Lectures pour le Martyre-de-Saint-Jean-Baptiste, commentées. 29 août 2026

Lectures pour le Martyre-de-Saint-Jean-Baptiste, commentées. 29 août 2026

5
(1)

Peinture de la Décollation de saint Jean-Baptiste.
Seyches – Église du Martyre-de-Saint-Jean-Baptiste.
Photo de MOSSOT, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Pour être informé de chaque nouvel article sur notre site, il suffit de cliquer sur l’icône verte « Follow » en haut à droite de la présente fenêtre (ou en fin d’article, pour les téléphones mobiles), puis de renseigner son adresse mail.

Il est également possible de s’abonner à notre lettre d’informations hebdomadaire.
—————————————-

Dans les commentaires qui suivent, certains passages peuvent être surlignés en bleu, couleur de la liberté ; justement parce qu’ils parlent de la (conscience et de la) liberté, et donc de la dignité, humaine, conformément au principe personnaliste (ou principe de la dignité humaine).  D’après Marie-Noëlle Thabut, « … si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. » De façon générale, ces commentaires nous semblent éclairer notre conscience sur l’interprétation à donner aux textes bibliques, conformément au principe personnaliste précité.
1ère lecture : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1, 26-31).
« Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1, 26-31)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1, 26-31).

26   Frères,
       vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien :
       parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes,
       ni de gens puissants ou de haute naissance.
27   Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde,
       voilà ce que Dieu a choisi,
       pour couvrir de confusion les sages ;
       ce qu’il y a de faible dans le monde,
       voilà ce que Dieu a choisi,
       pour couvrir de confusion ce qui est fort ;
28   ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde,
       ce qui n’est pas,
       voilà ce que Dieu a choisi,
       pour réduire à rien ce qui est ;
29   ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu.
30   C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus,
       lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu,
       justice, sanctification, rédemption.
31   Ainsi, comme il est écrit :
       « Celui qui veut être fier,
       qu’il mette sa fierté dans le Seigneur ».

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 4e dimanche du temps ordinaire, année A.

Ce jour-là, le passage lu en 2e lecture est identique au passage de la 1ère lecture d’aujourd’hui.

SAGESSE DE DIEU ET SAGESSE DES HOMMES

On croirait entendre la parabole du Pharisien et du publicain ; c’est vraiment le monde à l’envers : ceux qui, humainement, sont des « gens bien », comme on dit, des sages aux yeux du monde, ne recueillent aucune considération de la part de Paul. Cela ne veut pas dire que Paul méprise la sagesse ! Depuis le roi Salomon, c’est une vertu que l’on demande dans la prière. Et Isaïe en parle comme d’un don de l’Esprit de Dieu. Quand il annonce le Messie, il dit « Sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR, esprit de sagesse et de discernement… » Seulement, les hommes de la Bible ont un langage bien particulier sur la sagesse ; ils disent deux choses : Premièrement, ne nous trompons pas de sagesse ; il faut inverser notre regard : la sagesse de Dieu est exactement l’inverse de celle des hommes. Deuxièmement, Dieu seul peut la donner.

D’abord, premier point, il y a sagesse et sagesse ; Paul emploie le même mot « sophia » pour les deux, mais il distingue bien : il y a la sagesse du monde et la sagesse de Dieu. Ce qui semble raisonnable aux yeux des hommes est bien loin du projet de Dieu et, inversement, ce qui est sage aux yeux de Dieu paraît déraisonnable aux hommes. Si on y réfléchit c’est normal car notre sagesse est une logique de raisonnement ; alors que la sagesse de Dieu est la logique de l’amour ; et on sait bien que l’amour échappe à tout raisonnement et que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». La folie de l’amour de Dieu, comme dit saint Paul, est complètement inaccessible à l’étroitesse de nos raisonnements. C’est bien pour cela que la vie et la mort du Christ sont si étonnantes pour nous, si scandaleuses même.

Une fois de plus, on retrouve Isaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos chemins ne sont pas mes chemins », dit Dieu (Is 55,8) ; et l’abîme qui sépare nos pensées de celles de Dieu est tel que Jésus pourra aller jusqu’à traiter Pierre de Satan quand il se laisse aller à des considérations trop humaines : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16,23).

La distance qui nous sépare de Dieu, c’est un thème très fort dans toute la Bible : Dieu est le Tout-Autre : avec lui, on dirait que tout notre système de valeurs est inversé : ce que nous appelons richesse, sagesse, force, n’est rien aux yeux de Dieu.

