Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Ces commentaires sont ceux du 5e dimanche Pâques, année A. À l’extrait lu ce jour-là [Ps 32 (33) , 1-2, 4-5, 18-19] il ne manque que les versets 11-12 pour être identique à celui d’aujourd’hui.
LE SEIGNEUR VEILLE SUR CEUX QUI METTENT LEUR ESPOIR EN SON AMOUR
J’ai envie de commencer par là où nous avons terminé la lecture de ce psaume, parce qu’il me semble que nous avons là une clé de l’ensemble. Je vous rappelle l’avant-dernier verset (le verset 18) : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». Nous découvrons ici une belle définition de ce que l’on appelle « la crainte de Dieu ». Craindre le Seigneur, c’est tout simplement mettre notre espoir en son amour. Le croyant au sens biblique, c’est quelqu’un qui est plein d’espoir ; et s’il est plein d’espoir, quoi qu’il puisse arriver, c’est parce qu’il sait que « la terre est remplie de l’amour de Dieu » comme dit un autre verset que nous venons d’entendre.
En hébreu, la formule est plus belle encore : ce n’est pas « Dieu veille » sur ceux qui le craignent, mais « L’œil du SEIGNEUR est sur ceux qui le craignent ». Savoir que le regard plein d’amour du Seigneur est en permanence penché sur nous est la source de notre espérance. Encore faut-il préciser que, dans le texte hébreu, toujours, ce nom de SEIGNEUR est celui qu’il a révélé à Moïse dans l’épisode du buisson ardent : ce fameux mot de quatre lettres YHVH que, par respect, les Juifs ne prononcent jamais, et qui signifie quelque chose comme « Je suis, je serai avec vous, depuis toujours et pour toujours, à chaque instant de votre histoire. » Ce simple nom rappelle toujours à Israël la sollicitude avec laquelle Dieu a entouré son peuple tout au long de l’Exode. La traduction « Dieu veille » dit bien cette vigilance.
C’est ce qui nous permet de comprendre le verset suivant : « pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine ». Ce sont également des allusions à la sortie d’Égypte : en permettant à son peuple de traverser la mer à pied sec, à la suite de Moïse, le Seigneur l’a fait échapper à la mort certaine programmée par Pharaon ; puis, en lui envoyant du ciel la manne chaque jour, pendant toute la traversée du désert, le Seigneur a réellement gardé son peuple en vie aux jours de famine.
Alors la louange jaillit spontanément du cœur de ceux qui ont fait cette expérience de la sollicitude de Dieu : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! » Cette expression « hommes justes » peut nous surprendre ; elle est très habituelle pourtant dans la Bible. On sait que est considéré comme « juste » dans la Bible celui qui entre dans le projet de Dieu, celui qui est accordé à Dieu, au sens où un instrument de musique est bien accordé.
C’est ce que l’on dit d’Abraham, par exemple : « Abram eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste » (Gn 15,6). Il eut foi, c’est-à-dire il fit confiance à Dieu et à son projet. Si bien qu’on pourrait traduire « hommes justes » (en hébreu les « hassidim ») par « les hommes de l’Alliance », ou « les hommes du dessein bienveillant de Dieu » c’est-à-dire ceux qui ont entendu la révélation de la bienveillance de Dieu et y répondent en adhérant à l’Alliance.
CRIEZ DE JOIE POUR LE SEIGNEUR, HOMMES JUSTES !
Donc, ne prenons pas pour de la prétention ces titres « hommes justes »… » hommes droits » : il ne s’agit pas de qualités morales ; le « hassid » (pluriel hassidim) est un homme comme les autres, pécheur comme les autres, mais il est celui qui vit dans l’Alliance du Seigneur, qui vit dans la confiance envers le Dieu fidèle ; parce qu’il a découvert le « Dieu de tendresse et de fidélité », très logiquement, il vit dans la louange : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. » Et le psaume continue : « Chantez-lui le cantique nouveau. »
Cet appel à la louange qui résonne ici était le chant d’entrée d’une liturgie d’action de grâce. Au passage, nous relevons une indication sur la mise en œuvre des psaumes et sur l’un au moins des instruments de musique utilisés au Temple de Jérusalem. Ce psaume était probablement prévu pour être accompagné à la harpe à dix cordes.
