en voulaient » (Jn 6, 1-15)

Alléluia. Alléluia.
L’homme ne vit pas seulement de pain,
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Alléluia. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

     En ce temps-là,
1   Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée,
     le lac de Tibériade
2   Une grande foule le suivait,
     parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait
     sur les malades.
3   Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples.
4   Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
5   Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui.
     Il dit à Philippe :
     « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »
6   Il disait cela pour le mettre à l’épreuve,
     car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.
7   Philippe lui répondit :
     « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas
     pour que chacun reçoive un peu de pain. »
8   Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
9   « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge
     et deux poissons,
     mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
10 Jésus dit : « Faites asseoir les gens. »
     Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit.
     Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
11 Alors Jésus prit les pains,
     et, après avoir rendu grâce,
     il les distribua aux convives ;
     il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.
12 Quand ils eurent mangé à leur faim,
     il dit à ses disciples :
     « Rassemblez les morceaux en surplus,
     pour que rien ne se perde. »
13 Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers
     avec les morceaux des cinq pains d’orge,
     restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
14 À la vue du signe que Jésus avait accompli,
     les gens disaient :
     « C’est vraiment lui le Prophète annoncé,
     celui qui vient dans le monde. »
15 Mais Jésus savait
     qu’ils allaient venir l’enlever
     pour faire de lui leur roi ;
     alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 17e dimanche du temps ordinaire, année B

Ce jour-là, l’évangile est identique à celui d’aujourd’hui.

 

LA PÂQUE ÉTAIT PROCHE

La réaction de la foule après la multiplication des pains dit bien l’effervescence qui régnait en Israël à l’époque de Jésus ; car on attendait le Messie avec impatience : alors, quand on a vu Jésus guérir les malades, on s’est mis à le suivre ; Jean raconte : « Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades. »

L’effervescence était particulièrement grande, certainement, dans les jours qui précédaient la Pâque ; cette fête de la libération passée (de l’esclavage en Égypte) préfigurait aux yeux de tous la libération définitive qu’apporterait le Messie. Et si Jean prend la peine de préciser : « La Pâque, la fête des Juifs, était proche », c’est qu’il y a là un élément important de compréhension du récit de la multiplication des pains.

Dans les dimanches qui viennent, nous aurons l’occasion de mesurer à quel point le mystère pascal est sous-jacent à tout le discours de Jésus sur le pain de vie.

Pour l’instant, Jésus entraîne la foule vers la montagne : « Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples. » Le mot « montagne », en Galilée, près du lac, ne peut être que symbolique (les collines culminent à quelques centaines de mètres) ; sans doute Jean veut-il nous faire entendre que l’heure du banquet messianique annoncé par le prophète Isaïe a sonné : « Le SEIGNEUR, le tout-puissant, va donner sur cette montagne un festin pour tous les peuples, un festin de viandes grasses et de vins vieux, de viandes grasses succulentes et de vins vieux décantés » (Is 25,6). À cette foule affamée du festin de Dieu, Jésus va offrir le signe que ce jour tant attendu est vraiment là. Car c’est bien lui qui prend l’initiative.

Il commence par questionner Philippe, l’un des Douze : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Et Jean commente : « Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait bien ce qu’il allait faire. » Sans doute, ici comme ailleurs, l’évangéliste veut-il insister sur la prescience de Jésus ; mais en quoi consiste cette « mise à l’épreuve » des apôtres ? Pour un Juif comme Jean, cette expression est un rappel de l’expérience de l’Exode : car la longue pérégrination dans le Sinaï avait été comprise par la suite comme un temps de « mise à l’épreuve » ; le livre du Deutéronome explique : « Le SEIGNEUR ton Dieu t’éprouvait pour connaître ce qu’il y avait dans ton cœur » (Dt 8,2). Philippe, lui, n’a peut-être pas compris tout de suite que Jésus en appelait à sa foi, il répond de manière toute humaine, pleine de bon sens : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain. » Et André ajoute : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »

 

LE BON SENS… OU LA FOI ?