La Bible va encore plus loin : non seulement Dieu ne se conforme pas à notre hiérarchie des valeurs, mais on a bien l’impression qu’il fait juste l’inverse ! Bien souvent, dans l’histoire de l’Alliance, Dieu a porté son choix sur les plus petits : pensez à David ; parmi les huit fils de Jessé, Dieu avait choisi le plus jeune, le plus petit, celui qui était sans importance, tellement sans importance qu’on n’avait même pas pensé à le présenter au prophète Samuel.

Longtemps auparavant, déjà, Moïse précisait bien au peuple (Dt 7,7) : « Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous, s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. » et un peu plus loin : « Sache bien que ce n’est pas à cause de ta justice que le SEIGNEUR ton Dieu te donne de posséder ce bon pays, car tu es un peuple à la nuque raide. » (Dt 9,6). Traduisez : Les choix de Dieu sont libres et sans aucun mérite de la part de l’homme, il ne faudrait jamais l’oublier.

LA VRAIE SAGESSE EST DON DE DIEU

Deuxième point, la vraie Sagesse qui est celle de Dieu ne peut être que don de Dieu. Dieu est le Tout-Autre et nous ne l’atteignons pas, nous ne le comprenons pas par nous-mêmes. Tout ce que nous pouvons savoir de Lui, dire de Lui, c’est par révélation. Il nous fait connaître son mystère, comme dit Paul dans sa lettre aux Éphésiens.

Et justement, dans le début de cette même lettre aux Corinthiens, Paul leur avait dit : » Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. Car le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Co 1,4-7).

Vous avez remarqué le mot « don »… Et du coup, évidemment, on voit bien que pour Paul, cette connaissance de Dieu qui nous a été donnée par grâce ne doit pas être une occasion de nous vanter : ce serait justement contraire à la sagesse ! Les dons de Dieu ne sont pas une cause d’orgueil personnel, mais d’action de grâce ! Si les vues de Dieu sont différentes des nôtres, lui seul peut nous les faire pénétrer.

Jérémie le disait déjà : « Que le sage ne se vante pas de sa sagesse, que le fort ne se vante pas de sa force, que le riche ne se vante pas de sa richesse. Mais celui qui se vante, qu’il se vante plutôt de ceci : avoir de l’intelligence pour me connaître, moi, le SEIGNEUR qui exerce la fidélité, le droit et la justice. » (Jr 9,22-23).

Le texte d’aujourd’hui apparaît bien comme l’application à la communauté de Corinthe de ces choix surprenants de Dieu. Paul invite les Corinthiens à se regarder avec réalisme : humainement parlant, rien ne les désignait pour recevoir un appel de Dieu… Ils ne sont ni savants, ni puissants, ni nobles aux yeux du monde, mais un ramassis de tout-venants qui ne seraient rien si la puissance de Dieu n’en faisait pas son Église. Leur titre de noblesse, le seul important aux yeux de Dieu, c’est leur Baptême. Décidément, Dieu crée le monde nouveau de toutes pièces.

Corinthe, c’est l’illustration vivante de l’initiative inouïe de Dieu qui recrée le monde selon ses propres chemins, bousculant les données habituelles des sociétés humaines. Il n’est plus question de « se glorifier devant Dieu » (comme le faisait le Pharisien de la parabole), mais de rendre Gloire à Dieu pour tant d’amour pour les hommes.

PSAUME

Psaume 32 (33), 12-13, 18-19, 20-21

R/ Heureux le peuple
que le Seigneur s’est choisi pour domaine.
(cf. Ps 32, 12)

12  Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !
13 Du haut des cieux, le Seigneur regarde :
il voit la race des hommes.

18  Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
19  pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

20  Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
21 La joie de notre cœur vient de lui,
notre confiance est dans son nom très saint.

Psaume 32, version de Jean-Paul Lécot (suivi de l’acclamation de l’évangile) :

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 19e dimanche du temps ordinaire, année C.

Ce jour-là, l’extrait lu (1.12, 18-19, 20.22) comporte 4 versets (12, 18à 20) communs à celui d’aujourd’hui. Le reste, refrain compris, diffère.

PSAUME 32 (33), 1.12, 18-19, 20.22

1  Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes,
    hommes droits, à vous la louange !
12 Heureux le peuple dont le SEIGNEUR est le Dieu,
    heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !

18 Le SEIGNEUR veille sur ceux qui le craignent,
    qui mettent leur espoir en son amour,
19 pour les délivrer de la mort,
    les garder en vie aux jours de famine.