Je reprends : « Chantez-lui le cantique nouveau ». Le mot « nouveau » dans la Bible ne veut pas dire du « jamais vu » ou « jamais entendu » ; le chant est « nouveau » au sens où les mots d’amour, même les plus habituels sont toujours nouveaux. Quand les amoureux disent « je t’aime », ils ne craignent pas de répéter les mêmes mots et pourtant, la merveille, c’est que ce chant-là est toujours nouveau.
Je continue : « Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait ». Contrairement aux apparences, il n’y a pas là deux affirmations distinctes, l’une concernant la parole de Dieu, l’autre portant sur ses actes, ce qu’il fait ; car la Parole de Dieu est acte ; « Il dit et cela fut » répète le récit de la création au chapitre 1 de la Genèse. Ou encore, rappelez-vous Isaïe au chapitre 55 : « Ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. » (Is 55,11).
Et ce n’est pas un hasard si ce psaume comporte exactement vingt-deux versets, (qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu) : c’est en hommage à la Parole de Dieu, comme pour dire, elle est le tout de notre vie, de A à Z. Et ce n’est pas un compliment en l’air, si j’ose dire : c’est l’expérience d’Israël qui parle : depuis la première parole de Dieu à son peuple, celui-ci a expérimenté à la fois la parole qui est promesse de libération et dans le même temps l’œuvre libératrice de Dieu : à chaque époque de l’histoire de son peuple, la parole de Dieu l’appelle à la liberté, et c’est la force de Dieu qui agit le bras de l’homme pour conquérir sa liberté ; liberté par rapport à toute idolâtrie, liberté par rapport à tout esclavage de toute sorte.
« Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour ». C’est la vocation de la création tout entière qui est dite là : Dieu est amour et la terre entière a vocation à être le lieu de l’amour, du droit et de la justice. Rappelez-vous le prophète Michée : « O Homme, on t’a fait connaître, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6,8).
Lectures du lundi de la 29e semaine du temps ordinaire, année paire, commentées. 22 octobre 2026.
« Feu de camp » – « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49).
Photo de MarcusObal, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
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Le texte des lectures du jour est reproduit avec l’accord de l’AELF – aelf.org.
« Restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu » (Ep 3, 17.19).
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens (3, 14-21).
Frères,
14 je tombe à genoux devant le Père,
15 de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom.
16 Lui qui est si riche en gloire,
qu’il vous donne la puissance de son Esprit,
pour que se fortifie en vous l’homme intérieur.
17 Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ;
restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour.
18 Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles
quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur…
19 Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance :
l’amour du Christ.
Alors vous serez comblés
jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu.
20 À Celui qui peut réaliser,
par la puissance qu’il met à l’œuvre en nous,
infiniment plus que nous ne pouvons demander
ou même concevoir,
21 gloire à lui dans l’Église et dans le Christ Jésus
pour toutes les générations dans les siècles des siècles.
Amen.
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
À notre connaissance, Marie-Noëlle Thabut n’a jamais publié de commentaires de ce passage.
Psaume 32 (33), 1-2, 4-5, 11-12, 18-19
R/ Toute la terre, Seigneur,
est remplie de ton amour. (cf. Ps 32, 5b)
1 Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
2 Rendez grâce au SEIGNEUR sur la cithare,
Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.
4 Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR,
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
5 Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.
Le plan du Seigneur demeure pour toujours,
les projets de son cœur subsistent d’âge en âge.
Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !
18 Dieu veille sur ceux qui le craignent
qui mettent leur espoir en son amour,
19 pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.
Psaume, version de Jean-Paul Lécot (suivi de l’acclamation de l’évangile) :
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste.
Ces commentaires sont ceux du 5e dimanche Pâques, année A. À l’extrait lu ce jour-là [Ps 32 (33) , 1-2, 4-5, 18-19] il ne manque que les versets 11-12 pour être identique à celui d’aujourd’hui.