À vues humaines, on ne peut pas leur donner tort ! Mais le bon sens, la raison raisonnante ne sont pas toujours bons conseillers. Ont-ils donc oublié, Philippe et André, l’histoire du prophète Élisée (première lecture de ce dimanche) ? Bien intentionné, le serviteur du prophète avait, dans un cas tout à fait semblable, tenu les mêmes propos : un tout petit peu de pain pour cent personnes, ce n’était même pas la peine d’y penser ! Mais Élisée avait passé outre… Jésus fait la même chose, il se contente de dire « Faites-les asseoir. » Pourquoi Jean précise-t-il « qu’il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. » ? Sinon pour faire entendre qu’un « bon pasteur » (encore une image messianique ; cf Jn 10) prend toujours soin d’emmener ses brebis sur un bon pâturage ? « Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. »

Les quatre évangiles notent la disproportion entre les cinq pains et les cinq mille hommes (disproportion beaucoup moins accentuée dans la multiplication des pains par Élisée) ; histoire de noter la surabondance des dons messianiques.

Arrivé là, Jean change de ton : « Alors Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua. » On y reconnaît sans peine les mots de la Cène ; Jean, il est vrai, ne relate nulle part l’institution de l’Eucharistie ; (il la remplace par le lavement des pieds, Jn 13) ; mais ici, visiblement, il y fait référence : les chrétiens auxquels il s’adresse comprennent aussitôt que le miracle des pains sur la petite montagne de Galilée est le signe du banquet de l’Eucharistie qu’ils célèbrent chaque dimanche depuis la Résurrection du Christ.
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Compléments 

– Après le repas miraculeusement improvisé, on sera tout prêts à croire qu’enfin on a trouvé le Messie : « Les gens disaient : C’est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. » 

– On attendait le retour d’Élie pour les temps messianiques ; le miracle des pains a-t-il suggéré à la foule un rapprochement avec Élie (et la veuve de Sarepta) ?

Commentaire du cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, dans Évangile-et-Parole-du-Jour, pour Cathoglad.

Homélie de Mgr Michel Aupetit.

Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? »

Commentaires de frère Paul-Adrien.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie prononcée par le père Achille José Bessala Nkomo FM, pour Magnificat-TV.

Commentaires de Parole-et-Évangile-du-Jour, sur la chaîne chrétienne Media-Christa.

Homélie sur la chaîne Liturgie-&-Vie.

Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC.

Homélie du père Gilles.

Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes)

Commentaires de padre Joseph.

Homélie à Notre-Dame de Paris.

Homélie de  à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, le.

Homélie de , à la grotte de Massabielle, à Lourdes.

Homélie à la basilique du Sacré-Cœur, à Paris.

Homélie du père , à Notre-Dame du Laus.

Homélie de   à Notre-Dame-de-la-Garde (Marseille).

Homélie de     à la basilique d’Ars.

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
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Aujourd’hui Seigneur tu décides de nourrir à satiété cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons !

C’est la multiplication des pains … et des poissons ! Un miracle hors du commun qui a bouleversé tes disciples qui distribuaient la nourriture à profusion et la foule si nombreuse, étonnée d’avoir tant à manger !

Mais à travers ce miracle, tu m’interroges aujourd’hui sur mon rapport à toi, mon désir de miracle dans ma vie. En effet, l’évangile de la multiplication des pains se termine ainsi chez Jean : « À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. Mais Jésus savait qu’ils allaient l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul. » (Jn 6, 14-15)

Comme cette foule qui veut t’instrumentaliser pour faire de toi le sauveur d’Israël, le Messie politique qui va chasser l’occupant romain, tu m’interroges aujourd’hui sur mes intentions profondes dans ma relation à toi !

Est-ce que je t’aime sincèrement, d’un amour désintéressé, ou bien je te suis pour que tu fasses un miracle, une guérison, ma volonté ?

Seigneur, tu fuis les cœurs idolâtres qui veulent t’enlever, mettre la main sur toi ; tu ne fais ta demeure que dans un cœur simple, humble, juste heureux et reconnaissant de vivre avec toi un cœur à cœur d’amour.

Seigneur, aujourd’hui tu es le pain et le poisson qui me donnent la vie, qui me nourrissent. Et si j’allais à la messe pour te recevoir en plénitude ?

Pour clore cette méditation, j’ai eu la joie de mettre en chanson ce miracle de la multiplication des pains ! Belle écoute à vous.

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

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