20 Nous attendons notre vie du SEIGNEUR :
    il est pour nous un appui, un bouclier.
22 Que ton amour, SEIGNEUR, soit sur nous,
    comme notre espoir est en toi.

———————————————————————————————————————————

HEUREUX LE PEUPLE DONT LE SEIGNEUR EST LE DIEU

« Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! » : dès le premier verset, nous savons où nous sommes : au temple de Jérusalem, dans le cadre d’une liturgie d’action de grâce. Précisons tout de suite que ces titres « hommes justes »… » hommes droits » ne dénotent pas une attitude d’orgueil ou de contentement de soi. La justice dans la Bible n’est pas une qualité morale ; elle est tout simplement l’attitude humble de celui qui entre dans le projet de Dieu ; on pourrait dire que le juste est celui qui est accordé à Dieu, au sens où un instrument de musique est bien accordé.

Ce projet de Dieu dont il est question ici, c’est l’Alliance : c’est-à-dire le choix que Dieu, dans sa liberté souveraine, a fait de ce peuple pour lui confier son mystère. Tout naturellement, on rend grâce pour cela : « Heureux le peuple dont le SEIGNEUR est le Dieu, heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine ! » Nous avons rencontré à plusieurs reprises déjà dans l’Ancien Testament l’expression de la fierté du peuple élu : non pas de l’orgueil, mais une fierté bien légitime, le sentiment de l’honneur que Dieu lui fait de le choisir pour une mission. À vrai dire, chacun de nous, aujourd’hui, peut éprouver cette même fierté d’avoir été intégré par le baptême au peuple envoyé en mission dans le monde.

Réellement, pour les hommes de la Bible, et pour nous aujourd’hui, la certitude de vivre dans l’Alliance de Dieu est une source de bonheur profond, ce que Jésus appelait plus tard « la joie que nul ne peut nous ravir ».

Le verset suivant dit autrement cette expérience de la foi : « Le SEIGNEUR veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». Pour commencer, nous avons là une définition superbe de la « crainte de Dieu » au sens biblique : non pas de la peur, justement, mais une confiance sans faille ; la juxtaposition des deux parties du verset est très parlante : « Le SEIGNEUR veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». La première partie du verset « ceux qui le craignent » est expliquée par la seconde : ce sont ceux qui « mettent leur espoir en son amour »… on est loin de la peur, c’est même tout le contraire ! Dans le psaume 102/103, nous avions rencontré une autre définition de la crainte de Dieu : c’est l’attitude d’un fils confiant qui répond à la tendresse de son père : « Comme la tendresse du père pour ses fils, ainsi est la tendresse du SEIGNEUR pour qui le craint ».  Et, de fait, toute la Bible, en même temps qu’elle nous révèle le dessein bienveillant de Dieu, nous enseigne peu à peu à convertir le sens du mot « crainte » : désormais pour les croyants la seule manière de respecter Dieu c’est de lui rendre son amour. La profession de foi juive le dit mieux que moi « Écoute, Israël, le SEIGNEUR notre Dieu est le SEIGNEUR UN ; tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force » (Dt 6,4).

« Je veux que, tout de suite, tu me donnes sur un plat la tête de Jean le Baptiste » (Mc 6, 17, 29)

Alléluia. Alléluia.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux !
Alléluia. (Mt 5, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (6, 17-29).

17  En ce temps-là,
  Hérode avait donné l’ordre d’arrêter Jean le Baptiste
et de l’enchaîner dans la prison,
à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe,
que lui-même avait prise pour épouse.
18  En effet, Jean lui disait :
« Tu n’as pas le droit
de prendre la femme de ton frère. »
19  Hérodiade en voulait donc à Jean,
et elle cherchait à le faire mourir.
Mais elle n’y arrivait pas
20  parce que Hérode avait peur de Jean :
il savait que c’était un homme juste et saint,
et il le protégeait ;
quand il l’avait entendu, il était très embarrassé ;
cependant il l’écoutait avec plaisir.