LE SEIGNEUR VEILLE SUR CEUX QUI METTENT LEUR ESPOIR EN SON AMOUR
J’ai envie de commencer par là où nous avons terminé la lecture de ce psaume, parce qu’il me semble que nous avons là une clé de l’ensemble. Je vous rappelle l’avant-dernier verset (le verset 18) : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». Nous découvrons ici une belle définition de ce que l’on appelle « la crainte de Dieu ». Craindre le Seigneur, c’est tout simplement mettre notre espoir en son amour. Le croyant au sens biblique, c’est quelqu’un qui est plein d’espoir ; et s’il est plein d’espoir, quoi qu’il puisse arriver, c’est parce qu’il sait que « la terre est remplie de l’amour de Dieu » comme dit un autre verset que nous venons d’entendre.
En hébreu, la formule est plus belle encore : ce n’est pas « Dieu veille » sur ceux qui le craignent, mais « L’œil du SEIGNEUR est sur ceux qui le craignent ». Savoir que le regard plein d’amour du Seigneur est en permanence penché sur nous est la source de notre espérance. Encore faut-il préciser que, dans le texte hébreu, toujours, ce nom de SEIGNEUR est celui qu’il a révélé à Moïse dans l’épisode du buisson ardent : ce fameux mot de quatre lettres YHVH que, par respect, les Juifs ne prononcent jamais, et qui signifie quelque chose comme « Je suis, je serai avec vous, depuis toujours et pour toujours, à chaque instant de votre histoire. » Ce simple nom rappelle toujours à Israël la sollicitude avec laquelle Dieu a entouré son peuple tout au long de l’Exode. La traduction « Dieu veille » dit bien cette vigilance.
C’est ce qui nous permet de comprendre le verset suivant : « pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine ». Ce sont également des allusions à la sortie d’Égypte : en permettant à son peuple de traverser la mer à pied sec, à la suite de Moïse, le Seigneur l’a fait échapper à la mort certaine programmée par Pharaon ; puis, en lui envoyant du ciel la manne chaque jour, pendant toute la traversée du désert, le Seigneur a réellement gardé son peuple en vie aux jours de famine.
Alors la louange jaillit spontanément du cœur de ceux qui ont fait cette expérience de la sollicitude de Dieu : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! » Cette expression « hommes justes » peut nous surprendre ; elle est très habituelle pourtant dans la Bible. On sait que est considéré comme « juste » dans la Bible celui qui entre dans le projet de Dieu, celui qui est accordé à Dieu, au sens où un instrument de musique est bien accordé.
C’est ce que l’on dit d’Abraham, par exemple : « Abram eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste » (Gn 15,6). Il eut foi, c’est-à-dire il fit confiance à Dieu et à son projet. Si bien qu’on pourrait traduire « hommes justes » (en hébreu les « hassidim ») par « les hommes de l’Alliance », ou « les hommes du dessein bienveillant de Dieu » c’est-à-dire ceux qui ont entendu la révélation de la bienveillance de Dieu et y répondent en adhérant à l’Alliance.
CRIEZ DE JOIE POUR LE SEIGNEUR, HOMMES JUSTES !
Donc, ne prenons pas pour de la prétention ces titres « hommes justes »… » hommes droits » : il ne s’agit pas de qualités morales ; le « hassid » (pluriel hassidim) est un homme comme les autres, pécheur comme les autres, mais il est celui qui vit dans l’Alliance du Seigneur, qui vit dans la confiance envers le Dieu fidèle ; parce qu’il a découvert le « Dieu de tendresse et de fidélité », très logiquement, il vit dans la louange : « Criez de joie pour le SEIGNEUR, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. » Et le psaume continue : « Chantez-lui le cantique nouveau. »
Cet appel à la louange qui résonne ici était le chant d’entrée d’une liturgie d’action de grâce. Au passage, nous relevons une indication sur la mise en œuvre des psaumes et sur l’un au moins des instruments de musique utilisés au Temple de Jérusalem. Ce psaume était probablement prévu pour être accompagné à la harpe à dix cordes.
Je reprends : « Chantez-lui le cantique nouveau ». Le mot « nouveau » dans la Bible ne veut pas dire du « jamais vu » ou « jamais entendu » ; le chant est « nouveau » au sens où les mots d’amour, même les plus habituels sont toujours nouveaux. Quand les amoureux disent « je t’aime », ils ne craignent pas de répéter les mêmes mots et pourtant, la merveille, c’est que ce chant-là est toujours nouveau.