21  Or, une occasion favorable se présenta
quand, le jour de son anniversaire,
Hérode fit un dîner pour ses dignitaires,
pour les chefs de l’armée et pour les notables de la Galilée.
22  La fille d’Hérodiade fit son entrée et dansa.
Elle plut à Hérode et à ses convives.
Le roi dit à la jeune fille :
« Demande-moi ce que tu veux,
et je te le donnerai. »
23  Et il lui fit ce serment :
« Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai,
même si c’est la moitié de mon royaume. »
24  Elle sortit alors pour dire à sa mère :
« Qu’est-ce que je vais demander ? »
Hérodiade répondit :
« La tête de Jean, celui qui baptise. »
25  Aussitôt la jeune fille s’empressa de retourner auprès du roi,
et lui fit cette demande :
« Je veux que, tout de suite,
tu me donnes sur un plat la tête de Jean le Baptiste. »
26  Le roi fut vivement contrarié;
mais à cause du serment et des convives,
il ne voulut pas lui opposer un refus.
27  Aussitôt il envoya un garde
avec l’ordre d’apporter la tête de Jean.
Le garde s’en alla décapiter Jean dans la prison.
28  Il apporta la tête sur un plat,
la donna à la jeune fille,
et la jeune fille la donna à sa mère.

29  Ayant appris cela,
les disciples de Jean vinrent prendre son corps
et le déposèrent dans un tombeau.

Commentaire, dans Parole-et-Évangile-du-Jour, pour Cathoglad.

Homélie de Mgr Michel Aupetit.

Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? »

Commentaires de frère Paul-Adrien.

Homélie prononcée par le père Achille José Bessala Nkomo FM, pour Magnificat-TV.

Commentaires de Parole-et-Évangile-du-Jour, sur la chaîne chrétienne Media-Christa.

Homélie sur la chaîne Liturgie-&-Vie.

Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC.

Homélie du père Gilles.

Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes)

Commentaires de padre Joseph.

Homélie à Notre-Dame de Paris.

Homélie de  à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, le.

Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Homélie de Mgr , à la grotte de Massabielle, à Lourdes.

Homélie à la basilique du Sacré-Cœur, à Paris.

Homélie du père , à Notre-Dame du Laus.

Homélie de   à Notre-Dame-de-la-Garde (Marseille).

Homélie de     à la basilique d’Ars.

Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
– – – – –

Aujourd’hui, l’Église fait quelque chose qu’elle ne fait pour personne d’autre, sauf Jésus et Marie : elle célèbre le martyre de Jean Baptiste alors qu’elle fête aussi sa nativité le 24 juin.

Pourquoi ? Parce que Jean est le seul saint dont la liturgie fête la naissance terrestre. Pour tous les autres, on fête le dies natalis, le jour de la naissance au ciel, c’est-à-dire la mort. Pour Jean, on fête les deux.

En ce 29 août, nous fêtons le premier martyre du Nouveau Testament. Le premier à mourir pour avoir dit la vérité sur le mariage. Le précurseur précède Jésus jusque dans la mort donnée par un roi faible, sous la pression d’une femme et d’une foule.

Nous sommes en Marc 6. Jésus vient d’envoyer les Douze en mission. Ils prêchent la conversion. Le succès est immense. Et soudain, Marc coupe le récit. Il fait un flash-back.

Pourquoi ici ? Parce que Marc veut nous dire : voilà ce qu’il en coûte de prêcher la conversion. Si vous prêchez comme Jean, vous finirez comme lui. L’apôtre n’est pas au-dessus du Précurseur.

Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, a enfermé Jean dans la forteresse de Machéronte, à l’est de la Mer Morte. Une prison du désert, taillée dans le roc, où le vent siffle plus fort que les chaînes. Flavius Josèphe lui-même raconte que Hérode craignait qu’un rassemblement autour de Jean ne provoque une révolte.

Pourquoi Jean est-il arrêté ? Pour une question de mariage. Antipas a répudié sa femme légitime, fille du roi arabe Arétas IV, pour prendre Hérodiade, la femme de son demi-frère Philippe. Or la Loi juive est claire : « Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton frère. »[Lv 18,16; 20,21]. Seule exception : la loi du lévirat si le frère est mort sans enfant. Ce qui n’est pas le cas. C’est donc un adultère royal, public, assumé.

Jean a dit, et Marc met le verbe à l’imparfait d’insistance : « Il ne t’est pas permis… » Il le répétait donc. Sans violence. Juste la Loi de Dieu rappelée à un juif.

À travers ce récit, Marc nous fait une radiographie du cœur humain, grâce aux trois personnages principaux de ce récit :

1. Hérodiade: la rancune qui ne meurt jamais.

Marc dit : « Hérodiade en voulait à Jean, elle le tenait dans ses filets – eneichen – et cherchait à le faire mourir. »

C’est la rancune froide. Pas la colère chaude qui explose et passe. La rancune qui rumine, qui garde l’offense dans un filet et attend. Elle ne peut pas entendre la vérité parce qu’elle a déjà décidé que la vérité est une ennemie. C’est le premier piège pour notre vie spirituelle : quand je garde une rancune, je finis par vouloir la mort symbolique de l’autre. Je le fais taire en moi.