Je continue : « Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait ». Contrairement aux apparences, il n’y a pas là deux affirmations distinctes, l’une concernant la parole de Dieu, l’autre portant sur ses actes, ce qu’il fait ; car la Parole de Dieu est acte ; « Il dit et cela fut » répète le récit de la création au chapitre 1 de la Genèse. Ou encore, rappelez-vous Isaïe au chapitre 55 : « Ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. » (Is 55,11).
Et ce n’est pas un hasard si ce psaume comporte exactement vingt-deux versets, (qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu) : c’est en hommage à la Parole de Dieu, comme pour dire, elle est le tout de notre vie, de A à Z. Et ce n’est pas un compliment en l’air, si j’ose dire : c’est l’expérience d’Israël qui parle : depuis la première parole de Dieu à son peuple, celui-ci a expérimenté à la fois la parole qui est promesse de libération et dans le même temps l’œuvre libératrice de Dieu : à chaque époque de l’histoire de son peuple, la parole de Dieu l’appelle à la liberté, et c’est la force de Dieu qui agit le bras de l’homme pour conquérir sa liberté ; liberté par rapport à toute idolâtrie, liberté par rapport à tout esclavage de toute sorte.
« Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour ». C’est la vocation de la création tout entière qui est dite là : Dieu est amour et la terre entière a vocation à être le lieu de l’amour, du droit et de la justice. Rappelez-vous le prophète Michée : « O Homme, on t’a fait connaître, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6,8).
« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division » (Lc 12, 51).
Alléluia. Alléluia.
J’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures,
afin de gagner un seul avantage, le Christ
et, en lui, d’être reconnu juste.
Alléluia. (Ph 3, 8-9)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (12, 49-53).
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
49 « Je suis venu apporter un feu sur la terre,
et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
50 Je dois recevoir un baptême,
et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli !
51 Pensez-vous que je sois venu
mettre la paix sur la terre ?
Non, je vous le dis,
mais bien plutôt la division.
52 Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées :
trois contre deux et deux contre trois ;
53 ils se diviseront :
le père contre le fils
et le fils contre le père,
la mère contre la fille
et la fille contre la mère,
la belle-mère contre la belle-fille
et la belle-fille contre la belle-mère. »
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, bibliste, à l’occasion du 20e dimanche du temps ordinaire, année C.
Ce jour-là, le passage lu est le même qu’aujourd’hui.
JE SUIS VENU APPORTER UN FEU SUR LA TERRE
Pour décrire sa mission, Jésus la compare à un feu « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » Et très vite, on a pu mesurer les conséquences de l’annonce de la Bonne Nouvelle, aussi bien dans le monde juif que parmi les païens. Depuis le feu de la Pentecôte, cette annonce fut comme une flamme qui se répandait à toute vitesse dans les herbes sèches ou la forêt : dans le peuple juif, elle paraissait destructrice de tout l’édifice religieux, dans le monde païen, elle était considérée comme une contagion déraisonnable : saint Paul l’écrit aux Corinthiens : « Nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens. » (1 Co 1,23).
L’incendie fut tel qu’il laissa des traces indélébiles : ceux qui se laissaient embraser par l’annonce de l’Évangile et ceux qui la refusaient devenaient irrémédiablement antagonistes, même s’ils étaient unis par les liens de la famille ; et l’on a vu se réaliser ce que décrivait déjà avec désolation le prophète Michée en son temps qui était un temps de détresse : « Le fils traite son père de fou, la fille se dresse contre sa mère, la belle-fille contre la belle-mère. Chacun a pour ennemis les gens de sa maison. » (Mi 7,6).