2. Hérode : le compromis qui tue.

C’est le personnage le plus tragique. Marc le décrit avec une finesse de romancier : « Hérode craignait Jean, sachant que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait. Quand il l’entendait, il était très perplexe – aporei – et pourtant il aimait l’écouter. »

Voilà l’homme divisé. Il protège Jean contre sa femme. Il est perplexe, déchiré, quand il l’écoute. Et il aime l’écouter. Il aime la vérité comme on aime une belle musique, tant qu’elle ne demande pas de changer de vie.

Il fait alors un compromis : il enferme Jean au lieu de le tuer. Il garde sa conscience en prison. Il peut ainsi l’écouter sans avoir à obéir. Combien de fois faisons-nous cela ? Nous aimons écouter l’Évangile le dimanche, mais nous l’enfermons dans une heure de notre journée dominicale, pour ne pas avoir à divorcer de nos compromis le lundi.

3. La fille : la superficialité qui exécute.

Elle n’a pas de nom chez Marc. La tradition l’appelle Salomé. Elle entre, elle danse, elle plaît. Hérode, échauffé par le vin et le regard des convives, jure : « Ce que tu demanderas, je te le donnerai, même la moitié de mon royaume. » C’est exactement la formule d’Assuérus à Esther [Est 5,3]. Mais chez Esther, cette formule sauve un peuple. Ici, elle tue un prophète. La même parole peut sauver ou tuer.

Salomé sort, demande à sa mère Hérodiade, et celle-ci lui souffle : « La tête de Jean le Baptiste. »

Marc note l’empressement :« Aussitôt, avec empressement, elle retourna et dit : Je veux que tout de suite tu me donnes sur un plat la tête de Jean. » Elle a peur que le temps de la réflexion ne gâche l’occasion. Le mal a toujours hâte. Le bien prend son temps.

L’Évangile finit sur deux tristesses qui s’opposent.

« Le roi fut très attristé – perilypos. »C’est le même mot que Jésus à Gethsémani : « Mon âme est triste à mourir »[Mc 14,34]. Deux tristesses. Celle de Jésus le conduit à donner sa vie. Celle d’Hérode le conduit à prendre la vie d’un autre pour ne pas perdre la face. « À cause de ses serments et des convives, il ne voulut pas la décevoir. »

Il préfère être un assassin devant Dieu que d’être parjure devant les hommes. C’est le drame de la parole humaine.

Et toi, Seigneur, tu m’invites à m’interroger sur le poids de ma parole. Tu l’as dit : « Que la lumière soit, et la lumière fut. » [Gn 1,3]. Ma parole aussi est créatrice. Combien de serments vains, de promesses pour faire plaisir ?

Jean, lui, n’avait qu’une parole : « Il faut qu’il grandisse et que je diminue. » Une parole courte, vraie, qui ne promet que ce qu’elle peut tenir devant Toi Seigneur.

Alors aujourd’hui, je te demande trois grâces :

1. Délivre-moi de la rancune d’Hérodiade, qui garde tout et ne pardonne rien.
2. Délivre-moi du compromis d’Hérode, qui aime écouter la vérité sans jamais l’accomplir.
3. Donne-moi le courage de Jean, qui préfère perdre sa tête que de perdre sa voix.

C’est avec le chant de Jean-Baptiste que je vous propose de clore cette méditation :

Commentaire de Thierry Jallas.

Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »

Quel intérêt avez-vous trouvé à cet article / cette page ?

Cliquez sur une étoile pour attribuer une note.

Merci pour le dépot de votre avis

Aucun vote jusqu'à présent ! Soyez le premier à donner une note.

Puisque vous avez trouvé cet article utile...

Suivez-nous sur les réseaux sociaux !

Nous sommes désolés que cet article ne vous ait pas été utile !

Améliorons cette publication !

Dites-nous comment nous pouvons améliorer cette publication !

Merci de nous suivre >>
X (ex-Twitter)
Visit Us
Follow Me

Lettres d'information de SYNDICATHO

Ajouté avant le contenu de chaque message

X (ex-Twitter)
Visit Us
Follow Me
URL has been copied successfully!
×