Quand Jésus annonce ces déchirures, ce n’est pas chez lui l’expression d’un pressentiment : il parle d’expérience. Rappelons-nous l’épisode de sa visite à Nazareth. Luc raconte : « Jésus, avec la puissance de l’Esprit (l’Esprit de feu) revint en Galilée » (Lc 4,14), et l’on sait que l’une de ses premières visites fut pour le village de sa jeunesse. Après un moment d’enthousiasme, ses amis d’enfance et ses proches se sont retournés contre lui, parce qu’il venait de leur dire que sa mission dépassait largement les frontières d’Israël. Luc raconte : « Tous furent remplis de colère dans la synagogue en entendant ses paroles. Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas. » (Lc 4,28-29). Ce ne seront pas les seules circonstances où Jésus va se heurter à l’incompréhension, voire à l’opposition des siens : saint Jean l’écrit : « Ses frères eux-mêmes ne croyaient pas en lui. » (Jn 7,5). D’ailleurs, Jésus n’hésite pas à dire à ses disciples que l’une des conditions de l’annonce du Royaume de Dieu est l’acceptation de possibles déchirures : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Lc 14,26). On se souvient également de la réponse de Jésus à un homme qui lui disait : « Je vais te suivre, Seigneur ; mais d’abord permets-moi de faire mes adieux à ceux de ma maison » ; Jésus lui dit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. » (Lc 9,61-62). Le feu allumé par Jésus conduit à des choix radicaux.
LE FEU ALLUMÉ PAR JÉSUS CONDUIT À DES CHOIX RADICAUX
Pourtant, si l’on attendait un Messie en Israël, ce n’était évidemment pas pour qu’il apporte guerres et divisions, déjà que trop présentes ; au contraire, on comptait bien sur lui pour apporter enfin la paix au monde. On connaissait par cœur, par exemple, les magnifiques prophéties d’Isaïe : « De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on ne s’entraînera plus pour la guerre. » (Is 2)… « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte. » (Is 11).
S’il est bien le Messie que nous attendons, nous sommes en droit d’attendre la réalisation de ces promesses-là. Et Jésus nous annonce au contraire des divisions aggravées apparemment : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. »… Aurions-nous oublié que la paix ne se réalise pas par un coup de baguette magique ? Elle réclame une radicale conversion du cœur de l’homme ; c’est à cette conversion que beaucoup s’opposeront de toutes leurs forces ; le jour de la Présentation de l’enfant Jésus au Temple de Jérusalem, Syméon l’avait bien annoncé : « Il est là pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté… ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs. » (Lc 2,34-35). Le message de paix rencontrera donc dans une première étape plus de contradicteurs que d’adhérents. Envoyé au monde perdu pour lui dire l’amour et le salut de Dieu, Jésus a rencontré la souffrance et la mort, comme il l’avait annoncé lui-même : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que le troisième jour il ressuscite. » (Lc 9,22) « Le Fils de l’homme sera livré aux païens, soumis aux moqueries, aux outrages, aux crachats ; après l’avoir flagellé, ils le tueront et le troisième jour il ressuscitera. » (Lc 18,32).
Mais sa Résurrection doit nous donner tous les courages : l’Esprit est désormais répandu sur nous et c’est à nous de propager ce feu.
Homélie de Mgr Touvet, évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, à l’occasion du pèlerinage Aquero et de la fête de saint Jean-Paul-II, le 22 octobre 2026, sur la chaîne du diocèse de Fréjus-Toulon.
Commentaire du , dans Évangile-et-Parole-du-Jour, pour Cathoglad.
Homélie de Mgr Michel Aupetit.
Homélie du père Léonard Katchekpele pour « Prêtre ! Et alors ? ».
Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, le 15 octobre 2026.
Homélie du père Anselmo ADZAKLUI-TUME, FM (Franciscains de Marie) pour Magnificat-TV.
Homélie du père à Notre-Dame d’Ottawa.
Commentaires de frère Paul-Adrien.
Commentaires de Parole-et-Évangile-du-Jour, sur la chaîne chrétienne Media-Christa.
Homélie sur la chaîne Liturgie-&-Vie.
Méditation du père Roger Wawa, pour Radio-Maria RDC, sur la chaîne d’Alain Fumunandu.
Homélie sur la chaîne Notre-Pain-de-ce-Jour.
Méditation du père Gilles Vadon.
Homélie du frère Antoine du Désert (Prieuré Sainte Marie – les Jaumes).
Homélie à Notre-Dame de Paris, sur KTO-TV.
Homélie de à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, le.
Homélie de , à la grotte de Massabielle, à Lourdes.
Homélie à la basilique du Sacré-Cœur, à Paris.
Homélie à Saint-Nicolas-des-Champs.
Homélie au sanctuaire Notre-Dame-du-Laus.
Homélie de à Notre-Dame-de-la-Garde (Marseille).
Homélie au sanctuaire d’Ars.
Homélie sur la chaîne Utukufu-Plus.
Homélie du père Flaubert.
Méditation d’Étienne Tarneaud . Je vous invite à vous abonner gratuitement à ses méditations sur WhatsApp en cliquant sur ce lien https://chat.whatsapp.com/Cw4mVvrplH83UXeOgEhIE2 ou en le contactant au 06 20 14 00 33, pour vous assurer d’en disposer tôt le jour-même, et complètement (y compris des chants qu’il serait trop lourd de publier ici). Voici une courte vidéo dans laquelle il se présente, parle de ses activités et des spectacles qu’il propose dans toute la France pour raconter la Bible aux enfants.
– – – – –
Aujourd’hui Seigneur, Tu déclares (Lc 12, 49-53) :
« Je suis venu jeter un feu sur la terre. » Pas une petite flamme pour réchauffer nos hivers, mais le feu du Sinaï. Chez Malachie, c’est le creuset du fondeur qui purifie. Chez Jérémie, c’est Ta Parole elle-même, « comme un feu, comme un marteau qui brise le roc » (Jr 23,29). Le feu est le seul qui ne se mélange pas. Il sépare. Et Tu avoues Ton désir brutal, Ton impatience divine : « Et comme Je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » Tu n’es pas venu gérer l’existant, Tu es venu l’embraser.
Aujourd’hui Seigneur, Tu parles de Ton angoisse. « Je dois recevoir un baptême. » Ce n’est pas l’eau claire du Jourdain, c’est l’immersion totale, mais dans la mort. Tu penses à la coupe que Jacques et Jean ne pourront pas boire (Mc 10,38). Tu es synechomai, littéralement resserré, oppressé, à l’étroit jusqu’à ce que cela s’accomplisse. Ton amour est à l’étroit dans ce monde qui le refuse.
Alors Tu brises notre dernier rêve, celui du prophète de la tranquillité. « Pensez-vous que Je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, Je vous le dis, mais bien la division. » Ce n’est pas Ta volonté, c’est l’effet de Ton feu. Car avant Toi, le shalom bayit, la paix de la maison, était la valeur suprême en Israël. Or Tu annonces qu’une même maison sera coupée en deux par Ta présence : trois contre deux, deux contre trois. Ce que les rabbins nommaient la machloket, la division pour le Ciel, devient inévitable. Celui qui Te choisit vraiment ne pourra plus feindre l’unanimité avec ce qui, en lui et autour de lui, a choisi l’ombre.
Aujourd’hui Seigneur, allume ce feu. Ne me laisse pas dans la paix des compromis. Baptise-moi dans Ton baptême, et que Ta division sainte me sépare enfin de ce qui en moi refuse de brûler de ton amour.
Je vous invite à clore avec le chant du feu de l’Esprit (chant disponible sur le groupe WhatsApp précité).
Commentaire de Thierry Jallas.
Comme d’habitude, j’essaie de faire le lien entre les Écritures et la DSÉ (Doctrine Sociale de l’Église), notamment le principe personnaliste. Pour rappel, une formulation de celui-ci se trouve à l’article 135 du Compendium (de la DSÉ) :
« L’homme ne peut tendre au bien que dans la liberté que Dieu lui a donnée comme signe sublime de son image. […] La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. »
L’évangile de ce jour me fait penser à ces constats attristés que font certains de nos RSS (Représentants de Section Syndicale) : les simple noms « Syndicatho », « Évangile » ou « (doctrine sociale de l’) Église », leur vaut des regards noirs, voire des remarques désobligeantes, des reproches. Oui, annoncer la Bonne Nouvelle, alors même que l’on croit que c’est dans l’intérêt des salariés et donc conforme à l’objet d’un syndicat, cela provoque des divisions. Ce qui met en évidence, à mes yeux, le besoin de faire connaître et apprécier la DSÉ et plus particulièrement le principe personnaliste, ou principe de la très haute dignité de toute personne humaine.
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